LE LIVRE DES MEDIUMS OU GUIDE DES MEDIUMS ET DES EVOCATEURS
Spiritisme Expérimental
LE LIVRE DES MÉDIUMS
ou
GUIDE DES MÉDIUMS ET DES ÉVOCATEURS
Contenant
L’enseignement spéciaL des esprits sur La théorie de tous Les genres de manifestations, Les moyens de communiquer avec Le monde invisibLe, Le déveLoppement de La médiumnité, Les difficuLtés et Les écueiLs que L’on peut rencontrer dans La pratique du spiritisme
Pour faire suite au Livre des Esprits
Par Allan Kardec
Un désir bien naturel, chez les personnes qui s'occupent de spiritisme, c'est de pouvoir entrer elles-mêmes en communication avec les Esprits ; c'est à leur aplanir la route que cet ouvrage est destiné, en les faisant profiter du fruit de nos longues et laborieuses études, car on s'en ferait une idée très fausse si l'on pensait que, pour être expert en cette matière, il suffit de savoir poser les doigts sur une table pour la faire tourner, ou tenir un crayon pour écrire.
On se tromperait également si l'on croyait trouver dans cet ouvrage une recette universelle et infaillible pour former des médiums. Bien que chacun renferme en soi-même le germe des qualités nécessaires pour le devenir, ces qualités n'existent qu'à des degrés très différents, et leur développement tient à des causes qu'il ne dépend de personne de faire naître à volonté. Les règles de la poésie, de la peinture et de la musique ne font ni des poètes, ni des peintres, ni des musiciens de ceux qui n'en ont pas le génie : elles guident dans l'emploi des facultés naturelles. Il en est de même de notre travail ; son objet est d'indiquer les moyens de développer la faculté médianimique autant que le permettent les dispositions de chacun, et surtout d'en diriger l'emploi d'une manière utile lorsque la faculté existe. Mais là n'est point le but unique que nous nous sommes proposé.
A côté des médiums proprement dits, il y a la foule qui s'accroit tous les jours des personnes qui s'occupent des manifestations spirites ; les guider dans leurs observations, leur signaler les écueils qu'elles peuvent et doivent nécessairement rencontrer dans une chose nouvelle, les initier à la manière de s'entretenir avec les Esprits, leur indiquer les moyens d'avoir de bonnes communications, tel est le cercle que nous devons embrasser sous peine de faire une chose incomplète. On ne sera donc point surpris de trouver dans notre travail des renseignements qui, au premier abord, pourraient y paraître étrangers : l'expérience en montrera l'utilité. Après l'avoir étudié avec soin, on comprendra mieux les faits dont on sera témoin ; le langage de certains Esprits paraîtra moins étrange. Comme instruction pratique, il ne s'adresse donc pas exclusivement aux médiums, mais à tous ceux qui sont à même de voir et d'observer les phénomènes spirites.
Quelques personnes auraient désiré que nous publiassions un manuel pratique très succinct, contenant en peu de mots l'indication des procédés à suivre pour entrer en communication avec les Esprits ; elles pensent qu'un livre de cette nature pouvant, par la modicité de son prix, être répandu à profusion, serait un puissant moyen de propagande, en multipliant les médiums ; quant à nous, nous regarderions un tel ouvrage comme plus nuisible qu'utile, pour le moment du moins. La pratique du spiritisme est entourée de beaucoup de difficultés, et n'est pas toujours exempte d'inconvénients qu'une étude sérieuse et complète peut seule prévenir. Il serait donc à craindre qu'une indication trop succincte ne provoquât des expériences faites avec légèreté, et dont on pourrait avoir lieu de se repentir ; ce sont de ces choses avec lesquelles il n'est ni convenable, ni prudent de jouer, et nous croirions rendre un mauvais service en les mettant à la disposition du premier étourdi venu qui trouverait plaisant de causer avec les morts. Nous nous adressons aux personnes qui voient dans le spiritisme un but sérieux, qui en comprennent toute la gravité, et ne se font pas un jeu des communications avec le monde invisible.
Nous avons publié une Instruction pratique dans le but de guider les médiums ; cet ouvrage est aujourd'hui épuisé et, quoiqu'il fût dans un but éminemment grave et sérieux, nous ne le réimprimerons pas, parce que nous ne le trouvons pas encore assez complet pour éclairer sur toutes les difficultés que l'on peut rencontrer. Nous l'avons remplacé par celui-ci, dans lequel nous avons réuni toutes les données qu'une longue expérience et une étude consciencieuse nous ont mis à même d'acquérir. Il contribuera, nous l'espérons du moins, à donner au spiritisme le caractère sérieux qui est son essence, et à détourner d'y voir un sujet d'occupation frivole et d'amusement.
A ces considérations nous en ajouterons une très importante, c'est la mauvaise impression que produit sur les personnes novices ou mal disposées, la vue d'expériences faites légèrement et sans connaissance de cause ; elles ont pour inconvénient de donner du monde des Esprits une idée très fausse et de prêter le flan à la raillerie et à une critique souvent fondée ; c'est pourquoi les incrédules sortent de ces réunions rarement convertis, et peu disposés à voir un côté sérieux dans le spiritisme. L'ignorance et la légèreté de certains médiums ont fait plus de tort qu'on ne le croit dans l'opinion de beaucoup de gens.
Le spiritisme a fait de grands progrès depuis quelques années, mais il en a fait surtout d'immenses depuis qu'il est entré dans la voie philosophique, parce qu'il a été apprécié par les gens éclairés. Aujourd'hui ce n'est plus un spectacle : c'est une doctrine dont ne se rient plus ceux qui se moquaient des tables tournantes. En faisant nos efforts pour l'amener et le maintenir sur ce terrain, nous avons la conviction de lui conquérir plus de partisans utiles qu'en provoquant à tort et à travers des manifestations dont on pourrait abuser. Nous en avons tous les jours la preuve par le nombre d'adeptes qu'a faits la seule lecture du Livre des Esprits.
Après avoir exposé dans le Livre des Esprits la partie philosophique de la science spirite, nous donnons dans cet ouvrage la partie pratique à l'usage de ceux qui veulent s'occuper des manifestations, soit par eux-mêmes, soit pour se rendre compte des phénomènes qu'ils peuvent être appelés à voir. Ils y verront les écueils qu'on peut rencontrer, et auront ainsi un moyen de les éviter. Ces deux ouvrages, quoique faisant suite l'un à l'autre, sont jusqu'à un certain point indépendants l'un de l'autre ; mais à quiconque voudra s'occuper sérieusement de la chose, nous dirons de lire d'abord le Livre des Esprits, parce qu'il contient des principes fondamentaux, sans lesquels certaines parties de celui-ci seraient peut-être difficilement comprises.
Des améliorations importantes ont été apportées à la seconde édition, beaucoup plus complète que la première. Elle a été corrigée avec un soin tout particulier par les Esprits qui y ont ajouté un très grand nombre de remarques et d'instructions du plus haut intérêt. Comme ils ont tout revu, qu'ils ont approuvé ou modifié à leur gré, on peut dire qu'elle est en grande partie leur ouvrage, car leur intervention ne s'est pas bornée aux quelques articles signés ; nous n'avons indiqué les noms que lorsque cela nous a paru nécessaire pour caractériser certaines citations un peu étendues, comme émanant d'eux textuellement, autrement il nous eût fallu les citer presque à chaque page, notamment à toutes les réponses faites aux questions proposées, ce qui ne nous a pas semblé utile. Les noms, comme on le sait, importent peu en pareille matière ; l'essentiel est que l'ensemble du travail réponde au but que nous nous sommes proposé. L'accueil fait à la première édition, quoique imparfaite, nous fait espérer que celle-ci ne sera pas vue avec moins de faveur.
Comme nous y avons ajouté beaucoup de choses, et plusieurs chapitres entiers, nous avons supprimé quelques articles qui faisaient double emploi, entre autres l'Echelle spirite qui se trouve déjà dans le Livre des Esprits. Nous avons également supprimé du Vocabulaire ce qui ne rentrait pas spécialement dans le cadre de cet ouvrage, et qui se trouve utilement remplacé par des choses plus pratiques. Ce vocabulaire, d'ailleurs, n'était point assez complet ; nous le publierons plus tard séparément sous la forme d'un petit dictionnaire de philosophie spirite ; nous n'en avons conservé ici que les mots nouveaux ou spéciaux relatifs à l'objet dont nous nous occupons.
PREMIERE PARTIE - NOTIONS PRELIMINAIRES
CHAPITRE PREMIER — Y A-T-IL DES ESPRITS ?
Quelle que soit l'idée que l'on se fasse des Esprits, cette croyance est nécessairement fondée sur l'existence d'un principe intelligent en dehors de la matière ; elle est incompatible avec la négation absolue de ce principe. Nous prenons donc notre point de départ dans l'existence, la survivance et l'individualité de l'âme, dont le spiritualisme est la démonstration théorique et dogmatique, et le spiritisme la démonstration patente. Faisons pour un instant abstraction des manifestations proprement dites, et, raisonnant par induction, voyons à quelles conséquences nous arriverons.
Or, ces âmes qui peuplent l'espace sont précisément ce que l'on appelle Esprits ; les Esprits ne sont donc autre chose que les âmes des hommes dépouillées de leur enveloppe corporelle. Si les Esprits étaient des êtres à part, leur existence serait plus hypothétique ; mais si l'on admet qu'il y a des âmes, il faut bien aussi admettre les Esprits qui ne sont autres que les âmes ; si l'on admet que les âmes sont partout, il faut admettre également que les Esprits sont partout. On ne saurait donc nier l'existence des Esprits sans nier celle des âmes.
Figurons-nous d'abord l'Esprit dans son union avec le corps ; l'Esprit est l'être principal, puisque c'est l'être pensant et survivant ; le corps n'est donc qu'un accessoire de l'Esprit, une enveloppe, un vêtement qu'il quitte quand il est usé. Outre cette enveloppe matérielle, l'Esprit en a une seconde, semi-matérielle, qui l'unit à la première ; à la mort, l'Esprit se dépouille de celle-ci, mais non de la seconde à laquelle nous donnons le nom de périsprit. Cette enveloppe semi-matérielle, qui affecte la forme humaine, constitue pour lui un corps fluidique, vaporeux, mais qui, pour être invisible pour nous dans son état normal, n'en possède pas moins quelques-unes des propriétés de la matière. L'Esprit n'est donc pas un point, une abstraction, mais un être limité et circonscrit, auquel il ne manque que d'être visible et palpable pour ressembler aux êtres humains. Pourquoi donc n'agirait-il pas sur la matière ? Est-ce parce que son corps est fluidique ? Mais n'est-ce pas parmi les fluides les plus raréfiés, ceux même que l'on regarde comme impondérables, l'électricité, par exemple, que l'homme trouve ses plus puissants moteurs ? Est-ce que la lumière impondérable n'exerce pas une action chimique sur la matière pondérable ? Nous ne connaissons pas la nature intime du périsprit ; mais supposons-le formé de matière électrique, ou toute autre aussi subtile, pourquoi n'aurait-il pas la même propriété étant dirigé par une volonté ?
Croyez-vous en Dieu ?
Croyez-vous avoir une âme ?
Croyez-vous à la survivance de l'âme après la mort ?
il répond négativement, ou même s'il dit simplement : Je ne sais ; je voudrais qu'il en fût ainsi, mais je n'en suis pas sûr, ce qui, le plus souvent, équivaut à une négation polie, déguisée sous une forme moins tranchante pour éviter de heurter trop brusquement ce qu'il appelle des préjugés respectables, il serait tout aussi inutile d'aller au-delà que d'entreprendre de démontrer les propriétés de la lumière à l'aveugle qui n'admettrait pas la lumière ; car, en définitive, les manifestations spirites ne sont autre chose que les effets des propriétés de l'âme ; avec celui-là c'est un tout autre ordre d'idées à suivre, si l'on ne veut pas perdre son temps.
Si la base est admise, non à titre de probabilité, mais comme chose avérée, incontestable, l'existence des Esprits en découle tout naturellement.
1° Que l'être qui pense en nous pendant la vie ne doit plus penser après la mort ;
2° Que s'il pense, il ne doit plus penser à ceux qu'il a aimés ;
3° Que s'il pense à ceux qu'il a aimés, il ne doit plus vouloir se communiquer à eux ;
4° Que s'il peut être partout, il ne peut pas être à nos côtés ;
5° Que s'il est à nos côtés, il ne peut pas se communiquer à nous ;
6° Que par son enveloppe fluidique il ne peut pas agir sur la matière inerte ;
7° Que s'il peut agir sur la matière inerte, il ne peut pas agir sur un être animé ;
8° Que s'il peut agir sur un être animé, il ne peut pas diriger sa main pour le faire écrire ;
9° Que, pouvant le faire écrire, il ne peut pas répondre à ses questions et lui transmettre sa pensée.
Quand les adversaires du spiritisme nous auront démontré que cela ne se peut pas, par des raisons aussi patentes que celles par lesquelles Galilée démontra que ce n'est pas le soleil qui tourne autour de la terre, alors nous pourrons dire que leurs doutes sont fondés ; malheureusement jusqu'à ce jour toute leur argumentation se résume en ces mots : Je ne crois pas, donc cela est impossible. Ils nous diront sans doute que c'est à nous de prouver la réalité des manifestations ; nous la leur prouvons par les faits et par le raisonnement ; s'ils n'admettent ni l'un ni l'autre, s'ils nient même ce qu'ils voient, c'est à eux de prouver que notre raisonnement est faux et que les faits sont impossibles.
CHAPITRE II - LE MERVEILLEUX ET LE SURNATUREL
Il faudrait ici toute une démonstration qui ne serait pas à sa place, et ferait d'ailleurs double emploi, car elle ressort de toutes les autres parties de l'enseignement. Toutefois, pour la résumer en quelques mots, nous dirons qu'elle est fondée, en théorie, sur ce principe : tout effet intelligent doit avoir une cause intelligente ; en pratique : sur cette observation que les phénomènes dits spirites, ayant donné des preuves d'intelligence, devaient avoir leur cause en dehors de la matière ; que cette intelligence n'étant pas celle des assistants, - ceci est un résultat d'expérience, - devait être en dehors d'eux ; puisqu'on ne voyait pas l'être agissant, c'était donc un être invisible. C'est alors que d'observation en observation on est arrivé à reconnaître que cet être invisible, auquel on a donné le nom d'Esprit, n'est autre que l'âme de ceux qui ont vécu corporellement, et que la mort a dépouillés de leur grossière enveloppe visible, ne leur laissant qu'une enveloppe éthérée, invisible dans son état normal. Voilà donc le merveilleux et le surnaturel réduits à leur plus simple expression. L'existence d'êtres invisibles une fois constatée, leur action sur la matière résulte de la nature de leur enveloppe fluidique ; cette action est intelligente, parce qu'en mourant ils n'ont perdu que leur corps, mais ont conservé l'intelligence qui est leur essence ; là est la clef de tous ces phénomènes réputés à tort surnaturels. L'existence des Esprits n'est donc point un système préconçu, une hypothèse imaginée pour expliquer les faits ; c'est un résultat d'observations, et la conséquence naturelle de l'existence de l'âme ; nier cette cause, c'est nier l'âme et ses attributs. Que ceux qui penseraient pouvoir donner de ces effets intelligents une solution plus rationnelle, pouvant surtout rendre raison de tous les faits, veuillent bien le faire, et alors on pourra discuter le mérite de chacune.
1° Tous les phénomènes spirites ont pour principe l'existence de l'âme, sa survivance au corps et ses manifestations ;
2° Ces phénomènes étant fondés sur une loi de la nature n'ont rien de merveilleux ni de surnatureldans le sens vulgaire de ces mots ;
3° Beaucoup de faits ne sont réputés surnaturels que parce qu'on n'en connaît pas la cause ; le spiritisme en leur assignant une cause les fait rentrer dans le domaine des phénomènes naturels ;
4° Parmi les faits qualifiés de surnaturels, il en est beaucoup dont le spiritisme démontre l'impossibilité, et qu'il range parmi les croyances superstitieuses ;
5° Bien que le spiritisme reconnaisse dans beaucoup de croyances populaires un fond de vérité, il n'accepte nullement la solidarité de toutes les histoires fantastiques créées par l'imagination ;
6° Juger le spiritisme sur les faits qu'il n'admet pas, c'est faire preuve d'ignorance, et ôter toute valeur à son opinion ;
7° L'explication des faits admis par le spiritisme, leurs causes et leurs conséquences morales, constituent toute une science et toute une philosophie, qui requiert une étude sérieuse, persévérante et approfondie ;
8° Le spiritisme ne peut regarder comme critique sérieux que celui qui aurait tout vu, tout étudié, tout approfondi, avec la patience et la persévérance d'un observateur consciencieux ; qui en saurait autant sur ce sujet que l'adepte le plus éclairé ; qui aurait, par conséquent, puisé ses connaissances ailleurs que dans les romans de la science ; à qui on ne pourrait opposer aucun fait dont il n'eût connaissance, aucun argument qu'il n'eût médité ; qu'il réfuterait, non par des négations, mais par d'autres arguments plus péremptoires ; qui pourrait enfin assigner une cause plus logique aux faits avérés. Ce critique est encore à trouver.
Dans son acception primitive, et par son étymologie, le mot miracle signifie chose extraordinaire, chose admirable à voir ; mais ce mot, comme tant d'autres, s'est écarté du sens originaire, et aujourd'hui il se dit (selon l'Académie) d'un acte de la puissance divine contraire aux lois communes de la nature. Telle est, en effet, son acception usuelle, et ce n'est plus que par comparaison et par métaphore qu'on l'applique aux choses vulgaires qui nous surprennent et dont la cause est inconnue. Il n'entre nullement dans nos vues d'examiner si Dieu a pu juger utile, en certaines circonstances, de déroger aux lois établies par lui-même ; notre but est uniquement de démontrer que les phénomènes spirites, quelque extraordinaires qu'ils soient, ne dérogent nullement à ces lois, n'ont aucun caractère miraculeux, pas plus qu'ils ne sont merveilleux ou surnaturels. Le miracle ne s'explique pas ; les phénomènes spirites, au contraire, s'expliquent de la manière la plus rationnelle ; ce ne sont donc pas des miracles, mais de simples effets qui ont leur raison d'être dans les lois générales. Le miracle a encore un autre caractère, c'est d'être insolite et isolé. Or, du moment qu'un fait se reproduit, pour ainsi dire, à volonté, et par diverses personnes, ce ne peut être un miracle.
La science fait tous les jours des miracles aux yeux des ignorants : voilà pourquoi jadis ceux qui en savaient plus que le vulgaire passaient pour sorciers ; et comme on croyait que toute science surhumaine venait du diable, on les brûlait. Aujourd'hui qu'on est beaucoup plus civilisé, on se contente de les envoyer aux Petites-Maisons.
Qu'un homme réellement mort, comme nous l'avons dit en commençant, soit rappelé à la vie par une intervention divine, c'est là un véritable miracle, parce que c'est contraire aux lois de la nature. Mais si cet homme n'a que les apparences de la mort, s'il y a encore en lui un reste de vitalité latente, et que la science, ou une action magnétique, parvienne à le ranimer, pour les gens éclairés c'est un phénomène naturel ; mais aux yeux du vulgaire ignorant, le fait passera pour miraculeux, et l'auteur sera pourchassé à coups de pierres ou vénéré selon le caractère des individus. Qu'au milieu de certaines campagnes, un physicien lance un cerf-volant électrique et fasse tomber la foudre sur un arbre, ce nouveau Prométhée sera certainement regardé comme armé d'une puissance diabolique ; et, soit dit en passant, Prométhée nous semble singulièrement avoir devancé Franklin ; mais Josué arrêtant le mouvement du soleil, ou plutôt de la terre, voilà le véritable miracle, car nous ne connaissons aucun magnétiseur doué d'une assez grande puissance pour opérer un tel prodige. De tous les phénomènes spirites, un des plus extraordinaires est, sans contredit, celui de l'écriture directe, et l'un de ceux qui démontrent de la manière la plus patente l'action des intelligences occultes ; mais de ce que le phénomène est produit par des êtres occultes, il n'est pas plus miraculeux que tous les autres phénomènes qui sont dus à des agents invisibles, parce que ces êtres occultes, qui peuplent les espaces, sont une des puissances de la nature, puissance dont l'action est incessante sur le monde matériel, aussi bien que sur le monde moral.
Le spiritisme, en nous éclairant sur cette puissance, nous donne la clef d'une foule de choses inexpliquées et inexplicables par tout autre moyen, et qui ont pu, dans des temps reculés, passer pour des prodiges ; il révèle, de même que le magnétisme, une loi, sinon inconnue, du moins mal comprise ; ou, pour mieux dire, on connaissait les effets, car ils se sont produits de tout temps, mais on ne connaissait pas la loi, et c'est l'ignorance de cette loi qui a engendré la superstition. Cette loi connue, le merveilleux disparaît, et les phénomènes rentrent dans l'ordre des choses naturelles. Voilà pourquoi les spirites ne font pas plus de miracles en faisant tourner une table ou écrire des trépassés, que le médecin en faisant revivre un moribond, ou le physicien en faisant tomber la foudre. Celui qui prétendrait, à l'aide de cette science, faire des miracles, serait ou un ignorant de la chose, ou un faiseur de dupes.
Les phénomènes spirites sont contestés par certaines personnes, précisément parce qu'ils paraissent sortir de la loi commune et qu'on ne s'en rend pas compte. Donnez-leur une base rationnelle, et le doute cesse. L'explication, dans ce siècle où l'on ne se paye pas de mots, est donc un puissant motif de conviction ; aussi voyons-nous tous les jours des personnes qui n'ont été témoins d'aucun fait, qui n'ont vu ni une table tourner, ni un médium écrire, et qui sont aussi convaincues que nous, uniquement parce qu'elles ont lu et compris. Si l'on ne devait croire qu'à ce que l'on a vu de ses yeux, nos convictions se réduiraient à bien peu de chose.
CHAPITRE III - METHODE
Nous avons dit que le spiritisme est toute une science, toute une philosophie ; celui qui veut sérieusement le connaître doit donc, comme première condition, s'astreindre à une étude sérieuse, et se persuader que, pas plus que toute autre science, il ne peut s'apprendre en jouant. Le spiritisme, nous l'avons dit, touche à toutes les questions qui intéressent l'humanité ; son champ est immense, et c'est surtout dans ses conséquences qu'il convient de l'envisager. La croyance aux Esprits en forme sans doute la base, mais elle ne suffit pas plus pour faire un spirite éclairé, que la croyance en Dieu ne suffit pour faire un théologien. Voyons donc de quelle manière il convient de procéder à cet enseignement pour amener plus sûrement la conviction.
Que les adeptes ne soient point effrayés par ce mot d'enseignement ; il n'y a pas que l'enseignement donné du haut de la chaire ou de la tribune ; il y a aussi celui de la simple conversation. Toute personne qui cherche à en persuader une autre, soit par la voie des explications, soit par celles des expériences, fait de l'enseignement ; ce que nous désirons, c'est que sa peine porte des fruits, et c'est pour cela que nous croyons devoir donner quelques conseils, dont pourront également profiter ceux qui veulent s'instruire par eux-mêmes ; ils y trouveront le moyen d'arriver plus sûrement et plus promptement au but.
Dans le spiritisme, la question des Esprits est secondaire et consécutive ; ce n'est pas le point de départ, et là précisément est l'erreur dans laquelle on tombe, et qui souvent fait échouer vis-à-vis de certaines personnes. Les Esprits n'étant autre chose que les âmes des hommes, le véritable point de départ est donc l'existence de l'âme. Or, comment le matérialiste peut-il admettre que des êtres vivent en dehors du monde matériel, alors qu'il croit que lui-même n'est que matière ? Comment peut-il croire à des Esprits en dehors de lui, quand il ne croit pas en avoir un en lui ? En vain accumulerait-on à ses yeux les preuves les plus palpables, il les contestera toutes, parce qu'il n'admet pas le principe. Tout enseignement méthodique doit procéder du connu à l'inconnu ; pour le matérialiste, le connu c'est la matière ; partez donc de la matière, et tâchez avant tout, en la lui faisant observer, de le convaincre qu'en lui il y a quelque chose qui échappe aux lois de la matière ; en un mot, avant de le rendre SPIRITE, tâchez de le rendre SPIRITUALISTE ; mais pour cela, c'est un tout autre ordre de faits, un enseignement tout spécial auquel il faut procéder par d'autres moyens ; lui parler des Esprits avant qu'il soit convaincu d'avoir une âme, c'est commencer par où il faudrait finir, car il ne peut admettre la conclusion s'il n'admet pas les prémisses. Avant donc d'entreprendre de convaincre un incrédule, même par les faits, il convient de s'assurer de son opinion par rapport à l'âme, c'est-à-dire s'il croit à son existence, à sa survivance au corps, à son individualité après la mort ; si sa réponse est négative, ce serait peine perdue que de lui parler des Esprits. Voilà la règle ; nous ne disons pas qu'elle soit sans exception, mais alors c'est qu'il y a probablement une autre cause qui le rend moins réfractaire.
Quand nous avons dit que le doute cesse chez les incrédules en présence d'une explication rationnelle, il faut en excepter les matérialistes quand même, ceux qui nient toute puissance et tout principe intelligent en dehors de la matière ; la plupart s'obstinent dans leur opinion par orgueil, et croient leur amour-propre engagé à y persister ; ils y persistent envers et contre toutes preuves contraires, parce qu'ils ne veulent pas avoir le dessous. Avec ces gens-là, il n'y a rien à faire ; il ne faut même pas se laisser prendre au faux-semblant de sincérité de ceux qui disent : faites-moi voir et je croirai. Il y en a qui sont plus francs et qui disent carrément : je verrais que je ne croirais pas.
1° Ceux qui croient purement et simplement aux manifestations. Le spiritisme est pour eux une simple science d'observation, une série de faits plus ou moins curieux ; nous les appellerons spirites expérimentateurs ;
2° Ceux qui voient dans le spiritisme autre chose que des faits ; ils en comprennent la partie philosophique ; ils admirent la morale qui en découle, mais ils ne la pratiquent pas. Son influence sur leur caractère est insignifiante ou nulle ; ils ne changent rien à leurs habitudes, et ne se priveraient pas d'une seule jouissance ; l'avare est toujours ladre, l'orgueilleux toujours plein de lui-même, l'envieux et le jaloux toujours hostiles ; pour eux la charité chrétienne n'est qu'une belle maxime ; ce sont les spirites imparfaits ;
3° Ceux qui ne se contentent pas d'admirer la morale spirite, mais qui la pratiquent et en acceptent toutes les conséquences. Convaincus que l'existence terrestre est une épreuve passagère, ils tâchent de mettre à profit ces courts instants pour marcher dans la voie du progrès qui seul peut les élever dans la hiérarchie du monde des Esprits, en s'efforçant de faire le bien et de réprimer leurs penchants mauvais ; leurs relations sont toujours sûres, car leur conviction les éloigne de toute pensée du mal. La charité est en toutes choses la règle de leur conduite ; ce sont là les vrais spirites ou mieux les spirites chrétiens.
4° Il y a enfin les spirites exaltés. L'espèce humaine serait parfaite si elle ne prenait jamais que le bon côté des choses. L'exagération en tout est nuisible ; en spiritisme elle donne une confiance trop aveugle et souvent puérile dans les choses du monde invisible, et fait accepter trop facilement et sans contrôle ce dont la réflexion et l'examen démontreraient l'absurdité ou l'impossibilité ; mais l'enthousiasme ne réfléchit pas ; il éblouit. Cette sorte d'adeptes est plus nuisible qu'utile à la cause du spiritisme ; ce sont les moins propres à convaincre, parce qu'on se défie avec raison de leur jugement ; ils sont de très bonne foi dupes, soit des Esprits mystificateurs, soit des hommes qui cherchent à exploiter leur crédulité. S'ils devaient en subir seuls les conséquences, il n'y aurait que demi-mal ; le pis, c'est qu'ils donnent sans le vouloir des armes aux incrédules qui cherchent bien plutôt les occasions de railler que de se convaincre, et ne manquent pas d'imputer à tous le ridicule de quelques-uns. Cela n'est sans doute ni juste ni rationnel ; mais, on le sait, les adversaires du spiritisme ne reconnaissent que leur raison comme étant de bon aloi, et connaître à fond ce dont ils parlent est le moindre de leurs soucis.
Le moyen d'obvier à cet inconvénient est très simple, c'est de commencer par la théorie ; là tous les phénomènes sont passés en revue ; ils sont expliqués, on peut s'en rendre compte, en comprendre la possibilité, connaître les conditions dans lesquelles ils peuvent se produire et les obstacles qu'ils peuvent rencontrer ; quel que soit alors l'ordre dans lequel ils sont amenés par les circonstances, ils n'ont rien qui puisse surprendre. Cette marche offre encore un autre avantage, c'est d'épargner à celui qui veut opérer une foule de mécomptes ; prémuni contre les difficultés, il peut se tenir sur ses gardes, et éviter d'acquérir l'expérience à ses dépens.
Depuis que nous nous occupons de spiritisme, il nous serait difficile de dire le nombre des personnes qui sont venues auprès de nous, et parmi celles-ci combien nous en avons vu qui étaient restées indifférentes ou incrédules en présence des faits les plus patents, et qui n'ont été convaincues que plus tard par une explication raisonnée ; combien d'autres ont été prédisposées à la conviction par le raisonnement ; combien enfin ont été persuadées sans avoir rien vu, mais uniquement parce qu'elles avaient compris. C'est donc par expérience que nous parlons, et c'est aussi pourquoi nous disons que la meilleure méthode d'enseignement spirite est de s'adresser à la raison avant de s'adresser aux yeux. C'est celle que nous suivons dans nos leçons, et nous n'avons qu'à nous en applaudir.
1° Qu'est-ce que le spiritisme ? Cette brochure, d'une centaine de pages seulement, est un exposé sommaire des principes de la doctrine spirite, un coup d'oeil général qui permet d'embrasser l'ensemble sous un cadre restreint. En peu de mots on voit le but, et l'on peut juger de sa portée. On y trouve en outre la réponse aux principales questions ou objections que sont naturellement disposées à faire les personnes novices. Cette première lecture, qui ne demande que peu de temps, est une introduction qui facilite une étude plus approfondie.
2° Le Livre des Esprits ; il contient la doctrine complète dictée par les Esprits eux-mêmes avec toute sa philosophie et toutes ses conséquences morales ; c'est la destinée de l'homme dévoilée, l'initiation à la nature des Esprits et aux mystères de la vie d'outre-tombe. En le lisant, on comprend que le spiritisme a un but sérieux, et n'est pas un passe-temps frivole.
3° Le Livre des médiums ; il est destiné à diriger dans la pratique des manifestations, par la connaissance des moyens les plus propres pour communiquer avec les Esprits ; c'est un guide soit pour les médiums, soit pour les évocateurs, et le complément du Livre des Esprits.
4° La Revue spirite ; c'est un recueil varié de faits, d'explications théoriques et de morceaux détachés qui complètent ce qui est dit dans les deux précédents ouvrages, et qui en est en quelque sorte l'application. La lecture peut en être faite en même temps, mais elle sera plus profitable et plus intelligible surtout après celle du Livre des Esprits.
Voilà pour ce qui nous concerne. Ceux qui veulent tout connaître dans une science doivent nécessairement lire tout ce qui est écrit sur la matière, ou tout au moins les choses principales, et ne pas se borner à un seul auteur ; ils doivent même lire le pour et le contre, les critiques aussi bien que les apologies, s'initier aux différents systèmes afin de pouvoir juger par la comparaison. Sous ce rapport, nous ne préconisons ni ne critiquons aucun ouvrage, ne voulant influer en rien sur l'opinion qu'on peut s'en former ; apportant notre pierre à l'édifice, nous nous mettons sur les rangs : il ne nous appartient pas d'être juge et partie, et nous n'avons pas la ridicule prétention d'être seul dispensateur de la lumière ; c'est au lecteur à faire la part du bon et du mauvais, du vrai et du faux.
CHAPITRE IV - SYSTEMES
Les adversaires du spiritisme ont cru trouver un argument dans cette divergence d'opinions en disant que les spirites eux-mêmes ne sont pas d'accord entre eux. C'était une bien pauvre raison, si l'on réfléchit que les pas de toute science naissante sont nécessairement incertains, jusqu'à ce que le temps ait permis de rassembler et de coordonner les faits qui peuvent asseoir l'opinion ; à mesure que les faits se complètent et sont mieux observés, les idées prématurées s'effacent et l'unité s'établit, du moins sur les points fondamentaux, si ce n'est dans tous les détails. C'est ce qui a eu lieu pour le spiritisme ; il ne pouvait échapper à la loi commune, et devait même, par sa nature, se prêter plus que toute autre chose à la diversité des interprétations. On peut même dire qu'à cet égard il a été plus vite que d'autres sciences ses aînées, la médecine, par exemple, qui divise encore les plus grands savants.
Les phénomènes spirites sont de deux sortes : les effets physiques et les effets intelligents. N'admettant pas l'existence des Esprits, par la raison qu'ils n'admettent rien en dehors de la matière, on conçoit qu'ils nient les effets intelligents. Quant aux effets physiques, ils les commentent à leur point de vue, et leurs arguments peuvent se résumer dans les quatre systèmes suivants.
Une cause physiologique bien connue peut, sans doute, faire qu'on croie voir tourner une chose qui ne bouge pas, ou qu'on croie tourner soi-même quand on est immobile ; mais quand plusieurs personnes autour d'une table sont entraînées par un mouvement si rapide qu'elles ont de la peine à le suivre, que quelques-unes sont parfois jetées par terre, dira-t-on que toutes sont prises de vertige, comme l'ivrogne qui croit voir passer sa maison devant lui ?
Il est vrai qu'un savant médecin en a donné une explication péremptoire, selon lui *. «La cause en est, dit-il, dans les contractions volontaires ou involontaires du tendon du muscle court-péronier». Il entre à ce sujet dans les détails anatomiques les plus complets pour démontrer par quel mécanisme ce tendon peut produire ces bruits, imiter les batteries du tambour et même exécuter des airs rythmés ; d'où il conclut que ceux qui croient entendre frapper des coups dans une table sont dupes ou d'une mystification, ou d'une illusion. Le fait n'est pas nouveau en lui-même ; malheureusement pour l'auteur de cette prétendue découverte, sa théorie ne peut rendre raison de tous les cas. Disons d'abord que ceux qui jouissent de la singulière faculté de faire craquer à volonté leur muscle court-péronier, ou tout autre, et de jouer des airs par ce moyen, sont des sujets exceptionnels ; tandis que celle de faire frapper les tables est très commune, et que ceux qui possèdent celle-ci ne jouissent pas tous, à beaucoup près, de la première. En second lieu, le savant docteur a oublié d'expliquer comment le craquement musculaire d'une personne immobile et isolée de la table peut y produire des vibrations sensibles au toucher ; comment ce bruit peut se répercuter à la volonté des assistants dans les différentes parties de la table, dans les autres meubles, contre les murs, au plafond, etc. ; comment, enfin, l'action de ce muscle peut s'étendre à une table qu'on ne touche pas, et la faire mouvoir. Cette explication, du reste, si c'en était une, n'infirmerait que le phénomène des coups frappés, mais ne peut concerner tous les autres modes de communications. Concluons-en qu'il a jugé sans avoir vu, ou sans avoir tout vu et bien vu. Il est toujours regrettable que des hommes de science se hâtent de donner sur ce qu'ils ne connaissent pas des explications que les faits peuvent démentir. Leur savoir même devrait les rendre d'autant plus circonspects dans leurs jugements, qu'il recule pour eux les bornes de l'inconnu.
Si la pensée exprimée avait toujours été celle des assistants, la théorie de la réflexion eût été confirmée ; or, le phénomène, même réduit à cette proportion, n'était-il pas du plus haut intérêt ? La pensée se répercutant dans un corps inerte et se traduisant par le mouvement et le bruit, n'était-ce pas une chose bien remarquable ? N'y avait-il pas là de quoi piquer la curiosité des savants ? Pourquoi donc l'ont-ils dédaignée, eux qui s'épuisent à la recherche d'une fibre nerveuse ?
L'expérience seule, disons-nous, pouvait donner tort ou raison à cette théorie, et l'expérience lui a donné tort, car elle démontre à chaque instant, et par les faits les plus positifs, que la pensée exprimée peut être, non seulement étrangère à celle des assistants, mais que souvent elle y est entièrement contraire ; qu'elle vient contredire toutes les idées préconçues, déjouer toutes les prévisions ; en effet, quand je pense blanc et qu'il m'est répondu noir, il m'est difficile de croire que la réponse vienne de moi. On s'appuie sur quelques cas d'identité entre la pensée exprimée et celle des assistants ; mais qu'est-ce que cela prouve, sinon que les assistants peuvent penser comme l'intelligence qui se communique ? Il n'est pas dit qu'ils doivent toujours être d'opinion opposée. Lorsque, dans la conversation, l'interlocuteur émet une pensée analogue à la vôtre, direz-vous pour cela qu'elle vient de vous ? Il suffit de quelques exemples contraires bien constatés pour prouver que cette théorie ne peut être absolue. Comment, d'ailleurs, expliquer par la réflexion de la pensée, l'écriture produite par des personnes qui ne savent pas écrire, les réponses de la plus haute portée philosophique obtenues par des personnes illettrées, celles qui sont données à des questions mentales ou dans une langue inconnue du médium, et mille autres faits qui ne peuvent laisser de doute sur l'indépendance de l'intelligence qui se manifeste ? L'opinion contraire ne peut être que le résultat d'un défaut d'observation.
Si la présence d'une intelligence étrangère est prouvée moralement par la nature des réponses, elle l'est matériellement par le fait de l'écriture directe, c'est-à-dire de l'écriture obtenue spontanément, sans plume ni crayon, sans contact, et nonobstant toutes les précautions prises pour se garantir de tout subterfuge. Le caractère intelligent du phénomène ne saurait être révoqué en doute ; donc il y a autre chose qu'une action fluidique. Ensuite, la spontanéité de la pensée exprimée en dehors de toute attente, de toute question proposée, ne permet pas d'y voir un reflet de celle des assistants.
Le système du reflet est assez désobligeant dans certains cas ; quand, dans une réunion de personnes honnêtes, survient inopinément une de ces communications révoltantes de grossièreté, ce serait faire un fort mauvais compliment aux assistants de prétendre qu'elle provient de l'un d'eux, et il est probable que chacun s'empresserait de la répudier (Voyez Livre des Esprits, Introduction, § 16).
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* Communion. La lumière du phénomène de l'Esprit. Tables parlantes, somnambules, médiums, miracles. Magnétisme spirituel : puissance de la pratique de la foi. Par Emah Tirpsé, une âme collective écrivant par l'intermédiaire d'une planchette. Bruxelles, 1858, chez Devroye.
La croyance à la communication exclusive des démons, quelque irrationnelle qu'elle soit, pouvait ne pas sembler impossible alors que l'on regardait les Esprits comme des êtres créés en dehors de l'humanité ; mais depuis que l'on sait que les Esprits ne sont autre chose que les âmes de ceux qui ont vécu, elle a perdu tout son prestige, et l'on peut dire toute vraisemblance ; car il s'ensuivrait que toutes ces âmes sont des démons, fussent-elles celles d'un père, d'un fils ou d'un ami, et que nous-mêmes, en mourant, nous devenons des démons, doctrine peu flatteuse et peu consolante pour beaucoup de gens. Il sera bien difficile de persuader à une mère que l'enfant chéri qu'elle a perdu, et qui vient lui donner après sa mort des preuves de son affection et de son identité, soit un suppôt de Satan. Il est vrai que, parmi les Esprits, il y en a de très mauvais et qui ne valent pas mieux que ceux que l'on appelle démons, par une raison bien simple, c'est qu'il y a des hommes très mauvais et que la mort ne rend pas immédiatement meilleurs ; la question est de savoir si ce sont les seuls qui puissent se communiquer. A ceux qui le pensent, nous adresserons les questions suivantes :
1° Y a-t-il de bons et de mauvais Esprits ?
2° Dieu est-il plus puissant que les mauvais Esprits, ou que les démons, si vous voulez les appeler ainsi ?
3° Affirmer que les mauvais seuls se communiquent, c'est dire que les bons ne le peuvent pas ; s'il en est ainsi, de deux choses l'une : cela a lieu par la volonté ou contre la volonté de Dieu. Si c'est contre sa volonté, c'est que les mauvais Esprits sont plus puissants que lui ; si c'est par sa volonté, pourquoi, dans sa bonté, ne le permettrait-il pas aux bons pour contrebalancer l'influence des autres ?
4° Quelle preuve pouvez-vous donner de l'impuissance des bons Esprits à se communiquer ?
5° Lorsqu'on vous oppose la sagesse de certaines communications, vous répondez que le démon prend tous les masques pour mieux séduire. Nous savons, en effet, qu'il y a des Esprits hypocrites qui donnent à leur langage un faux vernis de sagesse ; mais admettez-vous que l'ignorance puisse contrefaire le vrai savoir, et une mauvaise nature contrefaire la vraie vertu, sans laisser rien percer qui puisse déceler la fraude ?
6° Si le démon seul se communique, puisqu'il est l'ennemi de Dieu et des hommes, pourquoi recommande-t-il de prier Dieu, de se soumettre à sa volonté, de subir sans murmure les tribulations de la vie, de n'ambitionner ni les honneurs ni les richesses, de pratiquer la charité et toutes les maximes du Christ ; en un mot, de faire tout ce qui est nécessaire pour détruire son empire ? Si c'est le démon qui donne de tels conseils, il faut convenir que, tout rusé qu'il est, il est bien maladroit de fournir des armes contre lui-même. *
7° Puisque les Esprits se communiquent, c'est que Dieu le permet ; en voyant les bonnes et les mauvaises communications, n'est-il pas plus logique de penser que Dieu permet les unes pour nous éprouver, et les autres pour nous conseiller le bien ?
8° Que penseriez-vous d'un père qui laisserait son enfant à la merci des exemples et des conseils pernicieux, et qui écarterait de lui, qui lui interdirait de voir les personnes qui pourraient le détourner du mal ? Ce qu'un bon père ne ferait pas, doit-on penser que Dieu, qui est la bonté par excellence, fasse moins que ne ferait un homme ?
9° L'Eglise reconnaît comme authentiques certaines manifestations de la Vierge et autres saints, dans des apparitions, visions, communications orales, etc. ; cette croyance n'est-elle pas contradictoire avec la doctrine de la communication exclusive des démons ?
Nous croyons que certaines personnes ont professé cette théorie de bonne foi ; mais nous croyons aussi que plusieurs l'ont fait uniquement en vue de détourner de s'occuper de ces choses, à cause des mauvaises communications que l'on est exposé à recevoir ; en disant que le diable seul se manifeste, elles ont voulu effrayer, à peu près comme lorsqu'on dit à un enfant : Ne touche pas à cela, parce que cela brûle. L'intention peut être louable, mais le but est manqué ; car la défense seule excite la curiosité, et la peur du diable retient bien peu de gens : on veut le voir, ne serait-ce que pour voir comment il est fait, et l'on est tout étonné de ne pas le trouver aussi noir qu'on l'avait cru.
Ne pourrait-on pas aussi voir un autre motif à cette théorie exclusive du diable ? Il y a des gens qui trouvent que tous ceux qui ne sont pas de leur avis ont tort ; or, ceux qui prétendent que toutes les communications sont l'oeuvre du démon, ne seraient-ils pas mus par la crainte de ne pas trouver les Esprits d'accord avec eux sur tous les points, plus encore sur ceux qui touchent aux intérêts de ce monde qu'à ceux de l'autre ? Ne pouvant nier les faits, ils ont voulu les présenter d'une manière effrayante ; mais ce moyen n'a pas plus arrêté que les autres. Où la crainte du ridicule est impuissante, il faut se résigner à laisser passer les choses.
Le musulman qui entendrait un Esprit parler contre certaines lois du Coran penserait assurément que c'est un mauvais Esprit ; il en serait de même d'un juif pour ce qui regarde certaines pratiques de la loi de Moïse. Quant aux catholiques, nous en avons entendu un affirmer que l'Esprit qui se communiquait ne pouvait être que le diable, parce qu'il s'était permis de penser autrement que lui sur le pouvoir temporel, bien qu'il n'eût, du reste, prêché que la charité, la tolérance, l'amour du prochain, et l'abnégation des choses de ce monde, toutes maximes enseignées par le Christ.
Les Esprits n'étant autres que les âmes des hommes, et les hommes n'étant pas parfaits, il en résulte qu'il y a des Esprits également imparfaits, et dont le caractère se reflète dans leurs communications. C'est un fait incontestable qu'il y en a de mauvais, d'astucieux, de profondément hypocrites, et contre lesquels il faut se tenir en garde ; mais, parce qu'on rencontre dans le monde des hommes pervers, est-ce une raison pour fuir toute société. Dieu nous a donné la raison et le jugement pour apprécier les Esprits aussi bien que les hommes. Le meilleur moyen de se prémunir contre les inconvénients que peut présenter la pratique du spiritisme, ce n'est pas de l'interdire, mais de le faire comprendre. Une crainte imaginaire n'impressionne qu'un instant et n'affecte pas tout le monde ; la réalité clairement démontrée est comprise de tous.
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Quand on leur objecte les faits d'identité qui attestent la présence de parents, amis ou connaissances par les manifestations écrites, visuelles ou autres, ils répondent que c'est toujours le même Esprit, le diable selon les uns, le Christ selon les autres, qui prend toutes les formes ; mais ils ne nous disent pas pourquoi les autres Esprits ne peuvent pas se communiquer, dans quel but l'Esprit de vérité viendrait nous tromper en se présentant sous de fausses apparences, abuser une pauvre mère en lui faisant croire mensongèrement qu'il est l'enfant qu'elle pleure. La raison se refuse à admettre que l'Esprit-Saint entre tous s'abaisse à jouer une pareille comédie. D'ailleurs, nier la possibilité de toute autre communication, n'est-ce pas ôter au spiritisme ce qu'il a de plus suave : la consolation des affligés ? Disons tout simplement qu'un pareil système est irrationnel et ne peut soutenir un examen sérieux.
1° Les phénomènes spirites sont produits par des intelligences extra corporelles, autrement dit par des Esprits.
2° Les Esprits constituent le monde invisible ; ils sont partout ; les espaces en sont peuplés à l'infini ; il y en a sans cesse autour de nous avec lesquels nous sommes en contact.
3° Les Esprits réagissent incessamment sur le monde physique et sur le monde moral, et sont une des puissances de la nature.
4° Les Esprits ne sont pas des êtres à part dans la création ; ce sont les âmes de ceux qui ont vécu sur la terre ou dans d'autres mondes, et qui ont dépouillé leur enveloppe corporelle ; d'où il suit que les âmes des hommes sont des Esprits incarnés, et qu'en mourant nous devenons Esprits.
5° Il y a des Esprits de tous les degrés de bonté et de malice, de savoir et d'ignorance.
6° Ils sont tous soumis à la loi du progrès et peuvent tous arriver à la perfection ; mais comme ils ont leur libre arbitre, ils y arrivent dans un temps plus ou moins long, selon leurs efforts et leur volonté.
7° Ils sont heureux ou malheureux, selon le bien ou le mal qu'ils ont fait pendant leur vie et le degré d'avancement auquel ils sont parvenus. Le bonheur parfait et sans mélange n'est le partage que des Esprits arrivés au suprême degré de perfection.
8° Tous les Esprits, dans des circonstances données, peuvent se manifester aux hommes ; le nombre de ceux qui peuvent se communiquer est indéfini.
9° Les Esprits se communiquent par l'intermédiaire des médiums, qui leur servent d'instruments et d'interprètes.
10° On reconnaît la supériorité ou l'infériorité des Esprits à leur langage ; les bons ne conseillent que le bien et ne disent que de bonnes choses : tout en eux atteste l'élévation ; les mauvais trompent, et toutes leurs paroles portent le cachet de l'imperfection et de l'ignorance.
Les différents degrés que parcourent les Esprits sont indiqués dans l'Echelle spirite (Livre des Esprits, livre II, chapitre I, n° 100). L'étude de cette classification est indispensable pour apprécier la nature des Esprits qui se manifestent, leurs bonnes et mauvaises qualités.
Ce système n'infirme aucun des principes fondamentaux de la doctrine spirite, car il ne change rien à la destinée de l'âme ; les conditions de son bonheur futur sont toujours les mêmes ; l'âme et le périsprit formant un tout, sous le nom d'Esprit, comme le germe et le périsperme en forment un sous le nom de fruit, toute la question se réduit à considérer le tout comme homogène au lieu d'être formé de deux parties distinctes.
Comme on le voit, cela ne tire à aucune conséquence, et nous n'en aurions pas parlé si nous n'avions rencontré des personnes portées à voir une nouvelle école dans ce qui n'est, en définitive, qu'une simple interprétation de mots. Cette opinion, très restreinte du reste, fût-elle même plus générale, n'en constituerait pas plus une scission entre les spirites que les deux théories de l'émission ou des ondulations de la lumière n'en font une entre les physiciens. Ceux qui voudraient faire bande à part pour une question aussi puérile prouveraient par cela seul qu'ils attachent plus d'importance à l'accessoire qu'à la chose principale, et qu'ils sont poussés à la désunion par des Esprits qui ne peuvent pas être bons, car les bons Esprits ne soufflent jamais l'aigreur et la zizanie ; c'est pourquoi nous engageons tous les vrais spirites à se tenir en garde contre de pareilles suggestions, et à ne pas attacher à certains détails plus d'importance qu'ils n'en méritent ; l'essentiel c'est le fond.
Nous croyons néanmoins devoir dire en quelques mots sur quoi s'appuie l'opinion de ceux qui considèrent l'âme et le périsprit comme deux choses distinctes. Elle est fondée sur l'enseignement des Esprits qui n'ont jamais varié à cet égard ; nous parlons des Esprits éclairés, car parmi eux il en est qui n'en savent pas plus et même moins que les hommes, tandis que la théorie contraire est une conception humaine. Nous n'avons ni inventé, ni supposé le périsprit pour expliquer les phénomènes ; son existence nous a été révélée par les Esprits, et l'observation nous l'a confirmée (Livre des Esprits, n° 93). Elle s'appuie encore sur l'étude des sensations chez les Esprits (Livre des Esprits, n° 257) et surtout sur le phénomène des apparitions tangibles qui impliquerait, selon l'autre opinion, la solidification et la désagrégation des parties constituantes de l'âme, et par conséquent sa désorganisation. Il faudrait en outre admettre que cette matière, qui peut tomber sous les sens, est elle-même le principe intelligent, ce qui n'est pas plus rationnel que de confondre le corps avec l'âme, ou l'habit avec le corps. Quant à la nature intime de l'âme, elle nous est inconnue. Quand on dit qu'elle est immatérielle, il faut l'entendre dans le sens relatif et non absolu, car l'immatérialité absolue serait le néant ; or, l'âme ou l'Esprit, c'est quelque chose ; on veut dire que son essence est tellement supérieure qu'elle n'a aucune analogie avec ce que nous appelons matière, et qu'ainsi, pour nous, elle est immatérielle (Livre des Esprits, n° 23 et 82).
«Ce que les uns nomment périsprit n'est pas autre chose que ce que les autres appellent enveloppe matérielle fluidique. Je dirai, pour me faire comprendre d'une manière plus logique, que ce fluide est la perfectibilité des sens, l'extension de la vue et des idées ; je parle ici des Esprits élevés. Quant aux Esprits inférieurs, les fluides terrestres sont encore complètement inhérents à eux ; donc c'est matière, comme vous voyez ; de là les souffrances de la faim, du froid, etc., souffrances que ne peuvent endurer les Esprits supérieurs, attendu que les fluides terrestres sont épurés autour de la pensée, c'est-à-dire de l'âme. L'âme, pour son progrès, a toujours besoin d'un agent ; l'âme, sans agent, n'est rien pour vous, ou, pour mieux dire, ne peut être conçue par vous. Le périsprit, pour nous autres Esprits errants, est l'agent par lequel nous communiquons avec vous, soit indirectement par votre corps ou votre périsprit, soit directement à votre âme ; de là des infinies nuances de médiums et de communications. Maintenant reste le point de vue scientifique, c'est-à-dire l'essence même du périsprit ; ceci est une autre affaire. Comprenez d'abord moralement ; il ne reste plus qu'une discussion sur la nature des fluides, ce qui est inexplicable pour le moment ; la science ne connaît pas assez, mais on y arrivera si la science veut marcher avec le spiritisme. Le périsprit peut varier et changer à l'infini ; l'âme est la pensée : elle ne change pas de nature ; sous ce rapport n'allez pas plus loin, c'est un point qui ne peut être expliqué. Croyez-vous que je ne cherche pas comme vous ? Vous, vous cherchez le périsprit ; nous autres maintenant, nous cherchons l'âme. Attendez donc.»LAMENNAIS.
Ainsi, des Esprits que l'on peut considérer comme avancés n'ont pu encore sonder la nature de l'âme, comment pourrions-nous le faire nous-mêmes ? C'est donc perdre son temps que de vouloir scruter le principe des choses qui, ainsi qu'il est dit dans le Livre des Esprits (n° 17, 49), est dans les secrets de Dieu. Prétendre fouiller, à l'aide du spiritisme, ce qui n'est pas encore du ressort de l'humanité, c'est le détourner de son véritable but ; c'est faire comme l'enfant qui voudrait en savoir autant que le vieillard. Que l'homme fasse tourner le spiritisme à son amélioration morale, c'est l'essentiel ; le surplus n'est qu'une curiosité stérile et souvent orgueilleuse, dont la satisfaction ne lui fera faire aucun pas en avant ; le seul moyen d'avancer, c'est de devenir meilleur. Les Esprits qui ont dicté le livre qui porte leur nom ont prouvé leur sagesse en se renfermant, pour ce qui concerne le principe des choses, dans les limites que Dieu ne permet pas de franchir, laissant aux Esprits systématiques et présomptueux la responsabilité des théories anticipées et erronées, plus séduisantes que solides, et qui tomberont un jour devant la raison comme tant d'autres sorties des cerveaux humains. Ils n'ont dit que juste ce qui était nécessaire pour faire comprendre à l'homme l'avenir qui l'attend, et par cela même l'encourager au bien. (Voir ci-après, 2° partie, chapitre l°, Action des Esprits sur la matière.)
SECONDE PARTIE - DES MANIFESTATIONS SPIRITES
CHAPITRE PREMIER - ACTION DES ESPRITS SUR LA MATIERE
Mais ce ne sont là que des considérations morales. Une cause a surtout contribué à fortifier le doute, à une époque aussi positive que la nôtre, où l'on tient à se rendre compte de tout, où l'on veut savoir le pourquoi et le comment de chaque chose, c'est l'ignorance de la nature des Esprits et des moyens par lesquels ils peuvent se manifester. Cette connaissance acquise, le fait des manifestations n'a plus rien de surprenant et rentre dans l'ordre des faits naturels.
Observons-les attentivement au moment où ils viennent de quitter la vie ; ils sont dans un état de trouble ; tout est confus autour d'eux ; ils voient leur corps sain ou mutilé selon le genre de mort ; d'un autre côté, ils se voient et se sentent vivre ; quelque chose leur dit que ce corps est à eux, et ils ne comprennent pas qu'ils en soient séparés. Ils continuent à se voir sous leur forme primitive, et cette vue produit chez quelques-uns, pendant un certain temps, une singulière illusion : celle de se croire encore vivants ; il leur faut l'expérience de leur nouvel état pour se convaincre de la réalité. Ce premier moment de trouble dissipé, le corps devient pour eux un vieux vêtement dont ils se sont dépouillés et qu'ils ne regrettent pas ; ils se sentent plus légers et comme débarrassés d'un fardeau ; ils n'éprouvent plus les douleurs physiques et sont tout heureux de pouvoir s'élever, franchir l'espace, ainsi que, de leur vivant, ils l'ont fait maintes fois dans leurs rêves.* Cependant, malgré l'absence du corps, ils constatent leur personnalité ; ils ont une forme, mais une forme qui ne les gêne ni ne les embarrasse ; ils ont enfin la conscience de leur moi et de leur individualité. Que devons-nous en conclure ? C'est que l'âme ne laisse pas tout dans le cercueil, et qu'elle emporte quelque chose avec elle.
La mort est la destruction, ou mieux la désagrégation de la grossière enveloppe, de celle que l'âme abandonne ; l'autre s'en dégage et suit l'âme qui se trouve, de cette manière, avoir toujours une enveloppe ; cette dernière, bien que fluidique, éthérée, vaporeuse, invisible pour nous dans son état normal, n'en est pas moins de la matière, quoique, jusqu'à présent, nous n'ayons pas pu la saisir et la soumettre à l'analyse.
Cette seconde enveloppe de l'âme ou périsprit existe donc pendant la vie corporelle ; c'est l'intermédiaire de toutes les sensations que perçoit l'Esprit, celui par lequel l'Esprit transmet sa volonté à l'extérieur et agit sur les organes. Pour nous servir d'une comparaison matérielle, c'est le fil électrique conducteur qui sert à la réception et à la transmission de la pensée ; c'est enfin cet agent mystérieux, insaisissable désigné sous le nom de fluide nerveux, qui joue un si grand rôle dans l'économie, et dont on ne tient pas assez compte dans les phénomènes physiologiques et pathologiques. La médecine, ne considérant que l'élément matériel pondérable, se prive, dans l'appréciation des faits, d'une cause incessante d'action. Mais ce n'est pas ici le lieu d'examiner cette question ; nous ferons seulement remarquer que la connaissance du périsprit est la clef d'une foule de problèmes jusqu'alors inexpliqués.
Le périsprit n'est point une de ces hypothèses auxquelles on a quelquefois recours dans la science pour l'explication d'un fait ; son existence n'est pas seulement révélée par les Esprits, c'est un résultat d'observations, ainsi que nous aurons occasion de le démontrer. Pour le moment, et pour ne pas anticiper sur les faits que nous aurons à relater, nous nous bornons à dire que, soit pendant son union avec le corps, soit après sa séparation, l'âme n'est jamais séparée de son périsprit.
Les Esprits, comme on le voit, sont donc des êtres semblables à nous, formant autour de nous toute une population invisible dans l'état normal ; nous disons dans l'état normal, parce que, comme nous le verrons, cette invisibilité n'est pas absolue.
Envisagée de cette manière, l'action de l'Esprit sur la matière se conçoit facilement ; on comprend dès lors que tous les effets qui en résultent rentrent dans l'ordre des faits naturels, et n'ont rien de merveilleux. Ils n'ont paru surnaturels que parce qu'on n'en connaissait pas la cause ; la cause connue, le merveilleux disparaît, et cette cause est tout entière dans les propriétés semi-matérielles du périsprit. C'est un nouvel ordre de faits qu'une nouvelle loi vient expliquer, et dont on ne s'étonnera pas plus dans quelque temps qu'on ne s'étonne aujourd'hui de correspondre à distance par l'électricité en quelques minutes.
CHAPITRE II - MANIFESTATIONS PHYSIQUES - TABLES TOURNANTES
L'effet le plus simple, et l'un des premiers qui aient été observés, consiste dans le mouvement circulaire imprimé à une table. Cet effet se produit également sur tous les autres objets ; mais la table étant celui sur lequel on s'est le plus exercé, parce que c'était le plus commode, le nom de tables tournantes a prévalu pour la désignation de cette sorte de phénomène.
Quand nous disons que cet effet est un des premiers qui aient été observés, nous voulons dire dans ces derniers temps, car il est bien certain que tous les genres de manifestations étaient connus dès les temps les plus reculés, et il n'en peut être autrement ; puisque ce sont des effets naturels, ils ont dû se produire à toutes les époques. Tertullien parle en termes explicites des tables tournantes et parlantes.
Ce phénomène a pendant quelque temps alimenté la curiosité des salons, puis on s'en est lassé pour passer à d'autres distractions, parce que ce n'était qu'un sujet de distraction. Deux causes ont contribué à l'abandon des tables tournantes : la mode pour les gens frivoles qui consacrent rarement deux hivers au même amusement, et qui, chose prodigieuse pour eux ! en ont bien donné trois ou quatre à celui-là. Pour les gens graves et observateurs il en est sorti quelque chose de sérieux qui a prévalu ; s'ils ont négligé les tables tournantes, c'est qu'ils se sont occupés des conséquences bien autrement importantes dans leurs résultats : ils ont quitté l'alphabet pour la science ; voilà tout le secret de cet abandon apparent dont font tant de bruit les railleurs.
Quoi qu'il en soit, les tables tournantes n'en sont pas moins le point de départ pour la doctrine spirite, et à ce titre, nous leur devons quelques développements, d'autant mieux que, présentant les phénomènes dans leur plus grande simplicité, l'étude des causes en sera plus facile, et la théorie une fois établie nous donnera la clef des effets plus compliqués.
Les médiums jouissent, sous ce rapport, d'une puissance plus ou moins grande, et produisent, par conséquent, des effets plus ou moins prononcés ; souvent une personne, médium puissant, produira à elle seule beaucoup plus que vingt autres réunies ; il lui suffira de poser les mains sur la table pour qu'à l'instant elle se meuve, se dresse, se renverse, fasse des soubresauts, ou tourne avec violence.
Les choses étant en cet état, lorsque l'effet commence à se manifester, on entend assez généralement un petit craquement dans la table ; on sent comme un frémissement qui est le prélude du mouvement ; elle semble faire des efforts pour se démarrer, puis le mouvement de rotation se prononce ; il s'accélère au point d'acquérir une rapidité telle que les assistants ont toutes les peines du monde à le suivre. Une fois le mouvement établi, on peut même s'écarter de la table qui continue à se mouvoir en divers sens sans contact.
Dans d'autres circonstances, la table se soulève et se dresse, tantôt sur un seul pied, tantôt sur un autre, puis reprend doucement sa position naturelle. D'autres fois, elle se balance en imitant le mouvement de tangage ou de roulis. D'autres fois, enfin, mais pour cela il faut une puissance médianimique considérable, elle se détache entièrement du sol, et se maintient en équilibre dans l'espace, sans point d'appui, se soulevant même parfois jusqu'au plafond, de façon à ce qu'on puisse passer par-dessous ; puis elle redescend lentement en se balançant comme le ferait une feuille de papier, ou bien tombe violemment et se brise, ce qui prouve d'une manière patente qu'on n'est pas le jouet d'une illusion d'optique.
CHAPITRE III - MANIFESTATIONS INTELLIGENTES
Les premières communications de ce genre eurent lieu en adaptant un crayon au pied d'une table légère posé sur une feuille de papier. La table, mise en mouvement par l'influence d'un médium, se mit à tracer des caractères, puis des mots et des phrases. On simplifia successivement ce moyen en se servant de petites tables grandes comme la main, faites exprès, puis de corbeilles, de boîtes de carton, et enfin de simples planchettes. L'écriture était aussi courante, aussi rapide et aussi facile qu'avec la main, mais on reconnut plus tard que tous ces objets n'étaient, en définitive, que des appendices, véritables porte-crayons dont on pouvait se passer, en tenant soi-même le crayon ; la main, entraînée par un mouvement involontaire, écrivait sous l'impulsion imprimée par l'Esprit, et sans le concours de la volonté ni de la pensée du médium. Dès lors, les communications d'outre-tombe n'eurent pas plus de bornes que la correspondance habituelle entre vivants. Nous reviendrons sur ces différents moyens que nous expliquerons en détail ; nous les avons rapidement esquissés pour montrer la succession des faits qui ont conduit à constater, dans ces phénomènes, l'intervention d'intelligences occultes, autrement dit des Esprits.
CHAPITRE IV - THÉORIE DES MANIFESTATIONS PHYSIQUES
Mouvements et soulèvements. - Bruits - Augmentation et diminution du poids des corps
Une pensée se présente tout naturellement, et c'est celle que nous avons eue ; comme elle a été combattue par les Esprits qui nous ont donné une toute autre explication à laquelle nous étions loin de nous attendre, c'est une preuve évidente que leur théorie n'était pas notre opinion. Or, cette première pensée, chacun pourrait l'avoir comme nous ; quant à la théorie des Esprits, nous ne croyons pas qu'elle soit jamais venue à l'idée de personne. On reconnaîtra sans peine combien elle est supérieure à la nôtre, quoique moins simple, parce qu'elle donne la solution d'une foule d'autres faits qui n'y trouvaient pas une explication satisfaisante.
1. Le fluide universel est-il une émanation de la divinité ?
«Non.»
2. Est-ce une création de la divinité ?
«Tout est créé, excepté Dieu.»
3. Le fluide universel est-il en même temps l'élément universel ?
«Oui, c'est le principe élémentaire de toutes choses.»
4. A-t-il quelque rapport avec le fluide électrique dont nous connaissons les effets ?
«C'est son élément.»
5. Quel est l'état dans lequel le fluide universel se présente à nous dans sa plus grande simplicité ?
«Pour le trouver dans sa simplicité absolue, il faudrait remonter jusqu'aux purs Esprits ; dans votre monde il est toujours plus ou moins modifié pour former la matière compacte qui vous entoure ; cependant vous pouvez dire que l'état qui se rapproche le plus de cette simplicité, c'est celui du fluide que vous appelez fluide magnétique animal.»
6. Il a été dit que le fluide universel est la source de la vie ; est-il en même temps la source de l'intelligence ?
«Non ; ce fluide n'anime que la matière.»
7. Puisque c'est ce fluide qui compose le périsprit, il paraît y être dans une sorte d'état de condensation qui le rapproche, jusqu'à un certain point, de la matière proprement dite ?
«Jusqu'à un certain point, comme vous le dites, car il n'en a pas toutes les propriétés ; il est plus ou moins condensé selon les mondes.»
8. Comment un Esprit peut-il opérer le mouvement d'un corps solide ?
«Il combine une partie du fluide universel avec le fluide que dégage le médium propre à cet effet.»
9. Les Esprits soulèvent-ils la table à l'aide de leurs membres en quelque sorte solidifiés ?
«Cette réponse n'amènera pas encore ce que vous désirez. Lorsqu'une table se meut sous vos mains, l'Esprit évoqué va puiser dans le fluide universel de quoi animer cette table d'une vie factice. La table ainsi préparée, l'Esprit l'attire et la meut sous l'influence de son propre fluide dégagé par sa volonté. Lorsque la masse qu'il veut mettre en mouvement est trop pesante pour lui, il appelle à son aide des Esprits qui se trouvent dans les mêmes conditions que lui. En raison de sa nature éthérée, l'Esprit, proprement dit, ne peut agir sur la matière grossière sans intermédiaire, c'est-à-dire sans le lien qui l'unit à la matière ; ce lien, qui constitue ce que vous appelez le périsprit, vous donne la clef de tous les phénomènes spirites matériels. Je crois m'être expliqué assez clairement pour me faire comprendre.»
Remarque. Nous appelons l'attention sur cette première phrase : Cette réponse n'amènera pas ENCORE ce que vous désirez. L'Esprit avait parfaitement compris que toutes les questions précédentes n'étaient faites que pour arriver à celle-ci, et il fait allusion à notre pensée qui attendait, en effet, une toute autre réponse, c'est-à-dire la confirmation de notre idée sur la manière dont l'Esprit fait mouvoir les tables.
10. Les Esprits qu'il appelle à son aide lui sont-ils inférieurs ? sont-ils sous ses ordres ?
«Egaux, presque toujours ; souvent ils viennent d'eux-mêmes.»
11. Tous les Esprits sont-ils aptes à produire les phénomènes de ce genre ?
«Les Esprits qui produisent ces sortes d'effets sont toujours des Esprits inférieurs qui ne sont pas encore entièrement dégagés de toute influence matérielle.»
12. Nous comprenons que les Esprits supérieurs ne s'occupent pas de choses qui sont au-dessous d'eux ; mais nous demandons si, en raison de ce qu'ils sont plus dématérialisés, ils auraient la puissance de le faire s'ils en avaient la volonté.
«Ils ont la force morale comme les autres ont la force physique ; quand ils ont besoin de cette force, ils se servent de ceux qui la possèdent. Ne vous a-t-on pas dit qu'ils se servent des Esprits inférieurs comme vous le faites des portefaix ?»
Remarque. On a dit que la densité du périsprit, si l'on peut s'exprimer ainsi, varie selon l'état des mondes ; il parait qu'elle varie aussi dans le même monde selon les individus. Chez les Esprits avancés moralement il est plus subtil et se rapproche de celui des Esprits élevés ; chez les Esprits inférieurs, au contraire, il se rapproche de la matière, et c'est ce qui fait que ces Esprits de bas étage conservent si longtemps les illusions de la vie terrestre ; ils pensent et agissent comme s'ils étaient encore vivants ; ils ont les mêmes désirs, et l'on pourrait presque dire la même sensualité. Cette grossièreté du périsprit lui donnant plus d'affinité avec la matière rend les Esprits inférieurs plus propres aux manifestations physiques. C'est par la même raison qu'un homme du monde, habitué aux travaux d'intelligence, dont le corps est frêle et délicat, ne peut enlever un lourd fardeau comme un portefaix. La matière, chez lui, est en quelque sorte moins compacte, les organes moins résistants ; il a moins de fluide nerveux. Le périsprit étant à l'Esprit ce que le corps est à l'homme, et sa densité étant en raison de l'infériorité de l'Esprit, elle remplace chez lui la force musculaire, c'est-à-dire lui donne, sur les fluides nécessaires aux manifestations, une puissance plus grande que chez ceux dont la nature est plus éthérée. Si un Esprit élevé veut produire de tels effets, il fait ce que font parmi nous les gens délicats, il le fait faire par un Esprit du métier.
13. Si nous avons bien compris ce que vous avez dit, le principe vital réside dans le fluide universel ; l'Esprit puise dans ce fluide l'enveloppe semi-matérielle qui constitue son périsprit, et c'est par le moyen de ce fluide qu'il agit sur la matière inerte. Est-ce bien cela ?
«Oui ; c'est-à-dire qu'il anime la matière d'une espèce de vie factice : la matière s'anime de la vie animale. La table qui se meut sous vos mains vit comme l'animal ; elle obéit d'elle-même à l'être intelligent. Ce n'est pas celui-ci qui la pousse comme l'homme fait d'un fardeau ; lorsque la table s'enlève, ce n'est pas l'Esprit qui la soulève à force de bras, c'est la table animée qui obéit à l'impulsion donnée par l'Esprit.»
14. Quel est le rôle du médium dans ce phénomène ?
«Je l'ai dit, le fluide propre du médium se combine avec le fluide universel accumulé par l'Esprit ; il faut l'union de ces deux fluides, c'est-à-dire du fluide animalisé avec le fluide universel, pour donner la vie à la table. Mais remarquez bien que cette vie n'est que momentanée ; elle s'éteint avec l'action, et souvent avant la fin de l'action, aussitôt que la quantité de fluide n'est plus suffisante pour l'animer.»
15. L'Esprit peut-il agir sans le concours d'un médium ?
«Il peut agir à l'insu du médium ; c'est-à-dire que beaucoup de personnes servent d'auxiliaires aux Esprits pour certains phénomènes, sans s'en douter. L'Esprit puise en elles, comme à une source, le fluide animalisé dont il a besoin ; c'est ainsi que le concours d'un médium tel que vous l'entendez n'est pas toujours nécessaire, ce qui a lieu surtout dans les phénomènes spontanés.»
16. La table animée agit-elle avec intelligence ? pense-t-elle ?
«Elle ne pense pas plus que le bâton avec lequel vous faites un signe intelligent, mais la vitalité dont elle est animée lui permet d'obéir à l'impulsion d'une intelligence. Sachez donc bien que la table qui se meut ne devient pas Esprit, et qu'elle n'a, par elle-même, ni pensée, ni volonté.»
Remarque. On se sert souvent d'une expression analogue dans le langage usuel ; on dit d'une roue qui tourne avec vitesse qu'elle est animée d'un mouvement rapide.
17. Quelle est la cause prépondérante dans la production de ce phénomène : l'Esprit ou le fluide ?
«L'Esprit est la cause, le fluide est l'instrument ; les deux choses sont nécessaires.»
18. Quel rôle joue la volonté du médium dans ce cas ?
«Appeler les Esprits et les seconder dans l'impulsion donnée au fluide.»
- L'action de la volonté est-elle toujours indispensable ?
«Elle ajoute à la puissance, mais elle n'est pas toujours nécessaire, puisque le mouvement peut avoir lieu contre et malgré cette volonté, et c'est là une preuve qu'il y a une cause indépendante du médium.»
Remarque. Le contact des mains n'est pas toujours nécessaire pour faire mouvoir un objet. Il l'est le plus souvent pour donner la première impulsion, mais une fois que l'objet est animé, il peut obéir à la volonté sans contact matériel ; cela dépend soit de la puissance du médium, soit de la nature des Esprits. Un premier contact n'est même pas toujours indispensable ; on en a la preuve dans les mouvements et déplacements spontanés que l'on ne songe pas à provoquer.
19. Pourquoi tout le monde ne peut-il pas produire le même effet, et pourquoi tous les médiums n'ont-ils pas la même puissance ?
«Cela dépend de l'organisation et du plus ou moins de facilité avec laquelle la combinaison des fluides peut s'opérer ; puis, l'Esprit du médium sympathise plus ou moins avec les Esprits étrangers qui trouvent en lui la puissance fluidique nécessaire. Il en est de cette puissance comme de celle des magnétiseurs, qui est plus ou moins grande. Sous ce rapport, il y a des personnes qui sont tout à fait réfractaires ; d'autres chez lesquelles la combinaison ne s'opère que par un effort de leur volonté ; d'autres, enfin, chez lesquelles elle a lieu si naturellement et si facilement, qu'elles ne s'en doutent même pas, et qu'elles servent d'instrument à leur insu, comme nous l'avons déjà dit.» (Voir ci-après le chapitre des manifestations spontanées).
Remarque. Le magnétisme est sans aucun doute le principe de ces phénomènes, mais non tel qu'on l'entend généralement, la preuve, c'est qu'il y a de très puissants magnétiseurs qui ne feraient pas mouvoir un guéridon, et des personnes qui ne peuvent pas magnétiser, des enfants même, à qui il suffit de poser les doigts sur une lourde table pour la faire s'agiter ; donc si la puissance médianimique n'est pas en raison de la puissance magnétique, c'est qu'il y a une autre cause.
20. Les personnes dites électriques peuvent-elles être considérées comme des médiums ?
«Ces personnes puisent en elles-mêmes le fluide nécessaire à la production du phénomène, et peuvent agir sans le secours d'Esprits étrangers. Ce ne sont point alors des médiums dans le sens attaché à ce mot ; mais il se peut aussi qu'un Esprit les assiste et profite de leurs dispositions naturelles.»
Remarque. Il en serait de ces personnes comme des somnambules qui peuvent agir avec ou sans le concours d'un Esprit étranger. (Voir au chapitre des médiums, l'article relatif aux médiums somnambules.)
21. L'Esprit qui agit sur les corps solides pour les mouvoir, est-il dans la substance même des corps, ou bien en dehors de cette substance ?
«L'un et l'autre ; nous avons dit que la matière n'est point un obstacle pour les Esprits ; ils pénètrent tout ; une portion du périsprit s'identifie, pour ainsi dire, avec l'objet qu'il pénètre.»
22. Comment l'Esprit s'y prend-il pour frapper ? Se sert-il d'un objet matériel ?
«Pas plus que de ses bras pour soulever la table. Vous savez bien qu'il n'a pas de marteau à sa disposition. Son marteau, c'est le fluide combiné mis en action par sa volonté pour mouvoir ou pour frapper. Quand il meut, la lumière vous apporte la vue des mouvements ; quand il frappe, l'air vous apporte le son.»
23. Nous concevons cela quand il frappe sur un corps dur ; mais comment peut-il faire entendre du bruit ou des sons articulés dans le vague de l'air ?
«Puisqu'il agit sur la matière, il peut agir sur l'air aussi bien que sur la table. Quant aux sons articulés, il peut les imiter comme tous les autres bruits.»
24. Vous dites que l'Esprit ne se sert pas de ses mains pour remuer la table ; cependant on a vu, dans certaines manifestations visuelles, apparaître des mains dont les doigts se promenaient sur un clavier, agitaient les touches et faisaient entendre des sons. Ne semblerait-il pas qu'ici le mouvement des touches est produit par la pression des doigts ? Cette pression n'est-elle pas aussi directe et réelle quand elle se fait sentir sur nous-mêmes, quand ces mains laissent des empreintes sur la peau ?
«Vous ne pouvez comprendre la nature des Esprits et leur manière d'agir que par des comparaisons qui ne vous en donnent qu'une idée incomplète, et c'est un tort de toujours vouloir assimiler leurs procédés aux vôtres. Leurs procédés doivent être en rapport avec leur organisation. Ne vous ai-je pas dit que le fluide du périsprit pénètre la matière et s'identifie avec elle, qu'il l'anime d'une vie factice ? Eh bien ! quand l'Esprit pose les doigts sur les touches, il les pose réellement, et même il les remue ; mais ce n'est pas par la force musculaire qu'il presse sur la touche ; il anime la touche, comme il anime la table, et la touche qui obéit à sa volonté se remue et frappe la corde. Il se passe même ici une chose que vous aurez de la peine à comprendre, c'est que certains Esprits sont si peu avancés et tellement matériels, comparativement aux Esprits élevés, qu'ils ont encore les illusions de la vie terrestre, et croient agir comme lorsqu'ils avaient leur corps ; ils ne se rendent pas plus compte de la véritable cause des effets qu'ils produisent qu'un paysan ne se rend compte de la théorie des sons qu'il articule ; demandez-leur comment ils touchent du piano, ils vous diront qu'ils frappent dessus avec leurs doigts, parce qu'ils croient frapper ; l'effet se produit instinctivement chez eux sans qu'ils sachent comment, et cependant par leur volonté. Quand ils font entendre des paroles, c'est la même chose.»
Remarque. Il résulte de ces explications que les Esprits peuvent produire tous les effets que nous produisons nous-mêmes, mais par des moyens appropriés à leur organisation ; certaines forces qui leur sont propres remplacent les muscles qui nous sont nécessaires pour agir ; de même que le geste remplace, chez le muet, la parole qui lui manque.
25. Parmi les phénomènes que l'on cite comme preuves de l'action d'une puissance occulte, il y en a qui sont évidemment contraires à toutes les lois connues de la nature ; le doute alors ne semble-t-il pas permis ?
«C'est que l'homme est loin de connaître toutes les lois de la nature ; s'il les connaissait toutes, il serait Esprit supérieur. Chaque jour pourtant donne un démenti à ceux qui, croyant tout savoir, prétendent imposer des bornes à la nature, et ils n'en restent pas moins orgueilleux. En dévoilant sans cesse de nouveaux mystères, Dieu avertit l'homme de se défier de ses propres lumières, car un jour viendra où la science du plus savant sera confondue. N'avez-vous pas tous les jours des exemples de corps animés d'un mouvement capable de l'emporter sur la force de gravitation ? Le boulet, lancé en l'air, ne surmonte-t-il pas momentanément cette force ? Pauvres hommes qui croyez être bien savants, et dont la sotte vanité est à chaque instant déroutée, sachez donc que vous êtes encore bien petits.»
Puisque le fluide vital, poussé en quelque sorte par l'Esprit, donne une vie factice et momentanée aux corps inertes, que le périsprit n'est autre chose que ce même fluide vital, il s'ensuit que lorsque l'Esprit est incarné, c'est lui qui donne la vie à son corps, au moyen de son périsprit ; il y reste uni tant que l'organisation le permet ; quand il se retire, le corps meurt. Maintenant si, au lieu d'une table, on taille le bois en statue, et qu'on agisse sur cette statue comme sur la table, on aura une statue qui se remuera, qui frappera, qui répondra par ses mouvements et par ses coups ; on aura, en un mot, une statue momentanément animée d'une vie artificielle ; on a dit les tables parlantes, on pourrait aussi dire les statues parlantes. Quelle lumière cette théorie ne jette-t-elle pas sur une foule de phénomènes jusqu'alors sans solution ! Que d'allégories et d'effets mystérieux n'explique-t-elle pas !
On dira peut-être que ce fluide étant impondérable, son accumulation ne peut augmenter le poids d'un objet : d'accord ; mais remarquez que si nous nous sommes servi du mot accumulation, c'est par comparaison, et non par assimilation absolue avec l'air ; il est impondérable, soit ; cependant rien ne le prouve ; sa nature intime nous est inconnue, et nous sommes loin d'en connaître toutes les propriétés. Avant qu'on eût expérimenté la pesanteur de l'air on ne soupçonnait pas les effets de cette même pesanteur. L'électricité est aussi rangée parmi les fluides impondérables ; cependant un corps peut être retenu par un courant électrique, et offrir une grande résistance à celui qui veut le soulever ; il est donc en apparence devenu plus pesant. De ce qu'on ne voit pas le support, il serait illogique de conclure qu'il n'existe pas. L'Esprit peut donc avoir des leviers qui nous sont inconnus ; la nature nous prouve tous les jours que sa puissance ne s'arrête pas au témoignage des sens.
On ne peut expliquer que par une cause semblable le phénomène singulier, dont on a vu plusieurs exemples, d'une jeune personne faible et délicate, soulevant avec deux doigts, sans effort et comme une plume, un homme fort et robuste avec le siège sur lequel il était assis. Ce qui prouve une cause étrangère à la personne, ce sont les intermittences de la faculté.
CHAPITRE V - MANIFESTATIONS PHYSIQUES SPONTANEES
Bruits, tapages et perturbations
Un fait à peu près semblable est arrivé à un de nos amis. Depuis quelque temps, sa chambre retentissait de bruits divers qui devenaient très fatigants. L'occasion s'étant présentée d'interroger l'Esprit de son père par un médium écrivain, il sut ce qu'on lui voulait, fit ce qui lui fut recommandé, et depuis lors il n'a plus rien entendu. Il est à remarquer que les personnes qui ont avec les Esprits un moyen régulier et facile de communication, ont beaucoup plus rarement des manifestations de ce genre, et cela se conçoit.
Le bouleversement est souvent très effectif, mais quelquefois il n'a que les apparences de la réalité. On entend du vacarme dans une pièce voisine, un bruit de vaisselle qui tombe et se brise avec fracas, des bûches qui roulent sur le plancher ; on se hâte d'accourir, et l'on trouve tout tranquille et en ordre ; puis, à peine sorti, le tumulte recommence.
On peut voir, dans la Revue spirite, le récit de plusieurs faits authentiques de ce genre, entre autres l'histoire de l'Esprit frappeur de Bergzabern, dont les mauvais tours ont duré plus de huit ans (numéros de mai, juin et juillet 1858) ; celle de Dibbelsdorf (août 1858) ; celle du boulanger des Grandes-Ventes, près Dieppe (mars 1860) ; celle de la rue des Noyers, à Paris (août 1860) ; celle de l'Esprit de Castelnaudary, sous le titre d'Histoire d'un damné (février 1860) ; celle du fabricant de Saint Pétersbourg (avril 1860), et beaucoup d'autres.
Nous admettons parfaitement que certains faits sont l'oeuvre de la malice ou de la malveillance ; mais si, toutes constatations faites, il demeure avéré qu'ils ne sont pas l'oeuvre des hommes, il faut bien convenir qu'ils sont celle, les uns diront du diable, nous, nous dirons des Esprits ; mais de quels Esprits ?
Nous reviendrons avec plus de détails sur ce sujet, et sur les causes qui rendent souvent les prières inefficaces, dans les chapitres des lieux hantés et de l'obsession.
On doit se tenir en garde non seulement contre des récits qui peuvent être tout au moins entachés d'exagération, mais contre ses propres impressions, et ne pas attribuer une origine occulte à tout ce que l'on ne comprend pas. Une infinité de causes très simples et très naturelles peuvent produire des effets étranges au premier abord, et ce serait une véritable superstition de voir partout des Esprits occupés à renverser les meubles, briser la vaisselle, susciter enfin les mille et une tracasseries de ménage qu'il est plus rationnel de mettre sur le compte de la maladresse.
Objets lancés
1. (A saint Louis). Auriez-vous la bonté de nous dire si les faits qu'on dit s'être passés dans la rue des Noyers sont réels ? quant à la possibilité, nous n'en doutons pas.
«Oui, ces faits sont vrais ; seulement l'imagination des hommes les grossira, soit par peur, soit par ironie ; mais, je le répète, ils sont vrais. Ces manifestations sont provoquées par un Esprit qui s'amuse un peu aux dépens des habitants du lieu.»
2. Y a-t-il, dans la maison, une personne qui soit cause de ces manifestations ?
«Elles sont toujours causées par la présence de la personne à laquelle on s'attaque ; c'est que l'Esprit perturbateur en veut à l'habitant du lieu où il est, et qu'il veut lui faire des malices, ou même cherche à le faire déloger.»
3. Nous demandons si, parmi les habitants de la maison, il y a quelqu'un qui soit la cause de ces phénomènes par une influence médianimique spontanée et involontaire ?
«Il le faut bien, sans cela le fait ne pourrait avoir lieu. Un Esprit habite un endroit de prédilection pour lui ; il reste dans l'inaction tant qu'une nature qui lui soit convenable ne s'est pas présentée dans cet endroit ; quand cette personne arrive, alors il s'amuse autant qu'il le peut.»
4. La présence de cette personne sur les lieux mêmes est-elle indispensable ?
«C'est le cas le plus ordinaire, et c'est celui du fait que vous citez ; c'est pourquoi j'ai dit que sans cela le fait n'aurait pu avoir lieu ; mais je n'ai pas entendu généraliser ; il en est où la présence immédiate n'est pas nécessaire.»
5. Ces Esprits étant toujours d'un ordre inférieur, l'aptitude à leur servir d'auxiliaire est-elle une présomption défavorable pour la personne ? cela annonce-t-il une sympathie avec les êtres de cette nature ?
«Non, pas précisément, car cette aptitude tient à une disposition physique ; cependant cela annonce très souvent une tendance matérielle qu'il serait préférable de ne pas avoir ; car plus on est élevé moralement, plus on attire à soi les bons Esprits, qui éloignent nécessairement les mauvais.»
6. Où l'Esprit va-t-il prendre les projectiles dont il se sert ?
«Ces divers objets sont, le plus souvent, pris sur les lieux, ou dans le voisinage ; une force venant d'un Esprit les lance dans l'espace, et ils tombent dans un endroit désigné par cet Esprit.»
7. Puisque les manifestations spontanées sont souvent permises et même provoquées dans le but de convaincre, il nous semble que si certains incrédules en étaient personnellement l'objet, ils seraient bien forcés de se rendre à l'évidence. Ils se plaignent quelquefois de ne pouvoir être témoins de faits concluants ; ne dépendrait-il pas des Esprits de leur faire donner quelque preuve sensible ?
«Les athées et les matérialistes ne sont-ils pas à chaque instant témoins des effets de la puissance de Dieu et de la pensée ? Cela ne les empêche pas de nier Dieu et l'âme. Les miracles de Jésus ont-ils converti tous ses contemporains ? Les Pharisiens qui lui disaient : "Maître, faites-nous voir quelque prodige", ne ressemblent-ils pas à ceux qui, de votre temps, demandent que vous leur fassiez voir des manifestations ? S'ils ne sont pas convaincus par les merveilles de la création, ils ne le seraient pas davantage quand bien même les Esprits leur apparaîtraient de la manière la moins équivoque, parce que leur orgueil les rend comme des chevaux rétifs. Les occasions de voir ne leur manqueraient pas s'ils les cherchaient de bonne foi, c'est pourquoi Dieu ne juge pas à propos de faire pour eux plus qu'il ne fait pour ceux qui cherchent sincèrement à s'instruire, car il ne récompense que les hommes de bonne volonté. Leur incrédulité n'empêchera pas la volonté de Dieu de s'accomplir ; vous voyez bien qu'elle n'a pas empêché la doctrine de se répandre. Cessez donc de vous inquiéter de leur opposition qui est à la doctrine comme l'ombre est au tableau, et lui donne un plus grand relief. Quel mérite auraient-ils à être convaincus par la force ? Dieu leur laisse toute la responsabilité de leur entêtement, et cette responsabilité sera plus terrible que vous ne pensez. Bienheureux ceux qui croient sans avoir vu, a dit Jésus, parce que ceux-là ne doutent pas de la puissance de Dieu.»
8. Croyez-vous qu'il serait utile d'évoquer cet Esprit pour lui demander quelques explications ?
«Evoquez-le si vous voulez ; mais c'est un Esprit inférieur qui ne vous donnera que des réponses assez insignifiantes.
1. Evocation.
«Qu'avez-vous donc de m'appeler ? Vous voulez donc des coups de pierres ? C'est alors qu'on verrait un beau sauve-qui-peut, malgré votre air de bravoure.»
2. Quand tu nous enverrais des pierres ici, cela ne nous effrayerait pas ; nous demandons même positivement si tu peux nous en envoyer.
«Ici, je ne pourrais peut-être pas ; vous avez un gardien qui veille bien sur vous.»
3. Dans la rue des Noyers, y avait-il une personne qui te servait d'auxiliaire pour te faciliter les mauvais tours que tu jouais aux habitants de la maison ?
«Certainement, j'ai trouvé un bon instrument, et aucun Esprit docte, savant et prude pour m'en empêcher ; car je suis gai, j'aime parfois à m'amuser.»
4. Quelle était la personne qui t'a servi d'instrument ?
«Une servante.»
5. Etait-ce à son insu qu'elle te servait d'auxiliaire ?
«Oh ! oui ; la pauvre fille ! elle était la plus effrayée.»
6. Agissais-tu dans un but hostile ?
«Moi, je n'avais aucun but hostile ; mais les hommes qui s'emparent de tout le feront tourner à leur avantage.»
7. Qu'entends-tu par là ? nous ne te comprenons pas.
«Je cherchais à m'amuser ; mais vous autres, vous étudierez la chose et vous aurez un fait de plus pour montrer que nous existons.»
8. Tu dis que tu n'avais pas de but hostile, et pourtant tu as cassé tous les carreaux de l'appartement ; tu as ainsi causé un préjudice réel.
«C'est un détail.»
9. Où t'es-tu procuré les objets que tu as lancés ?
«Ils sont assez communs ; je les ai trouvés dans la cour, dans les jardins voisins.»
10. Les as-tu tous trouvés, ou en as-tu fabriqués quelques-uns ? (Voir ci-après chapitre VIII).
«Je n'ai rien créé, rien composé.»
11. Si tu n'en avais pas trouvé, aurais-tu pu en fabriquer ?
«C'eût été plus difficile ; mais, à la rigueur, on mêle des matières, et cela fait un tout quelconque.»
12. Maintenant, dis-nous comment tu les as lancés ?
«Ah ! ceci est plus difficile à dire ; je me suis aidé de la nature électrique de cette fille, jointe à la mienne moins matérielle ; nous avons pu transporter ainsi ces diverses matières à nous deux.»
13. Tu voudras bien, je pense, nous donner quelques renseignements sur ta personne. Dis-nous donc d'abord s'il y a longtemps que tu es mort ?
«Il y a assez longtemps ; il y a bien cinquante ans.»
14. Qu'étais-tu de ton vivant ?
«Pas grand-chose de bon ; je chiffonnais dans ce quartier, et on me disait parfois des sottises, parce que j'aimais trop la liqueur rouge du bonhomme Noé ; aussi je voulais les faire tous décamper.»
15. Etait-ce toi-même et de ton plein gré que tu as répondu à nos questions ?
«J'avais un instituteur.»
16. Quel est cet instituteur ?
«Votre bon roi Louis.»
Remarque. Cette question est motivée par la nature de certaines réponses qui ont paru dépasser la portée de cet Esprit, par le fond des idées et même par la forme du langage. Il n'y a donc rien d'étonnant à ce qu'il ait été aidé par un Esprit plus éclairé, qui voulait profiter de cette occasion pour nous donner une instruction. Ceci est un fait très ordinaire, mais une particularité remarquable dans cette circonstance, c'est que l'influence de l'autre Esprit s'est fait sentir sur l'écriture même ; celle des réponses où il est intervenu est plus régulière et plus coulante ; celle du chiffonnier est anguleuse, grosse, irrégulière, souvent peu lisible, et porte un tout autre caractère.
17. Que fais-tu maintenant ; t'occupes-tu de ton avenir ?
«Pas encore ; j'erre. On pense si peu à moi sur la terre, que personne ne prie pour moi : aussi je ne suis pas aidé, je ne travaille pas.»
Remarque. On verra plus tard combien on peut contribuer à l'avancement et au soulagement des Esprits inférieurs par la prière et les conseils.
18. Quel était ton nom de ton vivant ?
«Jeannet.»
19. Eh bien ! Jeannet, nous prierons pour toi. Dis-nous si notre évocation t'a fait plaisir ou t'a contrarié ?
«Plutôt plaisir, car vous êtes de bons enfants, de gais vivants, quoique un peu austères ; c'est égal, vous m'avez écouté, je suis content.»
JEANNET.
Phénomène des apports
Dissertation d'un esprit sur les apports
«Il faut nécessairement, pour obtenir des phénomènes de cet ordre, avoir avec soi des médiums que j'appellerai sensitifs, c'est-à-dire doués au plus haut degré des facultés médianimiques d'expansion et de pénétrabilité ; parce que le système nerveux de ces médiums, facilement excitable, leur permet, au moyen de certaines vibrations, de projeter autour d'eux avec profusion leur fluide animalisé.
Les natures impressionnables, les personnes dont les nerfs vibrent au moindre sentiment, à la plus petite sensation, que l'influence morale ou physique, interne ou externe, sensibilise, sont des sujets très aptes à devenir d'excellents médiums pour les effets physiques de tangibilité et d'apports. En effet, leur système nerveux, presque entièrement dépourvu de l'enveloppe réfractaire qui isole ce système chez la plupart des autres incarnés, les rend propres au développement de ces divers phénomènes. En conséquence, avec un sujet de cette nature, et dont les autres facultés ne sont pas hostiles à la médianimisation, on obtiendra plus facilement les phénomènes de tangibilité, les coups frappés dans les murs et dans les meubles, les mouvements intelligents, et même la suspension dans l'espace de la matière inerte la plus lourde. A fortiori, obtiendra-t-on ces résultats si, au lieu d'un médium, on en a sous la main plusieurs également bien doués.
Mais de la production de ces phénomènes à l'obtention de celui des apports, il y a tout un monde ; car, dans ce cas, non seulement le travail de l'Esprit est plus complexe, plus difficile, mais, bien plus, l'Esprit ne peut opérer qu'au moyen d'un seul appareil médianimique, c'est-à-dire que plusieurs médiums ne peuvent pas concourir simultanément à la production du même phénomène. Il arrive même, au contraire, que la présence de certaines personnes antipathiques à l'Esprit qui opère entrave radicalement son opération. A ces motifs qui, comme vous le voyez, ne manquent pas d'importance, ajoutez que les apports nécessitent toujours une plus grande concentration, et en même temps une plus grande diffusion de certains fluides, et qu'ils ne peuvent être obtenus qu'avec des médiums les mieux doués, ceux, en un mot, dont l'appareil électromédianimique est le mieux conditionné.
En général, les faits d'apports sont et resteront excessivement rares. Je n'ai pas besoin de vous démontrer pourquoi ils sont et seront moins fréquents que les autres faits de tangibilité ; de ce que je dis, vous le déduirez vous-même. D'ailleurs, ces phénomènes sont d'une nature telle, que non seulement tous les médiums n'y sont pas propres, mais que tous les Esprits eux-mêmes ne peuvent pas les produire. En effet, il faut qu'entre l'Esprit et le médium influencé il existe une certaine affinité, une certaine analogie, en un mot, une certaine ressemblance qui permette à la partie expansible du fluide périspritique * de l'incarné de se mêler, de s'unir, de se combiner avec celui de l'Esprit qui veut faire un apport. Cette fusion doit être telle que la force résultante devienne, pour ainsi dire, une ; de même qu'un courant électrique, en agissant sur le charbon, produit un foyer, une clarté uniques. Pourquoi cette union, pourquoi cette fusion, direz-vous ? C'est que, pour la production de ces phénomènes, il faut que les propriétés essentielles de l'Esprit moteur soient augmentées de quelques-unes de celles du médianimisé ; c'est que le fluide vital, indispensable à la production de tous les phénomènes médianimiques, est l'apanage exclusif de l'incarné, et que, par conséquent, l'Esprit opérateur est obligé de s'en imprégner. Ce n'est qu'alors qu'il peut, au moyen de certaines propriétés de votre milieu ambiant, inconnues pour vous, isoler, rendre invisibles, et faire mouvoir certains objets matériels, et des incarnés eux-mêmes.
Il ne m'est pas permis, pour le moment, de vous dévoiler ces lois particulières qui régissent les gaz et les fluides qui vous environnent ; mais, avant que des années soient écoulées, avant qu'une existence d'homme soit accomplie, l'explication de ces lois et de ces phénomènes vous sera révélée, et vous verrez surgir et se produire une nouvelle variété de médiums, qui tomberont dans un état cataleptique particulier dès qu'ils seront médianimisés.
Vous voyez de combien de difficultés la production des apports se trouve entourée ; vous pouvez en conclure très logiquement que les phénomènes de cette nature sont excessivement rares, comme je l'ai dit, et avec d'autant plus de raison que les Esprits s'y prêtent fort peu, parce que cela motive de leur part un travail quasi matériel, ce qui est un ennui et une fatigue pour eux. D'autre part, il arrive encore ceci : c'est que très souvent, malgré leur énergie et leur volonté, l'état du médium lui-même leur oppose une barrière infranchissable.
Il est donc évident, et votre raisonnement le sanctionne, je n'en doute pas, que les faits tangibles de coups, de mouvements et de suspension, sont des phénomènes simples, qui s'opèrent par la concentration et la dilatation de certains fluides, et qu'ils peuvent être provoqués et obtenus par la volonté et le travail des médiums qui y sont aptes, quand ceux-ci sont secondés par des Esprits amis et bienveillants ; tandis que les faits d'apport sont multiples, complexes, exigent un concours de circonstances spéciales, ne peuvent s'opérer que par un seul Esprit et un seul médium, et nécessitent, en dehors des besoins de la tangibilité, une combinaison toute particulière pour isoler et rendre invisibles l'objet ou les objets qui font le sujet de l'apport.
Vous tous, spirites, vous comprenez mes explications et vous vous rendez parfaitement compte de cette concentration de fluides spéciaux, pour la locomotion et la tactilité de la matière inerte ; vous y croyez, comme vous croyez aux phénomènes de l'électricité et du magnétisme, avec lesquels les faits médianimiques sont pleins d'analogie, et en sont, pour ainsi dire, la consécration et le développement. Quant aux incrédules, et aux savants pires que les incrédules, je n'ai que faire de les convaincre, je ne m'occupe pas d'eux ; ils seront un jour convaincus par la force de l'évidence, car il faudra bien qu'ils s'inclinent devant le témoignage unanime des faits spirites, comme ils ont été forcés de le faire devant tant d'autres faits qu'ils avaient d'abord repoussés.
Pour me résumer : si les faits de tangibilité sont fréquents, les faits d'apport sont très rares, parce que les conditions en sont très difficiles ; par conséquent, nul médium ne peut dire : à telle heure, à tel moment, j'obtiendrai un apport ; car souvent l'Esprit lui-même se trouve empêché dans son oeuvre. Je dois ajouter que ces phénomènes sont doublement difficiles en public, car on y rencontre presque toujours des éléments énergiquement réfractaires qui paralysent les efforts de l'Esprit, et à plus forte raison l'action du médium. Tenez, au contraire, pour certain que ces phénomènes se produisent presque toujours en particulier, spontanément, le plus souvent à l'insu des médiums et sans préméditation, et enfin fort rarement quand ceux-ci sont prévenus ; d'où vous devez conclure qu'il y a motif légitime de suspicion toutes les fois qu'un médium se flatte de les obtenir à volonté, autrement dit de commander aux Esprits comme à des serviteurs, ce qui est tout simplement absurde. Tenez encore pour règle générale que les phénomènes spirites ne sont point faits pour être donnés en spectacle et pour amuser les curieux. Si quelques Esprits se prêtent à ces sortes de choses, ce ne peut être que pour des phénomènes simples, et non pour ceux qui, tels que les apports et autres semblables, exigent des conditions exceptionnelles.
Rappelez-vous, spirites, que s'il est absurde de repousser systématiquement tous les phénomènes d'outre-tombe, il n'est pas sage non plus de les accepter tous aveuglément. Quand un phénomène de tangibilité, d'apparition, de visibilité ou d'apport se manifeste spontanément et d'une manière instantanée, acceptez-le ; mais, je ne saurais trop vous le répéter, n'acceptez rien aveuglément ; que chaque fait subisse un examen minutieux, approfondi et sévère ; car, croyez-le, le spiritisme, si riche en phénomènes sublimes et grandioses, n'a rien à gagner à ces petites manifestations que d'habiles prestidigitateurs peuvent imiter.
Je sais bien ce que vous allez me dire : c'est que ces phénomènes sont utiles pour convaincre les incrédules ; mais sachez que, si vous n'aviez pas eu d'autres moyens de conviction, vous n'auriez pas aujourd'hui la centième partie des spirites que vous avez. Parlez au coeur, c'est par là que vous ferez le plus de conversions sérieuses. Si vous croyez utile, pour certaines personnes, d'agir par les faits matériels, présentez-les au moins dans des circonstances telles qu'ils ne puissent donner lieu à aucune fausse interprétation, et surtout ne sortez pas des conditions normales de ces faits, car les faits présentés dans de mauvaises conditions fournissent des arguments aux incrédules, au lieu de les convaincre.»
ERASTE.
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* On voit que, lorsqu'il s'agit d'exprimer une idée nouvelle pour laquelle la langue manque de terme, les Esprits savent parfaitement créer des néologismes. Ces mots, électromédianimique, périspritique, ne sont pas de nous. Ceux qui nous ont critiqué d'avoir créé les mots spirite, spiritisme, périsprit, qui n'avaient pas leurs analogues, pourront aussi faire le même procès aux Esprits.
1. Veuillez, je vous prie, nous dire pourquoi les apports que vous faites ne se produisent que dans le sommeil magnétique du médium ?
«Cela tient à la nature du médium ; les faits que je produis quand le mien est endormi, je pourrais également les produire dans l'état de veille avec un autre médium.»
2. Pourquoi faites-vous attendre si longtemps l'apport des objets, et pourquoi excitez-vous la convoitise du médium en irritant son désir d'obtenir l'objet promis ?
«Ce temps m'est nécessaire afin de préparer les fluides qui servent à l'apport ; quant à l'excitation, ce n'est souvent que pour amuser les personnes présentes et la somnambule.»
Remarque d'Eraste. L'Esprit qui a répondu n'en sait pas davantage ; il ne se rend pas compte du motif de cette convoitise qu'il aiguillonne instinctivement sans en comprendre l'effet ; il croit amuser, tandis qu'en réalité il provoque sans s'en douter une plus grande émission de fluide ; c'est la conséquence de la difficulté que présente le phénomène, difficulté toujours plus grande quand il n'est pas spontané, surtout avec certains médiums.
3. La production du phénomène tient-elle à la nature spéciale du médium, et pourrait-il se produire par d'autres médiums avec plus de facilité et de promptitude ?
«La production tient à la nature du médium et ne peut se produire qu'avec des natures correspondantes ; pour la promptitude, l'habitude que nous prenons, en correspondant souvent avec le même médium, nous est d'un grand secours.»
4. L'influence des personnes présentes y est-elle pour quelque chose ?
«Quand il y a de l'incrédulité, de l'opposition, on peut beaucoup nous gêner ; nous aimons bien mieux faire nos preuves avec des croyants et des personnes versées dans le spiritisme ; mais je n'entends pas par là dire que la mauvaise volonté pourrait nous paralyser complètement.»
5. Où avez-vous été prendre les fleurs et les bonbons que vous avez apportés ?
«Les fleurs, je les prends dans les jardins, où elles me plaisent.»
6. Et les bonbons ? le marchand a dû s'apercevoir qu'ils lui manquaient.
«Je les prends où cela me plaît ; le marchand ne s'en est pas aperçu du tout, parce que j'en ai mis d'autres à la place.»
7. Mais les bagues ont une valeur ; où les avez-vous prises ? Est-ce que cela n'a pas fait de tort à celui à qui vous les avez empruntées ?
«Je les ai prises dans des endroits inconnus à tous, et de manière que personne ne puisse en éprouver aucun tort.»
Remarque d'Eraste. Je crois que le fait est expliqué d'une manière insuffisante en raison de la capacité de l'Esprit qui a répondu. Si ; il peut y avoir un tort réel de causé, mais l'Esprit n'a pas voulu passer pour avoir détourné quoi que ce soit. Un objet ne peut être remplacé que par un objet identique, de même forme, de même valeur ; par conséquent, si un Esprit avait la faculté de substituer un objet pareil à celui qu'il prend, il n'aurait pas de raison pour le prendre, et devrait donner celui qui sert de remplaçant.
8. Est-il possible d'apporter des fleurs d'une autre planète ?
«Non, ce n'est pas possible à moi.»
- (A Eraste.) D'autres Esprits auraient-ils ce pouvoir ?
«Non, cela n'est pas possible, en raison de la différence des milieux ambiants.»
9. Pourriez-vous apporter des fleurs d'un autre hémisphère ; des tropiques, par exemple ?
«Du moment que c'est sur terre, je le puis.»
10. Les objets que vous avez apportés, pourriez-vous les faire disparaître et les remporter ?
«Aussi bien que je les ai fait venir, je puis les remporter à ma volonté.»
11. La production du phénomène des apports vous cause-t-elle une peine, un embarras quelconque ?
«Elle ne nous cause aucune peine quand nous en avons la permission ; elle pourrait nous en causer de très grandes si nous voulions produire des effets sans y être autorisés.»
Remarque d'Eraste. Il ne veut pas convenir de sa peine, quoiqu'elle soit réelle, puisqu'il est forcé de faire une opération pour ainsi dire matérielle.
12. Quelles sont les difficultés que vous rencontrez ?
«Aucune autre que de mauvaises dispositions fluidiques qui peuvent nous être contraires.»
13. Comment apportez-vous l'objet ; le tenez-vous avec les mains ?
«Non, nous l'enveloppons en nous.»
Remarque d'Eraste. Il n'explique pas clairement son opération, car il n'enveloppe pas l'objet avec sa propre personnalité ; mais comme son fluide personnel est dilatable, pénétrable et expansible, il combine une partie de ce fluide avec une partie de fluide animalisé du médium, et c'est dans cette combinaison qu'il cache et transporte l'objet sujet de l'apport. Il n'est donc pas juste de dire qu'il l'enveloppe en lui.
14. Apporteriez-vous avec la même facilité un objet d'un poids considérable ; de 50 kg, par exemple ?
«Le poids n'est rien pour nous ; nous apportons des fleurs, parce que cela peut être plus agréable qu'un poids volumineux.»
Remarque d'Eraste. C'est juste ; il peut apporter cent et deux-cent kg d'objets, car la pesanteur qui existe pour vous est annulée pour lui ; mais ici encore il ne se rend pas compte de ce qui se passe. La masse de fluides combinés est proportionnée à la masse des objets, en un mot la force doit être en raison de la résistance ; d'où il suit que, si l'Esprit n'apporte qu'une fleur ou un objet léger, c'est souvent parce qu'il ne trouve pas dans le médium, ou en lui-même, les éléments nécessaires pour un effort plus considérable.
15. Y a-t-il quelquefois des disparitions d'objets dont la cause est ignorée, et qui seraient le fait des Esprits ?
«Cela arrive très souvent, plus souvent que vous ne le pensez, et l'on pourrait y remédier en priant l'Esprit de rapporter l'objet disparu.»
Remarque d'Eraste. C'est vrai ; mais quelquefois ce qui est enlevé est bien enlevé ; car tels objets qu'on ne retrouve plus chez soi sont souvent emportés fort loin. Cependant, comme l'enlèvement des objets exige à peu près les mêmes conditions fluidiques que les apports, il ne peut avoir lieu qu'à l'aide de médiums doués de facultés spéciales ; c'est pourquoi, lorsque quelque chose disparaît, il y a plus de probabilité que c'est le fait de votre étourderie que celui des Esprits.
16. Y a-t-il des effets que l'on regarde comme des phénomènes naturels et qui sont dus à l'action de certains Esprits ?
«Vos jours sont remplis de ces fait-là que vous ne comprenez pas, parce que vous n'y avez pas songé, et qu'un peu de réflexion vous ferait voir clairement.»
Remarque d'Eraste. N'attribuez pas aux Esprits ce qui est l'oeuvre de l'humanité ; mais croyez à leur influence occulte, constante, qui fait naître autour de vous mille circonstances, mille incidents nécessaires à l'accomplissement de vos actes, de votre existence.
17. Parmi les objets apportés, n'y en a-t-il pas qui peuvent être fabriqués par les Esprits ; c'est-à-dire produits spontanément par les modifications que les Esprits peuvent faire subir au fluide ou à l'élément universel ?
«Pas par moi, car je n'en ai pas la permission ; un Esprit élevé le peut seul.»
18. Comment avez-vous introduit ces objets l'autre jour, puisque la chambre était close ?
«Je les ai fait entrer avec moi, enveloppés, pour ainsi dire, dans ma substance ; quand à vous en dire plus long, ce n'est pas explicable.»
19. Comment avez-vous fait pour rendre visibles ces objets qui étaient invisibles un instant auparavant ?
«J'ai ôté la matière qui les enveloppait.»
Remarque d'Eraste. Ce n'est pas de la matière proprement dite qui les enveloppe, mais un fluide puisé mi-partie dans le périsprit du médium, mi-partie dans celui de l'Esprit qui opère.
20. (A Eraste.) Un objet peut-il être apporté dans un endroit parfaitement clos ; en un mot, l'Esprit peut-il spiritualiser un objet matériel, de manière qu'il puisse pénétrer la matière ?
«Cette question est complexe. Pour les objets apportés, l'Esprit peut les rendre invisibles mais non pénétrables ; il ne peut rompre l'agrégation de la matière, ce qui serait la destruction de l'objet. Cet objet rendu invisible, il peut l'apporter quand il veut, et ne le dégager qu'au moment convenable pour le faire apparaître. Il en est autrement pour ceux que nous composons ; comme nous n'introduisons que les éléments de la matière, et que ces éléments sont essentiellement pénétrables ; que nous pénétrons nous-mêmes et traversons les corps les plus condensés avec autant de facilité que les rayons solaires traversent les carreaux de vitre, nous pouvons parfaitement dire que nous avons introduit l'objet dans un endroit, quelque clos qu'il soit ; mais c'est seulement dans ce cas.»
Nota. Voir ci-après, pour la théorie de la formation spontanée des objets, le chapitre intitulé : Laboratoire du monde invisible.
CHAPITRE VI - MANIFESTATIONS VISUELLES
Questions sur les apparitions
1. Les Esprits peuvent-ils se rendre visibles ?
«Oui, surtout pendant le sommeil ; cependant certaines personnes les voient aussi pendant la veille, mais c'est plus rare.»
Remarque. Pendant que le corps repose, l'Esprit se dégage des liens matériels ; il est plus libre, et peut plus facilement voir les autres Esprits avec lesquels il entre en communication. Le rêve n'est que le souvenir de cet état ; quand on ne se souvient de rien, on dit qu'on n'a pas rêvé, mais l'âme n'en a pas moins vu, et joui de sa liberté. Nous nous occupons plus spécialement ici des apparitions à l'état de veille.
2. Les Esprits qui se manifestent à la vue appartiennent-ils plutôt à une classe qu'à une autre ?
«Non ; ils peuvent appartenir à toutes les classes, aux plus élevées comme aux plus inférieures.»
3. Est-il donné à tous les Esprits de se manifester visiblement ?
«Tous le peuvent ; mais ils n'en ont pas toujours la permission ni la volonté.»
4. Quel est le but des Esprits qui se manifestent visiblement ?
«Cela dépend ; selon leur nature, le but peut être bon ou mauvais.»
5. Comment cette permission peut-elle être donnée quand le but est mauvais ?
«C'est alors pour éprouver ceux auxquels ils apparaissent. L'intention de l'Esprit peut être mauvaise, mais le résultat peut être bon.»
6. Quel peut être le but des Esprits qui ont une mauvaise intention en se faisant voir ?
«Effrayer, et souvent se venger.»
- Quel est celui des Esprits qui viennent avec une bonne intention ?
«Consoler les personnes qui les regrettent ; prouver qu'ils existent et sont près de vous ; donner des conseils et quelquefois réclamer assistance pour eux-mêmes.»
7. Quel inconvénient y aurait-il à ce que la possibilité de voir les Esprits fût permanente et générale ? Ne serait-ce pas un moyen de lever les doutes des plus incrédules ?
«L'homme étant constamment environné d'Esprits, leur vue incessante le troublerait, le gênerait dans ses actions et lui ôterait son initiative dans la plupart des cas, tandis que, se croyant seul, il agit plus librement. Quant aux incrédules, ils ont assez de moyens de se convaincre, s'ils veulent en profiter et s'ils ne sont pas aveuglés par l'orgueil. Vous savez bien qu'il y a des personnes qui ont vu et qui ne croient pas davantage pour cela, puisqu'elles disent que ce sont des illusions. Ne vous inquiétez pas de ces gens-là, Dieu s'en charge.»
Remarque. Il y aurait autant d'inconvénient à se voir constamment en présence des Esprits qu'à voir l'air qui nous environne, ou les myriades d'animaux microscopiques qui pullulent autour de nous et sur nous. D'où nous devons conclure que ce que Dieu fait est bien fait, et qu'il sait mieux que nous ce qui nous convient.
8. Si la vue des Esprits a des inconvénients, pourquoi est-elle permise dans certains cas ?
«C'est afin de donner une preuve que tout ne meurt pas avec le corps, et que l'âme conserve son individualité après la mort. Cette vue passagère suffit pour donner cette preuve et attester la présence de vos amis auprès de vous ; mais elle n'a pas les inconvénients de la permanence.»
9. Dans les mondes plus avancés que le nôtre, la vue des Esprits est-elle plus fréquente ?
«Plus l'homme se rapproche de la nature spirituelle, plus il entre facilement en rapport avec les Esprits ; c'est la grossièreté de votre enveloppe qui rend plus difficile et plus rare la perception des êtres éthérés.»
10. Est-il rationnel de s'effrayer de l'apparition d'un Esprit ?
«Celui qui réfléchit doit comprendre qu'un Esprit, quel qu'il soit, est moins dangereux qu'un vivant. Les Esprits, d'ailleurs, vont partout, et l'on a pas besoin de les voir pour savoir qu'on peut en avoir à côté de soi. L'Esprit qui voudrait nuire peut le faire sans se faire voir, et même plus sûrement ; il n'est pas dangereux parce qu'il est Esprit, mais bien par l'influence qu'il peut exercer sur la pensée en détournant du bien et en poussant au mal.»
Remarque. Les personnes qui ont peur dans la solitude ou l'obscurité se rendent rarement compte de la cause de leur frayeur ; elles ne sauraient dire de quoi elles ont peur, mais assurément elles devraient plus redouter de rencontrer des hommes que des Esprits, car un malfaiteur est plus dangereux vivant qu'après sa mort. Une dame de notre connaissance eut un soir, dans sa chambre, une apparition si bien caractérisée, qu'elle crut à la présence de quelqu'un, et son premier mouvement fut celui de l'effroi. S'étant assurée qu'il n'y avait personne, elle se dit : Il parait que ce n'est qu'un Esprit : je puis dormir tranquille.
11. Celui auquel un Esprit apparaît pourrait-il engager une conversation avec lui ?
«Parfaitement, et c'est même ce que l'on doit toujours faire en pareil cas, en demandant à l'Esprit qui il est, ce qu'il désire et ce qu'on peut faire pour lui être utile. Si l'Esprit est malheureux et souffrant, la commisération qu'on lui témoigne le soulage ; si c'est un Esprit bienveillant, il peut venir dans l'intention de donner de bons conseils.»
- Comment, dans ce cas, l'Esprit peut-il répondre ?
«Il le fait quelquefois par des sons articulés, comme le ferait une personne vivante ; le plus souvent il y a transmission de pensées.»
12. Les Esprits qui apparaissent avec des ailes en ont-ils réellement, ou bien ces ailes ne sont-elles qu'une apparence symbolique ?
«Les Esprits n'ont pas d'ailes ; ils n'en ont pas besoin, puisqu'ils peuvent se transporter partout comme Esprits. Ils apparaissent selon la façon dont ils veulent affecter la personne à laquelle ils se montrent : les uns paraîtront avec le costume vulgaire, d'autres enveloppés de draperies, quelques-uns avec des ailes, comme attribut de la catégorie d'Esprits qu'ils représentent.»
13. Les personnes que l'on voit en rêve sont-elles toujours celles dont elles ont l'aspect ?
«Ce sont presque toujours ces personnes mêmes que votre Esprit va trouver ou qui viennent vous trouver.»
14. Les Esprits moqueurs ne pourraient-ils prendre l'apparence des personnes qui nous sont chères pour nous induire en erreur ?
«Ils ne prennent des apparences fantastiques que pour s'amuser à vos dépens ; mais il est des choses dont il ne leur est pas permis de se jouer.»
15. La pensée étant une sorte d'évocation, on comprend qu'elle provoque la présence de l'Esprit ; mais comment se fait-il que souvent les personnes auxquelles on pense le plus, qu'on désire ardemment revoir, ne se présentent jamais en songe, tandis qu'on voit des gens indifférents et auxquels on ne pense nullement ?
«Les Esprits n'ont pas toujours la possibilité de se manifester à la vue, même en rêve, et malgré le désir qu'on a de les voir ; des causes indépendantes de leur volonté peuvent en empêcher. C'est souvent aussi une épreuve dont le désir le plus ardent ne peut affranchir. Quant aux personnes indifférentes, si vous ne pensez pas à elles, il est possible qu'elles pensent à vous. D'ailleurs, vous ne pouvez vous faire une idée des relations du monde des Esprits ; vous y rencontrez une foule de connaissances intimes, anciennes ou nouvelles, dont vous n'avez nulle idée dans l'état de veille.»
Remarque. Lorsqu'il n'y a aucun moyen de contrôler les visions ou apparitions, on peut sans doute les mettre sur le compte de l'hallucination ; mais lorsqu'elles sont confirmées par les événements, on ne saurait les attribuer à l'imagination : telles sont, par exemple, les apparitions au moment de leur mort, en rêve ou à l'état de veille, de personnes auxquelles on ne songe nullement, et qui, par divers signes, viennent révéler les circonstances tout à fait inattendues de leur fin. On a vu souvent des chevaux se cabrer et refuser d'avancer devant des apparitions qui effrayaient ceux qui les conduisaient. Si l'imagination est pour quelque chose chez les hommes, assurément elle n'est pour rien chez les animaux. D'ailleurs, si les images que l'on voit en rêve étaient toujours un effet des préoccupations de la veille, rien n'expliquerait pourquoi il arrive souvent qu'on ne rêve jamais aux choses auxquelles on pense le plus.
16. Pourquoi certaines visions sont-elles plus fréquentes dans l'état de maladie ?
«Elles ont également lieu dans l'état de parfaite santé ; mais dans la maladie les liens matériels sont relâchés ; la faiblesse du corps laisse plus de liberté à l'Esprit, qui entre plus facilement en communication avec les autres Esprits.»
17. Les apparitions spontanées paraissent être plus fréquentes dans certaines contrées. Est-ce que certains peuples sont mieux doués que d'autres pour avoir ces sortes de manifestations ?
«Dressez-vous des procès-verbaux de chaque apparition ? Les apparitions, les bruits, toutes les manifestations enfin, sont également répandues sur toute la terre, mais elles présentent des caractères distinctifs selon les peuples chez lesquels elles s'accomplissent. Chez ceux, par exemple, où l'écriture est peu répandue, il n'y a pas de médiums écrivains ; chez d'autres ils abondent ; ailleurs il y a plus souvent des bruits et des mouvements que des communications intelligentes, parce que celles-ci sont moins estimées et recherchées.»
18. Pourquoi les apparitions ont-elles plutôt lieu la nuit ? Ne serait-ce pas un effet du silence et de l'obscurité sur l'imagination ?
«C'est par la même raison qui vous fait voir pendant la nuit les étoiles que vous ne voyez pas en plein jour. La grande clarté peut effacer une apparition légère ; mais c'est une erreur de croire que la nuit y soit pour quelque chose. Interrogez tous ceux qui en ont eu, et vous verrez que la plupart les ont eues le jour.»
Remarque. Les faits d'apparition sont beaucoup plus fréquents et plus généraux qu'on ne croit ; mais beaucoup de personnes ne les avouent pas par la crainte du ridicule, d'autres les attribuent à l'illusion. S'ils paraissent plus multipliés chez certains peuples, cela tient à ce que l'on y conserve plus soigneusement les traditions vraies ou fausses, presque toujours amplifiées par l'attrait du merveilleux, auquel prête plus ou moins l'aspect des localités ; la crédulité fait alors voir des effets surnaturels dans les phénomènes les plus vulgaires : le silence de la solitude, l'escarpement des ravins, le mugissement de la forêt, les rafales de la tempête, l'écho des montagnes, la forme fantastique des nuages, les ombres, les mirages, tout enfin prête à l'illusion pour des imaginations simples et naïves, qui racontent de bonne foi ce qu'elles ont vu ou ce qu'elles ont cru voir. Mais à côté de la fiction, il y a la réalité ; c'est à la dégager de tous les accessoires ridicules de la superstition que conduit l'étude sérieuse du spiritisme.
19. La vue des Esprits se produit-elle dans l'état normal, ou seulement dans un état extatique ?
«Elle peut avoir lieu dans les conditions parfaitement normales ; cependant les personnes qui les voient sont assez souvent dans un état particulier, voisin de l'extase, qui leur donne une sorte de double vue. (Livre des Esprits, n° 447.)»
20. Ceux qui voient les Esprits les voient-ils par les yeux ?
«Ils le croient ; mais en réalité c'est l'âme qui voit, et, ce qui le prouve, c'est qu'on peut les voir les yeux fermés.»
21. Comment l'Esprit peut-il se rendre visible ?
«Le principe est le même que celui de toutes les manifestations, il tient aux propriétés du périsprit, qui peut subir diverses modifications au gré de l'Esprit.»
22. L'Esprit proprement dit peut-il se rendre visible, ou bien ne le peut-il qu'à l'aide du périsprit ?
«Dans votre état matériel, les Esprits ne peuvent se manifester qu'à l'aide de leur enveloppe semi-matérielle ; c'est l'intermédiaire par lequel ils agissent sur vos sens. C'est sous cette enveloppe qu'ils apparaissent quelquefois avec une forme humaine ou toute autre, soit dans les rêves, soit même à l'état de veille, aussi bien à la lumière que dans l'obscurité.»
23. Pourrait-on dire que c'est par la condensation du fluide du périsprit que l'Esprit devient visible ?
«Condensation n'est pas le mot ; c'est plutôt une comparaison qui peut aider à vous faire comprendre le phénomène, car il n'y a pas réellement condensation. Par la combinaison des fluides, il se produit dans le périsprit une disposition particulière qui n'a pas d'analogue pour vous, et qui le rend perceptible.»
24. Les Esprits qui apparaissent sont-ils toujours insaisissables et inaccessibles au toucher ?
«Insaisissables comme dans un songe, dans leur état normal ; cependant ils peuvent faire impression sur le toucher, et laisser des traces de leur présence, et même, dans certains cas, devenir momentanément tangibles, ce qui prouve qu'entre eux et vous il y a une matière.»
25. Tout le monde est-il apte à voir les Esprits ?
«Dans le sommeil oui, mais non à l'état de veille. Dans le sommeil, l'âme voit sans intermédiaire ; dans la veille, elle est toujours plus ou moins influencée par les organes : c'est pourquoi les conditions ne sont pas tout à fait les mêmes.»
26. A quoi tient la faculté de voir les Esprits pendant la veille ?
«Cette faculté dépend de l'organisation ; elle tient, à la faculté plus ou moins grande qu'a le fluide du voyant de se combiner avec celui de l'Esprit. Ainsi il ne suffit pas à l'Esprit de vouloir se montrer, il faut encore qu'il trouve dans la personne à laquelle il veut se faire voir l'aptitude nécessaire.»
- Cette faculté peut-elle se développer par l'exercice ?
«Elle le peut, comme toutes les autres facultés ; mais c'est une de celles dont il vaut mieux attendre le développement naturel que de le provoquer, dans la crainte de surexciter l'imagination. La vue générale et permanente des Esprits est exceptionnelle et n'est pas dans les conditions normales de l'homme.»
27. Peut-on provoquer l'apparition des Esprits ?
«Cela se peut quelquefois, mais très rarement ; elle est presque toujours spontanée. Il faut pour cela être doué d'une faculté spéciale.»
28. Les Esprits peuvent-ils se rendre visibles sous une autre apparence que la forme humaine ?
«La forme humaine est la forme normale ; l'Esprit peut en varier l'apparence, mais c'est toujours le type humain.»
- Ne peuvent-ils se manifester sous forme de flamme ?
«Ils peuvent produire des flammes des lueurs, comme tous autres effets, pour attester leur présence ; mais ce ne sont pas les Esprits eux-mêmes. La flamme n'est souvent qu'un mirage ou une émanation du périsprit ; ce n'en est, dans tous les cas, qu'une partie ; le périsprit n'apparaît tout entier que dans les visions».
29. Que penser de la croyance qui attribue les feux follets à la présence d'âmes ou Esprits ?
«Superstition produite par l'ignorance. La cause physique des feux follets est bien connue.»
- La flamme bleue qui parut, dit-on, sur la tête de Servius Tullius enfant, est-elle une fable ou une réalité ?
«C'était réel ; elle était produite par l'Esprit familier qui voulait avertir la mère. Cette mère, médium voyant, avait aperçu un rayonnement de l'Esprit protecteur de son enfant. Tous les médiums voyants ne voient pas au même degré, de même que vos médiums écrivains n'écrivent pas tous la même chose. Tandis que cette mère ne voyait qu'une flamme, un autre médium aurait pu voir le corps même de l'Esprit.»
30. Les Esprits pourraient-ils se présenter sous la forme d'animaux ?
«Cela peut arriver ; mais ce ne sont toujours que des Esprits très inférieurs qui prennent ces apparences. Ce ne serait, dans tous les cas, qu'une apparence momentanée ; car il serait absurde de croire qu'un animal véritable quelconque pût être l'incarnation d'un Esprit. Les animaux ne sont toujours que des animaux et rien autre chose.»
Remarque. La superstition seule peut faire croire que certains animaux sont animés par des Esprits ; il faut une imagination bien complaisante ou bien frappée pour voir quelque chose de surnaturel dans les circonstances un peu bizarres dans lesquelles ils se présentent quelquefois ; mais la peur fait souvent voir ce qui n'existe pas. La peur n'est pas toujours la source de cette idée ; nous avons connu une dame, très intelligente du reste, qui affectionnait outre mesure un gros chat noir, parce qu'elle le croyait d'une nature sur-animale ; elle n'avait pourtant jamais entendu parler du spiritisme ; si elle l'eût connu, il lui aurait fait comprendre le ridicule de la cause de sa prédilection, en lui prouvant l'impossibilité d'une pareille métamorphose.
Essai théorique sur les apparitions
Nous croirions faire injure au bon sens de nos lecteurs en réfutant ce qu'il y a d'absurde et de ridicule dans ce qu'on nomme vulgairement l'interprétation des songes.
Pouvant prendre toutes les apparences, l'Esprit se présente sous celle qui peut le mieux le faire reconnaître, si tel est son désir. Ainsi, bien que, comme Esprit, il n'ait plus aucune infirmité corporelle, il se montrera estropié, boiteux, bossu, blessé, avec des cicatrices, si cela est nécessaire pour constater son identité. Esope, par exemple, comme Esprit, n'est pas difforme ; mais si on l'évoque en tant qu'Esope, aurait-il eu plusieurs existences depuis, il apparaîtra laid et bossu, avec le costume traditionnel. Une chose remarquable, c'est qu'à moins de circonstances particulières, les parties les moins dessinées sont les membres inférieurs, tandis que la tête, le tronc, les bras et les mains, sont toujours nettement accusés : aussi ne les voit-on presque jamais marcher, mais glisser comme des ombres. Quant au costume, il se compose le plus ordinairement d'une draperie se terminant en longs plis flottants ; c'est, du moins, avec une chevelure ondoyante et gracieuse, l'apparence des Esprits qui n'ont rien conservé des choses terrestres ; mais les Esprits vulgaires, ceux que l'on a connus, ont généralement le costume qu'ils avaient dans la dernière période de leur existence. Souvent ils ont des attributs caractéristiques de leur élévation, comme une auréole, ou des ailes pour ceux que l'on peut considérer comme des anges, tandis que d'autres ont ceux qui rappellent leurs occupations terrestres : ainsi un guerrier pourra apparaître avec son armure, un savant avec des livres, un assassin avec un poignard, etc.. Les Esprits supérieurs ont une figure belle, noble et sereine ; les plus inférieurs ont quelque chose de farouche et de bestial, et quelquefois portent encore les traces des crimes qu'ils ont commis ou des supplices qu'ils ont endurés. La question du costume et de tous ces objets accessoires est peut-être celle qui étonne le plus ; nous y reviendrons dans un chapitre spécial, parce qu'elle se lie à d'autres faits très importants.
Esprits globules
L'air n'est pas toujours d'une limpidité absolue, et il est telles circonstances où les courants des molécules aériformes et leur agitation produite par la chaleur sont parfaitement visibles. Quelques personnes ont pris cela pour des amas d'Esprits s'agitant dans l'espace ; il suffit de signaler cette opinion pour la réfuter. Mais voici un autre genre d'illusion non moins bizarre contre laquelle il est également bon d'être prémuni.
L'humeur aqueuse de l'oeil offre des points à peine perceptibles qui ont perdu de leur transparence. Ces points sont comme des corps opaques en suspension dans le liquide dont ils suivent les mouvements. Ils produisent dans l'air ambiant, et à distance, par l'effet du grossissement et de la réfraction, l'apparence de petits disques variant de un à dix millimètres de diamètre et qui semblent nager dans l'atmosphère. Nous avons vu des personnes prendre ces disques pour des Esprits qui les suivaient et les accompagnaient partout, et dans leur enthousiasme prendre pour des figures les nuances de l'irisation, ce qui est à peu près aussi rationnel que de voir une figure dans la lune. Une simple observation, fournie par ces personnes elles-mêmes, va les ramener sur le terrain de la réalité.
Ces disques ou médaillons, disent-elles, non seulement les accompagnent, mais suivent tous leurs mouvements ; ils vont à droite, à gauche, en haut, en bas, ou s'arrêtent selon le mouvement de la tête. Cela n'est pas étonnant ; puisque le siège de l'apparence est dans le globe de l'oeil, elle doit en suivre les mouvements. Si c'étaient des Esprits, il faudrait convenir qu'ils seraient astreints à un rôle par trop mécanique pour des êtres intelligents et libres ; rôle bien fastidieux, même pour des esprits inférieurs, à plus forte raison incompatible avec l'idée que nous nous faisons des Esprits supérieurs. Quelques-uns, il est vrai, prennent pour de mauvais Esprits les points noirs ou mouches amaurotiques. Ces disques, de même que les taches noires, ont un mouvement ondulatoire qui ne s'écarte jamais de l'amplitude d'un certain angle, et ce qui ajoute à l'illusion, c'est qu'ils ne suivent pas avec brusquerie les mouvements de la ligne visuelle. La raison en est bien simple. Les points opaques de l'humeur aqueuse, cause première du phénomène, sont, avons-nous dit, comme tenus en suspension, et ils ont toujours une tendance à descendre : lorsqu'ils montent, c'est qu'ils y sont sollicités par le mouvement de l'oeil de bas en haut ; mais arrivés à une certaine hauteur, si on fixe l'oeil, on voit les disques descendre d'eux-mêmes, puis s'arrêter. Leur mobilité est extrême, parce qu'il suffit d'un mouvement imperceptible de l'oeil pour les faire changer de direction et leur faire parcourir rapidement toute l'amplitude de l'arc dans l'espace où se produit l'image. Tant qu'il n'est pas prouvé qu'une image possède un mouvement propre, spontané et intelligent, on ne peut y voir qu'un simple phénomène optique ou physiologique.
Il en est de même des étincelles qui se produisent quelquefois en gerbes ou en faisceaux plus ou moins compactes par la contraction des muscles de l'oeil, et qui sont probablement dues à l'électricité phosphorescente de l'iris, puisqu'elles sont généralement circonscrites dans la circonférence du disque de cet organe.
De pareilles illusions ne peuvent être que le résultat d'une observation incomplète. Quiconque aura sérieusement étudié la nature des Esprits, par tous les moyens que donne la science pratique, comprendra tout ce qu'elles ont de puéril. Autant nous combattons les théories hasardées par lesquelles on attaque les manifestations, quand ces théories sont basées sur l'ignorance des faits, autant nous devons chercher à détruire les idées fausses qui prouvent plus d'enthousiasme que de réflexion, et qui, par cela même, font plus de mal que de bien auprès des incrédules, déjà si disposés à chercher le côté ridicule.
Théorie de l'hallucination
L'optique et la physiologie ne paraissent plus avoir de secrets pour eux, comment se fait-il qu'ils n'aient point encore expliqué la nature et la source des images qui s'offrent à l'esprit en certaines circonstances ?
Ils veulent tout expliquer par les lois de la matière, soit ; qu'ils donnent donc par ces lois une théorie de l'hallucination ; bonne ou mauvaise, ce sera toujours une explication.
Les savants ont dédaigné de s'occuper de l'hallucination ; qu'elle soit réelle ou non, ce n'en est pas moins un phénomène que la physiologie doit pouvoir expliquer, sous peine d'avouer son insuffisance. Si un jour un savant entreprend d'en donner, non pas une définition, entendons-nous bien, mais une explication physiologique, nous verrons si sa théorie résout tous les cas ; qu'il n'omette pas surtout les faits si communs d'apparitions de personnes au moment de leur mort ; qu'il dise d'où vient la coïncidence de l'apparition avec la mort de la personne ? Si c'était un fait isolé, on pourrait l'attribuer au hasard ; mais comme il est très fréquent, le hasard n'a pas de ces récidives. Si encore celui qui voit l'apparition avait l'imagination frappée par l'idée que la personne doit mourir, soit ; mais celle qui apparaît est le plus souvent celle à laquelle il songe le moins : donc l'imagination n'y est pour rien. On peut encore moins expliquer par l'imagination les circonstances de la mort dont on n'a aucune idée. Les hallucinationistes diront-ils que l'âme (si tant est qu'ils admettent une âme) a des moments de surexcitation où ses facultés sont exaltées ? Nous sommes d'accord ; mais quand ce qu'elle voit est réel, ce n'est donc pas une illusion. Si, dans son exaltation, l'âme voit une chose qui n'est pas présente, c'est donc qu'elle se transporte ; mais si notre âme peut se transporter vers une personne absente, pourquoi l'âme de cette personne ne se transporterait-elle pas vers nous ? Que, dans leur théorie de l'hallucination, ils veuillent bien tenir compte de ces faits, et ne pas oublier qu'une théorie à laquelle on peut opposer des faits contraires est nécessairement fausse ou incomplète.
En attendant leur explication, nous allons essayer d'émettre quelques idées à ce sujet.
- Les visions sont-elles toujours réelles, et ne sont-elles pas quelquefois l'effet de l'hallucination ? Quand on voit, en rêve ou autrement, le diable, par exemple, ou d'autres choses fantastiques qui n'existent pas, n'est-ce pas un produit de l'imagination ?
«Oui, quelquefois, quand on est frappé par certaines lectures ou par des histoires de diableries qui impressionnent, on se souvient et l'on croit voir ce qui n'existe pas. Mais nous avons dit aussi que l'Esprit, sous son enveloppe semi-matérielle, peut prendre toutes sortes de formes pour se manifester. Un Esprit moqueur peut donc apparaître avec des cornes et des griffes si cela lui plaît, pour se jouer de la crédulité, comme un bon Esprit peut se montrer avec des ailes et une figure radieuse.»
- Peut-on considérer comme des apparitions les figures et autres images qui se présentent souvent dans le demi-sommeil, ou simplement quand on ferme les yeux ?
«Dès que les sens s'engourdissent, l'Esprit se dégage, et peut voir au loin ou de près ce qu'il ne pourrait voir avec les yeux. Ces images sont très souvent des visions, mais elles peuvent être aussi un effet des impressions que la vue de certains objets a laissées dans le cerveau qui en conserve des traces comme il conserve celles des sons. L'Esprit dégagé voit alors dans son propre cerveau ces empreintes qui s'y sont fixées comme sur une plaque de daguerréotype. Leur variété et leur mélange forment des ensembles bizarres et fugitifs qui s'effacent presque aussitôt, malgré les efforts que l'on fait pour les retenir. C'est à une cause semblable qu'il faut attribuer certaines apparitions fantastiques qui n'ont rien de réel et qui se produisent souvent dans l'état de maladie.»
Il est constant que la mémoire est le résultat des empreintes conservées par le cerveau ; par quel singulier phénomène ces empreintes si variées, si multiples, ne se confondent-elles pas ? C'est là un mystère impénétrable, mais qui n'est pas plus étrange que celui des ondulations sonores qui se croisent dans l'air, et n'en restent pas moins distinctes. Dans un cerveau sain et bien organisé, ces empreintes sont nettes et précises ; dans un état moins favorable, elles s'effacent et se confondent ; de là, la perte de la mémoire ou la confusion des idées. Cela paraît encore moins extraordinaire si l'on admet, comme en phrénologie, une destination spéciale à chaque partie, et même à chaque fibre du cerveau.
Les images arrivées au cerveau par les yeux y laissent donc une empreinte, qui fait qu'on se souvient d'un tableau comme si on l'avait devant soi, mais ce n'est toujours qu'une affaire de mémoire, car on ne le voit pas ; or, dans un certain état d'émancipation, l'âme voit dans le cerveau et y retrouve ces images, celles surtout qui ont le plus frappé, selon la nature des préoccupations ou les dispositions de l'esprit, c'est ainsi qu'elle y retrouve l'empreinte de scènes religieuses, diaboliques, dramatiques, mondaines, des figures d'animaux bizarres qu'elle a vus à une autre époque en peintures ou même en récits, car les récits laissent aussi des empreintes. Ainsi l'âme voit réellement, mais elle ne voit qu'une image daguerréotypée dans le cerveau. Dans l'état normal ces images sont fugitives et éphémères, parce que toutes les parties cérébrales fonctionnent librement ; mais dans l'état de maladie, le cerveau est toujours plus ou moins affaibli, l'équilibre n'existe pas entre tous les organes, quelques-uns seulement conservent leur activité, tandis que d'autres sont en quelque sorte paralysés ; de là la permanence de certaines images qui ne sont plus effacées, comme dans l'état normal, par les préoccupations de la vie extérieure. C'est là la véritable hallucination et la cause première des idées fixes.
Comme on le voit, nous avons rendu compte de cette anomalie par une loi toute physiologique bien connue, celle des empreintes cérébrales ; mais il nous a toujours fallu faire intervenir l'âme ; or, si les matérialistes n'ont pu encore donner une solution satisfaisante de ce phénomène, c'est qu'ils ne veulent pas admettre d'âme ; aussi diront-ils que notre explication est mauvaise, parce que nous posons en principe ce qui est contesté. Contesté par qui ? Par eux, mais admis par l'immense majorité depuis qu'il y a des hommes sur la terre, et la négation de quelques-uns ne peut faire loi.
Notre explication est-elle bonne ? Nous la donnons pour ce qu'elle peut valoir à défaut d'autre, et si l'on veut à titre de simple hypothèse en attendant mieux. Telle qu'elle est rend-elle raison de tous les cas de vision ? Certainement non, et nous mettons tous les physiologistes au défi d'en donner une seule à leur point de vue exclusif qui les résolve tous ; car, quand ils ont prononcé leurs mots sacramentels de surexcitation et d'exaltation, ils n'ont rien dit ; donc, si toutes les théories de l'hallucination sont insuffisantes pour expliquer tous les faits, c'est qu'il y a autre chose que l'hallucination proprement dite. Notre théorie serait fausse si nous l'appliquions à tous les cas de vision, parce qu'il en est qui viendraient la contredire ; elle peut être juste si elle est restreinte à certains effets.
CHAPITRE VII - BI-CORPOREITE ET TRANSFIGURATION
Apparitions de l'Esprit des vivants
C'est ce qui est probable, diront les incrédules, les esprits forts, ce qui pour eux, est synonyme de gens d'esprit ; mais il est constant que cette dame ne dormait pas du tout, pas plus que la précédente. - C'est qu'alors elle rêvait tout éveillée ; autrement dit elle avait une hallucination. - Voilà le grand mot, l'explication universelle de tout ce qu'on ne comprend pas. Comme nous avons déjà suffisamment réfuté cette objection, nous poursuivrons en nous adressant à ceux qui peuvent nous comprendre.
117. Voici cependant un autre fait plus caractéristique, et nous serions curieux de voir comment on pourrait l'expliquer par le seul jeu de l'imagination.
Un monsieur habitant la province n'avait jamais voulu se marier, malgré les instances de sa famille. On avait notamment insisté en faveur d'une personne habitant une ville voisine, et qu'il n'avait jamais vue. Un jour, étant dans sa chambre, il fut tout étonné de se voir en présence d'une jeune fille, vêtue de blanc, et la tête ornée d'une couronne de fleurs. Elle lui dit qu'elle était sa fiancée, lui tendit la main qu'il prit dans la sienne, et à laquelle il vit un anneau. Au bout de quelques instants tout disparut. Surpris de cette apparition, et s'étant assuré qu'il était bien éveillé, il s'informe si quelqu'un est venu dans la journée ; mais on lui dit qu'on n'avait vu personne. Un an après, cédant à de nouvelles sollicitations d'une parente, il se décida à aller voir celle qu'on lui proposait. Il arriva le jour de la Fête-Dieu ; on revenait de la procession, et une des premières personnes qui s'offre à sa vue en entrant dans la maison, c'est une jeune fille qu'il reconnaît pour celle qui lui était apparue ; elle était vêtue de même, car le jour de l'apparition était aussi celui de la Fête-Dieu. Il reste interdit, et de son côté, la jeune fille pousse un cri de surprise et se trouve mal. Revenue à elle, elle dit qu'elle a déjà vu ce monsieur à pareil jour l'année précédente. Le mariage fut conclu. C'était vers 1835 ; à cette époque il n'était pas question des Esprits, et d'ailleurs l'un et l'autre sont des gens d'un positivisme extrême et de l'imagination la moins exaltée qui soit au monde.
On dira peut-être que l'un et l'autre avaient l'esprit frappé de l'idée de l'union proposée et que cette préoccupation détermina une hallucination ; mais il ne faut pas oublier que le mari y était si indifférent, qu'il fut un an sans aller voir sa prétendue. En admettant même cette hypothèse, il resterait à expliquer la double apparition, la coïncidence du costume avec le jour de la Fête-Dieu, et enfin la reconnaissance physique entre personnes qui ne s'étaient jamais vues, circonstances qui ne peuvent être le produit de l'imagination.
Hommes doubles - Saint Alphonse de Liguori et saint Antoine de Padoue
Saint Alphonse de Liguori fut canonisé avant le temps voulu pour s'être montré simultanément en deux endroits différents, ce qui passa pour un miracle.
Saint Antoine de Padoue était en Espagne, et au temps où il prêchait, son père, qui était à Padoue, allait au supplice accusé d'un meurtre. A ce moment, saint Antoine paraît, démontre l'innocence de son père et fait connaître le véritable criminel qui, plus tard, subit le châtiment. Il fut constaté qu'à ce moment saint Antoine n'avait pas quitté l'Espagne.
Saint Alphonse ayant été évoqué et interrogé par nous sur le fait ci-dessus, voici les réponses qu'il fit :
1. Pourriez-vous nous donner l'explication de ce phénomène ?
«Oui ; l'homme, lorsqu'il s'est complètement dématérialisé par sa vertu, qu'il a élevé son âme vers Dieu, peut apparaître en deux endroits à la fois, voici comment. L'Esprit incarné, en sentant le sommeil venir, peut demander à Dieu de se transporter dans un lieu quelconque. Son Esprit, ou son âme, comme vous voudrez l'appeler, abandonne alors son corps, suivie d'une partie de son périsprit, et laisse la matière immonde dans un état voisin de la mort. Je dis voisin de la mort, parce qu'il est resté dans le corps un lien qui rattache le périsprit et l'âme à la matière, et ce lien ne peut être défini. Le corps apparaît donc dans l'endroit demandé. Je crois que c'est tout ce que vous désirez savoir.»
2. Ceci ne nous donne pas l'explication de la visibilité et de la tangibilité du périsprit.
«L'Esprit se trouvant dégagé de la matière suivant son degré d'élévation peut se rendre tangible à la matière.»
3. Le sommeil du corps est-il indispensable pour que l'Esprit apparaisse en d'autres endroits ?
«L'âme peut se diviser lorsqu'elle se sent portée dans un lieu différent de celui où se trouve le corps. Il peut arriver que le corps ne dorme pas, quoique cela soit très rare, mais alors le corps n'est jamais dans un état parfaitement normal, il est toujours dans un état plus ou moins extatique.»
Remarque. L'âme ne se divise pas dans le sens littéral du mot ; elle rayonne de différents côtés, et peut ainsi se manifester sur plusieurs points sans être partagée ; il en est de même d'une lumière qui peut simultanément se refléter dans plusieurs glaces.
4. L'homme étant plongé dans le sommeil tandis que son Esprit apparaît ailleurs, qu'arriverait-il s'il était réveillé subitement ?
«Cela n'arriverait pas, parce que si quelqu'un avait l'intention de l'éveiller, l'Esprit rentrerait dans le corps et préviendrait l'intention, attendu que l'Esprit lit dans la pensée.»
Une explication tout à fait identique nous a été donnée plusieurs fois par l'Esprit de personnes mortes ou vivantes. Saint Alphonse explique le fait de la double présence, mais il ne donne pas la théorie de la visibilité et de la tangibilité.
Vespasien
Pendant les mois que Vespasien passa dans Alexandrie pour attendre le retour périodique des vents d'été et la saison où la mer devient sûre, plusieurs prodiges arrivèrent, par où se manifesta la faveur du ciel et l'intérêt que les dieux semblaient prendre à ce prince...
Ces prodiges redoublèrent dans Vespasien le désir de visiter le séjour sacré du dieu, pour le consulter au sujet de l'empire. Il ordonne que le temple soit fermé à tout le monde ; entré lui-même et tout entier à ce qu'allait prononcer l'oracle, il aperçoit derrière lui un des principaux Egyptiens, nommé Basilide, qu'il savait être retenu malade à plusieurs journées d'Alexandrie. Il s'informe aux prêtres si Basilide est venu ce jour-là dans le temple ; il s'informe aux passants si on l'a vu dans la ville, enfin, il envoie des hommes à cheval, et il s'assure que dans ce moment-là même il était à quatre-vingts milles de distance. Alors, il ne douta plus que la vision ne fût surnaturelle, et le nom de Basilide lui tint lieu d'oracle. (TACITE. Histoires, livre IV, chapitres 81 et 82. Traduction de Burnouf.)
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* Voir la Revue Spirite, janvier 1859, Le Follet de Bayonne ; février 1859, Les agénères ; mon ami Hermann ; mai 1859, Le lien entre l'Esprit et le corps ; novembre 1859, L'âme errante ; janvier 1860, L'Esprit d'un coté et le corps de l'autre ; mars 1860, Etudes sur l'Esprit de personnes vivantes : le docteur V. et mademoiselle I.; avril 1860, Le Fabricant de Saint Pétersbourg ; apparitions tangibles ; novembre 1860, Histoire de Marie d'Agréda ; juillet 1861, Une apparition providentielle.
Transfiguration
Il est admis en principe que l'Esprit peut donner à son périsprit toutes les apparences ; que par une modification dans la disposition moléculaire, il peut lui donner la visibilité, la tangibilité, et par conséquent l'opacité ; que le périsprit d'une personne vivante, isolé du corps, peut subir les mêmes transformations ; que ce changement d'état s'opère par la combinaison des fluides. Figurons-nous maintenant le périsprit d'une personne vivante, non pas isolé, mais rayonnant autour du corps de manière à l'envelopper comme d'une vapeur ; dans cet état, il peut subir les mêmes modifications que s'il en était séparé ; s'il perd sa transparence, le corps peut disparaître, devenir invisible, et être voilé comme s'il était plongé dans le brouillard. Il pourra même changer d'aspect, devenir brillant si telle est la volonté ou le pouvoir de l'Esprit. Un autre Esprit, combinant son propre fluide avec le premier, peut y substituer sa propre apparence ; de telle sorte que le corps réel disparaît sous une enveloppe fluidique extérieure dont l'apparence peut varier au gré de l'Esprit. Telle paraît être la véritable cause du phénomène étrange, et rare, il faut le dire, de la transfiguration. Quant à la différence du poids, elle s'explique de la même manière que pour les corps inertes. Le poids intrinsèque du corps n'a pas varié, parce que la quantité de matière n'a pas augmenté ; il subit l'influence d'un agent extérieur qui peut en augmenter ou en diminuer le poids relatif, comme nous l'avons expliqué ci-dessus, n° 78 et suivants. Il est donc probable que si la transfiguration eût lieu sous l'aspect d'un petit enfant, le poids eût diminué en proportion.
Invisibilité
La théorie du phénomène de l'invisibilité ressort tout naturellement des explications précédentes et de celles qui ont été données au sujet du phénomène des apports, n° 96 et suivants.
CHAPITRE VIII - LABORATOIRE DU MONDE INVISIBLE
Vêtements des Esprits - Formation spontanée d'objets tangibles - Modification des propriétés de la matière
On pouvait, jusqu'à un certain point, se rendre compte du costume, parce qu'on peut le considérer comme faisant en quelque sorte partie de l'individu ; il n'en est pas de même des objets accessoires, comme par exemple la tabatière du visiteur de la dame malade dont nous avons parlé n° 116. Remarquons à ce sujet qu'il ne s'agissait pas ici d'un mort mais d'un vivant, et que ce monsieur, lorsqu'il revint en personne, avait une tabatière en tout semblable. Où donc son Esprit avait-il trouvé celle qu'il avait quand il était au pied du lit de la malade ? Nous pourrions citer un grand nombre de cas où des Esprits de morts ou de vivants sont apparus avec divers objets, tels que bâtons, armes, pipes, lanternes, livres, etc..
Il nous vint alors une pensée, c'est que les corps inertes pouvaient avoir leurs analogues éthérés dans le monde invisible ; que la matière condensée qui forme les objets pouvait avoir une partie quintessenciée échappant à nos sens. Cette théorie n'était pas dénuée de vraisemblance, mais elle était impuissante à rendre raison de tous les faits. Il en est un surtout qui semblait devoir déjouer toutes les interprétations. Jusqu'alors il ne s'est agi que d'images ou apparences ; nous avons bien vu que le périsprit peut acquérir les propriétés de la matière et devenir tangible, mais cette tangibilité n'est que momentanée, et le corps solide s'évanouit comme une ombre. C'est déjà un phénomène fort extraordinaire, mais ce qui l'est bien autrement, c'est de voir se produire de la matière solide persistante, ainsi que le prouvent de nombreux faits authentiques, et notamment celui de l'écriture directe dont nous parlerons en détail dans un chapitre spécial. Toutefois, comme ce phénomène se lie intimement au sujet que nous traitons en ce moment, et qu'il en est une des applications les plus positives, nous anticiperons sur l'ordre dans lequel il doit venir.
1. Nous avons cité un cas d'apparition de l'Esprit d'une personne vivante. Cet Esprit avait une tabatière et prisait. Eprouvait-il la sensation que l'on éprouve en prisant ?
«Non.»
2. Cette tabatière avait la forme de celle dont il se servait habituellement, et qui était chez lui. Qu'était-ce que cette tabatière entre les mains de cet homme ?
«Une apparence ; c'était pour que la circonstance fût remarquée comme elle l'a été, et que l'apparition ne fût pas prise pour une hallucination produite par l'état de santé du voyant. L'Esprit voulait que cette dame crût à la réalité de sa présence, il a pris toutes les apparences de la réalité.»
3. Vous dites que c'est une apparence ; mais une apparence n'a rien de réel, c'est comme une illusion d'optique ; nous voudrions savoir si cette tabatière n'était qu'une image sans réalité, ou s'il y avait quelque chose de matériel ?
«Certainement ; c'est à l'aide de ce principe matériel que le périsprit prend l'apparence de vêtements semblables à ceux que l'Esprit portait de son vivant.»
Remarque. Il est évident qu'il faut entendre ici le mot apparence dans le sens d'aspect, imitation. La tabatière réelle n'était pas là ; celle que tenait l'Esprit n'en était que la représentation : c'était donc une apparence comparée à l'original, quoique formée d'un principe matériel.
L'expérience nous apprend qu'il ne faut pas toujours prendre à la lettre certaines expressions employées par les Esprits ; en les interprétant selon nos idées, nous nous exposons à de grandes méprises ; c'est pourquoi il faut approfondir le sens de leurs paroles toutes les fois qu'il présente la moindre ambiguïté ; c'est une recommandation que nous font constamment les Esprits eux-mêmes. Sans l'explication que nous avons provoquée, le mot apparence, constamment reproduit dans les cas analogues, pouvait donner lieu à une fausse interprétation.
4. Est-ce que la matière inerte se dédoublerait ? Y aurait-il dans le monde invisible une matière essentielle qui revêtirait la forme des objets que nous voyons ? En un mot ces objets auraient-ils leur doublure éthérée dans le monde invisible, comme les hommes y sont représentés par les Esprits ?
«Ce n'est point ainsi que cela se passe ; l'Esprit a sur les éléments matériels répandus partout dans l'espace, dans votre atmosphère, une puissance que vous êtes loin de soupçonner. Il peut à son gré concentrer ces éléments et leur donner la forme apparente propre à ses projets.»
Remarque. Cette question, comme on l'a vu, était la traduction de notre pensée, c'est-à-dire de l'idée que nous nous étions formée sur la nature de ces objets. Si les réponses étaient, comme quelques-uns le prétendent, le reflet de la pensée, nous aurions obtenu la confirmation de notre théorie, au lieu d'une théorie contraire.
5. Je pose de nouveau la question d'une manière catégorique, afin d'éviter toute équivoque :
Les vêtements dont se couvrent les Esprits sont-ils quelque chose ?
«Il me semble que ma réponse précédente résout la question. Ne savez-vous pas que le périsprit lui-même est quelque chose ?»
6. Il résulte de cette explication que les Esprits font subir à la matière éthérée des transformations à leur gré, et qu'ainsi, par exemple, pour la tabatière, l'Esprit ne l'a point trouvée toute faite, mais qu'il l'a faite lui-même pour le moment où il en avait besoin, par un acte de sa volonté, et qu'il a pu la défaire ; il doit en être de même de tous les autres objets, tels que vêtements, bijoux, etc..
«Mais évidemment.»
7. Cette tabatière a été visible pour cette dame, au point de lui faire illusion. L'Esprit aurait-il pu la rendre tangible pour elle ?
«Il l'aurait pu.»
8. Le cas échéant, cette dame aurait-elle pu la prendre dans ses mains, croyant avoir une tabatière véritable ?
«Oui.»
9. Si elle l'eût ouverte, elle y eût probablement trouvé du tabac ; si elle eût pris ce tabac, l'aurait-il fait éternuer ?
«Oui.»
10. L'Esprit peut donc donner, non seulement la forme, mais des propriétés spéciales ?
«S'il le veut ; ce n'est qu'en vertu de ce principe que j'ai répondu affirmativement aux questions précédentes. Vous aurez des preuves de la puissante action qu'exerce l'Esprit sur la matière, et que vous êtes loin de soupçonner, comme je vous l'ai dit.»
11. Supposons alors qu'il eût voulu faire une substance vénéneuse et qu'une personne en eût pris, aurait-elle été empoisonnée ?
«Il l'aurait pu, mais il ne l'aurait pas fait ; cela ne lui aurait pas été permis.»
12. Aurait-il eu le pouvoir de faire une substance salutaire et propre à guérir en cas de maladie, et le cas s'est-il présenté ?
«Oui, fort souvent.»
13. Il pourrait alors tout aussi bien faire une substance alimentaire ; supposons qu'il ait fait un fruit, un mets quelconque, quelqu'un aurait-il pu en manger et être rassasié ?
«Oui, oui ; mais ne cherchez donc pas tant pour trouver ce qui est si facile à comprendre. Il suffit d'un rayon de soleil pour rendre perceptibles à vos organes grossiers ces particules matérielles qui encombrent l'espace au milieu duquel vous vivez ; ne savez-vous pas que l'air contient des vapeurs d'eau ? condensez-les, vous les ramènerez à l'état normal ; privez-les de chaleur, et voilà que ces molécules impalpables et invisibles sont devenues un corps solide, et très solide, et bien d'autres substances dont les chimistes vous tireront des merveilles plus étonnantes encore ; seulement l'Esprit possède des instruments plus parfaits que les vôtres : la volonté et la permission de Dieu.»
Remarque. La question de satiété est ici fort importante. Comment une substance qui n'a qu'une existence et des propriétés temporaires et en quelque sorte de convention peut-elle produire la satiété ? Cette substance, par son contact avec l'estomac, produit la sensation de la satiété, mais non la satiété résultant de la plénitude. Si une telle substance peut agir sur l'économie et modifier un état morbide, elle peut tout aussi bien agir sur l'estomac et y produire le sentiment de la satiété. Nous prions toutefois MM. les pharmaciens et restaurateurs de ne pas en concevoir de jalousie, ni croire que les Esprits viennent leur faire concurrence : ces cas sont rares, exceptionnels, et ne dépendent jamais de la volonté ; autrement on se nourrirait et l'on se guérirait à trop bon marché.
14. Les objets, rendus tangibles par la volonté de l'Esprit, pourraient-ils avoir un caractère de permanence et de stabilité, et devenir usuels ?
«Cela se pourrait, mais cela ne se fait pas ; c'est en dehors des lois.»
15. Tous les Esprits ont-ils au même degré le pouvoir de produire des objets tangibles ?
«Il est certain que plus l'Esprit est élevé, plus facilement il l'obtient ; mais encore cela dépend des circonstances : des Esprits inférieurs peuvent avoir ce pouvoir.»
16. L'Esprit se rend-il toujours compte de la manière dont il produit soit ses vêtements, soit les objets dont il offre l'apparence ?
«Non ; souvent il concourt à leur formation par un acte instinctif qu'il ne comprend pas lui-même, s'il n'est pas assez éclairé pour cela.»
17. Si l'Esprit peut puiser dans l'élément universel les matériaux pour faire toutes ces choses, donner à ces choses une réalité temporaire avec leurs propriétés, il peut tout aussi bien y puiser ce qui est nécessaire pour écrire, et par conséquent ceci nous paraît donner la clef du phénomène de l'écriture directe ?
«Enfin vous y voilà donc !»
Remarque. C'était là, en effet, où nous voulions en venir par toutes nos questions préliminaires ; la réponse prouve que l'Esprit avait lu notre pensée.
18. Si la matière dont se sert l'Esprit n'a pas de persistance, comment se fait-il que les traces de l'écriture directe ne disparaissent pas ?
«N'épiloguez pas sur les mots ; je n'ai d'abord pas dit : jamais ; il était question d'un objet matériel volumineux ; ici, ce sont des signes tracés qu'il est utile de conserver, et on les conserve. J'ai voulu dire que les objets ainsi composés par l'Esprit ne pourraient devenir des objets usuels, car il n'y a pas en réalité agrégation de matière comme dans vos corps solides.»
131. Cette théorie nous donne la solution d'un fait bien connu en magnétisme, mais jusqu'à présent inexpliqué, celui du changement des propriétés de l'eau par la volonté. L'Esprit agissant est celui du magnétiseur, le plus souvent assisté par un Esprit étranger ; il opère une transmutation à l'aide du fluide magnétique qui, comme on l'a dit, est la substance qui se rapproche le plus de la matière cosmique, ou élément universel. S'il peut opérer une modification dans les propriétés de l'eau, il peut également produire un phénomène analogue sur les fluides de l'organisme, et de là l'effet curatif de l'action magnétique convenablement dirigée.
On sait le rôle capital que joue la volonté dans tous les phénomènes du magnétisme ; mais comment expliquer l'action matérielle d'un agent si subtil ? La volonté n'est point un être, une substance quelconque ; ce n'est même pas une propriété de la matière la plus éthérée ; la volonté est l'attribut essentiel de l'esprit, c'est-à-dire de l'être pensant. A l'aide de ce levier, il agit sur la matière élémentaire, et, par une action consécutive, il réagit sur ses composés dont les propriétés intimes peuvent ainsi être transformées.
La volonté est l'attribut de l'Esprit incarné aussi bien que de l'Esprit errant ; de là la puissance du magnétiseur, puissance que l'on sait être en raison de la force de volonté. L'Esprit incarné pouvant agir sur la matière élémentaire peut donc également en varier les propriétés dans certaines limites, c'est ainsi que s'explique la faculté de guérir par le contact et l'imposition des mains, faculté que quelques personnes possèdent à un degré plus ou moins grand. (Voir au chapitre des médiums, l'article relatif aux médiums guérisseurs. Voir aussi la Revue spirite, juillet 1859, pages 184 et 189 : Le zouave de Magenta ; Un officier de l'armée d'Italie.)
CHAPITRE IX - DES LIEUX HANTES
1. Les Esprits s'attachent-ils seulement aux personnes, ou s'attachent-ils aussi aux choses ?
«Cela dépend de leur élévation. Certains Esprits peuvent s'attacher aux objets terrestres ; des avares, par exemple, qui ont caché leurs trésors, et qui ne sont pas assez dématérialisés, peuvent encore les surveiller et les garder.»
2. Les Esprits errants ont-ils des lieux de prédilection ?
«C'est encore le même principe. Les Esprits qui ne tiennent plus à la terre vont où ils trouvent à aimer ; ils y sont attirés par les personnes plutôt que par les objets matériels ; cependant il en est qui peuvent momentanément avoir une préférence pour certains lieux, mais ce sont toujours des Esprits inférieurs.»
3. Puisque l'attachement des Esprits pour une localité est un signe d'infériorité, est-ce également une preuve que ce sont de mauvais Esprits ?
«Assurément non ; un Esprit peut être peu avancé sans être mauvais pour cela ; n'en est-il pas de même parmi les hommes ?»
4. La croyance que les Esprits fréquentent de préférence les ruines a-t-elle quelque fondement ?
«Non ; les Esprits vont dans ces endroits comme ils vont partout ailleurs ; mais l'imagination est frappée de l'aspect lugubre de certains lieux, et attribue à leur présence ce qui n'est le plus souvent qu'un effet très naturel. Que de fois la peur n'a-t-elle pas fait prendre l'ombre d'un arbre pour un fantôme, le cri d'un animal ou le souffle du vent pour des revenants ! Les Esprits aiment la présence des hommes, c'est pourquoi ils rechercheront plutôt les endroits habités que les lieux isolés.»
- Cependant, d'après ce que nous savons de la diversité de caractère des Esprits, il doit y en avoir de misanthropes et qui peuvent préférer la solitude.
«Aussi n'ai-je pas répondu d'une manière absolue à la question ; j'ai dit qu'ils peuvent aller dans les lieux déserts comme partout ailleurs, et il est bien évident que ceux qui se tiennent à l'écart, c'est que cela leur plaît ; mais ce n'est pas une raison pour que les ruines soient forcément des lieux de prédilection pour eux ; car, certes, il y en a beaucoup plus dans les villes et les palais que dans le fond des bois.»
5. Les croyances populaires ont, en général, un fond de vérité ; quelle peut être la source de celle des lieux hantés ?
«Le fond de vérité, c'est la manifestation des Esprits à laquelle l'homme a cru de tout temps par instinct ; mais, comme je l'ai dit, l'aspect des lieux lugubres frappe son imagination, et il y place naturellement les êtres qu'il regarde comme surnaturels. Cette croyance superstitieuse est entretenue par les récits des poètes et les contes fantastiques dont on berce son enfance.»
6. Les Esprits qui se rassemblent ont-ils pour cela des jours et des heures de prédilection ?
«Non ; les jours et les heures sont des contrôles du temps à l'usage des hommes, et pour la vie corporelle, mais dont les Esprits n'ont pas besoin et ne s'inquiètent pas.»
7. Quelle est l'origine de l'idée que les Esprits viennent de préférence la nuit ?
«L'impression produite sur l'imagination par le silence et l'obscurité. Toutes ces croyances sont des superstitions que la connaissance raisonnée du spiritisme doit détruire. Il en est de même des jours et des heures qu'on croit leur être plus propices ; croyez bien que l'influence de minuit n'a jamais existé que dans les contes.»
- S'il en est ainsi, pourquoi donc certains Esprits annoncent-ils leur arrivée et leurs manifestations pour cette heure-là, et pour des jours déterminés, comme le vendredi, par exemple ?
«Ce sont des Esprits qui profitent de la crédulité et s'en amusent. C'est par la même raison qu'il y en a qui disent être le diable ou se donnent des noms infernaux. Montrez-leur que vous n'êtes pas leurs dupes, et ils n'y reviendront pas.»
8. Les Esprits reviennent-ils de préférence vers les tombes où repose leur corps ?
«Le corps n'était qu'un vêtement ; ils ne tiennent pas plus à l'enveloppe qui les a fait souffrir que le prisonnier à ses chaînes. Le souvenir des personnes qui leur sont chères est la seule chose à laquelle ils attachent du prix.»
- Les prières que l'on va faire sur leurs tombes leur sont-elles plus agréables, et les y attirent-elles plutôt qu'ailleurs ?
«La prière est une évocation qui attire les Esprits, vous le savez bien. La prière a d'autant plus d'action qu'elle est plus fervente et plus sincère ; or, devant une tombe vénérée, on est plus recueilli, et la conservation de pieuses reliques est un témoignage d'affection que l'on donne à l'Esprit, et auquel il est toujours sensible. C'est toujours la pensée qui agit sur l'Esprit, et non les objets matériels ; ces objets ont plus d'influence sur celui qui prie en fixant son attention, que sur l'Esprit.»
9. D'après cela, la croyance aux lieux hantés ne paraîtrait pas absolument fausse ?
«Nous avons dit que certains Esprits peuvent être attirés par des choses matérielles ; ils peuvent l'être par certains lieux où ils semblent élire domicile, jusqu'à ce que cessent les circonstances qui les y amenaient.»
- Quelles sont les circonstances qui peuvent les y amener ?
«Leur sympathie pour quelques-unes des personnes qui les fréquentent, ou le désir de communiquer avec elles. Cependant, leurs intentions ne sont pas toujours aussi louables ; quand ce sont de mauvais Esprits, ils peuvent vouloir exercer une vengeance sur certaines personnes dont ils ont eu à se plaindre. Le séjour dans un lieu déterminé peut être aussi, pour quelques-uns, une punition qui leur est infligée, surtout s'ils y ont commis un crime, afin qu'ils aient constamment ce crime devant les yeux.» *
10. Les lieux hantés le sont-ils toujours par d'anciens habitants de ces demeures ?
«Quelquefois, mais pas toujours, car si l'ancien habitant est un Esprit élevé, il ne tiendra pas plus à sa demeure terrestre qu'à son corps. Les Esprits qui hantent certains lieux n'ont souvent pas d'autre motif que le caprice, à moins qu'ils n'y soient attirés par leur sympathie pour certaines personnes.»
- Peuvent-ils s'y fixer en vue de protéger une personne ou sa famille ?
«Assurément, si ce sont de bons Esprits ; mais dans ce cas ils ne manifestent jamais leur présence par des choses désagréables.»
11. Y a-t-il quelque chose de réel dans l'histoire de la dame Blanche ?
«C'est un conte tiré de mille faits qui sont vrais.»
12. Est-il rationnel de redouter les lieux hantés par les Esprits ?
«Non ; les Esprits qui hantent certains lieux et y font du tapage cherchent plutôt à s'amuser aux dépens de la crédulité et de la poltronnerie qu'à faire du mal. D'ailleurs figurez-vous bien qu'il y a des Esprits partout, et que quelque part que vous soyez vous en avez sans cesse à vos côtés, même dans les maisons les plus paisibles. Ils ne paraissent souvent hanter certaines habitations que parce qu'ils y trouvent une occasion de manifester leur présence.»
13. Y a-t-il un moyen de les expulser ?
«Oui, et le plus souvent ce qu'on fait pour cela les attire au lieu de les éloigner. Le meilleur moyen de chasser les mauvais Esprits, c'est d'attirer les bons. Attirez donc les bons Esprits en faisant le plus de bien possible, et les mauvais s'en iront ; car le bien et le mal sont incompatibles. Soyez toujours bons, et vous n'aurez que de bons Esprits à vos côtés.»
- Il y a pourtant des personnes très bonnes qui sont en butte aux tracasseries des mauvais Esprits ?
«Si ces personnes sont réellement bonnes, ce peut être une épreuve pour exercer leur patience et les exciter à être encore meilleures ; mais croyez bien que ce ne sont pas ceux qui parlent sans cesse de la vertu qui en ont le plus. Celui qui possède des qualités réelles les ignore souvent lui-même ou n'en parle pas.»
14. Que faut-il croire relativement à l'efficacité de l'exorcisme pour chasser les mauvais Esprits des lieux hantés ?
«Avez-vous souvent vu ce moyen réussir ? N'avez-vous pas vu, au contraire, le tapage redoubler après les cérémonies de l'exorcisme ? C'est qu'ils s'amusent d'être pris pour le diable.
Les Esprits qui ne viennent pas avec une mauvaise intention peuvent aussi manifester leur présence par du bruit, et même en se rendant visibles, mais ils ne font jamais de tapage incommode. Ce sont souvent des Esprits souffrants que vous pouvez soulager en priant pour eux ; d'autres fois même ce sont des Esprits bienveillants qui veulent vous prouver qu'ils sont auprès de vous, ou enfin des Esprits légers qui folâtrent. Comme ceux qui troublent le repos par du tapage sont presque toujours des Esprits qui s'amusent, ce qu'on a de mieux à faire c'est d'en rire ; ils se lasseront s'ils voient qu'ils ne parviennent ni à effrayer, ni à impatienter.» (Voir ci-dessus chapitre V, manifestations physiques spontanées.)
Il résulte des explications ci-dessus qu'il y a des Esprits qui s'attachent à certaines localités et s'y tiennent de préférence, mais qu'ils n'ont pas pour cela besoin de manifester leur présence par des effets sensibles. Un lieu quelconque peut être le séjour forcé ou de prédilection d'un Esprit, même mauvais, sans qu'il s'y soit jamais produit aucune manifestation.
Les Esprits qui s'attachent aux localités ou aux choses matérielles ne sont jamais des Esprits supérieurs, mais sans être supérieurs ils peuvent n'être pas méchants et n'avoir aucune mauvaise intention ; ce sont même quelquefois des commensaux plus utiles que nuisibles, car s'ils s'intéressent aux personnes, ils peuvent les protéger.
CHAPITRE X - NATURE DES COMMUNICATIONS
Nature Des Communications
Si l'on s'est bien pénétré, d'après l'échelle spirite (Livre des Esprits, n° 100), de la variété infinie qui existe entre les Esprits sous le double rapport de l'intelligence et de la moralité, on concevra facilement la différence qui doit exister dans leurs communications ; elles doivent refléter l'élévation ou la bassesse de leurs idées, leur savoir et leur ignorance, leurs vices et leurs vertus ; en un mot elles ne doivent pas plus se ressembler que celles des hommes, depuis le sauvage jusqu'à l'Européen le plus éclairé. Toutes les nuances qu'elles présentent peuvent se grouper en quatre catégories principales ; selon leurs caractères les plus tranchés, elles sont : grossières, frivoles, sérieuses, ou instructives.
Communications grossières
Communications frivoles
Communications sérieuses
Il faut donc distinguer les communications sérieuses-vraies des communications sérieuses-fausses, et ce n'est pas toujours facile, car c'est à la faveur même de la gravité du langage que certains Esprits présomptueux ou faux savants cherchent à faire prévaloir les idées les plus fausses et les systèmes les plus absurdes ; et pour se donner plus de crédit et d'importance, ils ne se font pas scrupule de se parer des noms les plus respectables et même les plus vénérés. C'est là un des plus grands écueils de la science pratique ; nous y reviendrons plus tard avec tous les développements que nécessite un sujet aussi important, en même temps que nous ferons connaître les moyens de se prémunir contre le danger des fausses communications.
Communications instructives
En donnant à ces communications la qualification d'instructives, nous les supposons vraies, car une chose qui ne serait pas vraie ne saurait être instructive, fût-elle dite dans le langage le plus imposant. Nous ne saurions donc ranger dans cette catégorie certains enseignements qui n'ont de sérieux que la forme souvent ampoulée et emphatique à l'aide de laquelle les Esprits plus présomptueux que savants qui les dictent espèrent faire illusion ; mais ces Esprits ne pouvant remplacer le fond qui manque chez eux, ne sauraient longtemps soutenir leur rôle ; ils trahissent bientôt leur côté faible, pour peu que leurs communications aient de la suite, ou qu'on sache les pousser dans leurs derniers retranchements.
CHAPITRE XI - SEMATOLOGIE ET TYPTOLOGIE
Langage des signes et des coups frappés. Typtologie alphabétique
Un monsieur de notre connaissance étant un jour dans son salon, où plusieurs personnes s'occupaient de manifestations, reçut à ce moment une lettre de nous. Pendant qu'il la lisait, le guéridon qui servait aux expériences vient tout à coup vers lui. La lecture de la lettre achevée il va la poser sur une table à l'autre extrémité du salon ; le guéridon le suit et se dirige vers la table où était la lettre. Surpris de cette coïncidence, il pense qu'il y a quelque rapport entre ce mouvement et la lettre ; il interroge l'Esprit qui répond être notre Esprit familier. Ce monsieur nous ayant informé de la circonstance, nous priâmes à notre tour cet Esprit de nous dire le motif de la visite qu'il lui avait faite ; il répondit : «Il est naturel que j'aille voir les personnes avec lesquelles tu es en relation, afin de pouvoir, au besoin, te donner ainsi qu'à elles les avis nécessaires.»
Il est donc évident que l'Esprit avait voulu appeler l'attention de ce monsieur, et cherchait une occasion de lui faire savoir qu'il était là. Un muet ne s'y serait pas mieux pris.
Ce mode de procéder, comme on le voit, est très long, et demande un temps énorme pour les communications d'une certaine étendue ; cependant il y a des personnes qui ont eu la patience de s'en servir pour obtenir des dictées de plusieurs pages ; mais la pratique fit découvrir des moyens abréviatifs qui permirent d'aller avec une certaine rapidité. Celui qui est le plus en usage consiste à avoir devant soi un alphabet tout écrit ainsi que la série des chiffres marquant les unités. Tandis que le médium est à la table, une autre personne parcourt successivement les lettres de l'alphabet s'il s'agit d'un mot, ou celles des chiffres s'il s'agit d'un nombre ; arrivé sur la lettre nécessaire, la table frappe d'elle-même un coup, et l'on écrit la lettre ; puis on recommence pour la 2°, la 3° et ainsi de suite. Si l'on s'est trompé pour une lettre, l'Esprit avertit par plusieurs coups ou par un mouvement de la table, et l'on recommence. Avec de l'habitude, on va assez vite ; mais on abrège surtout beaucoup en devinant la fin d'un mot commencé et que le sens de la phrase fait connaître ; si l'on est dans l'incertitude, on demande à l'Esprit s'il a voulu mettre tel mot, et il répond par oui ou par non.
Quels que soient les perfectionnements que l'on ait pu apporter dans cette manière de procéder, elle ne peut jamais atteindre la rapidité et la facilité que présente l'écriture, aussi l'emploie-t-on très peu maintenant ; elle est cependant quelquefois très intéressante au point de vue du phénomène, principalement pour les novices, et elle a surtout l'avantage de prouver d'une manière péremptoire l'indépendance absolue de la pensée du médium. On obtient souvent ainsi des réponses si imprévues, si saisissantes d'à-propos, qu'il faudrait un parti pris bien déterminé pour ne pas se rendre à l'évidence ; aussi est-ce pour beaucoup de personnes un puissant motif de conviction ; mais par ce moyen, pas plus que par les autres, les Esprits n'aiment à se prêter aux caprices des curieux qui veulent les mettre à l'épreuve par des questions déplacées.
Il est à remarquer que la tablette ne glisse pas sous les doigts, mais que les doigts y restant appliqués suivent le mouvement de la tablette. Peut-être un médium puissant pourrait-il obtenir un mouvement indépendant, nous le croyons possible, mais nous n'en avons jamais été témoin. Si l'expérience pouvait se faire de cette manière, elle serait infiniment plus concluante, parce qu'elle écarterait toute possibilité de supercherie.
Tous les Esprits qui frappent ne sont donc pas des Esprits frappeurs ; ce nom doit être réservé pour ceux qu'on peut appeler frappeurs de profession, et qui, à l'aide de ce moyen, se plaisent à faire des tours pour amuser une société, ou à vexer par leur importunité. De leur part on peut attendre quelquefois des choses spirituelles, mais jamais des choses profondes ; aussi serait-ce perdre son temps que leur adresser des questions d'une certaine portée scientifique ou philosophique ; leur ignorance et leur infériorité leur ont valu à juste titre, de la part des autres Esprits, la qualification d'Esprits bateleurs ou de saltimbanques du monde spirite. Ajoutons que, s'ils agissent souvent pour leur propre compte, ils sont souvent aussi des instruments dont se servent les Esprits supérieurs quand ceux-ci veulent produire des effets matériels.
CHAPITRE XII - PNEUMATOGRAPHIE OU ECRITURE DIRECTE - PNEUMATOPHONIE
Ecriture directe
Le phénomène de l'écriture directe est sans contredit l'un des plus extraordinaires du spiritisme ; mais, quelque anormal qu'il paraisse au premier abord, c'est aujourd'hui un fait avéré et incontestable. Si la théorie est nécessaire pour se rendre compte de la possibilité des phénomènes spirites en général, elle l'est plus encore peut-être dans ce cas, sans contredit, l'un des plus étranges qui se soient encore présentés, mais qui cesse de paraître surnaturel dès que l'on en comprend le principe.
A la première révélation de ce phénomène, le sentiment dominant a été celui du doute ; l'idée d'une supercherie est aussitôt venue à la pensée ; en effet, tout le monde connaît l'action des encres dites sympathiques, dont les traces, d'abord complètement invisibles, apparaissent au bout de quelque temps. Il se pouvait donc qu'on eût abusé de la crédulité, et nous n'affirmerions pas qu'on ne l'ait jamais fait ; nous sommes même convaincu que certaines personnes, soit dans un but mercenaire, soit uniquement par amour-propre et pour faire croire à leur puissance, ont employé des subterfuges. (Voir le chapitre des Fraudes.)
Mais de ce qu'on peut imiter une chose, il serait absurde de conclure que la chose n'existe pas. N'a-t-on pas, dans ces derniers temps, trouvé le moyen d'imiter la lucidité somnambulique au point de faire illusion ? Et de ce que ce procédé d'escamoteur a couru toutes les foires, faut-il conclure qu'il n'y a pas de vrais somnambules ? Parce que certains marchands vendent du vin frelaté, est-ce une raison pour qu'il n'y ait pas de vin pur ? Il en est de même de l'écriture directe ; les précautions pour s'assurer de la réalité du fait étaient d'ailleurs bien simples et bien faciles, et, grâce à ces précautions, il ne peut aujourd'hui faire l'objet d'aucun doute.
Quoi qu'il en soit des résultats obtenus à diverses époques, ce n'est que depuis la vulgarisation des manifestations spirites qu'il est sérieusement question de l'écriture directe. Le premier qui paraît l'avoir fait connaître à Paris dans ces dernières années, c'est M. le baron de Guldenstubbe, qui a publié sur ce sujet un ouvrage très intéressant, contenant un grand nombre de fac-similé des écritures qu'il a obtenues. * Le phénomène était déjà connu en Amérique depuis quelque temps. La position sociale de M. de Guldenstubbe, son indépendance, la considération dont il jouit dans le monde le plus élevé, écartent incontestablement toute suspicion de fraude volontaire, car il ne peut être mû par aucun motif d'intérêt. On pourrait tout au plus croire qu'il était lui-même le jouet d'une illusion ; mais à cela un fait répond péremptoirement, c'est l'obtention du même phénomène par d'autres personnes, en s'entourant de toutes les précautions nécessaires pour éviter toute supercherie et toute cause d'erreur.
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* La réalité des Esprits et de leurs manifestations, démontrée par le phénomène de l'écriture directe. Par M. le baron de Guldenstubbe. 1 vol. in-8°, avec 15 planches et 93 fac-similé.
Dans le principe on prétendait qu'il fallait déposer un crayon avec le papier ; le fait alors pouvait jusqu'à un certain point s'expliquer. On sait que les Esprits opèrent le mouvement et le déplacement des objets ; qu'ils les saisissent et les lancent quelquefois à travers l'espace ; ils pouvaient donc tout aussi bien saisir le crayon et s'en servir pour tracer des caractères ; puisqu'ils lui donnent l'impulsion par l'intermédiaire de la main du médium, d'une planchette, etc., ils pouvaient également le faire d'une manière directe. Mais on ne tarda pas à reconnaître que la présence du crayon n'était pas nécessaire, et qu'il suffisait d'un simple morceau de papier plié ou non, sur lequel on trouve, après quelques minutes, des caractères tracés. Ici le phénomène change complètement de face et nous jette dans un ordre de choses entièrement nouveau ; ces caractères ont été tracés avec une substance quelconque ; du moment qu'on n'a pas fourni cette substance à l'Esprit, il l'a donc faite, composée lui-même ; où l'a-t-il puisée ? Là était le problème.
Si l'on veut bien se reporter aux explications données dans le chapitre VIII, n° 127 et 128, on y trouvera la théorie complète de ce phénomène. Dans cette écriture, l'Esprit ne se sert ni de nos substances, ni de nos instruments ; il fait lui-même la matière et les instruments dont il a besoin, en puisant ses matériaux dans l'élément primitif universel auquel il fait subir, par sa volonté, les modifications nécessaires à l'effet qu'il veut produire. Il peut donc tout aussi bien fabriquer du crayon rouge, de l'encre d'impression ou de l'encre ordinaire que du crayon noir, voire même des caractères typographiques assez résistants pour donner un relief à l'empreinte, ainsi que nous en avons vu des exemples. La fille d'un monsieur que nous connaissons, enfant de 12 à 13 ans, a obtenu des pages entières écrites avec une substance analogue au pastel.
Si nous envisageons l'écriture directe au point de vue des avantages qu'elle peut offrir, nous dirons que, jusqu'à présent, sa principale utilité a été la constatation matérielle d'un fait grave : l'intervention d'une puissance occulte qui trouve par là un nouveau moyen de se manifester. Mais les communications que l'on obtient ainsi sont rarement de quelque étendue ; elles sont généralement spontanées et bornées à des mots, des sentences, souvent des signes inintelligibles ; on en a obtenu dans toutes les langues, en grec, en latin, en syriaque, en caractères hiéroglyphiques, etc., mais elles ne se sont point encore prêtées à ces entretiens suivis et rapides que permet la psychographie ou écriture par médiums.
Pneumatophonie
Il faudrait toutefois se garder de prendre pour des voix occultes tous les sons qui n'ont pas de cause connue, ou de simples tintements d'oreilles, et surtout de croire qu'il y a la moindre vérité dans la croyance vulgaire que l'oreille qui tinte nous avertit qu'on parle de nous quelque part. Ces tintements, dont la cause est purement physiologique, n'ont d'ailleurs aucun sens, tandis que les sons pneumatophoniques expriment des pensées, et c'est à cela seul qu'on peut reconnaître qu'ils sont dus à une cause intelligente et non accidentelle. On peut poser en principe que les effets notoirement intelligents sont les seuls qui puissent attester l'intervention des Esprits ; quant aux autres, il y a au moins cent chances contre une qu'ils sont dus à des causes fortuites.
Les sons spirites ou pneumatophoniques ont deux manières bien distinctes de se produire : c'est quelquefois une voix intime qui retentit dans le for intérieur ; mais, bien que les paroles soient claires et distinctes, elles n'ont cependant rien de matériel ; d'autres fois elles sont extérieures et aussi distinctement articulées que si elles provenaient d'une personne que l'on aurait à côté de soi.
De quelque manière qu'il se produise, le phénomène de la pneumatophonie est presque toujours spontané et ne peut que bien rarement être provoqué.
CHAPITRE XIII - PSYCHOGRAPHIE
Psychographie indirecte : corbeilles et planchettes
Avec tous ces appareils, il faut presque toujours être deux ; mais il n'est pas nécessaire que la seconde personne soit douée de la faculté médianimique : elle sert uniquement à maintenir l'équilibre et à diminuer la fatigue du médium.
Psychographie directe ou manuelle
CHAPITRE XIV - DES MEDIUMS
Médiums à effets physiques
Les médiums facultatifs sont ceux qui ont la conscience de leur pouvoir et qui produisent des phénomènes spirites par l'acte de leur volonté. Cette faculté, bien qu'inhérente à l'espèce humaine, comme nous l'avons déjà dit, est loin d'exister chez tous au même degré ; mais s'il est peu de personnes chez lesquelles elle soit absolument nulle, celles qui sont aptes à produire les grands effets, tels que la suspension des corps graves dans l'espace, la translation aérienne et surtout les apparitions, sont plus rares encore. Les effets les plus simples sont ceux de la rotation d'un objet, des coups frappés par le soulèvement de cet objet ou dans sa substance même. Sans attacher une importance capitale à ces phénomènes, nous engageons à ne pas les négliger ; ils peuvent donner lieu à des observations intéressantes et aider à la conviction. Mais il est à remarquer que la faculté de produire des effets matériels existe rarement chez ceux qui ont des moyens plus parfaits de communication, comme l'écriture ou la parole. Généralement la faculté diminue dans un sens à mesure qu'elle se développe dans un autre.
Cette faculté n'est point, par elle-même, l'indice d'un état pathologique, car elle n'est pas incompatible avec une santé parfaite. Si celui qui la possède est souffrant, cela tient à une cause étrangère ; aussi les moyens thérapeutiques sont-ils impuissants pour la faire cesser. Elle peut, dans certains cas, être consécutive d'une certaine faiblesse organique, mais elle n'est jamais cause efficiente. On ne saurait donc raisonnablement en concevoir aucune inquiétude au point de vue hygiénique ; elle ne pourrait avoir d'inconvénient que si le sujet, devenu médium facultatif, en faisait un usage abusif, parce qu'alors il y aurait chez lui émission trop abondante de fluide vital, et, par suite, affaiblissement des organes.
Par cela même que ces phénomènes tiennent à l'ordre moral, on doit éviter avec un soin non moins scrupuleux tout ce qui peut surexciter l'imagination. On sait les accidents que peut occasionner la peur, et l'on serait moins imprudent si l'on connaissait tous les cas de folie et d'épilepsie qui ont leur source dans les contes de loups-garous et de Croque-mitaine ; que sera-ce donc si l'on persuade que c'est le diable ? Ceux qui accréditent de telles idées ne savent pas la responsabilité qu'ils assument : ils peuvent tuer. Or, le danger n'est pas pour le sujet seul, il est aussi pour ceux qui l'entourent et qui peuvent être effrayés par la pensée que leur maison est un repaire de démons. C'est cette croyance funeste qui a causé tant d'actes d'atrocité dans les temps d'ignorance. Avec un peu plus de discernement cependant, on aurait dû songer qu'en brûlant le corps censément possédé par le diable, on ne brûlait pas le diable. Puisqu'on voulait se défaire du diable, c'est lui qu'il fallait tuer ; la doctrine spirite, en nous éclairant sur la véritable cause de tous ces phénomènes, lui donne le coup de grâce. Loin donc de faire naître cette pensée, on doit, et c'est un devoir de moralité et d'humanité, la combattre si elle existe.
Ce qu'il faut faire quand une faculté semblable se développe spontanément chez un individu, c'est de laisser le phénomène suivre son cours naturel : la nature est plus prudente que les hommes ; la Providence, d'ailleurs, a ses vues, et le plus petit peut être l'instrument des plus grands desseins. Mais, il faut en convenir, ce phénomène acquiert quelquefois des proportions fatigantes et importunes pour tout le monde * ; or, voici dans tous les cas ce qu'il faut faire. Dans le chapitre V, des Manifestations physiques spontanées, nous avons déjà donné quelques conseils à ce sujet, en disant qu'il faut chercher à se mettre en rapport avec l'Esprit pour savoir de lui ce qu'il veut. Le moyen suivant est également fondé sur l'observation.
Les Etres invisibles qui révèlent leur présence par des effets sensibles sont, en général, des Esprits d'un ordre inférieur, et que l'on peut dominer par l'ascendant moral ; c'est cet ascendant qu'il faut chercher à acquérir.
Pour obtenir cet ascendant, il faut faire passer le sujet de l'état de médium naturel à celui de médium facultatif. Il se produit alors un effet analogue à ce qui a lieu dans le somnambulisme. On sait que le somnambulisme naturel cesse généralement quand il est remplacé par le somnambulisme magnétique. On n'arrête point la faculté émancipatrice de l'âme, on lui donne un autre cours. Il en est de même de la faculté médianimique. A cet effet, au lieu d'entraver les phénomènes, ce à quoi l'on réussit rarement et ce qui n'est pas toujours sans danger, il faut exciter le médium à les produire à sa volonté en s'imposant à l'Esprit ; par ce moyen, il parvient à le maîtriser, et d'un dominateur quelquefois tyrannique, il en fait un être subordonné et souvent très docile. Un fait digne de remarque, et justifié par l'expérience, c'est qu'en pareil cas un enfant a autant et souvent plus d'autorité qu'un adulte : preuve nouvelle à l'appui de ce point capital de la doctrine, que l'Esprit n'est enfant que par le corps, et qu'il a par lui-même un développement nécessairement antérieur à son incarnation actuelle, développement qui peut lui donner de l'ascendant sur des Esprits qui lui sont inférieurs.
La moralisation de l'Esprit par les conseils d'une tierce personne influente et expérimentée, si le médium n'est pas en état de le faire, est souvent un moyen très efficace ; nous y reviendrons plus tard.
Personnes électriques
Médiums sensitifs ou impressibles
Cette faculté se développe par l'habitude, et peut acquérir une telle subtilité, que celui qui en est doué reconnaît à l'impression qu'il ressent, non seulement la nature bonne ou mauvaise de l'Esprit qui est à ses côtés, mais même son individualité, comme l'aveugle reconnaît à un certain je ne sais quoi l'approche de telle ou telle personne ; il devient, par rapport aux Esprits, un véritable sensitif. Un bon Esprit fait toujours une impression douce et agréable ; celle d'un mauvais Esprit, au contraire, est pénible, anxieuse et désagréable ; il y a comme un flair d'impureté.
Médiums auditifs
Cette faculté est très agréable quand le médium n'entend que de bons Esprits, ou seulement ceux qu'il appelle ; mais il n'en est pas de même quand un mauvais Esprit s'acharne après lui et lui fait entendre à chaque minute les choses les plus désagréables, et quelquefois les plus inconvenantes. Il faut alors chercher à s'en débarrasser par les moyens que nous indiquerons au chapitre de l'Obsession.
Médiums parlants
La passivité du médium parlant n'est pas toujours aussi complète ; il en est qui ont l'intuition de ce qu'ils disent au moment même où ils prononcent les mots. Nous reviendrons sur cette variété quand nous traiterons des médiums intuitifs.
Médiums voyants
Le médium voyant croit voir par les yeux, comme ceux qui ont la double vue ; mais, en réalité, c'est l'âme qui voit, et c'est la raison pour laquelle ils voient tout aussi bien les yeux fermés que les yeux ouverts ; d'où il suit qu'un aveugle peut voir les Esprits comme celui qui a la vue intacte. Il y aurait sur ce dernier point une étude intéressante à faire, ce serait de savoir si cette faculté est plus fréquente chez les aveugles. Des Esprits qui avaient été aveugles nous ont dit que, de leur vivant, ils avaient, par l'âme, la perception de certains objets, et qu'ils n'étaient pas plongés dans l'obscurité noire.
Parmi les médiums voyants, il en est qui ne voient que les Esprits que l'on évoque et dont ils peuvent faire la description avec une minutieuse exactitude ; ils décrivent dans les moindres détails leurs gestes, l'expression de leur physionomie, les traits du visage, le costume et jusqu'aux sentiments dont ils paraissent animés. Il en est d'autres chez lesquels cette faculté est encore plus générale ; ils voient toute la population spirite ambiante aller, venir, et l'on pourrait dire vaquer à ses affaires.
Quand nous avons dit que les faits d'apparitions spontanées sont fréquents (n° 107), nous n'avons pas voulu dire qu'ils sont très communs ; quant aux médiums voyants proprement dits, ils sont encore plus rares, et il y a beaucoup à se défier de ceux qui prétendent jouir de cette faculté ; il est prudent de n'y ajouter foi que sur des preuves positives. Nous ne parlons même pas de ceux qui se font la ridicule illusion des Esprits globules, que nous avons décrite n° 108, mais de ceux qui prétendent voir les Esprits d'une manière rationnelle. Certaines personnes peuvent sans doute se tromper de bonne foi, mais d'autres peuvent aussi simuler cette faculté par amour-propre ou par intérêt. Dans ce cas, il faut particulièrement tenir compte du caractère, de la moralité et de la sincérité habituelle ; mais c'est surtout dans les circonstances de détail qu'on peut trouver le contrôle le plus certain, car il en est qui ne peuvent laisser de doute, comme, par exemple, l'exactitude du portrait d'Esprits que le médium n'a jamais connus vivants. Le fait suivant est dans cette catégorie.
Une dame veuve, dont le mari se communique fréquemment à elle, se trouvait un jour avec un médium voyant qui ne la connaissait pas, non plus que sa famille ; le médium lui dit : - Je vois un Esprit près de vous. - Ah ! dit la dame, c'est sans doute mon mari qui ne me quitte presque jamais. - Non, répondit le médium, c'est une femme d'un certain âge ; elle est coiffée d'une manière singulière ; elle a un bandeau blanc sur le front.
A cette particularité et à d'autres détails descriptifs, la dame reconnut sa grand-mère à ne pas s'y méprendre, et à laquelle elle ne songeait nullement dans ce moment. Si le médium avait voulu simuler la faculté, il lui était facile d'abonder dans la pensée de la dame, tandis qu'au lieu du mari dont elle était préoccupée, il voit une femme avec une particularité de coiffure dont rien ne pouvait lui donner l'idée. Ce fait prouve une autre chose, c'est que la vue, chez le médium, n'était le reflet d'aucune pensée étrangère. (Voir n° 102.)
Médiums somnambules
Ainsi, chez ce somnambule, l'action de voir le mal était le fait de son propre Esprit qui, pour cela, n'avait besoin d'aucune assistance ; mais l'indication des remèdes lui était donnée par un autre ; cet autre n'étant pas là, il ne pouvait rien dire. Seul, il n'était que somnambule ; assisté de ce qu'il appelait son ange docteur, il était somnambule-médium.
Médiums guérisseurs
1. Peut-on considérer les personnes douées de la puissance magnétique comme formant une variété de médiums ?
«Vous n'en pouvez douter.»
2. Cependant, le médium est un intermédiaire entre les Esprits et l'homme ; or, le magnétiseur, puisant sa force en lui-même, ne semble être l'intermédiaire d'aucune puissance étrangère ?
«C'est une erreur ; la puissance magnétique réside sans doute en l'homme, mais elle est augmentée par l'action des Esprits qu'il appelle à son aide. Si tu magnétises en vue de guérir, par exemple, et que tu invoques un bon Esprit qui s'intéresse à toi et à ton malade, il augmente ta force et ta volonté, il dirige ton fluide et lui donne les qualités nécessaires.»
3. Il y a cependant de très bons magnétiseurs qui ne croient pas aux Esprits ?
«Penses-tu donc que les Esprits n'agissent que sur ceux qui croient en eux ? Ceux qui magnétisent pour le bien sont secondés par de bons Esprits. Tout homme qui a le désir du bien les appelle sans s'en douter ; de même que, par le désir du mal et les mauvaises intentions, il appelle les mauvais.»
4. Celui qui ayant la puissance croirait à l'intervention des Esprits, agirait-il plus efficacement ?
«Il ferait des choses que vous regarderiez comme des miracles.»
5. Certaines personnes ont-elles véritablement le don de guérir par le simple attouchement, sans l'emploi des passes magnétiques ?
«Assurément ; n'en avez-vous pas de nombreux exemples ?»
6. Dans ce cas y a-t-il action magnétique ou seulement influence des Esprits ?
«L'un et l'autre. Ces personnes sont de véritables médiums, puisqu'elles agissent sous l'influence des Esprits ; mais ce n'est pas à dire qu'elles soient médiums guérisseurs comme vous l'entendez.»
7. Ce pouvoir peut-il se transmettre ?
«Le pouvoir, non ; mais la connaissance des choses nécessaires pour l'exercer si on le possède. Tel ne se douterait pas qu'il a ce pouvoir s'il ne croyait qu'il lui a été transmis.»
8. Peut-on obtenir des guérisons par la seule prière ?
«Oui, quelquefois si Dieu le permet ; mais peut-être que le bien du malade est de souffrir encore, et alors vous croyez que votre prière n'est pas écoutée.»
9. Y a-t-il pour cela des formules de prières plus efficaces les unes que les autres ?
«La superstition seule peut attacher une vertu à certaines paroles, et des Esprits ignorants ou menteurs peuvent seuls entretenir de pareilles idées en prescrivant des formules. Cependant, il peut arriver que, pour des personnes peu éclairées et incapables de comprendre les choses purement spirituelles, l'emploi d'une formule contribue à leur donner confiance ; dans ce cas ce n'est pas la formule qui est efficace, mais la foi qui est augmentée par l'idée attachée à l'emploi de la formule.»
Médiums pneumatographes
Nous traiterons d'une manière spéciale des médiums écrivains dans les chapitres suivants.
CHAPITRE XV - MEDIUMS ECRIVAINS OU PSYCHOGRAPHES
Médiums mécaniques
Lorsque l'Esprit agit directement sur la main, il donne à celle-ci une impulsion complètement indépendante de la volonté. Elle marche sans interruption et malgré le médium tant que l'Esprit a quelque chose à dire, et s'arrête quand il a fini.
Ce qui caractérise le phénomène dans cette circonstance, c'est que le médium n'a pas la moindre conscience de ce qu'il écrit, l'inconscience absolue, dans ce cas, constitue ce qu'on appelle les médiums passifs ou mécaniques. Cette faculté est précieuse en ce qu'elle ne peut laisser aucun doute sur l'indépendance de la pensée de celui qui écrit.
Médiums intuitifs
S'il en est ainsi, dira-t-on, rien ne prouve que ce soit plutôt un Esprit étranger qui écrit que celui du médium. La distinction est en effet quelquefois assez difficile à faire, mais il peut arriver que cela importe peu. Toutefois, on peut reconnaître la pensée suggérée en ce qu'elle n'est jamais préconçue ; elle naît à mesure que l'on écrit, et souvent elle est contraire à l'idée préalable qu'on s'était formée ; elle peut même être en dehors des connaissances et des capacités du médium.
Le rôle du médium mécanique est celui d'une machine ; le médium intuitif agit comme le ferait un truchement ou interprète. Celui-ci, en effet, pour transmettre la pensée, doit la comprendre, se l'approprier en quelque sorte pour la traduire fidèlement, et pourtant cette pensée n'est pas la sienne : elle ne fait que traverser son cerveau. Tel est exactement le rôle du médium intuitif.
Médiums semi-mécaniques
Médiums inspirés
On peut encore rattacher à cette catégorie les personnes qui, sans être douées d'une intelligence hors ligne, et sans sortir de l'état normal, ont des éclairs d'une lucidité intellectuelle qui leur donne momentanément une facilité inaccoutumée de conception et d'élocution, et, dans certains cas, le pressentiment des choses futures. Dans ces moments qu'on appelle justement d'inspiration, les idées abondent, se suivent, s'enchaînent pour ainsi dire d'elles-mêmes et par une impulsion involontaire et presque fébrile ; il nous semble qu'une intelligence supérieure vient nous aider et que notre esprit est débarrassé d'un fardeau.
Les réponses suivantes confirment cette assertion.
- Quelle est la cause première de l'inspiration ?
«Esprit qui se communique par la pensée.»
- L'inspiration n'a-t-elle pour objet que la révélation des grandes choses ?
«Non, elle a souvent rapport aux circonstances les plus ordinaires de la vie. Par exemple, tu veux aller quelque part : une voix secrète te dit de ne pas le faire parce qu'il y a du danger pour toi ; ou bien elle te dit de faire une chose à laquelle tu ne pensais pas : c'est de l'inspiration. Il y a bien peu de personnes qui n'aient été plus ou moins inspirées dans certains moments.»
- Un auteur, un peintre, un musicien, par exemple, dans les moments d'inspiration, pourraient-ils être considérés comme médiums?
«Oui, car dans ces moments, leur âme est plus libre et comme dégagée de la matière ; elle recouvre une partie de ses facultés d'Esprit et reçoit plus facilement les communications des autres Esprits qui l'inspirent.»
Médiums à pressentiments
CHAPITRE XVI - MÉDIUMS SPÉCIAUX
Aptitudes spéciales des médiums
La nature des communications est toujours relative à la nature de l'Esprit, et porte le cachet de son élévation ou de son infériorité, de son savoir ou de son ignorance ; mais à mérite égal, au point de vue hiérarchique, il y a incontestablement chez lui une propension à s'occuper d'une chose plutôt que d'une autre ; les Esprits frappeurs, par exemple, ne sortent guère des manifestations physiques ; et parmi ceux qui donnent des manifestations intelligentes il y a des Esprits poètes, musiciens, dessinateurs, moralistes, savants, médecins, etc.. Nous parlons des Esprits d'un ordre moyen, car, arrivées à un certain degré, les aptitudes se confondent dans l'unité de la perfection. Mais, à côté de l'aptitude de l'Esprit, il y a celle du médium qui est pour lui un instrument plus ou moins commode, plus ou moins flexible, et dans lequel il découvre des qualités particulières que nous ne pouvons apprécier.
Prenons une comparaison : un musicien très habile a sous la main plusieurs violons qui, pour le vulgaire, seront tous de bons instruments, mais entre lesquels l'artiste consommé fait une grande différence ; il y saisit des nuances d'une extrême délicatesse qui lui feront choisir les uns et rejeter les autres, nuances qu'il comprend par intuition plutôt qu'il ne peut les définir. Il en est de même à l'égard des médiums : à qualités égales dans la puissance médianimique, l'Esprit donnera la préférence à l'un ou à l'autre, selon le genre de communication qu'il veut faire. Ainsi, par exemple, on voit des personnes écrire, comme médiums, d'admirables poésies, quoique, dans les conditions ordinaires, elles n'aient jamais pu ou su faire deux vers ; d'autres, au contraire, qui sont poètes, et qui, comme médiums, n'ont jamais pu écrire que de la prose, malgré leur désir. Il en est de même du dessin, de la musique, etc.. Il y en a qui, sans avoir par eux-mêmes des connaissances scientifiques, ont une aptitude plus particulière pour recevoir des communications savantes ; d'autres sont pour les études historiques ; d'autres servent plus aisément d'interprètes aux Esprits moralistes ; en un mot, quelle que soit la flexibilité du médium, les communications qu'il reçoit avec le plus de facilité ont généralement un cachet spécial ; il en est même qui ne sortent pas d'un certain cercle d'idées, et quand ils s'en écartent, ils n'ont que des communications incomplètes, laconiques et souvent fausses. En dehors des causes d'aptitude, les Esprits se communiquent encore plus ou moins volontiers par tel ou tel intermédiaire, selon leurs sympathies ; ainsi, toutes choses égales d'ailleurs, le même Esprit sera beaucoup plus explicite avec certains médiums, uniquement parce qu'ils lui conviennent mieux.
Nous résumons ici les principaux genres de médiumnité afin d'en présenter, en quelque sorte, le tableau synoptique, comprenant ceux que nous avons déjà décrits dans les chapitres précédents, en indiquant les numéros où il en est question avec plus de détails.
Nous avons groupé les différentes variétés de médiums par analogie de causes et d'effets, sans que cette classification ait rien d'absolu. Quelques-unes se rencontrent fréquemment ; d'autres, au contraire, sont rares et même exceptionnelles, ce que nous avons soin de mentionner. Ces dernières indications ont toutes été fournies par les Esprits qui, du reste, ont revu ce tableau avec un soin tout particulier et l'ont complété par de nombreuses observations et de nouvelles catégories, de telle sorte qu'il est, pour ainsi dire, entièrement leur ouvrage. Nous avons indiqué par des guillemets leurs observations textuelles lorsque nous avons cru devoir les faire ressortir. Elles sont pour la plupart d'Eraste et de Socrate.
Tableau synoptique des différentes variétés de médiums
LES MEDIUMS A EFFETS PHYSIQUES ; ceux qui ont le pouvoir de provoquer des effets matériels ou des manifestations ostensibles. (N° 160.)
LES MEDIUMS A EFFETS INTELLECTUELS ; ceux qui sont plus spécialement propres à recevoir et à transmettre les communications intelligentes. (N° 65 et suivants.)
Toutes les autres variétés se rattachent plus ou moins directement à l'une ou à l'autre de ces deux catégories ; quelques-unes tiennent aux deux. Si l'on analyse les différents phénomènes produits sous l'influence médianimique, on verra que, dans tous, il y a un effet physique, et qu'aux effets physiques se joint le plus souvent un effet intelligent. La limite entre les deux est quelquefois difficile à établir, mais cela ne tire à aucune conséquence. Nous comprenons sous la dénomination de médiums à effets intellectuels ceux qui peuvent plus spécialement servir d'intermédiaires pour les communications régulières et suivies. (N° 133.)
Médiums sensitifs ; personnes susceptibles de ressentir la présence des esprits par une impression générale ou locale, vague ou matérielle. La plupart distinguent les Esprits bons ou mauvais à la nature de l'impression. (N° 164.)
«Les médiums délicats et très sensitifs doivent s'abstenir des communications avec les Esprits violents ou dont l'impression est pénible, à cause de la fatigue qui en résulte.»
Médiums naturels ou inconscients ; ceux qui produisent les phénomènes spontanément, sans aucune participation de leur volonté, et le plus souvent à leur insu. (N° 161.)
Médiums facultatifs ou volontaires ; ceux qui ont la puissance de provoquer les phénomènes par un acte de leur volonté. (N° 160.)
«Quelle que soit cette volonté, ils ne peuvent rien si les Esprits s'y refusent ; ce qui prouve l'intervention d'une puissance étrangère.»
Médiums typteurs ; ceux par l'influence desquels se produisent les bruits et les coups frappés. Variété très commune, avec ou sans la volonté.
Médiums moteurs ; ceux qui produisent le mouvement des corps inertes. Très communs. (N° 61.)
Médiums à translations et à suspensions ; ceux qui produisent la translation aérienne et la suspension des corps inertes dans l'espace sans point d'appui. Il en est qui peuvent s'élever eux-mêmes. Plus ou moins rares, selon le développement du phénomène ; très rares dans le dernier cas. (N° 75 et suivants ; n° 80.)
Médiums à effets musicaux ; ils provoquent le jeu de certains instruments sans contact. Très rares. (N° 74 ; question 24.)
Médiums à apparitions ; ceux qui peuvent provoquer des apparitions fluidiques ou tangibles, visibles pour les assistants. Très exceptionnels. (N° 100 ; question 27 ; n° 104.)
Médiums à apports ; ceux qui peuvent servir d'auxiliaires aux Esprits pour l'apport d'objets matériels. Variété des médiums moteurs et à translations. Exceptionnels. (N° 96.)
Médiums nocturnes ; ceux qui n'obtiennent certains effets physiques que dans l'obscurité. Voici la réponse d'un Esprit à la question de savoir si l'on peut considérer ces médiums comme formant une variété.
«On peut certainement en faire une spécialité, mais ce phénomène tient plutôt à des conditions ambiantes qu'à la nature du médium ou des Esprits ; je dois ajouter que quelques-uns échappent à cette influence du milieu, et que la plupart des médiums nocturnes pourraient arriver, par l'exercice, à agir aussi bien à la lumière que dans l'obscurité. Cette variété de médiums est peu nombreuse ; et, il faut bien le dire, à la faveur de cette condition qui laisse toute liberté dans l'emploi des trucs, de la ventriloquie et des tuyaux acoustiques, des charlatans ont trop souvent abusé de la crédulité en se faisant passer pour médiums afin de récolter des écus. Mais qu'importe ? les jongleurs en chambre, comme les jongleurs de place publique, seront cruellement démasqués, et les Esprits leur prouveront qu'il ne fait pas bon s'immiscer dans leurs oeuvres. Oui, je le répète, certains charlatans recevront sur les doigts d'une façon assez rude pour les dégoûter du métier de faux médiums. Du reste, tout cela n'aura qu'un temps.»(ERASTE).
Médiums pneumatographes ; ceux qui obtiennent l'écriture directe. Phénomène très rare, et surtout très facile à imiter par la jonglerie. (N° 177.)
Remarque. Les Esprits ont insisté, contre notre opinion, pour placer l'écriture directe parmi les phénomènes de l'ordre physique, par la raison, ont-ils dit, que : «Les effets intelligents sont ceux pour lesquels l'Esprit se sert des matériaux cérébraux du médium, ce qui n'est pas le cas dans l'écriture directe ; l'action du médium est ici toute matérielle, tandis que chez le médium écrivain, même complètement mécanique, le cerveau joue toujours un rôle actif.»
Médiums guérisseurs ; ceux qui ont le pouvoir de guérir ou de soulager par l'imposition des mains ou la prière.
«Cette faculté n'est pas essentiellement médianimique ; elle appartient à tous les vrais croyants, qu'ils soient médiums ou non ; elle n'est souvent qu'une exaltation de la puissance magnétique fortifiée en cas de besoin par le concours de bons Esprits.» (N° 175.)
Médiums excitateurs ; personnes qui ont le pouvoir de développer chez les autres, par leur influence, la faculté d'écrire.
«C'est plutôt ici un effet magnétique qu'un fait de médiumnité proprement dite, car rien ne prouve l'intervention d'un Esprit. Dans tous les cas, il appartient à l'ordre des effets physiques.» (Voir le chapitre de la Formation des médiums.
Médiums auditifs ; ceux qui entendent les Esprits. Assez communs. (N° 165.)
«Il y en a beaucoup qui se figurent entendre ce qui n'est que dans leur imagination.»
Médiums parlants ; ceux qui parlent sous l'influence des Esprits. Assez communs. (N° 166.)
Médiums voyants ; ceux qui voient les Esprits à l'état de veille. La vue accidentelle et fortuite d'un Esprit dans une circonstance particulière est assez fréquente ; mais la vue habituelle ou facultative des Esprits sans distinction est exceptionnelle. (N° 167.)
«C'est une aptitude à laquelle s'oppose l'état actuel des organes ; c'est pourquoi il est utile de ne pas toujours croire sur parole ceux qui disent voir les Esprits.»
Médiums inspirés ; ceux auxquels des pensées sont suggérées par les Esprits, le plus souvent à leur insu, soit pour les actes ordinaires de la vie, soit pour les grands travaux de l'intelligence. (N° 182.)
Médiums à pressentiments ; personnes qui, dans certaines circonstances, ont une vague intuition des choses futures vulgaires. (N° 184.)
Médiums prophétiques ; variété des médiums inspirés ou à pressentiments ; ils reçoivent, avec la permission de Dieu, et avec plus de précision que les médiums à pressentiments, la révélation des choses futures d'un intérêt général, et qu'ils sont chargés de faire connaître aux hommes pour leur instruction.
«S'il y a de vrais prophètes, il y en a plus encore de faux, et qui prennent les rêves de leur imagination pour des révélations, quand ce ne sont pas des fourbes qui se font passer pour tels par ambition.» (Voir au Livre des Esprits, n° 624, caractères du vrai prophète.)
Médiums somnambules ; ceux qui, dans l'état de somnambulisme, sont assistés par des Esprits. (N° 172.)
Médiums extatiques ; ceux qui, dans l'état d'extase, reçoivent des révélations de la part des Esprits.
«Beaucoup d'extatiques sont le jouet de leur propre imagination et des Esprits trompeurs qui profitent de leur exaltation. Ceux qui méritent une entière confiance sont très rares.»
Médiums peintres et dessinateurs ; ceux qui peignent ou dessinent sous l'influence des Esprits. Nous parlons de ceux qui obtiennent des choses sérieuses, car on ne saurait donner ce nom à certains médiums auxquels des Esprits moqueurs font faire des choses grotesques que désavouerait le dernier écolier.
Les Esprits légers sont imitateurs. A l'époque où parurent les remarquables dessins de Jupiter, il surgit un grand nombre de prétendus médiums dessinateurs, auxquels des Esprits moqueurs s'amusèrent à faire faire les choses les plus ridicules. L'un d'eux, entre autres, voulant éclipser les dessins de Jupiter, au moins par la dimension si ce n'est par la qualité, fit dessiner à un médium un monument occupant un assez grand nombre de feuilles pour atteindre la hauteur de deux étages. Beaucoup d'autres firent faire de soi-disant portraits qui étaient de véritables caricatures. (Revue spirite, août 1858.)
Médiums musiciens ; ceux qui exécutent, composent ou écrivent de la musique sous l'influence des Esprits. Il y a des médiums musiciens mécaniques, semi-mécaniques, intuitifs, et inspirés comme pour les communications littéraires. (Voir Médiums à effets musicaux.)
Variétés des médiums écrivains
Médiums écrivains ou psychographes ; ceux qui ont la faculté d'écrire eux-mêmes sous l'influence des Esprits.
Médiums écrivains mécaniques ; ceux dont la main reçoit une impulsion involontaire et qui n'ont aucune conscience de ce qu'ils écrivent. Très rares. (N° 179.)
Médiums semi-mécaniques ; ceux dont la main marche involontairement, mais qui ont la conscience instantanée des mots ou des phrases à mesure qu'ils écrivent. Les plus communs. (N° 181.)
Médiums intuitifs ; ceux à qui les Esprits se communiquent par la pensée et dont la main est guidée par la volonté. Ils diffèrent des médiums inspirés, en ce que ces derniers n'ont pas besoin d'écrire, tandis que le médium intuitif écrit la pensée qui lui est suggérée instantanément sur un sujet déterminé et provoqué. (N° 180.)
«Ils sont très communs, mais aussi très sujets à l'erreur, parce que souvent ils ne peuvent discerner ce qui provient des Esprits ou de leur propre fait.»
Médiums polygraphes ; ceux dont l'écriture change avec l'Esprit qui se communique, ou qui sont aptes à reproduire l'écriture que l'Esprit avait de son vivant. Le premier cas est très ordinaire ; le second, celui de l'identité de l'écriture, est plus rare. (N° 219.)
Médiums polyglottes ; ceux qui ont la faculté de parler ou d'écrire dans des langues qui leur sont étrangères. Très rares.
Médiums illettrés ; ceux qui écrivent, comme médiums sans savoir ni lire ni écrire dans l'état ordinaire.
«Plus rares que les précédents ; il y a une plus grande difficulté matérielle à vaincre.»
Médiums novices ; ceux dont les facultés ne sont point encore complètement développées et qui manquent de l'expérience nécessaire.
Médiums improductifs ; ceux qui ne parviennent à obtenir que des choses insignifiantes, des monosyllabes, des traits ou des lettres sans suite. (Voir le chapitre de la Formation des médiums.)
Médiums faits ou formés ; ce sont ceux dont les facultés médianimiques sont complètement développées, qui transmettent les communications qu'ils reçoivent avec facilité, promptitude, sans hésitation. On conçoit que ce résultat ne peut s'obtenir que par l'habitude, tandis que, chez les médiums novices, les communications sont lentes et difficiles.
Médiums laconiques ; ceux dont les communications, quoique faciles, sont brèves et sans développement.
Médiums explicites ; les communications qu'ils obtiennent ont toute l'ampleur et toute l'étendue que l'on peut attendre d'un écrivain consommé.
«Cette aptitude tient à l'expansion et à la facilité de combinaison des fluides ; les Esprits les recherchent pour traiter les sujets qui comportent de grands développements.»
Médiums expérimentés. La facilité d'exécution est une affaire d'habitude qui s'acquiert souvent en peu de temps, tandis que l'expérience est le résultat d'une étude sérieuse de toutes les difficultés qui se présentent dans la pratique du spiritisme. L'expérience donne au médium le tact nécessaire pour apprécier la nature des Esprits qui se manifestent, juger leurs qualités bonnes ou mauvaises par les signes les plus minutieux, discerner la fourberie des Esprits trompeurs qui s'abritent sous les apparences de la vérité. On comprend facilement l'importance de cette qualité, sans laquelle toutes les autres sont sans utilité réelle ; le mal est que beaucoup de médiums confondent l'expérience, fruit de l'étude, avec l'aptitude, produit de l'organisation ; ils se croient passés maîtres parce qu'ils écrivent facilement ; ils répudient tous conseils et deviennent la proie des Esprits menteurs et hypocrites qui les captent en flattant leur orgueil. (Voir, ci-après, le chapitre de l'Obsession.)
Médiums flexibles ; ceux dont la faculté se prête plus facilement aux divers genres de communications, et par lesquels tous les Esprits, ou à peu près, peuvent se manifester, spontanément ou par évocation.
«Cette variété de médiums se rapproche beaucoup des médiums sensitifs.»
Médiums exclusifs ; ceux par lesquels un Esprit se manifeste de préférence, et même à l'exclusion de tous autres, et répond pour ceux que l'on appelle par l'entremise du médium.
«Cela tient toujours à un défaut de flexibilité ; quand l'Esprit est bon, il peut s'attacher au médium par sympathie et dans un but louable ; quand il est mauvais, c'est toujours en vue de mettre le médium sous sa dépendance. C'est plutôt un défaut qu'une qualité, et très voisin de l'obsession.» (Voir le chapitre de l'Obsession.)
Médiums à évocations ; les médiums flexibles sont naturellement les plus propres à ce genre de communication, et aux questions de détail qu'on peut adresser aux Esprits. Il y a sous ce rapport des médiums tout à fait spéciaux.
«Leurs réponses se renferment presque toujours dans un cadre restreint, incompatible avec le développement des sujets généraux.»
Médiums à dictées spontanées ; ils reçoivent de préférence des communications spontanées de la part d'Esprits qui se présentent sans être appelés. Lorsque cette faculté est spéciale chez un médium, il est difficile, quelquefois même impossible, de faire par lui une évocation.
«Cependant, ils sont mieux outillés que ceux de la nuance précédente. Comprenez que l'outillage s'entend ici des matériaux cérébraux, car il faut souvent, je dirai même toujours, une plus grande somme d'intelligence pour les dictées spontanées que pour les évocations. Entendez ici par dictées spontanées celles qui méritent véritablement ce nom, et non pas quelques phrases incomplètes ou quelques pensées banales qui se retrouvent dans tous les casiers humains.»
Médiums versificateurs ; ils obtiennent plus facilement que d'autres des communications versifiées. Assez communs pour les mauvais vers ; très rares pour les bons.
Médiums poétiques ; sans obtenir de vers, les communications qu'ils reçoivent ont quelque chose de vaporeux, de sentimental ; rien n'y sent la rudesse ; ils sont, plus que d'autres, propres à l'expression des sentiments tendres et affectueux. Tout y est vague, et il serait inutile de leur demander rien de précis. Très communs.
Médiums positifs ; leurs communications ont, en général, un caractère de netteté et de précision qui se prête volontiers aux détails circonstanciés, aux renseignements exacts. Assez rares.
Médiums littéraires ; ils n'ont ni le vague des médiums poétiques, ni le terre à terre des médiums positifs ; mais ils dissertent avec sagacité ; leur style est correct, élégant et souvent d'une remarquable éloquence.
Médiums incorrects ; ils peuvent obtenir de très bonnes choses, des pensées d'une moralité irréprochable, mais leur style est diffus, incorrect, surchargé de répétitions et de termes impropres.
«L'incorrection matérielle du style tient généralement au défaut de culture intellectuelle du médium qui n'est pas, pour l'Esprit, un bon instrument sous ce rapport ; l'Esprit y attache peu d'importance ; pour lui la pensée est la chose essentielle, et il vous laisse libre d'y donner la forme convenable. Il n'en est pas de même des idées fausses et illogiques que peut renfermer une communication ; elles sont toujours un indice de l'infériorité de l'Esprit qui se manifeste.»
Médiums historiens ; ceux qui ont une aptitude spéciale pour les développements historiques. Cette faculté, comme toutes les autres, est indépendante des connaissances du médium, car on voit des gens sans instruction, et même des enfants, traiter des sujets bien au-dessus de leur portée. Variété rare des médiums positifs.
Médiums scientifiques ; nous ne disons pas savants, car ils peuvent être fort ignorants ; et nonobstant cela ils sont plus spécialement propres aux communications relatives aux sciences.
Médiums médicaux ; leur qualité est de servir plus facilement d'interprètes aux Esprits pour les prescriptions médicales. Il ne faut pas les confondre avec les médiums guérisseurs, car ils ne font absolument que transmettre la pensée de l'Esprit, et n'ont par eux-mêmes aucune influence. Assez communs.
Médiums religieux ; ils reçoivent plus spécialement des communications d'un caractère religieux, ou qui traitent les questions de religion, nonobstant leurs croyances ou leurs habitudes.
Médiums philosophes et moralistes ; leurs communications ont généralement pour objet les questions de morale et de haute philosophie. Très communs pour la morale.
«Toutes ces nuances sont des variétés d'aptitudes de bons médiums. Quant à ceux qui ont une aptitude spéciale pour certaines communications scientifiques, historiques, médicales ou autres, au-dessus de leur portée actuelle, soyez persuadés qu'ils ont possédé ces connaissances dans une autre existence, et qu'elles sont restées chez eux à l'état latent ; elles font partie des matériaux cérébraux nécessaires à l'Esprit qui se manifeste ; ce sont les éléments qui lui facilitent la voie pour communiquer ses propres idées, car ces médiums sont pour lui des instruments plus intelligents et plus souples que ne le serait une brute.»
(ERASTE.)
Médiums à communications triviales et ordurières ; ces mots indiquent le genre de communications que certains médiums reçoivent d'habitude, et la nature des Esprits qui les font. Quiconque a étudié le monde spirite à tous les degrés de l'échelle sait qu'il y en a dont la perversité égale celle des hommes les plus dépravés, et qui se complaisent à exprimer leurs pensées dans les termes les plus grossiers. D'autres, moins abjects, se contentent d'expressions triviales. On comprend que ces médiums doivent avoir le désir d'être délivrés de la préférence que ces Esprits leur accordent, et qu'ils doivent envier ceux qui, dans les communications qu'ils reçoivent, n'ont jamais eu un mot malséant. Il faudrait une étrange aberration d'idées et avoir divorcé avec le bon sens, pour croire qu'un pareil langage puisse être le fait de bons Esprits.
Médiums calmes ; ils écrivent toujours avec une certaine lenteur et sans éprouver la moindre agitation.
Médiums véloces ; ils écrivent avec une rapidité plus grande qu'ils ne pourraient le faire volontairement dans l'état ordinaire. Les Esprits se communiquent à eux avec la promptitude de l'éclair ; on dirait qu'il y a en eux une surabondance de fluide qui leur permet de s'identifier instantanément avec l'Esprit. Cette qualité a quelquefois son inconvénient, c'est que la rapidité de l'écriture rend celle-ci très difficile à lire pour tout autre que pour le médium.
«Elle est même très fatigante, parce qu'elle dépense trop de fluide inutilement.»
Médiums convulsifs ; ils sont dans un état de surexcitation presque fébrile ; leur main, et quelquefois toute leur personne est agitée d'un tremblement qu'ils ne peuvent maîtriser. La cause première en est sans doute dans l'organisation, mais elle dépend beaucoup aussi de la nature des Esprits qui se communiquent à eux ; les Esprits bons et bienveillants font toujours une impression douce et agréable ; les mauvais, au contraire, en font une pénible.
«Il faut que ces médiums ne se servent que rarement de leur faculté médianimique, dont l'usage trop fréquent pourrait affecter le système nerveux.» (Chapitre de l'Identité, distinction des bons et des mauvais Esprits.)
Nous les mentionnons sommairement pour mémoire et pour compléter le tableau, attendu qu'elles seront développées ci-après dans les chapitres spéciaux : De l'Influence morale des médiums, De l'Obsession, De l'Identité des Esprits, et autres, sur lesquels nous appelons une attention particulière ; on y verra l'influence que les qualités et les travers des médiums peuvent exercer sur la sûreté des communications, et quels sont ceux que l'on peut avec raison considérer comme médiums imparfaitsou bons médiums.
Médiums obsédés ; ceux qui ne peuvent se débarrasser d'Esprits importuns et trompeurs, mais ne s'abusent pas.
Médiums fascinés ; ceux qui sont abusés par des Esprits trompeurs et se font illusion sur la nature des communications qu'ils reçoivent.
Médiums subjugués ; ceux qui subissent une domination morale et souvent matérielle de la part de mauvais Esprits.
Médiums légers ; ceux qui ne prennent point leur faculté au sérieux, et ne s'en servent que comme amusement ou pour des choses futiles.
Médiums indifférents ; ceux qui ne tirent aucun profit moral des instructions qu'ils reçoivent et ne modifient en rien leur conduite et leurs habitudes.
Médiums présomptueux ; ceux qui ont la prétention d'être seuls en rapport avec des Esprits supérieurs. Ils croient à leur infaillibilité, et regardent comme inférieur et erroné tout ce qui ne vient pas d'eux.
Médiums orgueilleux ; ceux qui tirent vanité des communications qu'ils reçoivent ; ils croient n'avoir plus rien à apprendre en spiritisme, et ne prennent pas pour eux les leçons qu'ils reçoivent souvent de la part des Esprits. Ils ne se contentent pas des facultés qu'ils possèdent : ils veulent les avoir toutes.
Médiums susceptibles ; variété des médiums orgueilleux ; ils se blessent des critiques dont leurs communications peuvent être l'objet ; ils se fâchent de la moindre contradiction, et s'ils montrent ce qu'ils obtiennent, c'est pour le faire admirer et non pour demander des avis. Généralement ils prennent en aversion les personnes qui n'y applaudissent pas sans réserve, et désertent les réunions où ils ne peuvent s'imposer et dominer.
«Laissez-les aller se pavaner ailleurs et chercher des oreilles plus complaisantes ou se retirer dans l'isolement ; les réunions qu'ils privent de leur présence ne font pas une grande perte.»(ERASTE.)
Médiums mercenaires ; ceux qui exploitent leur faculté.
Médiums ambitieux ; ceux qui, sans mettre à prix leur faculté, espèrent en tirer des avantages quelconques.
Médiums de mauvaise foi ; ceux qui, ayant des facultés réelles, simulent celles qu'ils n'ont pas pour se donner de l'importance. On ne peut donner le titre de médium aux personnes qui, n'ayant aucune faculté médianimique, ne produisent des effets que par la jonglerie.
Médiums égoïstes ; ceux qui ne se servent de leur faculté que pour leur usage personnel, et gardent pour eux les communications qu'ils reçoivent.
Médiums jaloux ; ceux qui voient avec dépit d'autres médiums mieux appréciés et qui leur sont supérieurs.
Toutes ces mauvaises qualités ont nécessairement leur contrepartie en bien.
Médiums sérieux ; ceux qui ne se servent de leur faculté que pour le bien et pour des choses vraiment utiles ; ils croiraient la profaner en la faisant servir à la satisfaction des curieux et des indifférents ou pour des futilités.
Médiums modestes ; ceux qui ne se font aucun mérite des communications qu'ils reçoivent, quelque belles qu'elles soient ; ils s'y regardent comme étrangers, et ne se croient pas à l'abri des mystifications. Loin de fuir les avis désintéressés, ils les sollicitent.
Médiums dévoués ; ceux qui comprennent que le vrai médium a une mission à remplir et doit, quand cela est nécessaire, sacrifier ses goûts, ses habitudes, ses plaisirs, son temps, et même ses intérêts matériels, au bien des autres.
Médiums sûrs ; ceux qui, outre la facilité d'exécution, méritent le plus de confiance, par leur propre caractère, la nature élevée des Esprits dont ils sont assistés, et qui sont le moins exposés à être trompés. Nous verrons plus tard que cette sécurité ne dépend nullement des noms plus ou moins respectables que prennent les Esprits.
«Il est incontestable, vous le sentez bien, qu'en épiloguant ainsi les qualités et les travers des médiums, cela suscitera des contrariétés et même des animosités chez quelques-uns ; mais qu'importe ? la médiumnité se répand de jour en jour davantage, et le médium qui prendrait ces réflexions en mal prouverait une chose, c'est qu'il n'est pas bon médium, c'est-à-dire qu'il est assisté par de mauvais Esprits. Au reste, comme je l'ai dit, tout cela n'aura qu'un temps, et les mauvais médiums, ceux qui abusent ou mésusent de leurs facultés, en subiront de tristes conséquences, comme cela est déjà arrivé pour quelques-uns ; ils apprendront à leurs dépens ce qu'il en coûte de faire tourner au profit de leurs passions terrestres un don que Dieu ne leur avait accordé que pour leur avancement moral. Si vous ne pouvez les ramener dans la bonne voie, plaignez-les, car, je puis le dire, ils sont réprouvés de Dieu.»(ERASTE.)
«Ce tableau est d'une grande importance, non seulement pour les médiums sincères qui chercheront de bonne foi, en le lisant, à se préserver des écueils auxquels ils sont exposés, mais aussi pour tous ceux qui se servent de médiums, parce qu'il leur donnera la mesure de ce qu'ils peuvent rationnellement en attendre. Il devrait être constamment sous les yeux de quiconque s'occupe de manifestations, de même que l'échelle spirite dont il est le complément ; ces deux tableaux résument tous les principes de la doctrine, et contribueront, plus que vous ne le croyez, à ramener le spiritisme dans sa véritable voie.»(SOCRATE.)
«Lorsque le principe, le germe d'une faculté existe, elle se manifeste toujours par des signes non équivoques. En se renfermant dans sa spécialité, le médium peut exceller et obtenir de grandes et belles choses ; en s'occupant de tout, il n'obtiendra rien de bien. Remarquez en passant que le désir d'étendre indéfiniment le cercle de ses facultés est une prétention orgueilleuse que les Esprits ne laissent jamais impunie ; les bons abandonnent toujours le présomptueux, qui devient ainsi le jouet des Esprits menteurs. Il n'est malheureusement pas rare de voir des médiums ne pas se contenter des dons qu'ils ont reçus, et aspirer, par amour-propre ou ambition, à posséder des facultés exceptionnelles propres à les faire remarquer ; cette prétention leur ôte la qualité la plus précieuse : celle de médiums sûrs.»(SOCRATE.)
Il est en outre à remarquer que les nuances que présente la médiumnité, et auxquelles on pourrait encore en ajouter d'autres, ne sont pas toujours en rapport avec le caractère du médium ; ainsi, par exemple, un médium naturellement gai et jovial peut avoir habituellement des communications graves, même sévères et vice versa : c'est encore une preuve évidente qu'il agit sous l'impulsion d'une influence étrangère. Nous reviendrons sur ce sujet dans le chapitre qui traite de l'Influence morale du médium.
CHAPITRE XVII - FORMATION DES MEDIUMS
Développement de la médiumnité
On peut obtenir l'écriture, comme nous l'avons vu, par le moyen des corbeilles et planchettes, ou directement avec la main ; ce dernier mode étant le plus facile, et l'on peut dire le seul employé aujourd'hui, c'est celui auquel nous engageons à s'adonner de préférence. Le procédé est des plus simples ; il consiste tout uniment à prendre un crayon et du papier, et à se mettre dans la position d'une personne qui écrit, sans autre préparation ; mais, pour réussir, plusieurs recommandations sont indispensables.
Il n'y a point ici de formule sacramentelle ; quiconque prétendrait en donner une peut hardiment être taxé de jonglerie, car pour les Esprits la forme n'est rien. Toutefois l'évocation doit toujours être faite au nom de Dieu ; on peut la faire dans les termes suivants ou tous autres équivalents : Je prie Dieu tout-puissant de permettre à un bon Esprit de se communiquer à moi et de me faire écrire ; je prie aussi mon ange gardien de vouloir bien m'assister et d'écarter les mauvais Esprits. On attend alors qu'un Esprit se manifeste en faisant écrire quelque chose. Il se peut que ce soit celui qu'on désire, comme il se peut aussi que ce soit un Esprit inconnu ou l'ange gardien, dans tous les cas il se fait généralement connaître en écrivant son nom ; mais alors se présente la question de l'identité, une de celles qui requièrent le plus d'expérience, car il est peu de débutants qui ne soient exposés à être trompés. Nous la traitons ci-après dans un chapitre spécial.
Lorsqu'on veut faire appel à des Esprits déterminés, il est très essentiel, en commençant, de ne s'adresser qu'à ceux que l'on sait être bons et sympathiques et qui peuvent avoir un motif de venir, comme des parents ou des amis. Dans ce cas l'évocation peut être ainsi formulée : Au nom de Dieu tout-puissant, je prie l'Esprit d'un tel de se communiquer à moi ; ou bien : Je prie Dieu tout-puissant de permettre à l'Esprit d'un tel de se communiquer à moi ; ou toute autre formule répondant à la même pensée. Il n'est pas moins nécessaire que les premières questions soient conçues de telle sorte que la réponse soit simplement oui ou non, comme par exemple : Es-tu là ? - Veux-tu me répondre ? Peux-tu me faire écrire ? etc.. Plus tard, cette précaution devient inutile ; il ne s'agit au commencement que d'un rapport à établir ; l'essentiel est que la question ne soit pas futile, qu'elle n'ait point trait à des choses d'intérêt privé, et surtout qu'elle soit l'expression d'un sentiment bienveillant et sympathique pour l'Esprit auquel on s'adresse. (Voir ci-après le chapitre spécial sur les Evocations.)
Le concours d'un guide expérimenté est en outre quelquefois fort utile pour faire observer au débutant une foule de petites précautions qu'il néglige souvent au détriment de la rapidité des progrès ; il l'est surtout pour l'éclairer sur la nature des premières questions et la manière de les poser. Son rôle est celui d'un professeur dont on se passe quand on est assez habile.
On comprend aisément ce qui se passe en cette circonstance. Les personnes unies par une communauté d'intention forment un tout collectif, dont la puissance et la sensibilité se trouvent accrues par une sorte d'influence magnétique qui aide au développement de la faculté. Parmi les Esprits attirés par ce concours de volontés, il en est qui trouvent dans les assistants l'instrument qui leur convient ; si ce n'est l'un, ce sera l'autre, et ils en profitent.
Ce moyen doit surtout être employé dans les groupes spirites qui manquent de médiums, ou qui n'en ont pas en nombre suffisant.
Certains médiums écrivent couramment et avec facilité dès le début, quelquefois même dès la première séance, ce qui est assez rare ; d'autres font, pendant assez longtemps, des barres et de véritables exercices calligraphiques ; les Esprits disent que c'est pour leur délier la main. Si ces exercices se prolongeaient par trop, ou dégénéraient en signes ridicules, il n'y aurait pas à douter que c'est un Esprit qui s'amuse, car les bons Esprits ne font jamais rien faire d'inutile ; dans ce cas, il faudrait redoubler de ferveur pour appeler l'assistance de ceux-ci. Si, malgré cela, il n'y a pas de changement, il faut s'arrêter dès qu'on s'aperçoit qu'on n'obtient rien de sérieux. On peut recommencer la tentative chaque jour, mais il convient de cesser aux premiers signes équivoques pour ne pas donner cette satisfaction aux Esprits moqueurs.
A ces observations un Esprit ajoute : «Il y a des médiums dont la faculté ne peut aller au-delà de ces signes ; quand, au bout de quelques mois, ils n'obtiennent que des choses insignifiantes, des oui ou des non, ou des lettres sans suite, il est inutile de persister à noircir du papier en pure perte ; ils sont médiums, mais médiums improductifs. Du reste, les premières communications obtenues ne doivent être considérées que comme des exercices que l'on confie à des Esprits secondaires ; c'est pourquoi il ne faut y attacher qu'une médiocre importance, en raison des Esprits qui sont pour ainsi dire employés comme maître d'écriture pour dégrossir le médium débutant ; car ne croyez pas que ce soient jamais des Esprits élevés qui fassent faire au médium ces exercices préparatoires ; seulement il arrive que, si le médium n'a pas un but sérieux, ces Esprits restent et s'attachent à lui. Presque tous les médiums ont passé par ce creuset pour se développer ; c'est à eux de faire ce qu'il faut pour se concilier la sympathie des Esprits vraiment supérieurs.»
Le premier point consiste à se mettre avec une foi sincère sous la protection de Dieu, et à réclamer l'assistance de son ange gardien ; celui-ci est toujours bon, tandis que les Esprits familiers, sympathisant avec les bonnes ou les mauvaises qualités du médium, peuvent être légers ou même mauvais.
Le second point est de s'attacher avec un soin scrupuleux à reconnaître par tous les indices que fournit l'expérience, la nature des premiers Esprits qui se communiquent, et dont il est toujours prudent de se défier. Si ces indices sont suspects, il faut faire un appel fervent à son ange gardien et repousser de toutes ses forces le mauvais Esprit en lui prouvant qu'on n'est pas sa dupe, afin de le décourager. C'est pourquoi l'étude préalable de la théorie est indispensable, si l'on veut éviter les inconvénients inséparables de l'inexpérience ; on trouvera sur ce sujet des instructions très développées dans les chapitres de l'Obsession et de l'Identité des Esprits. Nous nous bornerons à dire ici qu'en outre du langage, on peut regarder comme des preuves infaillibles de l'infériorité des Esprits : tous signes, figures, emblèmes inutiles ou puérils ; toute écriture bizarre, saccadée, torturée à dessein, de dimension exagérée, ou affectant des formes ridicules et inusitées ; l'écriture peut être très mauvaise, peu lisible même, ce qui tient plus au médium qu'à l'Esprit, sans avoir rien d'insolite. Nous avons vu des médiums tellement abusés, qu'ils mesuraient la supériorité des Esprits à la dimension des caractères, et qu'ils attachaient une grande importance à des lettres moulées comme des caractères d'imprimerie, puérilité évidemment incompatible avec une supériorité réelle.
Quelques personnes, impatientes de voir se développer en elles la faculté médianimique, trop lente à leur gré, ont eu l'idée d'appeler à leur aide un Esprit quelconque, fût-il même mauvais, comptant bien le congédier ensuite. Plusieurs ont été servies à souhait et ont écrit immédiatement ; mais l'Esprit, ne se souciant pas d'avoir été pris pour pis aller, a été moins docile à s'en aller qu'à venir. Nous en connaissons qui ont été punies de leur présomption à se croire fortes pour les éloigner à leur gré, par des années d'obsessions de toute nature, par les mystifications les plus ridicules, par une fascination tenace, et même par des malheurs matériels et les plus cruelles déceptions. L'Esprit se montra d'abord ouvertement méchant, puis hypocrite, afin de faire croire ou à sa conversion, ou à la prétendue puissance de son subjugué pour le chasser à volonté.
Lorsque l'Esprit a fini ce qu'il avait à dire, ou qu'il ne veut plus répondre, la main reste immobile, et le médium, quelles que soient sa puissance et sa volonté, ne peut obtenir un mot de plus. Au contraire, tant que l'Esprit n'a pas achevé, le crayon marche sans qu'il soit possible à la main de s'arrêter. Veut-il dire spontanément quelque chose, la main saisit convulsivement le crayon et se met à écrire sans pouvoir s'y opposer. Le médium, d'ailleurs, sent presque toujours en lui quelque chose qui lui indique s'il n'y a que suspension, ou si l'Esprit a terminé. Il est rare qu'il ne sente pas quand celui-ci est parti.
Telles sont les explications les plus essentielles que nous ayons à donner touchant le développement de la psychographie ; l'expérience fera connaître, dans la pratique, certains détails qu'il serait inutile de rapporter ici, et pour lesquels on se guidera d'après les principes généraux. Que beaucoup essaient, et l'on trouvera plus de médiums qu'on ne pense.
Si après d'inutiles essais poursuivis pendant quelque temps, aucun indice de mouvement involontaire ne se produit, ou si ces mouvements sont trop faibles pour donner des résultats, il ne doit pas hésiter à écrire la première pensée qui lui est suggérée, sans s'inquiéter si elle vient de lui ou d'une source étrangère : l'expérience lui apprendra à en faire la distinction. Il arrive très souvent d'ailleurs que le mouvement mécanique se développe ultérieurement.
Nous avons dit plus haut qu'il est des cas où il est indifférent de savoir si la pensée vient du médium ou d'un Esprit étranger ; c'est surtout lorsqu'un médium purement intuitif ou inspiré fait un travail d'imagination pour lui-même ; peu importe qu'il s'attribue une pensée qui lui serait suggérée ; s'il lui vient de bonnes idées, qu'il en remercie son bon génie, et il lui en sera suggéré d'autres. Telle est l'inspiration des poètes, des philosophes et des savants.
Changement d'écriture
Perte et suspension de la médiumnité
1. Les médiums peuvent-ils perdre leur faculté ?
«Cela arrive souvent, quel que soit le genre de cette faculté ; mais souvent aussi ce n'est qu'une interruption momentanée qui cesse avec la cause qui l'a produite.»
2. La cause de la perte de la médiumnité est-elle dans l'épuisement du fluide ?
«De quelque faculté que le médium soit doué, il ne peut rien sans le concours sympathique des Esprits ; lorsqu'il n'obtient plus rien, ce n'est pas toujours la faculté qui lui fait défaut, ce sont souvent les Esprits qui ne veulent plus ou ne peuvent plus se servir de lui.»
3. Quelle cause peut provoquer chez un médium l'abandon des Esprits ?
«L'usage qu'il fait de sa faculté est la plus puissante sur les bons Esprits. Nous pouvons l'abandonner lorsqu'il s'en sert pour des choses frivoles ou dans des vues ambitieuses ; lorsqu'il refuse de faire part de notre parole ou de nos faits aux incarnés qui l'appellent ou qui ont besoin de voir pour se convaincre. Ce don de Dieu n'est point accordé au médium pour son bon plaisir, et encore moins pour servir son ambition, mais en vue de sa propre amélioration, et pour faire connaître la vérité aux hommes. Si l'Esprit voit que le médium ne répond plus à ses vues et ne profite pas des instructions et des avertissements qu'il lui donne, il se retire pour chercher un protégé plus digne.»
4. L'Esprit qui se retire ne peut-il être remplacé, et, dans ce cas, on ne comprendrait pas la suspension de la faculté ?
«Il ne manque pas d'Esprits qui ne demandent pas mieux que de se communiquer et sont tout prêts à remplacer ceux qui se retirent ; mais lorsque c'est un bon Esprit qui délaisse le médium, il peut très bien ne le quitter que momentanément et le priver pour un certain temps de toute communication, afin de lui servir de leçon et lui prouver que sa faculté ne dépend pas de lui et qu'il n'en doit pas tirer vanité. Cette impuissance momentanée est aussi pour donner au médium la preuve qu'il écrit sous une influence étrangère, autrement il n'y aurait pas d'intermittence.
«Du reste, l'interruption de la faculté n'est pas toujours une punition ; elle témoigne quelquefois de la sollicitude de l'Esprit pour le médium qu'il affectionne ; il veut lui procurer un repos matériel qu'il juge nécessaire, et dans ce cas il ne permet pas à d'autres Esprits de le remplacer.»
5. On voit cependant des médiums très méritants, moralement parlant, qui n'éprouvent aucun besoin de repos, et sont très contrariés d'interruptions dont ils ne comprennent pas le but.
«C'est afin de mettre leur patience à l'épreuve, et de juger de leur persévérance ; c'est pourquoi les Esprits n'assignent en général aucun terme à cette suspension ; ils veulent voir si le médium se rebutera. C'est souvent aussi pour leur laisser le temps de méditer les instructions qu'ils leur ont données, et c'est à cette méditation de nos enseignements que nous reconnaissons les spirites vraiment sérieux ; nous ne pouvons donner ce nom à ceux qui ne sont en réalité que des amateurs de communications.»
6. Est-il nécessaire, dans ce cas, que le médium poursuive ses tentatives pour écrire ?
«Si l'Esprit le lui conseille, oui ; s'il lui dit de s'abstenir, il doit le faire.»
7. Y aurait-il un moyen d'abréger cette épreuve ?
«La résignation et la prière. Du reste, il suffit de faire chaque jour une tentative de quelques minutes, car il serait inutile de perdre son temps en essais infructueux ; la tentative n'a d'autre but que de s'assurer si la faculté est recouvrée.»
8. La suspension implique-t-elle l'éloignement des Esprits qui se communiquent d'habitude ?
«Pas le moins du monde ; le médium est alors dans la position d'une personne qui perdrait momentanément la vue, et n'en serait pas moins entourée de ses amis, quoiqu'elle ne puisse pas les voir. Le médium peut donc, et même il le doit, continuer à s'entretenir par la pensée avec ses Esprits familiers, et être persuadé qu'il en est entendu. Si le défaut de médiumnité peut priver des communications matérielles avec certains Esprits, il ne peut priver des communications morales.»
9. Ainsi l'interruption de la faculté médianimique n'implique pas toujours un blâme de la part des Esprits ?
«Non sans doute, puisqu'elle peut être une preuve de bienveillance.»
10. A quel signe peut-on reconnaître un blâme dans cette interruption ?
«Que le médium interroge sa conscience et qu'il se demande l'usage qu'il a fait de sa faculté, le bien qui en est résulté pour les autres, le profit qu'il a retiré des conseils qui lui ont été donnés, et il aura la réponse.»
11. Le médium qui ne peut plus écrire ne peut-il avoir recours à un autre médium ?
«Cela dépend de la cause de l'interruption ; celle-ci a souvent pour motif de vous laisser quelque temps sans communications après vous avoir donné des conseils afin que vous ne vous habituiez pas à ne rien faire que par nous ; dans ce cas, il ne sera pas plus satisfait en se servant d'un autre médium ; et cela a encore un but, c'est de vous prouver que les Esprits sont libres et qu'il ne dépend pas de vous de les faire marcher à votre gré. C'est aussi pour cette raison que ceux qui ne sont pas médiums n'ont pas toujours toutes les communications qu'ils désirent.»
Remarque. Il est en effet à observer que celui qui a recours à un tiers pour les communications, nonobstant la qualité du médium, n'obtient souvent rien de satisfaisant, tandis que dans d'autres temps les réponses sont très explicites. Cela dépend tellement de la volonté de l'Esprit qu'on n'est pas plus avancé en changeant de médium ; les Esprits mêmes semblent à cet égard se donner le mot d'ordre car ce que l'on n'obtient pas de l'un, on ne l'obtiendra pas davantage d'un autre. Il faut se garder alors d'insister et de s'impatienter, si l'on ne veut être dupe des Esprits trompeurs qui répondront si on le veut à toute force, et les bons les laisseront faire pour nous punir de notre insistance.
12. Dans quel but la Providence a-t-elle doué certains individus de la médiumnité d'une manière spéciale ?
«C'est une mission dont ils sont chargés et dont ils sont heureux ; ils sont les interprètes entre les Esprits et les hommes.»
13. Il y a cependant des médiums qui n'emploient leur faculté qu'avec répugnance ?
«Ce sont des médiums imparfaits ; ils ne connaissent pas le prix de la faveur qui leur est accordée.»
14. Si c'est une mission, comment se fait-il qu'elle ne soit pas le privilège des hommes de bien, et que cette faculté soit donnée à des gens qui ne méritent aucune estime et qui peuvent en abuser ?
«Elle leur est donnée parce qu'ils en ont besoin pour leur propre amélioration, et afin qu'ils soient à même de recevoir de bons enseignements ; s'ils n'en profitent pas, ils en subiront les conséquences. Jésus ne donnait-il pas de préférence sa parole aux pécheurs, disant qu'il faut donner à celui qui n'a pas ?»
15. Les personnes qui ont un grand désir d'écrire comme médiums et qui ne peuvent réussir, peuvent-elles en conclure quelque chose contre elles-mêmes touchant la bienveillance des Esprits à leur égard ?
«Non, car Dieu peut leur avoir refusé cette faculté, comme il peut leur avoir refusé le don de la poésie ou de la musique ; mais si elles ne jouissent pas de cette faveur, elles peuvent en avoir d'autres.»
16. Comment un homme peut-il se perfectionner par l'enseignement des Esprits lorsqu'il n'a, ni par lui-même, ni par d'autres médiums, les moyens de recevoir cet enseignement direct ?
«N'a-t-il pas les livres comme le chrétien a l'Evangile ? Pour pratiquer la morale de Jésus, le chrétien n'a pas besoin d'avoir entendu ses paroles sortir de sa bouche.»
CHAPITRE XVIII - INCONVENIENTS ET DANGERS DE LA MEDIUMNITE
Influence de l'exercice de la médiumnité sur la santé - Id. sur le cerveau - Id. sur les enfants
«Anomal quelquefois, mais non pathologique ; il y a des médiums d'une santé robuste ; ceux qui sont malades le sont pour d'autres causes.»
2. L'exercice de la faculté médianimique peut-il occasionner la fatigue ?
«L'exercice trop prolongé de toute faculté quelconque amène la fatigue ; la médiumnité est dans le même cas, principalement celle qui s'applique aux effets physiques ; elle occasionne nécessairement une dépense de fluide qui amène la fatigue et se répare par le repos.»
3. L'exercice de la médiumnité peut-il avoir des inconvénients par lui-même au point de vue hygiénique, abstraction faite de l'abus ?
«Il est des cas où il est prudent, nécessaire même, de s'en abstenir ou tout au moins d'en modérer l'usage ; cela dépend de l'état physique et moral du médium. Le médium le sent d'ailleurs généralement, et lorsqu'il éprouve de la fatigue il doit s'abstenir.»
4. Y a-t-il des personnes pour lesquelles cet exercice ait plus d'inconvénients que pour d'autres ?
«J'ai dit que cela dépend de l'état physique et moral du médium. Il y a des personnes chez lesquelles il est nécessaire d'éviter toute cause de surexcitation, et celle-ci est du nombre.» (N° 188 et 194.)
5. La médiumnité pourrait-elle produire la folie ?
«Pas plus que toute autre chose lorsqu'il n'y a pas prédisposition par la faiblesse du cerveau. La médiumnité ne produira pas la folie lorsque le principe n'y est pas ; mais si le principe existe, ce qu'il est facile de reconnaître à l'état moral, le bon sens dit qu'il faut user de ménagements sous tous les rapports, car toute cause d'ébranlement peut être nuisible.»
6. Y a-t-il de l'inconvénient à développer la médiumnité chez les enfants ?
«Certainement, et je soutiens que c'est très dangereux ; car ces organisations frêles et délicates en seraient trop ébranlées et leur jeune imagination trop surexcitée ; aussi les parents sages les éloigneront de ces idées, ou du moins ne leur en parleront qu'au point de vue des conséquences morales.»
7. Il y a cependant des enfants qui sont médiums naturellement, soit pour les effets physiques, soit pour l'écriture et les visions ; cela a-t-il le même inconvénient ?
«Non ; quand la faculté est spontanée chez un enfant, c'est qu'elle est dans sa nature et que sa constitution s'y prête ; il n'en est pas de même quand elle est provoquée et surexcitée. Remarquez que l'enfant qui a des visions en est généralement peu impressionné ; cela lui paraît une chose toute naturelle, à laquelle il prête une assez faible attention et que souvent il oublie ; plus tard le fait lui revient en mémoire, et il se l'explique aisément s'il connaît le spiritisme.»
8. Quel est l'âge auquel on peut, sans inconvénient, s'occuper de médiumnité ?
«Il n'y a pas d'âge précis, cela dépend entièrement du développement physique et encore plus du développement moral ; il y a des enfants de douze ans qui en seront moins affectés que certaines personnes faites. Je parle de la médiumnité en général, mais celle qui s'applique aux effets physiques est plus fatigante corporellement ; l'écriture a un autre inconvénient qui tient à l'inexpérience de l'enfant, dans le cas où il voudrait s'en occuper seul et en faire un jeu.»
Nous appelons, sous ce rapport, l'attention de nos lecteurs sur le paragraphe XII de l'introduction du Livre des Esprits.
CHAPITRE XIX - ROLE DU MEDIUM DANS LES COMMUNICATIONS SPIRITES
Influence de l'Esprit personnel du médium
«Il est quelquefois dans un état de crise plus ou moins prononcé, c'est ce qui le fatigue, et c'est pourquoi il a besoin de repos ; mais le plus souvent son état ne diffère pas sensiblement de l'état normal, surtout chez les médiums écrivains.»
2. Les communications écrites ou verbales peuvent-elles aussi provenir de l'Esprit même incarné dans le médium ?
«L'âme du médium peut se communiquer comme celle de tout autre ; si elle jouit d'un certain degré de liberté, elle recouvre ses qualités d'Esprit. Vous en avez la preuve dans l'âme des personnes vivantes qui viennent vous visiter, et se communiquent à vous par l'écriture souvent sans que vous les appeliez. Car sachez bien que parmi les Esprits que vous évoquez, il y en a qui sont incarnés sur la terre ; alors ils vous parlent comme Esprits et non pas comme hommes. Pourquoi voudriez-vous qu'il n'en fût pas de même du médium ?»
- Cette explication ne semble-t-elle pas confirmer l'opinion de ceux qui croient que toutes les communications émanent de l'Esprit du médium, et non d'Esprits étrangers ?
«Ils n'ont tort que parce qu'ils sont absolus ; car il est certain que l'Esprit du médium peut agir par lui-même ; mais ce n'est pas une raison pour que d'autres n'agissent pas également par son intermédiaire.»
3. Comment distinguer si l'Esprit qui répond est celui du médium ou d'un Esprit étranger ?
«A la nature des communications. Etudiez les circonstances et le langage, et vous distinguerez. C'est surtout dans l'état de somnambulisme ou d'extase que l'Esprit du médium se manifeste, parce qu'alors il est plus libre ; mais dans l'état normal c'est plus difficile. Il y a d'ailleurs des réponses qu'il est impossible de lui attribuer ; c'est pourquoi je vous dis d'étudier et d'observer.»
Remarque. Lorsqu'une personne nous parle, nous distinguons facilement ce qui vient d'elle, ou ce dont elle n'est que l'écho ; il en est de même des médiums.
4. Puisque l'Esprit du médium a pu acquérir, dans des existences antérieures, des connaissances qu'il a oubliées sous son enveloppe corporelle, mais dont il se souvient comme Esprit, ne peut-il puiser dans son propre fonds les idées qui semblent dépasser la portée de son instruction ?
«Cela arrive souvent dans l'état de crise somnambulique ou extatique ; mais encore une fois, il est des circonstances qui ne permettent pas de doute : étudiez longtemps et méditez.»
5. Les communications provenant de l'Esprit du médium sont-elles toujours inférieures à celles qui pourraient être faites par des Esprits étrangers ?
«Toujours, non ; car l'Esprit étranger peut être lui-même d'un ordre inférieur à celui du médium, et pour lors parler moins sensément. On le voit dans le somnambulisme ; car là c'est le plus souvent l'Esprit du somnambule qui se manifeste et qui dit pourtant quelquefois de très bonnes choses.»
6. L'Esprit qui se communique par un médium transmet-il directement sa pensée, ou bien cette pensée a-t-elle pour intermédiaire l'Esprit incarné dans le médium ?
«C'est l'Esprit du médium qui est l'interprète, parce qu'il est lié au corps qui sert à parler, et qu'il faut bien une chaîne entre vous et les Esprits étrangers qui se communiquent, comme il faut un fil électrique pour transmettre une nouvelle au loin, et au bout du fil une personne intelligente qui la reçoit et la transmet.»
7. L'Esprit incarné dans le médium exerce-t-il une influence sur les communications qu'il doit transmettre et qui proviennent d'Esprits étrangers ?
«Oui, car s'il ne leur est pas sympathique, il peut altérer leurs réponses, et les assimiler à ses propres idées et à ses penchants, mais il n'influence pas les Esprits eux-mêmes : ce n'est qu'un mauvais interprète.»
8. Est-ce la cause de la préférence des Esprits pour certains médiums ?
«Il n'y en a pas d'autre ; ils cherchent l'interprète qui sympathise le mieux avec eux, et qui rend le plus exactement leur pensée. S'il n'y a pas entre eux sympathie, l'Esprit du médium est un antagoniste qui apporte une certaine résistance, et devient un interprète de mauvais vouloir et souvent infidèle. Il en est de même parmi vous quand l'avis d'un sage est transmis par la voix d'un étourdi ou d'un homme de mauvaise foi.»
9. On conçoit qu'il en soit ainsi pour les médiums intuitifs, mais non pour ceux qui sont mécaniques.
«Vous ne vous rendez pas bien compte du rôle que joue le médium ; il y a là une loi que vous n'avez pas encore saisie. Rappelez-vous que pour opérer le mouvement d'un corps inerte, l'Esprit a besoin d'une portion de fluide animalisé qu'il emprunte au médium pour animer momentanément la table, afin que celle-ci obéisse à sa volonté ; eh bien, comprenez aussi que pour une communication intelligente, il a besoin d'un intermédiaire intelligent et que cet intermédiaire est celui de l'Esprit du médium.»
- Ceci ne paraît pas applicable à ce qu'on appelle les tables parlantes ; car lorsque des objets inertes, comme des tables, planchettes et corbeilles, donnent des réponses intelligentes, il semble que l'Esprit du médium n'y soit pour rien ?
«C'est une erreur ; l'Esprit peut donner au corps inerte une vie factice momentanée, mais non l'intelligence ; jamais un corps inerte n'a été intelligent. C'est donc l'Esprit du médium qui reçoit la pensée à son insu et la transmet de proche en proche à l'aide de divers intermédiaires.»
10. Il semble résulter de ces explications que l'Esprit du médium n'est jamais complètement passif ?
«Il est passif quand il ne mêle pas ses propres idées à celles de l'Esprit étranger, mais il n'est jamais absolument nul ; son concours est toujours nécessaire comme intermédiaire, même dans ce que vous appelez médiums mécaniques.»
11. N'y a-t-il pas plus de garantie d'indépendance dans le médium mécanique que dans le médium intuitif ?
«Sans aucun doute, et pour certaines communications un médium mécanique est préférable ; mais quand on connaît les facultés d'un médium intuitif, cela devient indifférent, selon les circonstances ; je veux dire qu'il y a des communications qui réclament moins de précision.»
Système des médiums inertes
12. Parmi les différents systèmes qui ont été émis pour expliquer les phénomènes spirites, il en est un qui consiste à croire que la véritable médiumnité est dans un corps complètement inerte, dans la corbeille ou le carton, par exemple, qui sert d'instrument ; que l'Esprit étranger s'identifie avec cet objet et le rend non seulement vivant, mais intelligent ; de là le nom de médiums inertes donnés à ces objets ; qu'en pensez-vous ?
«Il n'y a qu'un mot à dire à cela, c'est que si l'Esprit avait transmis l'intelligence au carton en même temps que la vie, le carton écrirait tout seul sans le concours de médium ; il serait singulier que l'homme intelligent devînt machine, et qu'un objet inerte devînt intelligent. C'est un des nombreux systèmes nés d'une idée préconçue, et qui tombent comme tant d'autres devant l'expérience et l'observation.»
13. Un phénomène bien connu pourrait accréditer l'opinion qu'il y a dans les corps inertes animés plus que la vie, mais encore l'intelligence, c'est celui des tables, corbeilles, etc., qui expriment par leurs mouvements la colère ou l'affection ?
«Lorsqu'un homme agite un bâton avec colère, ce n'est pas le bâton qui est en colère, ni même la main qui tient le bâton, mais bien la pensée qui dirige la main ; les tables et les corbeilles ne sont pas plus intelligentes que le bâton ; elles n'ont aucun sentiment intelligent, mais obéissent à une intelligence ; en un mot, ce n'est pas l'Esprit qui se transforme en corbeille, ni même qui y élit domicile.»
14. S'il n'est pas rationnel d'attribuer l'intelligence à ces objets, peut-on les considérer comme une variété de médiums en les désignant sous le nom de médiums inertes ?
«C'est une question de mots qui nous importe peu, pourvu que vous vous entendiez. Vous êtes libres d'appeler homme une marionnette.»
Aptitude de certains médiums pour les choses qu'ils ne connaissent pas : les langues, la musique, le dessin
15. Les Esprits n'ont que le langage de la pensée ; ils n'ont pas de langage articulé ; c'est pourquoi il n'y a pour eux qu'une seule langue ; d'après cela un Esprit pourrait-il s'exprimer par voie médianimique dans une langue qu'il n'a jamais parlée de son vivant ; et dans ce cas, où puise-t-il les mots dont il se sert ?
«Vous venez vous-même de répondre à votre question en disant que les Esprits ont une seule langue qui est celle de la pensée ; cette langue est comprise de tous, aussi bien des hommes que des Esprits. L'Esprit errant, en s'adressant à l'Esprit incarné du médium, ne lui parle ni français, ni anglais, mais la langue universelle qui est celle de la pensée ; pour traduire ses idées dans un langage articulé, transmissible, il puise ses mots dans le vocabulaire du médium.»
16. S'il en est ainsi, l'Esprit ne devrait pouvoir s'exprimer que dans la langue du médium, tandis qu'on en voit écrire dans des langues inconnues de ce dernier ; n'y a-t-il pas là une contradiction ?
«Remarquez d'abord que tous les médiums ne sont pas également propres à ce genre d'exercice, et ensuite que les Esprits ne s'y prêtent qu'accidentellement, quand ils jugent que cela peut être utile ; mais, pour les communications usuelles et d'une certaine étendue, ils préfèrent se servir d'une langue familière, parce qu'elle leur présente moins de difficulté matérielle à vaincre.»
17. L'aptitude de certains médiums à écrire dans une langue qui leur est étrangère ne viendrait-elle pas de ce que cette langue leur aurait été familière dans une autre existence, et qu'ils en auraient conservé l'intuition ?
«Cela peut certainement avoir lieu, mais ce n'est pas une règle ; l'Esprit peut, avec quelques efforts, surmonter momentanément la résistance matérielle qu'il rencontre ; c'est ce qui arrive quand le médium écrit, dans sa propre langue, des mots qu'il ne connaît pas.»
18. Une personne qui ne saurait pas écrire pourrait-elle écrire comme un médium ?
«Oui ; mais on conçoit qu'il y a là encore une grande difficulté mécanique à vaincre, la main n'ayant pas l'habitude du mouvement nécessaire pour former les lettres. Il en est de même chez les médiums dessinateurs qui ne savent pas dessiner.»
19. Un médium très peu intelligent pourrait-il transmettre des communications d'un ordre élevé ?
«Oui, par la même raison qu'un médium peut écrire dans une langue qu'il ne connaît pas. La médiumnité proprement dite est indépendante de l'intelligence aussi bien que des qualités morales, et à défaut d'un meilleur instrument l'Esprit peut se servir de celui qu'il a sous la main ; mais il est naturel que, pour les communications d'un certain ordre, il préfère le médium qui lui offre le moins d'obstacles matériels. Et puis une autre considération : l'idiot n'est souvent idiot que par l'imperfection de ses organes, mais son Esprit peut être plus avancé que vous ne croyez ; vous en avez la preuve par certaines évocations d'idiots morts ou vivants.»
Remarque. Ceci est un fait constaté par l'expérience ; nous avons plusieurs fois évoqué des idiots vivants qui ont donné des preuves patentes de leurs identité, et répondaient d'une manière très sensée et même supérieure. Cet état est une punition pour l'Esprit qui souffre de la contrainte où il se trouve. Un médium idiot peut donc quelquefois offrir à l'Esprit qui veut se manifester plus de ressources qu'on ne croit. (Voir Revue Spirite, juillet 1860, article sur la Phrénologie et la Physiognomonie.)
20. D'où vient l'aptitude de certains médiums à écrire en vers, malgré leur ignorance en fait de poésie ?
«La poésie est un langage ; ils peuvent écrire en vers, comme ils peuvent écrire dans une langue qu'ils ne connaissent pas ; et puis, ils peuvent avoir été poètes dans une autre existence, et, comme on vous l'a dit, les connaissances acquises ne sont jamais perdues pour l'Esprit qui doit arriver à la perfection en toutes choses. Alors ce qu'ils ont su leur donne, sans qu'ils s'en doutent, une facilité qu'ils n'ont pas dans l'état ordinaire.»
21. En est-il de même de ceux qui ont une aptitude spéciale pour le dessin et la musique ?
«Oui ; le dessin et la musique sont aussi des manières d'exprimer la pensée ; les Esprits se servent des instruments qui leur offrent le plus de facilité.»
22. L'expression de la pensée par la poésie, le dessin ou la musique dépend-elle uniquement de l'aptitude spéciale du médium ou de celle de l'Esprit qui se communique ?
«Quelquefois du médium, quelquefois de l'Esprit. Les Esprits supérieurs ont toutes les aptitudes ; les Esprits inférieurs ont des connaissances bornées.»
23. Pourquoi l'homme qui a un talent transcendant dans une existence ne l'a-t-il plus dans une existence suivante ?
«Il n'en est pas toujours ainsi, car souvent il perfectionne dans une existence ce qu'il a commencé dans une précédente ; mais il peut arriver qu'une faculté transcendante sommeille pendant un certain temps pour en laisser une autre plus libre de se développer ; c'est un germe latent qui se retrouvera plus tard, et dont il reste toujours quelques traces, ou tout au moins une vague intuition.
Aptitude de certains médiums pour les choses qu'ils ne connaissent pas : les langues, la musique, le dessin
Il résulte de là qu'à quelques exceptions près, le médium rend la pensée des Esprits par les moyens mécaniques qui sont à sa disposition, et que l'expression de cette pensée peut, et doit même le plus souvent se ressentir de l'imperfection de ces moyens ; ainsi, l'homme inculte, le paysan, pourra dire les plus belles choses, exprimer les pensées les plus élevées, les plus philosophiques, en parlant comme un paysan ; car, on le sait, pour les Esprits la pensée domine tout. Ceci répond à l'objection de certains critiques au sujet des incorrections de style et d'orthographe qu'on peut avoir à reprocher aux Esprits, et qui peuvent venir du médium aussi bien que de l'Esprit. Il y a de la futilité à s'attacher à de pareilles choses. Il n'est pas moins puéril de s'attacher à reproduire ces incorrections avec une minutieuse exactitude, comme nous l'avons vu faire quelquefois. On peut donc les corriger sans aucun scrupule, à moins qu'elles ne soient un type caractéristique de l'Esprit qui se communique, auquel cas il est utile de les conserver comme preuve d'identité. C'est ainsi, par exemple, que nous avons vu un Esprit écrire constamment Jule (sans s) en parlant à son petit-fils, parce que, de son vivant, il l'écrivait de cette manière, et quoique le petit-fils, qui servait de médium, sût parfaitement écrire son nom.
Dissertation d'un Esprit sur le rôle des médiums
«Quelle que soit la nature des médiums écrivains, qu'ils soient mécaniques, semi-mécaniques ou simplement intuitifs, nos procédés de communication avec eux ne varient pas essentiellement. En effet, nous communiquons avec les Esprits incarnés eux-mêmes, comme avec les Esprits proprement dits, par le seul rayonnement de notre pensée.
Nos pensées n'ont pas besoin du vêtement de la parole pour être comprise par les Esprits, et tous les Esprits perçoivent la pensée que nous désirons leur communiquer, par cela seul que nous dirigeons cette pensée vers eux, et ce en raison de leurs facultés intellectuelles ; c'est-à-dire que telle pensée peut être comprise par tels et tels, suivant leur avancement, tandis que chez tels autres, cette pensée ne réveillant aucun souvenir, aucune connaissance au fond de leur coeur ou de leur cerveau, n'est pas perceptible pour eux. Dans ce cas, l'Esprit incarné qui nous sert de médium est plus propre à rendre notre pensée pour les autres incarnés, bien qu'il ne la comprenne pas, qu'un Esprit désincarné et peu avancé ne pourrait le faire, si nous étions forcés de recourir à son intermédiaire ; car l'être terrestre met son corps, comme instrument, à notre disposition, ce que l'Esprit errant ne peut faire.
Ainsi, quand nous trouvons dans un médium le cerveau meublé de connaissances acquises dans sa vie actuelle, et son Esprit riche de connaissances antérieures latentes, propres à faciliter nos communications, nous nous en servons de préférence, parce qu'avec lui le phénomène de la communication nous est beaucoup plus facile qu'avec un médium dont l'intelligence serait bornée, et dont les connaissances antérieures seraient restées insuffisantes. Nous allons nous faire comprendre par quelques explications nettes et précises.
Avec un médium dont l'intelligence actuelle ou antérieure se trouve développée, notre pensée se communique instantanément d'Esprit à Esprit, par une faculté propre à l'essence de l'Esprit lui-même. Dans ce cas, nous trouvons dans le cerveau du médium les éléments propres à donner à notre pensée le vêtement de la parole correspondant à cette pensée, et cela, que le médium soit intuitif, semi-mécanique ou mécanique pur. C'est pourquoi, quelle que soit la diversité des Esprits qui se communiquent à un médium, les dictées obtenues par lui, tout en procédant d'Esprits divers, portent un cachet de forme et de couleur personnel à ce médium. Oui, bien que la pensée lui soit tout à fait étrangère, bien que le sujet sorte du cadre dans lequel il se meut habituellement lui-même, bien que ce que nous voulons dire ne provienne en aucune façon de lui, il n'en influence pas moins la forme, par les qualités, les propriétés qui sont adéquates à son individu. C'est absolument comme lorsque vous regardez différents points de vue avec des lunettes nuancées, vertes, blanches ou bleues ; bien que les points de vue ou objets regardés soient tout à fait opposés et tout à fait indépendants les uns des autres, ils n'en affectent pas moins toujours une teinte qui provient de la couleur des lunettes. Ou mieux, comparons les médiums à ces bocaux pleins de liquides colorés et transparents que l'on voit dans la montre des officines pharmaceutiques ; eh bien, nous sommes comme des lumières qui éclairons certains points de vue moraux, philosophiques et internes, à travers des médiums bleus, verts ou rouges, de telle sorte que nos rayons lumineux, obligés de passer à travers des verres plus ou moins bien taillés, plus ou moins transparents, c'est-à-dire par des médiums plus ou moins intelligents, n'arrivent sur les objets que nous voulons éclairer qu'en empruntant la teinte, ou mieux la forme propre et particulière à ces médiums. Enfin, pour terminer par une dernière comparaison, nous, Esprits, sommes comme des compositeurs de musique qui avons composé ou voulons improviser un air, et n'avons sous la main qu'un piano, qu'un violon, qu'une flûte, qu'un basson ou qu'un sifflet de deux sous. Il est incontestable qu'avec le piano, la flûte ou le violon nous exécuterons notre morceau d'une manière très compréhensible pour nos auditeurs ; bien que les sons provenant du piano, du basson ou de la clarinette soient essentiellement différents les uns des autres, notre composition n'en sera pas moins identiquement la même, sauf les nuances du son. Mais si nous n'avons à notre disposition qu'un sifflet de deux sous ou qu'un entonnoir de fontainier, là pour nous gît la difficulté.
En effet, quand nous sommes obligés de nous servir de médiums peu avancés, notre travail devient bien plus long, bien plus pénible, parce que nous sommes obligés d'avoir recours à des formes incomplètes, ce qui est une complication pour nous ; car alors, nous sommes forcés de décomposer nos pensées et de procéder, mots par mots, lettres par lettres, ce qui est un ennui et une fatigue pour nous, et une entrave réelle à la promptitude et au développement de nos manifestations.
C'est pourquoi nous sommes heureux de trouver des médiums bien appropriés, bien outillés, munis de matériaux prêts à fonctionner, bons instruments en un mot, parce qu'alors notre périsprit, agissant sur le périsprit de celui que nous médianimisons, n'a plus qu'à donner l'impulsion à la main qui nous sert de porte-plume ou de porte-crayon ; tandis qu'avec les médiums insuffisants, nous sommes obligés de faire un travail analogue à celui que nous faisons quand nous nous communiquons par des coups frappés, c'est-à-dire en désignant lettre par lettre, mot par mot, chacune des phrases qui forment la traduction des pensées que nous voulons communiquer.
C'est pour ces raisons que nous nous sommes adressés de préférence aux classes éclairées et instruites, pour la divulgation du Spiritisme et le développement des facultés médianimiques scriptives, bien que ce soit parmi ces classes que se rencontrent les individus les plus incrédules, les plus rebelles et les plus immoraux. C'est que de même que nous laissons aujourd'hui, aux Esprits jongleurs et peu avancés l'exercice des communications tangibles de coups et d'apports, de même les hommes peu sérieux parmi vous préfèrent-ils la vue des phénomènes qui frappent leurs yeux ou leurs oreilles, aux phénomènes purement spirituels, purement psychologiques.
Quand nous voulons procéder par dictées spontanées, nous agissons sur le cerveau, sur les casiers du médium, et nous assemblons nos matériaux avec les éléments qu'il nous fournit, et cela tout à fait à son insu ; c'est comme si nous prenions dans sa bourse les sommes qu'il peut y avoir, et que nous en arrangions les différentes monnaies suivant l'ordre qui nous paraîtrait le plus utile.
Mais quand le médium veut lui-même nous interroger de telle ou telle façon, il est bon qu'il y réfléchisse sérieusement afin de nous questionner d'une façon méthodique, en nous facilitant ainsi notre travail de réponse. Car, comme il vous a été dit dans une précédente instruction, votre cerveau est souvent dans un désordre inextricable, et il nous est aussi pénible que difficile de nous mouvoir dans le dédale de vos pensées. Quand des questions doivent être posées par des tiers, il est bon, il est utile que la série des questions soit communiquée, par avance, au médium, pour que celui-ci s'identifie avec l'Esprit de l'évocateur, et s'en imprègne pour ainsi dire ; parce que nous-mêmes avons alors bien plus de facilité pour répondre, par l'affinité qui existe entre notre périsprit et celui du médium qui nous sert d'interprète.
Certainement, nous pouvons parler mathématiques au moyen d'un médium qui y a l'air tout à fait étranger ; mais souvent l'Esprit de ce médium possède cette connaissance à l'état latent, c'est-à-dire personnel à l'être fluidique et non à l'être incarné, parce que son corps actuel est un instrument rebelle ou contraire à cette connaissance. Il en est de même de l'astronomie, de la poésie, de la médecine, et des langues diverses ainsi que de toutes les autres connaissances particulières à l'espèce humaine. Enfin, nous avons encore le moyen de l'élaboration pénible en usage avec les médiums complètement étrangers au sujet traité, en assemblant les lettres et les mots comme en typographie.
Comme nous l'avons dit, les Esprits n'ont pas besoin de revêtir leur pensée ; ils perçoivent et communiquent la pensée, par ce fait seul qu'elle existe en eux. Les êtres corporels, au contraire, ne peuvent percevoir la pensée que revêtue. Tandis que la lettre le mot, le substantif, le verbe, la phrase en un mot, vous sont nécessaires pour percevoir même mentalement, aucune forme visible ou tangible n'est nécessaire pour nous.»ERASTE et TIMOTHEE.
Remarque. Cette analyse du rôle des médiums, et des procédés à l'aide desquels les Esprits se communiquent, est aussi claire que logique. Il en découle ce principe, que l'Esprit puise, non ses idées, mais les matériaux nécessaires pour les exprimer dans le cerveau du médium, et que plus ce cerveau est riche en matériaux, plus la communication est facile. Lorsque l'Esprit s'exprime dans la langue familière au médium, il trouve en lui les mots tout formés pour revêtir l'idée ; si c'est dans une langue qui lui est étrangère, il n'y trouve pas les mots, mais simplement les lettres ; c'est pourquoi l'Esprit est obligé de dicter, pour ainsi dire, lettre à lettre, exactement comme si nous voulions faire écrire de l'allemand à celui qui n'en sait pas le premier mot. Si le médium ne sait ni lire ni écrire, il ne possède pas même les lettres ; il faut donc lui conduire la main comme à un écolier ; et là est une difficulté matérielle encore plus grande à vaincre. Ces phénomènes sont donc possibles, et l'on en a de nombreux exemples ; mais on comprend que cette manière de procéder s'accorde peu avec l'étendue et la rapidité des communications, et que les Esprits doivent préférer les instruments les plus faciles, ou, comme ils le disent, les médiums bien outillés à leur point de vue.
Si ceux qui demandent ces phénomènes comme moyen de conviction avaient préalablement étudié la théorie, ils sauraient dans quelles conditions exceptionnelles ils se produisent.
CHAPITRE XX - INFLUENCE MORALE DU MEDIUM
Questions diverses
«Non ; la faculté proprement dite tient à l'organisme ; elle est indépendante du moral ; il n'en est pas de même de l'usage, qui peut être plus ou moins bon, suivant les qualités du médium.»
2. Il a toujours été dit que la médiumnité est un don de Dieu, une grâce, une faveur ; pourquoi donc n'est-elle pas le privilège des hommes de bien, et pourquoi voit-on des gens indignes qui en sont doués au plus haut degré et qui en mésusent ?
«Toutes les facultés sont des faveurs dont on doit rendre grâce à Dieu, puisqu'il y a des hommes qui en sont privés. Vous pourriez aussi demander pourquoi Dieu accorde une bonne vue à des malfaiteurs, de l'adresse aux filous, l'éloquence à ceux qui s'en servent pour dire de mauvaises choses. Il en est de même de la médiumnité ; des gens indignes en sont doués, parce qu'ils en ont plus besoin que les autres pour s'améliorer ; pensez-vous que Dieu refuse les moyens de salut aux coupables ? Il les multiplie sous leurs pas ; il les leur met dans les mains, c'est à eux d'en profiter. Judas le traître n'a-t-il pas fait des miracles et guéri des malades comme apôtre ? Dieu a permis qu'il eût ce don pour rendre sa trahison plus odieuse.»
3. Les médiums qui font un mauvais usage de leur faculté, qui ne s'en servent pas en vue du bien, ou qui n'en profitent pas pour leur instruction, en subiront-ils les conséquences ?
«S'ils en usent mal, ils en seront doublement punis, parce qu'ils ont un moyen de plus de s'éclairer et qu'ils ne le mettent pas à profit. Celui qui voit clair et qui trébuche est plus blâmable que l'aveugle qui tombe dans le fossé.»
4. Il y a des médiums à qui il est fait spontanément, et presque constamment, des communications sur un même sujet, sur certaines questions morales, par exemple, sur certains défauts déterminés ; cela a-t-il un but ?
«Oui, et ce but est de les éclairer sur un sujet souvent répété, ou de les corriger de certains défauts ; c'est pourquoi à l'un ils parleront sans cesse de l'orgueil, à un autre de la charité ; ce n'est que la satiété qui peut leur ouvrir enfin les yeux. Il n'y a pas de médium mésusant de sa faculté, par ambition ou par intérêt, ou la compromettant par un défaut capital, comme l'orgueil, l'égoïsme, la légèreté, etc., qui ne reçoive de temps en temps quelques avertissements de la part des Esprits ; le mal est que la plupart du temps ils ne prennent pas cela pour eux.»
Remarque. Les Esprits mettent souvent des ménagements dans leurs leçons ; ils les donnent d'une manière indirecte pour laisser plus de mérite à celui qui sait se les appliquer et en profiter ; mais l'aveuglement et l'orgueil sont tels chez certaines personnes qu'elles ne se reconnaissent pas au tableau qu'on leur met sous les yeux ; bien plus, si l'Esprit leur donne à entendre que c'est d'elles dont il s'agit, elles se fâchent et traitent l'Esprit de menteur ou de mauvais plaisant. Cela seul prouve que l'Esprit a raison.
5. Dans les leçons qui sont dictées au médium d'une manière générale et sans application personnelle, celui-ci n'agit-il pas comme instrument passif pour servir à l'instruction d'autrui ?
«Souvent ces avis et ces conseils ne sont pas dictés pour lui personnellement, mais bien pour les autres auxquels nous ne pouvons nous adresser que par l'intermédiaire de ce médium, mais qui doit en prendre sa part, s'il n'est pas aveuglé par l'amour-propre.
Ne croyez pas que la faculté médianimique ait été donnée pour corriger seulement une ou deux personnes ; non ; le but est plus grand : il s'agit de l'humanité. Un médium est un instrument trop peu important comme individu ; c'est pourquoi, lorsque nous donnons des instructions qui doivent profiter à la généralité, nous nous servons de ceux qui possèdent les facilités nécessaires ; mais admettez pour certain qu'il viendra un temps où les bons médiums seront assez communs, pour que les bons Esprits n'aient pas besoin de se servir de mauvais instruments.»
6. Puisque les qualités morales du médium éloignent les Esprits imparfaits, comment se fait-il qu'un médium doué de bonnes qualités transmette des réponses fausses ou grossières ?
«Connais-tu tous les replis de son âme ? D'ailleurs, sans être vicieux il peut être léger et frivole ; et puis quelquefois aussi il a besoin d'une leçon, afin qu'il se tienne en garde.»
7. Pourquoi les Esprits supérieurs permettent-ils que des personnes douées d'une grande puissance comme médiums, et qui pourraient faire beaucoup de bien, soient les instruments de l'erreur ?
«Ils tâchent de les influencer ; mais quand elles se laissent entraîner dans une mauvaise voie, ils les laissent aller. C'est pourquoi ils s'en servent avec répugnance, car la vérité ne peut être interprétée par le mensonge.»
8. Est-il absolument impossible d'avoir de bonnes communications par un médium imparfait ?
«Un médium imparfait peut quelquefois obtenir de bonnes choses, parce que, s'il a une belle faculté, de bons Esprits peuvent s'en servir à défaut d'un autre dans une circonstance particulière ; mais ce n'est toujours que momentanément, car dès qu'ils en trouvent un qui leur convient mieux, ils lui donnent la préférence.»
Remarque. Il est à observer que lorsque les bons Esprits jugent qu'un médium cesse d'être bien assisté, et devient, par ses imperfections, la proie des Esprits trompeurs, ils provoquent presque toujours des circonstances qui dévoilent ses travers, et l'éloignent des gens sérieux et bien intentionnés dont la bonne foi pourrait être abusée. Dans ce cas, quelles que soient ses facultés, il n'est pas à regretter.
9. Quel serait le médium que l'on pourrait appeler parfait ?
«Parfait, hélas ! vous savez bien que la perfection n'est pas sur la terre, sans cela vous n'y seriez pas ; dites donc bon médium, et c'est déjà beaucoup, car ils sont rares. Le médium parfait serait celui sur lequel les mauvais Esprits n'auraient jamais osé faire une tentative pour le tromper ; le meilleur est celui qui, ne sympathisant qu'avec de bons Esprits, a été trompé le moins souvent.»
10. S'il ne sympathise qu'avec de bons Esprits, comment peuvent-ils permettre qu'il soit trompé ?
«Les bons Esprits le permettent quelquefois avec les meilleurs médiums pour exercer leur jugement et leur apprendre à discerner le vrai du faux ; et puis, quelque bon que soit un médium, il n'est jamais si parfait qu'il ne puisse donner prise sur lui par quelque côté faible ; cela doit lui servir de leçon. Les fausses communications qu'il reçoit de temps en temps sont des avertissements pour qu'il ne se croie pas infaillible et ne s'enorgueillisse pas ; car le médium qui obtient les choses les plus remarquables n'a pas plus à s'en glorifier que le joueur d'orgue qui produit de beaux airs en tournant la manivelle de son instrument.»
11. Quelles sont les conditions nécessaires pour que la parole des Esprits supérieurs nous arrive pure de toute altération ?
«Vouloir le bien ; chasser l'égoïsme et l'orgueil : l'un et l'autre sont nécessaires.»
12. Si la parole des Esprits supérieurs ne nous arrive pure que dans des conditions difficiles à rencontrer, n'est-ce pas un obstacle à la propagation de la vérité ?
«Non, car la lumière arrive toujours à celui qui veut la recevoir. Quiconque veut s'éclairer doit fuir les ténèbres, et les ténèbres sont dans l'impureté du coeur.
Les Esprits que vous regardez comme la personnification du bien ne se rendent point volontiers à l'appel de ceux dont le coeur est souillé par l'orgueil, la cupidité et le manque de charité.
Que ceux-là donc qui veulent s'éclairer dépouillent toute vanité humaine et humilient leur raison devant la puissance infinie du Créateur, ce sera la meilleure preuve de leur sincérité ; et cette condition, chacun peut la remplir.»
L'orgueil se traduit chez les médiums par des signes non équivoques sur lesquels il est d'autant plus nécessaire d'appeler l'attention, que c'est un des travers qui doivent le plus inspirer de défiance sur la véracité de leurs communications. C'est d'abord une confiance aveugle dans la supériorité de ces mêmes communications, et dans l'infaillibilité de l'Esprit qui les leur donne ; de là un certain dédain pour tout ce qui ne vient pas d'eux, car ils se croient le privilège de la vérité. Le prestige des grands noms dont se parent les Esprits qui sont censés les protéger les éblouit, et comme leur amour-propre souffrirait d'avouer qu'ils sont dupes, ils repoussent toute espèce de conseils ; ils les évitent même en s'éloignant de leurs amis et de quiconque pourrait ouvrir leurs yeux ; s'ils ont la condescendance de les écouter, ils ne tiennent aucun compte de leurs avis, car douter de la supériorité de leur Esprit, c'est presque une profanation. Ils s'offusquent de la moindre contradiction, d'une simple observation critique, et vont quelquefois jusqu'à prendre en haine les personnes mêmes qui leur ont rendu service. A la faveur de cet isolement provoqué par les Esprits qui ne veulent pas avoir de contradicteurs, ceux-ci ont beau jeu pour les entretenir dans leurs illusions, aussi leur font-ils aisément prendre les plus grosses absurdités pour des choses sublimes. Ainsi, confiance absolue dans la supériorité de ce qu'ils obtiennent, mépris de ce qui ne vient pas d'eux, importance irréfléchie attachée aux grands noms, rejet des conseils, prise en mauvaise part de toute critique, éloignement de ceux qui peuvent donner des avis désintéressés, croyance à leur habileté malgré leur défaut d'expérience : tels sont les caractères des médiums orgueilleux.
Il faut convenir aussi que l'orgueil est souvent excité chez le médium par son entourage. S'il a des facultés un peu transcendantes, il est recherché et prôné ; il se croit indispensable et bientôt affecte des airs de suffisance et de dédain quand il prête son concours. Nous avons eu plus d'une fois lieu de regretter les éloges que nous avions donnés à certains médiums, dans le but de les encourager.
Dissertation d'un Esprit sur l'influence morale
«Nous l'avons déjà dit : les médiums, en tant que médiums, n'ont qu'une influence secondaire dans les communications des Esprits ; leur tâche est celle d'une machine électrique, qui transmet les dépêches télégraphiques d'un point éloigné à un autre point éloigné de la terre. Ainsi, quand nous voulons dicter une communication, nous agissons sur le médium comme l'employé du télégraphe sur son appareil ; c'est-à-dire de même que le tac-tac du télégraphe dessine à des milliers de lieues, sur une bande de papier, les signes reproducteurs de la dépêche, de même nous communiquons à travers les distances incommensurables qui séparent le monde visible du monde invisible, le monde immatériel du monde incarné, ce que nous voulons vous enseigner au moyen de l'appareil médianimique. Mais aussi, de même que les influences atmosphériques agissent et troublent souvent les transmissions du télégraphe électrique, l'influence morale du médium agit et trouble quelquefois la transmission de nos dépêches d'outre-tombe, parce que nous sommes obligés de les faire passer par un milieu qui leur est contraire. Cependant, le plus souvent cette influence est annulée par notre énergie et notre volonté, et aucun acte perturbateur ne se manifeste. En effet, des dictées d'une haute portée philosophique, des communications d'une parfaite moralité sont transmises quelquefois par des médiums peu propres à ces enseignements supérieurs ; tandis que, d'un autre côté, des communications peu édifiantes arrivent aussi quelquefois par des médiums tout honteux de leur avoir servi de conducteur.
En thèse générale, on peut affirmer que les Esprits similaires appellent les Esprits similaires, et que rarement les Esprits des pléiades élevées se communiquent par des appareils mauvais conducteurs, quand ils ont sous la main de bons appareils médianimiques, de bons médiums en un mot.
Les médiums légers et peu sérieux appellent donc des Esprits de même nature ; c'est pourquoi leurs communications sont empreintes de banalités, de frivolités, d'idées sans suite et souvent fort hétérodoxes, spiritement parlant. Certes, ils peuvent dire et disent quelquefois de bonnes choses ; mais c'est dans ce cas surtout qu'il faut apporter un examen sévère et scrupuleux ; car, au lieu de ces bonnes choses, certains Esprits hypocrites insinuent avec habileté et avec une perfidie calculée des faits controuvés, des assertions mensongères, afin de duper la bonne foi de leurs auditeurs. On doit alors élaguer sans pitié tout mot, toute phrase équivoques, et ne conserver de la dictée que ce que la logique accepte, ou ce que la doctrine a déjà enseigné. Les communications de cette nature ne sont à redouter que pour les Spirites isolés, les groupes récents ou peu éclairés ; car, dans les réunions où les adeptes sont plus avancés et ont acquis de l'expérience, le geai a beau se parer des plumes du paon, il est toujours impitoyablement éconduit.
Je ne parlerai pas des médiums qui se plaisent à solliciter et à écouter des communications ordurières ; laissons-les se complaire dans la société des Esprits cyniques. D'ailleurs, les communications de cet ordre recherchent d'elles-mêmes la solitude et l'isolement ; elles ne pourraient, en tout cas, que soulever le dédain et le dégoût parmi les membres des groupes philosophiques et sérieux. Mais où l'influence morale du médium se fait réellement sentir, c'est quand celui-ci substitue ses idées personnelles à celles que les Esprits s'efforcent de lui suggérer ; c'est encore lorsqu'il puise dans son imagination des théories fantastiques qu'il croit lui-même, de bonne foi, résulter d'une communication intuitive. Il y a souvent alors mille à parier contre un que ceci n'est que le reflet de l'Esprit personnel du médium ; et il arrive même ce fait curieux, c'est que la main du médium se meut quelquefois presque mécaniquement, poussée qu'elle est par un Esprit secondaire et moqueur. C'est contre cette pierre de touche que viennent se briser les imaginations ardentes ; car, emportés par la fougue de leurs propres idées, par le clinquant de leurs connaissances littéraires, les médiums méconnaissent la modeste dictée d'un sage Esprit, et, abandonnant la proie pour l'ombre, y substituent une paraphrase ampoulée. C'est contre cet écueil redoutable que viennent également échouer les personnalités ambitieuses qui, à défaut des communications que les bons Esprits leur refusent, présentent leurs propres oeuvres comme l'oeuvre de ces Esprits eux-mêmes. Voilà pourquoi il faut que les chefs des groupes spirites soient pourvus d'un tact exquis et d'une rare sagacité pour discerner les communications authentiques de celles qui ne le sont pas, et pour ne pas blesser ceux qui se font illusion à eux-mêmes.
Dans le doute, abstiens-toi, dit un de vos anciens proverbes ; n'admettez donc que ce qui est pour vous d'une évidence certaine. Dès qu'une opinion nouvelle se fait jour, pour peu qu'elle vous semble douteuse, passez-la au laminoir de la raison et de la logique ; ce que la raison et le bon sens réprouvent, rejetez-le hardiment ; mieux vaut repousser dix vérités qu'admettre un seul mensonge, une seule fausse théorie. En effet, sur cette théorie vous pourriez édifier tout un système qui croulerait au premier souffle de la vérité comme un monument bâti sur un sable mouvant, tandis que, si vous rejetez aujourd'hui certaines vérités parce qu'elles ne vous sont pas démontrées logiquement et clairement, bientôt un fait brutal ou une démonstration irréfutable viendra vous en affirmer l'authenticité.
Rappelez-vous, néanmoins, ô spirites ! qu'il n'y a d'impossible pour Dieu et pour les bons Esprits que l'injustice et l'iniquité.
Le spiritisme est assez répandu maintenant parmi les hommes, et a suffisamment moralisé les adeptes sincères de sa sainte doctrine, pour que les Esprits ne soient plus réduits à employer de mauvais outils, des médiums imparfaits. Si donc maintenant un médium, quel qu'il soit, donne, par sa conduite ou ses moeurs, par son orgueil, par son manque d'amour et de charité, un légitime sujet de suspicion, repoussez, repoussez ses communications, car il y a un serpent caché dans l'herbe. Voilà ma conclusion sur l'influence morale des médiums.»
ERASTE.
CHAPITRE XXI - INFLUENCE DU MILIEU
«Tous les Esprits qui entourent le médium l'aident dans le bien comme dans le mal.»
2. Les Esprits supérieurs ne peuvent-ils triompher du mauvais vouloir de l'Esprit incarné qui leur sert d'interprète et de ceux qui l'entourent ?
«Oui, quand ils le jugent utile, et selon l'intention de la personne qui s'adresse à eux. Nous l'avons déjà dit : les Esprits les plus élevés peuvent quelquefois se communiquer par une faveur spéciale, malgré l'imperfection du médium et du milieu, mais alors ceux-ci y demeurent complètement étrangers.»
3. Les Esprits supérieurs cherchent-ils à ramener les réunions futiles à des idées plus sérieuses ?
«Les Esprits supérieurs ne vont pas dans les réunions où ils savent que leur présence est inutile. Dans les milieux peu instruits, mais où il y a de la sincérité, nous allons volontiers quand même nous n'y trouverions que de médiocres instruments ; mais dans les milieux instruits où l'ironie domine, nous n'allons pas. Là, il faut parler aux yeux et aux oreilles : c'est le rôle des Esprits frappeurs et moqueurs. Il est bon que les gens qui se targuent de leur science soient humiliés par les Esprits les moins savants et les moins avancés.»
4. L'accès des réunions sérieuses est-il interdit aux Esprits inférieurs ?
«Non, ils y restent quelquefois afin de profiter des enseignements qui vous sont donnés ; mais ils se taisent comme des étourdis dans l'assemblée des sages.»
Partant de ce principe, supposons une réunion d'hommes légers, inconséquents, occupés de leurs plaisirs ; quels seront les Esprits qui s'y trouveront de préférence ? Ce ne seront pas assurément des Esprits supérieurs, pas plus que nos savants et nos philosophes n'iraient y passer leur temps. Ainsi, toutes les fois que des hommes s'assemblent, ils ont avec eux une assemblée occulte qui sympathise avec leurs qualités ou leurs travers, et cela abstraction faite de toute pensée d'évocation. Admettons maintenant qu'ils aient la possibilité de s'entretenir avec les êtres du monde invisible par un interprète, c'est-à-dire par un médium ; quels sont ceux qui vont répondre à leur appel ? Evidemment ceux qui sont là, tout prêts, et qui ne cherchent qu'une occasion de se communiquer. Si, dans une assemblée futile, on appelle un Esprit supérieur, il pourra venir, et même faire entendre quelques paroles raisonnables, comme un bon pasteur vient au milieu de ses brebis égarées ; mais du moment qu'il ne se voit ni compris ni écouté, il s'en va, comme vous le feriez vous-même à sa place, et les autres ont leurs coudées franches.
On voit par là l'énorme influence du milieu sur la nature des manifestations intelligentes ; mais cette influence ne s'exerce point comme l'ont prétendu quelques personnes, alors qu'on ne connaissait pas encore le monde des Esprits comme on le connaît aujourd'hui, et avant que des expériences plus concluantes soient venues éclaircir les doutes. Lorsque des communications concordent avec l'opinion des assistants, ce n'est point parce que cette opinion se réfléchit dans l'Esprit du médium comme dans un miroir, c'est parce que vous avez avec vous des Esprits qui vous sont sympathiques pour le bien comme pour le mal, et qui abondent dans votre sens ; et ce qui le prouve, c'est que si vous avez la force d'attirer à vous d'autres Esprits que ceux qui vous entourent, ce même médium va vous tenir un langage tout différent, et vous dire les choses les plus éloignées de votre pensée et de vos convictions. En résumé, les conditions du milieu seront d'autant meilleures qu'il y aura plus d'homogénéité pour le bien, plus de sentiments purs et élevés, plus de désir sincère de s'instruire sans arrière-pensée.
CHAPITRE XXII - DE LA MEDIANIMITE CHEZ LES ANIMAUX
Dissertation d'un esprit sur cette question
Il en a été de même quand la prestidigitation a voulu imiter la seconde vue ; on faisait faire au sujet beaucoup trop pour que l'illusion fût de longue durée. Dès la première fois que nous assistâmes à une séance de ce genre, nous n'y vîmes qu'une imitation très imparfaite du somnambulisme, révélant l'ignorance des conditions les plus essentielles de cette faculté.
Cette communication a été donnée à la suite d'une discussion qui avait eu lieu, sur ce sujet, dans la Société parisienne des études spirites.
«J'aborde aujourd'hui la question de la médianimité des animaux soulevée et soutenue par un de vos plus fervents adeptes. Il prétend, en vertu de cet axiome : Qui peut le plus peut le moins, que nous pouvons médianimiser les oiseaux et les autres animaux, et nous en servir dans nos communications avec l'espèce humaine. C'est ce que vous appelez en philosophie, ou plutôt en logique, purement et simplement un sophisme. "Vous animez, dit-il, la matière inerte, c'est-à-dire une table, une chaise, un piano ; a fortiori devez-vous animer la matière déjà animée et notamment des oiseaux." Eh bien ! dans l'état normal du spiritisme, cela n'est pas, cela ne peut pas être.
D'abord, convenons bien de nos faits. Qu'est-ce qu'un médium ? C'est l'être, c'est l'individu qui sert de trait d'union aux Esprits, pour que ceux-ci puissent se communiquer avec facilité aux hommes : Esprits incarnés. Par conséquent, sans médium, point de communications tangibles, mentales, scriptives, physiques, ni de quelque sorte que ce soit.
Il est un principe qui, j'en suis sûr, est admis par tous les spirites : c'est que les semblables agissent avec leurs semblables et comme leurs semblables. Or, quels sont les semblables des Esprits, sinon les Esprits incarnés ou non. Faut-il vous le répéter sans cesse ? Eh bien ! je vous le répéterai encore : votre périsprit et le nôtre sont puisés dans le même milieu, sont d'une nature identique, sont semblables, en un mot ; ils possèdent une propriété d'assimilation plus ou moins développée, d'aimantation plus ou moins vigoureuse, qui nous permet, Esprits et incarnés, de nous mettre très promptement et très facilement en rapport. Enfin, ce qui appartient en propre aux médiums, ce qui est de l'essence même de leur individualité, c'est une affinité spéciale, et en même temps une force d'expansion particulière qui anéantissent en eux toute réfractibilité, et établissent entre eux et nous une sorte de courant, une espèce de fusion qui facilite nos communications. C'est, du reste, cette réfractibilité de la matière qui s'oppose au développement de la médianimité chez la plupart de ceux qui ne sont pas médiums.
Les hommes sont toujours portés à tout exagérer ; les uns, je ne parle pas ici des matérialistes, refusent une âme aux animaux, et d'autres veulent leur en donner une, pour ainsi dire, pareille à la nôtre. Pourquoi vouloir ainsi confondre le perfectible avec l'imperfectible ? Non, non, soyez-en convaincus, le feu qui anime les bêtes, le souffle qui les fait agir, mouvoir et parler en leur langage, n'a, quant à présent, aucune aptitude à se mêler, à s'unir, à se fondre avec le souffle divin, l'âme éthérée, l'Esprit en un mot, qui anime l'être essentiellement perfectible : l'homme, ce roi de la création. Or, n'est-ce pas ce qui fait la supériorité de l'espèce humaine sur les autres espèces terrestres que cette condition essentielle de perfectibilité ? Eh bien ! reconnaissez donc qu'on ne peut assimiler à l'homme, seul perfectible en lui-même et dans ses oeuvres, aucun individu des autres races vivantes sur la terre.
Le chien, que son intelligence supérieure parmi les animaux a rendu l'ami et le commensal de l'homme, est-il perfectible de son chef et de son initiative personnelle ? Nul n'oserait le soutenir ; car le chien ne fait pas progresser le chien ; et celui d'entre eux qui est le mieux dressé est toujours dressé par son maître. Depuis que le monde est monde, la loutre bâtit toujours sa hutte sur les eaux, d'après les mêmes proportions et suivant une règle invariable ; les rossignols et les hirondelles n'ont jamais construit leurs nids autrement que leurs pères ne l'avaient fait. Un nid de moineaux d'avant le déluge, comme un nid de moineaux de l'époque moderne, est toujours un nid de moineaux, édifié dans les mêmes conditions et avec le même système d'entrelacement de brins d'herbes et de débris, recueillis au printemps à l'époque des amours. Les abeilles et les fourmis, ces petites républiques ménagères, n'ont jamais varié dans leurs habitudes d'approvisionnement, dans leurs allures, dans leurs moeurs, dans leurs productions. Enfin, l'araignée tisse toujours sa toile de la même manière.
D'un autre côté, si vous cherchez les cabanes de feuillage et les tentes des premiers âges de la terre, vous rencontrerez à leur place les palais et les châteaux de la civilisation moderne ; aux vêtements de peaux brutes ont succédé les tissus d'or et de soie ; enfin, à chaque pas vous trouvez la preuve de cette marche incessante de l'humanité vers le progrès.
De ce progrès constant, invincible, irrécusable de l'espèce humaine, et de ce stationnement indéfini des autres espèces animées, concluez avec moi que s'il existe des principes communs à ce qui vit et ce qui se meut sur la terre : le souffle et la matière, il n'en est pas moins vrai que vous seuls, Esprits incarnés, êtes soumis à cette inévitable loi du progrès qui vous pousse fatalement en avant, et toujours en avant. Dieu a mis les animaux à côté de vous comme des auxiliaires pour vous nourrir, vous vêtir, vous seconder. Il leur a donné une certaine dose d'intelligence, parce que, pour vous aider, il leur fallait comprendre, et il a proportionné leur intelligence aux services qu'ils sont appelés à rendre ; mais dans sa sagesse il n'a pas voulu qu'ils fussent soumis à la même loi du progrès ; tels ils ont été créés, tels ils sont restés et resteront jusqu'à l'extinction de leurs races.
On a dit : les Esprits médianimisent et font mouvoir la matière inerte, des chaises, des tables, des pianos ; font mouvoir, oui, mais médianimisent, non ! Car, encore une fois, sans médium, aucun de ces phénomènes ne peut se produire. Qu'y a-t-il d'extraordinaire qu'à l'aide d'un ou de plusieurs médiums nous fassions mouvoir la matière inerte, passive, qui justement en raison de sa passivité, de son inertie, est propre à subir les mouvements et les impulsions que nous désirons lui imprimer ? Pour cela, nous avons besoin de médiums, c'est positif ; mais il n'est pas nécessaire que le médium soit présent ou conscient, car nous pouvons agir avec les éléments qu'il nous fournit, à son insu et hors de sa présence, surtout dans les faits de tangibilité et d'apports. Notre enveloppe fluidique, plus impondérable et plus subtile que le plus subtil et le plus impondérable de vos gaz, s'unissant, se mariant, se combinant avec l'enveloppe fluidique mais animalisée du médium, et dont la propriété d'expansion et de pénétrabilité est insaisissable pour vos sens grossiers, et presque inexplicable pour vous, nous permet de mouvoir les meubles et même de les briser dans des pièces inhabitées.
Certainement, les Esprits peuvent se rendre visibles et tangibles pour les animaux, et souvent telle frayeur subite qu'ils prennent, et qui ne vous semble pas motivée, est causée par la vue d'un ou de plusieurs de ces Esprits mal intentionnés pour les individus présents ou pour ceux à qui appartiennent ces animaux. Très souvent, vous apercevez des chevaux qui ne veulent ni avancer, ni reculer, ou qui se cabrent devant un obstacle imaginaire ; eh bien ! tenez pour certain que l'obstacle imaginaire est souvent un Esprit ou un groupe d'Esprit qui se plaît à les empêcher d'avancer. Rappelez-vous l'ânesse de Balaam, qui, voyant un ange devant elle et redoutant son épée flamboyante, s'obstinait à ne pas bouger ; c'est qu'avant de se manifester visiblement à Balaam, l'ange avait voulu se rendre visible pour l'animal seul ; mais, je le répète, nous ne médianimisons directement ni les animaux ni la matière inerte ; il nous faut toujours le concours conscient ou inconscient d'un médium humain, parce qu'il nous faut l'union de fluides similaires, ce que nous ne trouvons ni dans les animaux, ni dans la matière brute.
M. T... a, dit-il, magnétisé son chien ; à quoi est-il arrivé ? Il l'a tué ; car ce malheureux animal est mort après être tombé dans une espèce d'atonie, de langueur, conséquence de sa magnétisation. En effet, en l'inondant d'un fluide puisé dans une essence supérieure à l'essence spéciale à sa nature, il l'a écrasé et a agi sur lui, quoique plus lentement, à la manière de la foudre. Donc, comme il n'y a nulle assimilation possible entre notre périsprit et l'enveloppe fluidique des animaux proprement dits, nous les écraserions instantanément en les médianimisant.
Ceci établi, je reconnais parfaitement que chez les animaux il existe des aptitudes diverses ; que certains sentiments, certaines passions identiques aux passions et aux sentiments humains se développent en eux ; qu'ils sont sensibles et reconnaissants, vindicatifs et haineux, suivant que l'on agit bien ou mal avec eux. C'est que Dieu, qui ne fait rien d'incomplet, a donné aux animaux, compagnons ou serviteurs de l'homme, des qualités de sociabilité qui manquent entièrement aux animaux sauvages qui habitent les solitudes. Mais de là à pouvoir servir d'intermédiaires pour la transmission de la pensée des Esprits, il y a un abîme : la différence des natures.
Vous savez que nous puisons dans le cerveau du médium les éléments nécessaires pour donner à notre pensée une forme sensible et saisissable par vous ; c'est à l'aide des matériaux qu'il possède que le médium traduit notre pensée dans le langage vulgaire ; eh bien ! quels éléments trouverions-nous dans le cerveau d'un animal ? Y a-t-il des mots, des nombres, des lettres, des signes quelconques similaires à ceux qui existent chez l'homme, même le moins intelligent ? Cependant, direz-vous, les animaux comprennent la pensée de l'homme ; ils la devinent même ; oui, les animaux dressés comprennent certaines pensées, mais en avez-vous jamais vu les reproduire ? Non ; concluez-en donc que les animaux ne peuvent nous servir d'interprètes.
Pour me résumer : les faits médianimiques ne peuvent se manifester sans le concours conscient ou inconscient des médiums ; et ce n'est que parmi les incarnés, Esprits comme nous, que nous pouvons rencontrer ceux qui peuvent nous servir de médiums. Quant à dresser des chiens, des oiseaux, ou autres animaux, pour faire tels ou tels exercices, c'est votre affaire et non la nôtre.»(ERASTE).
Nota. On trouvera dans la Revue Spirite de septembre 1861 le détail d'un procédé employé par les dresseurs d'oiseaux savants, pour leur faire tirer d'un paquet les cartes voulues.
CHAPITRE XXIII — DE L'OBSESSION
L'obsession présente des caractères divers qu'il est très nécessaire de distinguer, et qui résultent du degré de la contrainte et de la nature des effets qu'elle produit. Le mot obsession est, en quelque sorte, un terme générique par lequel on désigne ce genre de phénomène dont les principales variétés sont : l'obsession simple, la fascination et la subjugation.
Obsession simple
On n'est pas obsédé par cela seul qu'on est trompé par un Esprit menteur ; le meilleur médium y est exposé, surtout au début, alors qu'il manque encore de l'expérience nécessaire, de même que, parmi nous, les plus honnêtes gens peuvent être dupes des fripons. On peut donc être trompé sans être obsédé ; l'obsession est dans la ténacité de l'Esprit dont on ne peut se débarrasser.
Dans l'obsession simple le médium sait très bien qu'il a affaire à un Esprit trompeur, et celui-ci ne s'en cache pas ; il ne dissimule nullement ses mauvaises intentions et son désir de contrarier. Le médium reconnaît sans peine la fourberie, et comme il se tient sur ses gardes, il est rarement trompé. Ce genre d'obsession est donc simplement désagréable, et n'a d'autre inconvénient que d'opposer un obstacle aux communications que l'on voudrait avoir avec des Esprits sérieux ou ceux que l'on affectionne.
On peut ranger dans cette catégorie les cas d'obsession physique, c'est-à-dire celle qui consiste dans les manifestations bruyantes et obstinées de certains Esprits qui font entendre spontanément des coups ou autres bruits. Nous renvoyons pour ce phénomène au chapitre des Manifestations physiques spontanées. (N° 82.)
Fascination
Nous avons dit que les suites de la fascination sont beaucoup plus graves ; en effet, à la faveur de cette illusion qui en est la conséquence, l'Esprit conduit celui qu'il est parvenu à maîtriser comme il le ferait d'un aveugle, et peut lui faire accepter les doctrines les plus bizarres, les théories les plus fausses comme étant l'unique expression de la vérité ; bien plus, il peut l'exciter à des démarches ridicules, compromettantes et même dangereuses.
On comprend facilement toute la différence qui existe entre l'obsession simple et la fascination ; on comprend aussi que les Esprits qui produisent ces deux effets doivent différer de caractère. Dans la première, l'Esprit qui s'attache à vous n'est qu'un être importun par sa ténacité, et dont on est impatient de se débarrasser. Dans la seconde, c'est tout autre chose ; pour arriver à de telles fins, il faut un Esprit adroit, rusé et profondément hypocrite, car il ne peut donner le change et se faire accepter qu'à l'aide du masque qu'il sait prendre et d'un faux-semblant de vertu ; les grands mots de charité, d'humilité et d'amour de Dieu sont pour lui comme des lettres de créance ; mais à travers tout cela il laisse percer des signes d'infériorité qu'il faut être fasciné pour ne pas apercevoir ; aussi redoute-t-il par-dessus tout les gens qui voient trop clair ; c'est pourquoi sa tactique est presque toujours d'inspirer à son interprète de l'éloignement pour quiconque pourrait lui ouvrir les yeux ; par ce moyen, évitant toute contradiction, il est certain d'avoir toujours raison.
Subjugation
La subjugation peut être morale ou corporelle. Dans le premier cas, le subjugué est sollicité à prendre des déterminations souvent absurdes et compromettantes que, par une sorte d'illusion, il croit sensées : c'est une sorte de fascination. Dans le second cas, l'Esprit agit sur les organes matériels, et provoque des mouvements involontaires. Elle se traduit chez le médium écrivain par un besoin incessant d'écrire, même dans les moments les plus inopportuns. Nous en avons vu qui, à défaut de plume ou de crayon, faisaient le simulacre d'écrire avec le doigt, partout où ils se trouvaient, même dans les rues, sur les portes et les murailles.
La subjugation corporelle va quelquefois plus loin ; elle peut pousser aux actes les plus ridicules. Nous avons connu un homme qui n'était ni jeune ni beau, sous l'empire d'une obsession de cette nature, se trouver contraint, par une force irrésistible, de se mettre à genoux devant une jeune fille sur laquelle il n'avait aucune vue, et la demander en mariage. D'autres fois, il sentait sur le dos et les jarrets une pression énergique qui le forçait, malgré la volonté qu'il y opposait, à se mettre à genoux et à baiser la terre dans les endroits publics et en présence de la foule. Cet homme passait pour fou parmi ses connaissances ; mais nous nous sommes convaincu qu'il ne l'était pas du tout, car il avait la pleine conscience du ridicule de ce qu'il faisait contre son gré, et en souffrait horriblement.
Causes de l'obsession
1° Persistance d'un Esprit à se communiquer bon gré mal gré, par l'écriture, l'audition, la typtologie, etc., en s'opposant à ce que d'autres Esprits puissent le faire.
2° Illusion qui, nonobstant l'intelligence du médium, l'empêche de reconnaître la fausseté et le ridicule des communications qu'il reçoit.
3° Croyance à l'infaillibilité et à l'identité absolue des Esprits qui se communiquent, et qui, sous des noms respectables et vénérés, disent des choses fausses ou absurdes.
4° Confiance du médium dans les éloges que lui donnent les Esprits qui se communiquent à lui.
5° Disposition à s'éloigner des personnes qui peuvent donner d'utiles avis.
6° Prise en mauvaise part de la critique au sujet des communications que l'on reçoit.
7° Besoin incessant et inopportun d'écrire.
8° Contrainte physique quelconque dominant la volonté, et forçant d'agir ou de parler malgré soi.
9° Bruits et bouleversements persistants, autour de soi, et dont on est la cause ou l'objet.
Ce ne sont ni les médiums ni les spirites qui ont créé les Esprits, mais bien les Esprits qui ont fait qu'il y a des spirites et des médiums ; les Esprits n'étant que les âmes des hommes, il y a donc des Esprits depuis qu'il y a des hommes, et par conséquent ils ont de tout temps exercé leur influence salutaire ou pernicieuse sur l'humanité. La faculté médianimique n'est pour eux qu'un moyen de se manifester ; à défaut de cette faculté, ils le font de mille autres manières plus ou moins occultes. Ce serait donc une erreur de croire que les Esprits n'exercent leur influence que par des communications écrites ou verbales ; cette influence est de tous les instants, et ceux qui ne s'occupent pas des Esprits, ou même n'y croient pas, y sont exposés comme les autres, et même plus que les autres parce qu'ils n'ont pas de contrepoids. La médiumnité est pour l'Esprit un moyen de se faire connaître ; s'il est mauvais, il se trahit toujours, quelque hypocrite qu'il soit ; on peut donc dire que la médiumnité permet de voir son ennemi face à face, si l'on peut s'exprimer ainsi, et de le combattre avec ses propres armes ; sans cette faculté, il agit dans l'ombre, et, à la faveur de son invisibilité, il peut faire et il fait en réalité beaucoup de mal. A combien d'actes n'est-on pas poussé pour son malheur, et que l'on eût évités si l'on avait eu un moyen de s'éclairer ! Les incrédules ne croient pas dire si vrai quand ils disent d'un homme qui se fourvoie avec obstination : «C'est son mauvais génie qui le pousse à sa perte». Ainsi la connaissance du spiritisme, loin de donner de l'empire aux mauvais Esprits, doit avoir pour résultat, dans un temps plus ou moins prochain, et quand elle sera propagée, de détruire cet empire en donnant à chacun les moyens de se mettre en garde contre leurs suggestions, et celui qui succombera ne pourra s'en prendre qu'à lui-même.
Règle générale : quiconque a de mauvaises communications spirites, écrites ou verbales, est sous une mauvaise influence ; cette influence s'exerce sur lui, qu'il écrive ou qu'il n'écrive pas, c'est à dire qu'il soit ou non médium, qu'il croie ou qu'il ne croie pas. L'écriture donne un moyen de s'assurer de la nature des Esprits qui agissent sur lui, et de les combattre s'ils sont mauvais, ce que l'on fait encore avec plus de succès quand on parvient à connaître le motif qui les fait agir. S'il est assez aveuglé pour ne pas le comprendre, d'autres peuvent lui ouvrir les yeux.
En résumé, le danger n'est pas dans le spiritisme en lui-même, puisqu'il peut, au contraire, servir de contrôle et préserver de celui que nous courons sans cesse à notre insu ; il est dans l'orgueilleuse propension de certains médiums à se croire trop légèrement les instruments exclusifs d'Esprits supérieurs, et dans l'espèce de fascination qui ne leur permet pas de comprendre les sottises dont ils sont les interprètes. Ceux même qui ne sont pas médiums peuvent s'y laisser prendre. Citons une comparaison. Un homme a un ennemi secret qu'il ne connaît pas et qui répand contre lui, par-dessous main, la calomnie et tout ce que la plus noire méchanceté peut inventer ; il voit sa fortune se perdre, ses amis s'éloigner, son bonheur intérieur troublé ; ne pouvant découvrir la main qui le frappe, il ne peut se défendre et succombe ; mais un jour cet ennemi secret lui écrit, et malgré sa ruse se trahit. Voilà donc son ennemi découvert, il peut le confondre et se relever. Tel est le rôle des mauvais Esprits que le spiritisme nous donne la possibilité de connaître et de déjouer.
On ne saurait être trop circonspect quand il s'agit de publier de semblables écrits ; les utopies et les excentricités dont ils abondent souvent, et qui choquent le bon sens, produisent une très fâcheuse impression sur les personnes novices en leur donnant une idée fausse du spiritisme, sans compter que ce sont des armes dont ses ennemis se servent pour le tourner en ridicule. Parmi ces publications, il en est qui, sans être mauvaises, et sans provenir d'une obsession, peuvent être regardées comme imprudentes, intempestives, ou maladroites.
Moyens de la combattre
Mais cela ne suffit pas toujours, et ce peut être long, car il y en a qui sont tenaces, et pour eux des mois et des années sont peu de chose. Le médium doit, en outre, faire un appel fervent à son bon ange, ainsi qu'aux bons Esprits qui lui sont sympathiques, et les prier de l'assister. A l'égard de l'Esprit obsesseur, quelque mauvais qu'il soit, il faut le traiter avec sévérité, mais avec bienveillance, et le vaincre par les bons procédés en priant pour lui. S'il est réellement pervers, il s'en moquera d'abord ; mais en le moralisant avec persévérance il finira par s'amender : c'est une conversion à entreprendre, tâche souvent pénible, ingrate, rebutante même, mais dont le mérite est dans la difficulté, et qui, si elle est bien accomplie, donne toujours la satisfaction d'avoir rempli un devoir de charité, et souvent d'avoir ramené dans le bon chemin une âme perdue.
Il convient également d'interrompre toute communication écrite dès qu'on reconnaît qu'elle vient d'un mauvais Esprit qui ne veut pas entendre raison, afin de ne pas lui donner le plaisir d'être écouté. Dans certains cas même, il peut être utile de cesser d'écrire pour un temps ; on se règle selon les circonstances. Mais si le médium écrivain peut éviter ces entretiens en s'abstenant d'écrire, il n'en est pas de même du médium auditif que l'Esprit obsesseur poursuit quelquefois à tout instant de ses propos grossiers et obscènes, et qui n'a pas même la ressource de se boucher les oreilles. Du reste, il faut reconnaître que certaines personnes s'amusent du langage trivial de ces sortes d'Esprits, qu'elles encouragent et provoquent en riant de leurs sottises, au lieu de leur imposer silence et de les moraliser. Nos conseils ne peuvent s'appliquer à ceux qui veulent se noyer.
Nous ne pouvons donner ici que des conseils généraux, car il n'y a aucun procédé matériel, aucune formule surtout, ni aucune parole sacramentelle qui ait le pouvoir de chasser les Esprits obsesseurs. Ce qui manque quelquefois à l'obsédé, c'est une force fluidique suffisante ; dans ce cas, l'action magnétique d'un bon magnétiseur peut lui venir utilement en aide. Au reste, il est toujours bon de prendre, par un médium sûr, les conseils d'un Esprit supérieur ou de son ange gardien.
Plusieurs soeurs étaient depuis un certain nombre d'années victimes de déprédations fort désagréables. Leurs vêtements étaient sans cesse dispersés dans tous les coins de la maison, et jusque sur les toits, coupés, déchirés et criblés de trous, quelque soin qu'elles prissent de les mettre sous clé. Ces dames, reléguées dans une petite localité de province, n'avaient jamais entendu parler du spiritisme. Leur première pensée fut naturellement de croire qu'elles étaient en butte à de mauvais plaisants, mais cette persistance et les précautions qu'elles prenaient leur ôtèrent cette idée. Ce ne fut que longtemps après que, sur quelques indications, elles crurent devoir s'adresser à nous pour connaître la cause de ces dégâts et les moyens d'y porter remède si c'était possible. La cause n'était pas douteuse ; le remède était plus difficile. L'Esprit qui se manifestait par de tels actes, était évidemment malveillant. Il se montra, dans l'évocation, d'une grande perversité et inaccessible à tout bon sentiment. La prière parut néanmoins exercer une influence salutaire ; mais, après quelque temps de répit, les déprédations recommencèrent. Voici à ce sujet le conseil que donna un Esprit supérieur.
«Ce que ces dames ont de mieux à faire, c'est de prier leurs Esprits protecteurs de ne pas les abandonner ; et je n'ai pas de meilleur conseil à leur donner que de descendre dans leur conscience pour s'y confesser à elles-mêmes, et examiner si elles ont toujours pratiqué l'amour du prochain et la charité ; je ne dis pas la charité qui donne et distribue, mais la charité de la langue ; car malheureusement elles ne savent pas retenir la leur, et ne justifient pas, par leurs actes pieux, le désir qu'elles ont d'être délivrées de celui qui les tourmente. Elles aiment beaucoup trop à médire de leur prochain, et l'Esprit qui les obsède prend sa revanche, car il a été leur souffre-douleur de son vivant. Elles n'ont qu'à chercher dans leur mémoire, et elles verront bientôt à qui elles ont affaire.
Cependant, si elles arrivent à s'améliorer, leurs anges gardiens se rapprocheront d'elles, et leur seule présence suffira pour chasser l'Esprit mauvais qui n'a pris à partie l'une d'elles surtout que parce que son ange gardien a dû s'éloigner devant des actes répréhensibles ou des pensées mauvaises. Ce qu'il leur faut, ce sont de ferventes prières pour ceux qui souffrent, et surtout la pratique des vertus imposées par Dieu à chacun suivant sa condition.»
Sur l'observation que ces paroles nous semblaient un peu sévères, et qu'il faudrait peut-être les adoucir pour les transmettre, l'Esprit ajouta :
«Je dois dire ce que je dis, et comme je le dis, parce que les personnes en question ont l'habitude de croire qu'elles ne font pas de mal avec la langue, tandis qu'elles en font beaucoup. Voilà pourquoi il faut frapper leur esprit de manière que ce soit pour elles un avertissement sérieux.»
Il ressort de là un enseignement d'une grande portée, c'est que les imperfections morales donnent prise aux Esprits obsesseurs, et que le plus sûr moyen de s'en débarrasser, c'est d'attirer les bons par la pratique du bien. Les bons Esprits ont sans doute plus de puissance que les mauvais, et leur volonté suffit pour éloigner ces derniers ; mais ils n'assistent que ceux qui les secondent par les efforts qu'ils font pour s'améliorer, autrement ils s'éloignent et laissent le champ libre aux mauvais Esprits qui deviennent ainsi, dans certains cas, des instruments de punition, car les bons les laissent agir dans ce but.
«La mortalité ou les maladies des bestiaux de cet homme proviennent de ce que ses écuries sont infectées, et qu'il ne les fait pas réparer, parce que ça coûte.»
1. Pourquoi certains médiums ne peuvent-ils se débarrasser d'Esprits mauvais qui s'attachent à eux, et comment les bons Esprits qu'ils appellent ne sont-ils pas assez puissants pour éloigner les autres et se communiquer directement ?
«Ce n'est pas la puissance qui manque au bon Esprit, c'est souvent le médium qui n'est pas assez fort pour le seconder ; sa nature se prête mieux à certains rapports ; son fluide s'identifie plutôt avec un Esprit qu'avec un autre ; c'est ce qui donne un si grand empire à ceux qui veulent en abuser.»
2. Il nous semble cependant qu'il y a des personnes très méritantes, d'une moralité irréprochable, et qui pourtant sont empêchées de communiquer avec les bons Esprits ?
«Ceci est une épreuve ; et qui vous dit, d'ailleurs que le coeur n'est pas entaché d'un peu de mal ? que l'orgueil ne domine pas un peu l'apparence de bonté ? Ces épreuves, en montrant à l'obsédé sa faiblesse, doivent le faire tourner vers l'humilité.
Y a-t-il quelqu'un sur la terre qui puisse se dire parfait ? et tel qui a toutes les apparences de la vertu peut avoir encore bien des défauts cachés, un vieux levain d'imperfection. Ainsi, par exemple, vous dites de celui qui ne fait point de mal, qui est loyal dans ses rapports sociaux : C'est un brave et digne homme ; mais savez-vous si ses bonnes qualités ne sont pas ternies par l'orgueil ; s'il n'y a pas chez lui un fond d'égoïsme ; s'il n'est pas avare, jaloux, rancunier, médisant et cent autres choses que vous n'apercevez pas, parce que vos rapports avec lui ne vous ont pas mis dans ce cas ? Le moyen le plus puissant de combattre l'influence des mauvais Esprits est de se rapprocher le plus possible de la nature des bons.»
3. L'obsession qui s'oppose à ce qu'un médium obtienne les communications qu'il désire est-elle toujours un signe d'indignité de sa part ?
«Je n'ai pas dit que ce fût un signe d'indignité, mais qu'un obstacle peut s'opposer à certaines communications ; c'est à enlever l'obstacle qui est en lui qu'il doit s'attacher ; sans cela, ses prières, ses supplications ne feront rien. Il ne suffit pas à un malade de dire à son médecin : Donnez-moi la santé, je veux me bien porter ; le médecin ne peut rien si le malade ne fait pas ce qui est nécessaire.»
4. La privation de communiquer avec certains Esprits serait ainsi une sorte de punition ?
«Dans certains cas, ce peut être une véritable punition, comme la possibilité de communiquer avec eux est une récompense que vous devez vous efforcer de mériter.» (Voir Perte et suspension de la médiumnité, n° 220.)
5. Ne peut-on aussi combattre l'influence des mauvais Esprits en les moralisant ?
«Oui, c'est ce qu'on ne fait pas, et c'est ce qu'il ne faut pas négliger de faire ; car souvent c'est une tâche qui vous est donnée, et que vous devez accomplir charitablement et religieusement. Par de sages conseils, on peut les exciter au repentir et hâter leur avancement.»
- Comment un homme peut-il avoir sous ce rapport plus d'influence que n'en ont les Esprits eux-mêmes ?
«Les Esprits pervers se rapprochent plutôt des hommes qu'ils cherchent à tourmenter que des Esprits dont ils s'éloignent le plus possible. Dans ce rapprochement avec les humains, quand ils en trouvent qui les moralisent, ils ne les écoutent pas d'abord, ils en rient ; puis, si on sait les prendre, ils finissent par se laisser toucher. Les Esprits élevés ne peuvent leur parler qu'au nom de Dieu, et cela les effraye. L'homme n'a certainement pas plus de pouvoir que les Esprits supérieurs, mais son langage s'identifie mieux avec leur nature, et en voyant l'ascendant qu'il peut exercer sur les Esprits inférieurs, il comprend mieux la solidarité qui existe entre le ciel et la terre.
Du reste, l'ascendant que l'homme peut exercer sur les Esprits est en raison de sa supériorité morale. Il ne maîtrise pas les Esprits supérieurs, ni même ceux qui, sans être supérieurs, sont bons et bienveillants, mais il peut maîtriser les Esprits qui lui sont inférieurs en moralité.» (Voir n° 279.)
6. La subjugation corporelle, poussée à un certain degré, pourrait-elle avoir pour conséquence la folie ?
«Oui, une espèce de folie dont la cause est inconnue du monde, mais qui n'a pas de rapport avec la folie ordinaire. Parmi ceux que l'on traite de fous, il y en a beaucoup qui ne sont que subjugués ; il leur faudrait un traitement moral, tandis qu'on les rend fous véritables avec les traitements corporels. Lorsque les médecins connaîtront bien le spiritisme, ils sauront faire cette distinction et guériront plus de malades qu'avec les douches.» (221.)
7. Que doit-on penser de ceux qui, voyant un danger quelconque dans le spiritisme, croient que le moyen de le prévenir serait d'interdire les communications spirites ?
«S'ils peuvent interdire à certaines personnes de communiquer avec les Esprits, ils ne peuvent empêcher les manifestations spontanées faites à ces mêmes personnes, car ils ne peuvent supprimer les Esprits ni empêcher leur influence occulte. Cela ressemble à ces enfants qui se bouchent les yeux et croient qu'on ne les voit pas. Ce serait folie de vouloir supprimer une chose qui offre de grands avantages, parce que des imprudents peuvent en abuser ; le moyen de prévenir ces inconvénients, c'est au contraire de faire connaître à fond cette chose.»
CHAPITRE XXIV - IDENTITE DES ESPRITS
Preuves possibles d'identité
L'identité de l'Esprit des personnages anciens est la plus difficile à constater, souvent même elle est impossible, et l'on en est réduit à une appréciation purement morale. On juge les Esprits, comme les hommes, à leur langage ; si un Esprit se présente sous le nom de Fénelon, par exemple, et qu'il dise des trivialités ou des puérilités, il est bien certain que ce ne peut être lui ; mais s'il ne dit que des choses dignes du caractère de Fénelon et que celui-ci ne désavouerait pas, il y a, sinon preuve matérielle, du moins toute probabilité morale que ce doit être lui. C'est dans ce cas surtout que l'identité réelle est une question accessoire ; du moment que l'Esprit ne dit que de bonnes choses, peu importe le nom sous lequel elles sont données.
On objectera sans doute que l'Esprit qui prendrait un nom supposé, même pour ne dire que du bien, n'en commettrait pas moins une fraude, et dès lors ne peut être un bon Esprit. C'est ici qu'il y a des délicatesses de nuances assez difficiles à saisir, et que nous allons essayer de développer.
Il en est de même toutes les fois qu'un Esprit supérieur se communique spontanément sous le nom d'un personnage connu ; rien ne prouve que ce soit précisément l'Esprit de ce personnage ; mais s'il ne dit rien qui démente l'élévation du caractère de ce dernier, il y a présomption que c'est lui, et dans tous les cas on peut se dire que, si ce n'est pas lui, ce doit être un Esprit du même degré, ou peut-être même envoyé par lui. En résumé, la question de nom est secondaire, le nom pouvant être considéré comme un simple indice du rang qu'occupe l'Esprit dans l'échelle spirite.
La position est tout autre lorsqu'un Esprit d'un ordre inférieur se pare d'un nom respectable pour donner du crédit à ses paroles, et ce cas est tellement fréquent qu'on ne saurait trop se tenir en garde contre ces sortes de substitutions ; c'est à la faveur de ces noms d'emprunt et avec l'aide surtout de la fascination, que certains Esprits systématiques, plus orgueilleux que savants, cherchent à accréditer les idées les plus ridicules.
La question de l'identité est donc, comme nous l'avons dit, à peu près indifférente quand il s'agit d'instructions générales, puisque les meilleurs Esprits peuvent se substituer les uns aux autres sans que cela tire à conséquence. Les Esprits supérieurs forment, pour ainsi dire, un tout collectif, dont les individualités nous sont, à peu d'exceptions près, complètement inconnues. Ce qui nous intéresse, ce n'est pas leur personne, mais leur enseignement ; or, du moment que cet enseignement est bon, peu importe que celui qui le donne s'appelle Pierre ou Paul ; on le juge à sa qualité et non à son enseigne. Si un vin est mauvais, ce n'est pas l'étiquette qui le rendra meilleur. Il en est autrement dans les communications intimes, parce que c'est l'individu, sa personne même qui nous intéresse, et c'est avec raison que, dans cette circonstance, on tient à s'assurer si l'Esprit qui vient à notre appel est bien réellement celui qu'on désire.
On doit conclure de là que le refus de la part d'un Esprit d'affirmer son identité au nom de Dieu, est toujours une preuve manifeste que le nom qu'il a pris est une imposture, mais que l'affirmation n'est qu'une présomption et non une preuve certaine.
Distinction des bons et des mauvais Esprits
On croit assez généralement qu'en interrogeant l'Esprit d'un homme qui a été savant dans une spécialité sur la terre, on obtiendra plus sûrement la vérité ; cela est logique, et portant n'est pas toujours vrai. L'expérience démontre que les savants, aussi bien que les autres hommes, ceux surtout qui ont quitté la terre depuis peu, sont encore sous l'empire des préjugés de la vie corporelle ; ils ne se défont pas immédiatement de l'esprit de système. Il peut donc se faire que, sous l'influence des idées qu'ils ont caressées de leur vivant, et dont ils se sont fait un titre de gloire, ils voient moins clair que nous ne pensons. Nous ne donnons point ce principe comme une règle, tant s'en faut ; nous disons seulement que cela se voit, et que, par conséquent, leur science humaine n'est pas toujours une preuve de leur infaillibilité comme Esprits.
Voici, à ce sujet, le conseil donné par saint Louis :
«Quelle que soit la confiance légitime que vous inspirent les Esprits qui président à vos travaux, il est une recommandation que nous ne saurions trop répéter, et que vous devriez toujours avoir présente à la pensée quand vous vous livrez à vos études, c'est de peser et de mûrir, c'est de soumettre au contrôle de la raison la plus sévère toutes les communications que vous recevez ; de ne pas négliger, dès qu'un point vous paraît suspect, douteux ou obscur, de demander les explications nécessaires pour vous fixer.»
1° Il n'y a pas d'autre critérium pour discerner la valeur des Esprits que le bon sens. Toute formule donnée à cet effet par les Esprits eux-mêmes est absurde, et ne peut émaner d'Esprits supérieurs.
2° On juge les Esprits à leur langage et à leurs actions. Les actions des Esprits sont les sentiments qu'ils inspirent et les conseils qu'ils donnent.
3° Etant admis que les bons Esprits ne peuvent dire et faire que le bien, tout ce qui est mal ne peut venir d'un bon Esprit.
4° Les Esprits supérieurs ont un langage toujours digne, noble, élevé, sans mélange d'aucune trivialité ; ils disent tout avec simplicité et modestie, ne se vantent jamais, ne font jamais parade de leur savoir ni de leur position parmi les autres. Celui des Esprits inférieurs ou vulgaires a toujours quelque reflet des passions humaines ; toute expression qui sent la bassesse, la suffisance, l'arrogance, la forfanterie, l'acrimonie, est un indice caractéristique d'infériorité ou de supercherie si l'Esprit se présente sous un nom respectable et vénéré.
5° Il ne faut pas juger les Esprits sur la forme matérielle et la correction de leur style, mais en sonder le sens intime, scruter leurs paroles, les peser froidement, mûrement et sans prévention. Tout écart de logique, de raison et de sagesse, ne peut laisser de doute sur leur origine, quel que soit le nom dont s'affuble l'Esprit. (224.)
6° Le langage des Esprits élevés est toujours identique, sinon pour la forme, du moins pour le fond. Les pensées sont les mêmes, quels que soient le temps et le lieu ; elles peuvent être plus ou moins développées, selon les circonstances, les besoins et les facilités de communiquer, mais elles ne seront pas contradictoires. Si deux communications portant le même nom sont en opposition l'une avec l'autre, l'une des deux est évidemment apocryphe, et la véritable sera celle où RIEN ne dément le caractère connu du personnage. Entre deux communications signées, par exemple, de saint Vincent de Paul, dont l'une prêcherait l'union et la charité, et l'autre tendrait à semer la discorde, il n'est personne de sensé qui pût se méprendre.
7° Les bons Esprits ne disent que ce qu'ils savent ; ils se taisent ou confessent leur ignorance sur ce qu'ils ne savent pas. Les mauvais parlent de tout avec assurance, sans se soucier de la vérité. Toute hérésie scientifique notoire, tout principe qui choque le bon sens, montre la fraude si l'Esprit se donne pour un Esprit éclairé.
8° On reconnaît encore les Esprits légers à la facilité avec laquelle ils prédisent l'avenir, et précisent des faits matériels qu'il ne nous est pas donné de connaître. Les bons Esprits peuvent faire pressentir les choses futures lorsque cette connaissance peut être utile, mais ne précisent jamais de dates ; toute annonce d'événement à époque fixe est l'indice d'une mystification.
9° Les Esprits supérieurs s'expriment simplement, sans prolixité ; leur style est concis, sans exclure la poésie des idées et des expressions, clair, intelligible pour tous, et ne demande pas d'efforts pour être compris ; ils ont l'art de dire beaucoup de choses en peu de mots, parce que chaque parole a sa portée. Les Esprits inférieurs, ou faux savants, cachent sous l'enflure et l'emphase le vide des pensées. Leur langage est souvent prétentieux, ridicule ou obscur à force de vouloir paraître profond.
10° Les bons Esprits ne commandent jamais : ils ne s'imposent pas, ils conseillent, et, si on ne les écoute pas, ils se retirent. Les mauvais sont impérieux ; ils donnent des ordres, veulent être obéis et restent quand même. Tout Esprit qui s'impose trahit son origine. Ils sont exclusifs et absolus dans leurs opinions, et prétendent avoir seuls le privilège de la vérité. Ils exigent une croyance aveugle, et ne font point appel à la raison, parce qu'ils savent que la raison les démasquerait.
11° Les bons Esprits ne flattent point ; ils approuvent quand on fait bien, mais toujours avec réserve ; les mauvais donnent des éloges exagérés, stimulent l'orgueil et la vanité tout en prêchant l'humilité, et cherchent à exalter l'importance personnelle de ceux qu'ils veulent capter.
12° Les Esprits supérieurs sont au-dessus des puérilités de la forme en toutes choses. Les Esprits vulgaires seuls peuvent attacher de l'importance à des détails mesquins, incompatibles avec des idées véritablement élevées. Toute prescription méticuleuse est un signe certain d'infériorité et de supercherie de la part d'un Esprit qui prend un nom imposant.
13° Il faut se défier des noms bizarres et ridicules que prennent certains Esprits qui veulent en imposer à la crédulité ; il serait souverainement absurde de prendre ces noms au sérieux.
14° Il faut également se défier des Esprits qui se présentent trop facilement sous des noms extrêmement vénérés, et n'accepter leurs paroles qu'avec la plus grande réserve ; c'est là surtout qu'un contrôle sévère est indispensable, car c'est souvent un masque qu'ils prennent pour faire croire à de prétendues relations intimes avec les Esprits hors ligne. Par ce moyen, ils flattent la vanité du médium et en profitent pour l'induire souvent à des démarches regrettables ou ridicules.
15° Les bons Esprits sont très scrupuleux sur les démarches qu'ils peuvent conseiller ; elles n'ont jamais, dans tous les cas, qu'un but sérieux et éminemment utile. On doit donc regarder comme suspectes toutes celles qui n'auraient pas ce caractère, ou seraient condamnées par la raison, et mûrement réfléchir avant de les entreprendre, car on s'exposerait à des mystifications désagréables.
16° On reconnaît aussi les bons Esprits à leur prudente réserve sur toutes les choses qui peuvent compromettre ; ils répugnent à dévoiler le mal ; les Esprits légers ou malveillants se plaisent à le faire ressortir. Tandis que les bons cherchent à adoucir les torts et prêchent l'indulgence, les mauvais les exagèrent et soufflent la zizanie par des insinuations perfides.
17° Les bons Esprits ne prescrivent que le bien. Toute maxime, tout conseil qui n'est pas strictement conforme à la pure charité évangélique ne peut être l'oeuvre de bons Esprits.
18° Les bons Esprits ne conseillent jamais que des choses parfaitement rationnelles ; toute recommandation qui s'écarterait de la droite ligne du bon sens ou des lois immuables de la natureaccuse un Esprit borné, et par conséquent peu digne de confiance.
19° Les Esprits mauvais ou simplement imparfaits se trahissent encore par des signes matériels auxquels on ne saurait se méprendre. Leur action sur le médium est quelquefois violente, et provoque chez celui-ci des mouvements brusques et saccadés, une agitation fébrile et convulsive qui tranche avec le calme et la douceur des bons Esprits.
20° Les Esprits imparfaits profitent souvent des moyens de communication dont ils disposent pour donner de perfides conseils ; ils excitent la défiance et l'animosité contre ceux qui leur sont antipathiques ; ceux qui peuvent démasquer leurs impostures sont surtout l'objet de leur animadversion.
Les hommes faibles sont leur point de mire pour les induire au mal. Employant tour à tour les sophismes, les sarcasmes, les injures et jusqu'aux signes matériels de leur puissance occulte pour mieux convaincre, ils tâchent de les détourner du sentier de la vérité.
21° L'Esprit des hommes qui ont eu sur la terre une préoccupation unique, matérielle ou morale, s'ils ne sont pas dégagés de l'influence de la matière, sont encore sous l'empire des idées terrestres, et portent avec eux une partie des préjugés, des prédilections et même des manies qu'ils avaient ici-bas. C'est ce qu'il est aisé de reconnaître à leur langage.
22° Les connaissances dont certains Esprits se parent souvent avec une sorte d'ostentation ne sont pas un signe de leur supériorité. L'inaltérable pureté des sentiments moraux est à cet égard la véritable pierre de touche.
23° Il ne suffit pas d'interroger un Esprit pour connaître la vérité. Il faut avant tout savoir à qui l'on s'adresse ; car les Esprits inférieurs, ignorants eux-mêmes, traitent avec frivolité les questions les plus sérieuses.
Il ne suffit pas non plus qu'un Esprit ait été un grand homme sur la terre pour avoir dans le monde spirite la souveraine science. La vertu seule peut, en le purifiant, le rapprocher de Dieu et étendre ses connaissances.
24° De la part des Esprits supérieurs, la plaisanterie est souvent fine et piquante, mais n'est jamais triviale. Chez les Esprits railleurs qui ne sont pas grossiers, la satire mordante est souvent pleine d'à-propos.
25° En étudiant avec soin le caractère des Esprits qui se présentent, surtout au point de vue moral, on reconnaîtra leur nature et le degré de confiance qu'on peut leur accorder. Le bon sens ne saurait tromper.
26° Pour juger les Esprits, comme pour juger les hommes, il faut d'abord savoir se juger soi-même. Il y a malheureusement beaucoup de gens qui prennent leur opinion personnelle pour mesure exclusive du bon et du mauvais, du vrai et du faux ; tout ce qui contredit leur manière de voir, leurs idées, le système qu'ils ont conçu ou adopté, est mauvais à leurs yeux. De telles gens manquent évidemment de la première qualité pour une saine appréciation : la rectitude du jugement ; mais ils ne s'en doutent pas ; c'est le défaut sur lequel on se fait le plus illusion.
Toutes ces instructions découlent de l'expérience et de l'enseignement donné par les Esprits ; nous les complétons par les réponses mêmes données par eux sur les points les plus importants.
Questions sur la nature et l'identité des Esprits
«A leur langage, comme vous distinguez un étourdi d'un homme sensé. Nous l'avons déjà dit, les Esprits supérieurs ne se contredisent jamais et ne disent que de bonnes choses ; ils ne veulent que le bien : c'est leur préoccupation.
Les Esprits inférieurs sont encore sous l'empire des idées matérielles ; leurs discours se ressentent de leur ignorance et de leur imperfection. Il n'est donné qu'aux Esprits supérieurs de connaître toutes choses et de les juger sans passion.»
2. La science, chez un Esprit, est-elle toujours un signe certain de son élévation ?
Non, car s'il est encore sous l'influence de la matière, il peut avoir vos vices et vos préjugés. Il y a des gens qui sont dans ce monde excessivement jaloux et orgueilleux ; croyez-vous que dès qu'ils le quittent ils perdent ces défauts ? Il reste, après le départ d'ici, surtout à ceux qui ont eu des passions bien tranchées, une sorte d'atmosphère qui les enveloppe et leur laisse toutes ces mauvaises choses.
Ces Esprits mi-imparfaits sont plus à redouter que les mauvais Esprits, parce que la plupart réunissent l'astuce et l'orgueil à l'intelligence. Par leur prétendu savoir, ils en imposent aux gens simples et aux ignorants qui acceptent sans contrôle leurs théories absurdes et mensongères ; quoique ces théories ne puissent prévaloir contre la vérité, elles n'en font pas moins un mal momentané, car elles entravent la marche du spiritisme, et les médiums s'aveuglent volontiers sur le mérite de ce qui leur est communiqué. C'est là ce qui demande une très grande étude de la part des spirites éclairés et des médiums ; c'est à distinguer le vrai du faux qu'il faut apporter toute son attention.»
3. Beaucoup d'Esprits protecteurs se désignent sous des noms de saints ou de personnages connus ; que doit-on croire à ce sujet ?
«Tous les noms des saints et des personnages connus ne suffiraient pas pour fournir un protecteur à chaque homme ; parmi les Esprits, il y en a peu qui aient un nom connu sur la terre : c'est pourquoi très souvent ils ne s'en donnent pas ; mais la plupart du temps vous voulez un nom ; alors, pour vous satisfaire, ils prennent celui d'un homme que vous connaissez et que vous respectez.»
4. Ce nom d'emprunt ne peut-il être considéré comme une fraude ?
«Ce serait une fraude de la part d'un mauvais Esprit qui voudrait abuser ; mais quand c'est pour le bien, Dieu permet qu'il en soit ainsi entre Esprits du même ordre, parce qu'il y a entre eux solidarité et similitude de pensées.»
5. Ainsi, quand un Esprit protecteur se dit être saint Paul, par exemple, il n'est pas certain que ce soit l'Esprit même ou l'âme de l'apôtre de ce nom ?
«Nullement, car vous trouvez des milliers de personnes à qui il a été dit que leur ange gardien est saint Paul, ou tout autre ; mais que vous importe, si l'Esprit qui vous protège est aussi élevé que saint Paul ? Je vous l'ai dit, il vous faut un nom, ils en prennent un pour se faire appeler et reconnaître, comme vous prenez des noms de baptême pour vous distinguer des autres membres de votre famille. Ils peuvent tout aussi bien prendre ceux des archanges Raphaël, saint Michel, etc., sans que cela tire à conséquence.
Du reste, plus un esprit est élevé, plus son rayonnement est multiple ; croyez donc qu'un Esprit protecteur d'un ordre supérieur peut avoir sous sa tutelle des centaines d'incarnés. Chez vous, sur la terre, vous avez des notaires qui se chargent des affaires de cent et deux cents familles ; pourquoi voudriez-vous que nous fussions, spirituellement parlant, moins aptes à la direction morale des hommes que ceux-là à la direction matérielle de leurs intérêts ?»
6. Pourquoi les Esprits qui se communiquent prennent-ils si souvent le nom des saints ?
«Ils s'identifient avec les habitudes de ceux à qui ils parlent, et prennent les noms qui sont de nature à faire sur l'homme le plus d'impression en raison de ses croyances.»
7. Certains Esprits supérieurs que l'on évoque viennent-ils toujours en personne, ou bien, comme le croient quelques-uns, ne viennent-ils que par mandataires chargés de transmettre leur pensée ?
«Pourquoi ne viendraient-ils pas en personne, s'ils le peuvent ? mais si l'Esprit ne peut venir, ce sera forcément un mandataire.»
8. Le mandataire est-il toujours suffisamment éclairé pour répondre comme le ferait l'Esprit qui l'envoie ?
«Les Esprits supérieurs savent à qui ils confient le soin de les remplacer. D'ailleurs, plus les Esprits sont élevés, plus ils se confondent dans une pensée commune, de telle sorte que, pour eux, la personnalité est une chose indifférente, et il doit en être de même pour vous ; croyez-vous donc qu'il n'y ait dans le monde des Esprits supérieurs que ceux que vous avez connus sur la terre capables de vous instruire ? Vous êtes tellement portés à vous prendre pour les types de l'univers, que vous croyez toujours que hors de votre monde il n'y a plus rien. Vous ressemblez vraiment à ces sauvages qui ne sont pas sortis de leur île et croient que le monde ne va pas au delà.»
9. Nous comprenons qu'il en soit ainsi quand il s'agit d'un enseignement sérieux ; mais comment des Esprits élevés permettent-ils à des Esprits de bas étage de se parer de noms respectables pour induire en erreur par des maximes souvent perverses ?
«Ce n'est point avec leur permission qu'ils le font ; cela n'arrive-t-il pas aussi parmi vous ? Ceux qui trompent ainsi en seront punis, croyez-le bien, et leur punition sera proportionnée à la gravité de l'imposture. D'ailleurs, si vous n'étiez pas imparfaits, vous n'auriez autour de vous que de bons Esprits, et si vous êtes trompés, vous ne devez vous en prendre qu'à vous mêmes. Dieu permet qu'il en soit ainsi pour éprouver votre persévérance et votre jugement, et vous apprendre à distinguer la vérité de l'erreur ; si vous ne le faites pas, c'est que vous n'êtes pas assez élevés, et vous avez encore besoin des leçons de l'expérience.»
10. Des Esprits peu avancés, mais animés de bonnes intentions et du désir de progresser, ne sont-ils pas quelquefois délégués pour remplacer un Esprit supérieur, afin de leur fournir l'occasion de s'exercer à l'enseignement ?
«Jamais dans les grands centres ; je veux dire les centres sérieux et pour un enseignement général ; ceux qui s'y présentent le font toujours de leur propre chef, et, comme vous le dites, pour s'exercer ; c'est pourquoi leurs communications, quoique bonnes, portent toujours des traces de leur infériorité. Quand ils sont délégués, ce n'est que pour les communications peu importantes, et celles qu'on peut appeler personnelles.»
11. Les communications spirites ridicules sont quelquefois entremêlées de très bonnes maximes ; comment concilier cette anomalie qui semblerait indiquer la présence simultanée de bons et de mauvais Esprits ?
«Les Esprits mauvais ou légers se mêlent aussi de faire des sentences sans trop en voir la portée ou la signification. Tous ceux qui en font parmi vous sont-ils des hommes supérieurs ? Non ; les bons et les mauvais Esprits ne frayent pas ensemble, c'est à l'uniformité constante des bonnes communications que vous reconnaîtrez la présence des bons Esprits.»
12. Les Esprits qui induisent en erreur le font-ils toujours sciemment ?
«Non ; il y a des Esprits bons, mais ignorants et qui peuvent se tromper de bonne foi ; quand ils ont la conscience de leur insuffisance, ils en conviennent, et ne disent que ce qu'ils savent.»
13. Lorsqu'un Esprit fait une fausse communication, la fait-il toujours avec une intention malveillante ?
«Non ; si c'est un Esprit léger, il s'amuse à mystifier et n'a pas d'autre but.»
14. Puisque certains Esprits peuvent tromper par leur langage, peuvent-ils aussi, aux yeux d'un médium voyant, prendre une fausse apparence ?
«Cela se fait, mais plus difficilement. Dans tous les cas, cela n'a jamais lieu que dans un but que les mauvais Esprits ne connaissent pas eux-mêmes. Ils servent d'instrument pour donner une leçon. Le médium voyant peut voir des Esprits légers et menteurs comme d'autres les entendent ou écrivent sous leur influence. Les Esprits légers peuvent profiter de cette disposition pour l'abuser par des apparences trompeuses ; cela dépend des qualités de son Esprit à lui.»
15. Pour n'être pas abusé, suffit-il d'être animé de bonnes intentions, et les hommes parfaitement sérieux, qui ne mêlent à leurs études aucun sentiment de vaine curiosité, sont-ils aussi exposés à être trompés ?
«Moins que d'autres évidemment ; mais l'homme a toujours quelques travers qui attirent les Esprits moqueurs ; il se croit fort, et souvent il ne l'est pas ; il doit donc se défier de la faiblesse qui naît de l'orgueil et des préjugés. On ne tient pas assez compte de ces deux causes dont les Esprits profitent ; en flattant les manies, ils sont sûrs de réussir.»
16. Pourquoi Dieu permet-il que de mauvais Esprits se communiquent et disent de mauvaises choses ?
«Même dans ce qui est le plus mal, il y a un enseignement ; c'est à vous de savoir l'en tirer. Il faut bien qu'il y ait des communications de toutes sortes pour vous apprendre à distinguer les bons Esprits des mauvais, et vous servir de miroir à vous-mêmes.»
17. Les Esprits peuvent-ils, au moyen de communications écrites, inspirer d'injustes défiances contre certaines personnes, et brouiller des amis ?
«Des Esprits pervers et jaloux peuvent faire en mal tout ce que font les hommes ; c'est pourquoi il faut y prendre garde. Les Esprits supérieurs sont toujours prudents et réservés quand ils ont à blâmer ; ils ne disent pas de mal : ils avertissent avec ménagement. S'ils veulent que, dans leur intérêt, deux personnes cessent de se voir, ils feront naître des incidents qui les sépareront d'une manière naturelle. Un langage propre à semer le trouble et la défiance est toujours le fait d'un mauvais Esprit, quel que soit le nom dont il se pare. Ainsi n'accueillez qu'avec circonspection le mal qu'un Esprit peut dire de l'un de vous, surtout quand un bon Esprit vous en a dit du bien ; et défiez-vous aussi de vous-même et de vos propres préventions. Dans les communications des Esprits, ne prenez que ce qu'il y a de bon, de grand, de rationnel, et ce que votre conscience approuve.»
18. Par la facilité avec laquelle les mauvais Esprits se mêlent aux communications, il parait qu'on n'est jamais certains d'avoir la vérité ?
«Si, puisque vous avez un jugement pour les apprécier. A la lecture d'une lettre, vous savez bien reconnaître si c'est un goujat ou un homme bien élevé, un sot ou un savant, qui vous écrit ; pourquoi ne pourriez-vous le faire quand ce sont des Esprits qui vous écrivent ? Si vous recevez une lettre d'un ami éloigné, qui vous prouve qu'elle est bien de lui ? Son écriture, direz-vous ; mais n'y a-t-il pas des faussaires qui imitent toutes les écritures ; des fripons qui peuvent connaître vos affaires ? Cependant il est des signes auxquels vous ne vous méprendrez pas ; il en est de même des Esprits. Figurez-vous donc que c'est un ami qui vous écrit, ou que vous lisez l'ouvrage d'un écrivain, et jugez par les mêmes moyens.»
19. Les Esprits supérieurs pourraient-ils empêcher les mauvais Esprits de prendre de faux noms ?
«Certainement ils le peuvent ; mais plus les Esprits sont mauvais, plus ils sont entêtés, et souvent ils résistent aux injonctions. Il faut bien aussi que vous sachiez qu'il est des personnes auxquelles les Esprits supérieurs s'intéressent plus qu'à d'autres, et quand ils le jugent nécessaire, ils savent les préserver de l'atteinte du mensonge ; contre ces personnes, les Esprits trompeurs sont impuissants.»
20. Quel est le motif de cette partialité ?
«Ce n'est point de la partialité, c'est de la justice ; les bons Esprits s'intéressent à ceux qui mettent leurs avis à profit, et travaillent sérieusement à leur propre amélioration ; ceux-là sont leurs préférés et ils les secondent ; mais ils s'inquiètent peu de ceux avec lesquels ils perdent leur temps en belles paroles.»
21. Pourquoi Dieu permet-il aux Esprits de commettre le sacrilège de prendre faussement des noms vénérés ?
«Vous pourriez demander aussi pourquoi Dieu permet aux hommes de mentir et de blasphémer. Les Esprits, ainsi que les hommes, ont leur libre arbitre dans le bien comme dans le mal ; mais ni aux uns ni aux autres la justice de Dieu ne fera défaut.»
22. Y a-t-il des formules efficaces pour chasser les Esprits trompeurs ?
«Formule est matière ; bonne pensée vers Dieu vaut mieux.»
23. Certains Esprits ont dit avoir des signes graphiques inimitables, sortes d'emblèmes qui peuvent les faire reconnaître et constater leur identité ; cela est-il vrai ?
«Les Esprits supérieurs n'ont d'autres signes pour se faire reconnaître que la supériorité de leurs idées et de leur langage. Tous les Esprits peuvent imiter un signe matériel. Quant aux Esprits inférieurs, ils se trahissent de tant de manières qu'il faut être aveugle pour se laisser abuser.»
24. Les Esprits trompeurs ne peuvent-ils aussi contrefaire la pensée ?
«Ils contrefont la pensée comme les décors de théâtre contrefont la nature.»
25. Il paraît qu'il est ainsi toujours facile de découvrir la fraude par une étude attentive ?
«N'en doutez pas ; les Esprits ne trompent que ceux qui se laissent tromper. Mais il faut avoir des yeux de marchand de diamants pour distinguer la vraie pierre de la fausse ; or, celui qui ne sait pas distinguer la pierre fine de la fausse s'adresse au lapidaire.»
26. Il y a des gens qui se laissent séduire par un langage emphatique ; qui se payent de mots plus que d'idées ; qui prennent même des idées fausses et vulgaires pour des idées sublimes ; comment ces gens-là, qui ne sont pas même aptes à juger les oeuvres des hommes, peuvent-ils juger celles des Esprits ?
«Quand ces personnes ont assez de modestie pour reconnaître leur insuffisance, elles ne s'en rapportent pas à elles-mêmes ; quand par orgueil elles se croient plus capables qu'elles ne le sont, elles portent la peine de leur sotte vanité. Les Esprits trompeurs savent bien à qui ils s'adressent ; il y a des gens simples et peu instruits plus difficiles à abuser que d'autres qui ont de l'esprit et du savoir. En flattant les passions, ils font de l'homme tout ce qu'ils veulent.»
27. Dans l'écriture, les mauvais Esprits se trahissent-ils quelquefois par des signes matériels involontaires ?
«Les habiles ne le font pas ; les maladroits se fourvoient. Tout signe inutile et puéril est un indice certain d'infériorité ; les Esprits élevés ne font rien d'inutile.»
28. Beaucoup de médiums reconnaissent les bons et les mauvais Esprits à l'impression agréable ou pénible qu'ils ressentent à leur approche. Nous demandons si l'impression désagréable, l'agitation convulsive, le malaise, en un mot, sont toujours des indices de la mauvaise nature des Esprits qui se manifestent.
«Le médium éprouve les sensations de l'état dans lequel se trouve l'Esprit qui vient à lui. Quand l'Esprit est heureux, il est tranquille, léger, posé ; quand il est malheureux, il est agité, fébrile, et cette agitation passe naturellement dans le système nerveux du médium. Du reste, c'est ainsi qu'est l'homme sur la terre : celui qui est bon est calme et tranquille ; celui qui est méchant est sans cesse agité.»
Remarque. Il y a des médiums d'une impressionnabilité nerveuse plus ou moins grande, c'est pourquoi l'agitation ne saurait être regardée comme une règle absolue ; il faut ici, comme en toutes choses, tenir compte des circonstances. Le caractère pénible et désagréable de l'impression est un effet de contraste, car si l'Esprit du médium sympathise avec le mauvais Esprit qui se manifeste, il en sera peu ou point affecté. Du reste, il ne faut pas confondre la rapidité de l'écriture, qui tient à l'extrême flexibilité de certains médiums, avec l'agitation convulsive que les médiums les plus lents peuvent éprouver au contact des Esprits imparfaits.
CHAPITRE XXV — DES ÉVOCATIONS
Considérations générales
Ces deux manières d'opérer ont chacune leurs avantages, et l'inconvénient ne serait que dans l'exclusion absolue de l'une des deux. Les communications spontanées n'ont aucun inconvénient quand on est maître des Esprits, et qu'on est certain de ne laisser prendre aucun empire aux mauvais ; alors il est souvent utile d'attendre le bon plaisir de ceux qui veulent bien se manifester, parce que leur pensée ne subit aucune contrainte, et l'on peut obtenir de cette manière des choses admirables ; tandis qu'il n'est pas dit que l'Esprit que vous appelez soit disposé à parler, ou capable de le faire dans le sens qu'on désire. L'examen scrupuleux que nous avons conseillé est d'ailleurs une garantie contre les mauvaises communications. Dans les réunions régulières, dans celles surtout où l'on s'occupe d'un travail suivi, il y a toujours des Esprits habitués qui se trouvent au rendez-vous sans qu'on les appelle, par cela même qu'en raison de la régularité des séances, ils sont prévenus : ils prennent souvent spontanément la parole pour traiter un sujet quelconque, développer une proposition ou prescrire ce que l'on doit faire, et alors on les reconnaît aisément, soit à la forme de leur langage qui est toujours identique, soit à leur écriture, soit à certaines habitudes qui leur sont familières.
Lorsqu'un Esprit est évoqué pour la première fois, il convient de le désigner avec quelque précision. Dans les questions qui lui sont adressées, il faut éviter les formes sèches et impératives, qui seraient pour lui un motif d'éloignement. Ces formes doivent être affectueuses ou respectueuses selon l'Esprit, et dans tous les cas témoigner de la bienveillance de l'évocateur.
Le messager n'est pas toujours un intermédiaire nécessaire, car l'appel de l'évocateur peut être entendu directement de l'Esprit, ainsi qu'il est dit ci-après, n° 282, question 5, sur le mode de transmission de la pensée.
Quand nous disons de faire l'évocation au nom de Dieu, nous entendons que notre recommandation doit être prise au sérieux et non à la légère ; ceux qui n'y verraient qu'une formule sans conséquence feraient mieux de s'abstenir.
Il convient encore de ne faire qu'avec beaucoup de prudence des évocations en l'absence des personnes qui en font la demande, et souvent même il est préférable de s'en abstenir tout à fait, ces personnes étant seules aptes à contrôler les réponses, à juger de l'identité, à provoquer des éclaircissements s'il y a lieu, et à faire les questions incidentes amenées par les circonstances. En outre, leur présence est un lien qui attire l'Esprit, souvent peu disposé à se communiquer à des étrangers pour lesquels il n'a aucune sympathie. Le médium, en un mot, doit éviter tout ce qui pourrait le transformer en agent de consultation, ce qui, aux yeux de beaucoup de gens, est synonyme de diseur de bonne aventure.
Esprits que l'on peut évoquer
Il y a encore sa propre situation. Bien que l'état d'incarnation ne soit pas un obstacle absolu, ce peut être un empêchement à certains moments donnés, surtout quand elle a lieu dans les mondes inférieurs et quand l'Esprit lui-même est peu dématérialisé. Dans les mondes supérieurs, dans ceux où les liens de l'Esprit et de la matière sont très faibles, la manifestation est presque aussi facile que dans l'état errant, et dans tous les cas plus facile que dans ceux où la matière corporelle est plus compacte.
Les causes étrangères tiennent principalement à la nature du médium, à celle de la personne qui évoque, au milieu dans lequel se fait l'évocation, et enfin au but que l'on se propose. Certains médiums reçoivent plus particulièrement des communications de leurs Esprits familiers, qui peuvent être plus ou moins élevés ; d'autres sont aptes à servir d'intermédiaires à tous les Esprits ; cela dépend de la sympathie ou de l'antipathie, de l'attraction ou de la répulsion que l'Esprit personnel du médium exerce sur l'Esprit étranger, qui peut le prendre pour interprète avec plaisir ou avec répugnance. Cela dépend encore, abstraction faite des qualités intimes du médium, du développement de la faculté médianimique. Les Esprits viennent plus volontiers, et surtout sont plus explicites avec un médium qui ne leur offre aucun obstacle matériel. Toutes choses égales d'ailleurs quant aux conditions morales, plus un médium a de la facilité pour écrire ou pour s'exprimer, plus ses relations avec le monde spirite se généralisent.
C'est par tous ces motifs que, lorsqu'on désire appeler un Esprit nouveau, il est nécessaire de demander à son guide protecteur si l'évocation est possible ; dans le cas où elle ne le serait pas, il en donne assez généralement les motifs, et alors il est inutile d'insister.
On s'étonne que le nom de Dieu que l'on invoque contre eux soit souvent impuissant ; saint Louis en a donné la raison dans la réponse suivante :
«Le nom de Dieu n'a d'influence sur les Esprits imparfaits que dans la bouche de celui qui peut s'en servir avec autorité par ses vertus ; dans la bouche de l'homme qui n'aurait sur l'Esprit aucune supériorité morale, c'est un mot comme un autre. Il en est de même des choses saintes qu'on leur oppose. L'arme la plus terrible est inoffensive dans les mains inhabiles à s'en servir ou incapables de la porter.»
Langage à tenir avec les Esprits
Quant aux Esprits inférieurs, leur caractère nous trace le langage qu'il convient de tenir avec eux. Dans le nombre il y en a qui, quoique inoffensifs et même bienveillants, sont légers, ignorants, étourdis ; les traiter à l'égal des Esprits sérieux, ainsi que le font certaines personnes, autant vaudrait s'incliner devant un écolier ou devant un âne affublé d'un bonnet de docteur. Le ton de la familiarité ne saurait être déplacé avec eux, et ils ne s'en formalisent pas ; ils s'y prêtent au contraire volontiers.
Parmi les Esprits inférieurs il y en a qui sont malheureux. Quelles que puissent être les fautes qu'ils expient, leurs souffrances sont des titres d'autant plus grands à notre commisération, que personne ne peut se flatter d'échapper à cette parole du Christ : «Que celui qui est sans péché lui jette la première pierre». La bienveillance que nous leur témoignons est un soulagement pour eux ; à défaut de sympathie, ils doivent trouver l'indulgence que nous voudrions que l'on eût pour nous.
Les Esprits qui révèlent leur infériorité par le cynisme de leur langage, leurs mensonges, la bassesse de leurs sentiments, la perfidie de leurs conseils, sont assurément moins dignes de notre intérêt que ceux dont les paroles attestent le repentir ; nous leur devons au moins la pitié que nous accordons aux plus grands criminels, et le moyen de les réduire au silence, c'est de se montrer supérieur à eux : ils ne s'abandonnent qu'avec les gens dont ils croient n'avoir rien à craindre ; car les Esprits pervers sentent leurs maîtres dans les hommes de bien, comme dans les Esprits supérieurs.
En résumé, autant il serait irrévérencieux de traiter d'égal à égal avec les Esprits supérieurs, autant il serait ridicule d'avoir une même déférence pour tous sans exception. Ayons de la vénération pour ceux qui le méritent, de la reconnaissance pour ceux qui nous protègent et nous assistent, pour tous les autres une bienveillance dont nous aurons peut-être un jour besoin nous-mêmes. En pénétrant dans le monde incorporel, nous apprenons à le connaître, et cette connaissance doit nous régler dans nos rapports avec ceux qui l'habitent. Les Anciens, dans leur ignorance, leur ont élevé des autels ; pour nous, ce ne sont que des créatures plus ou moins parfaites, et nous n'élevons des autels qu'à Dieu.
Utilité des évocations particulières
L'évocation des Esprits vulgaires a en outre l'avantage de nous mettre en rapport avec des Esprits souffrants, que l'on peut soulager et dont on peut faciliter l'avancement par d'utiles conseils. On peut donc se rendre utile tout en s'instruisant soi-même ; il y a de l'égoïsme à ne chercher que sa propre satisfaction dans l'entretien des Esprits, et celui qui dédaigne de tendre une main secourable à ceux qui sont malheureux fait en même temps preuve d'orgueil. A quoi lui sert d'obtenir de belles recommandations des Esprits d'élite, si cela ne le rend pas meilleur pour lui-même, plus charitable et plus bienveillant pour ses frères de ce monde et de l'autre ? Que deviendraient les pauvres malades si les médecins refusaient de toucher leurs plaies ?
Questions sur les évocations
«Tout le monde peut évoquer les Esprits, et si ceux que vous appelez ne peuvent se manifester matériellement, ils n'en sont pas moins auprès de vous et vous écoutent.»
2. L'Esprit évoqué se rend-il toujours à l'appel qui lui est fait ?
«Cela dépend des conditions dans lesquelles il se trouve, car il est des circonstances où il ne le peut pas.»
3. Quelles sont les causes qui peuvent empêcher un Esprit de venir à notre appel ?
«Sa volonté, d'abord ; puis son état corporel s'il est réincarné, les missions dont il peut être chargé, ou bien encore la permission qui peut lui être refusée.
Il y a des Esprits qui ne peuvent jamais se communiquer ; ce sont ceux qui, par leur nature, appartiennent encore aux mondes inférieurs à la terre. Ceux qui sont dans les sphères de punition ne le peuvent pas non plus, à moins d'une permission supérieure qui n'est accordée que dans un but d'utilité générale. Pour qu'un Esprit puisse se communiquer, il faut qu'il ait atteint le degré d'avancement du monde où il est appelé, autrement il est étranger aux idées de ce monde et n'a aucun point de comparaison. Il n'en est pas de même de ceux qui sont envoyés en mission ou en expiation dans les mondes inférieurs : ils ont les idées nécessaires pour répondre.»
4. Par quels motifs la permission de se communiquer peut-elle être refusée à un Esprit ?
«Ce peut être une épreuve ou une punition pour lui ou pour celui qui l'appelle.»
5. Comment des Esprits dispersés dans l'espace ou dans les différents mondes peuvent-ils entendre de tous les points de l'univers les évocations qui sont faites ?
«Souvent, ils en sont prévenus par les Esprits familiers qui vous entourent et qui vont les chercher ; mais il se passe ici un phénomène qu'il est difficile de vous expliquer, parce que vous ne pouvez encore comprendre le mode de transmission de la pensée parmi les Esprits. Ce que je puis vous dire, c'est que l'Esprit que vous évoquez, quelque éloigné qu'il soit, reçoit, pour ainsi dire, le contrecoup de la pensée comme une sorte de commotion électrique qui appelle son attention du côté d'où vient la pensée qui s'adresse à lui. On peut dire qu'il entend la pensée, comme sur la terre vous entendez la voix.»
- Le fluide universel est-il le véhicule de la pensée, comme l'air est celui du son ?
«Oui, avec cette différence que le son ne peut se faire entendre que dans un rayon très borné, tandis que la pensée atteint l'infini. L'Esprit, dans l'espace, est comme le voyageur au milieu d'une vaste plaine, et qui entendant tout à coup prononcer son nom, se dirige du côté où on l'appelle.»
6. Nous savons que les distances sont peu de chose pour les Esprits, cependant on s'étonne de les voir quelquefois répondre aussi promptement à l'appel, comme s'ils eussent été tout prêts.
«C'est qu'en effet ils le sont quelquefois. Si l'évocation est préméditée, l'Esprit est averti d'avance, et se trouve souvent là avant le moment où on l'appelle.»
7. La pensée de l'évocateur est-elle plus ou moins facilement entendue selon certaines circonstances ?
«Sans aucun doute ; l'Esprit appelé par un sentiment sympathique et bienveillant est plus vivement touché : c'est comme une voix amie qu'il reconnaît ; sans cela il arrive souvent que l'évocation ne porte pas. La pensée qui jaillit de l'évocation frappe l'Esprit ; si elle est mal dirigée, elle frappe dans le vide. Il en est des Esprits comme des hommes ; si celui qui les appelle leur est indifférent ou antipathique, ils peuvent l'entendre, mais souvent ils ne l'écoutent pas.»
8. L'Esprit évoqué vient-il volontairement, ou bien y est-il contraint ?
«Il obéit à la volonté de Dieu, c'est-à-dire à la loi générale qui régit l'univers ; et pourtant contraint n'est pas le mot, car il juge s'il est utile de venir : et là est encore pour lui le libre arbitre. L'Esprit supérieur vient toujours quand il est appelé dans un but utile ; il ne se refuse à répondre que dans les milieux de gens peu sérieux et traitant la chose en plaisanterie.»
9. L'Esprit évoqué peut-il se refuser à venir à l'appel qui lui est fait ?
«Parfaitement ; où serait son libre arbitre sans cela ? Croyez-vous que tous les êtres de l'univers soient à vos ordres ? Et vous-mêmes, vous croyez-vous obligés de répondre à tous ceux qui prononcent votre nom ? Quand je dis qu'il peut s'y refuser, j'entends sur la demande de l'évocateur, car un Esprit inférieur peut être contraint de venir par un Esprit supérieur.»
10. Y a-t-il pour l'évocateur un moyen de contraindre un Esprit à venir malgré lui ?
«Aucun, si cet Esprit est votre égal ou votre supérieur en moralité - je dis en moralité, et non en intelligence, - parce que vous n'avez sur lui aucune autorité ; s'il est votre inférieur, vous le pouvez si c'est pour son bien, car alors d'autres Esprits vous seconderont.» (N° 279.)
11. Y a-t-il de l'inconvénient à évoquer des Esprits inférieurs, et peut-on craindre, en les appelant, de se mettre sous leur domination ?
«Ils ne dominent que ceux qui se laissent dominer. Celui qui est assisté par de bons Esprits n'a rien à craindre ; il s'impose aux Esprits inférieurs, et ceux-ci ne s'imposent pas à lui. Dans l'isolement les médiums, surtout ceux qui commencent, doivent s'abstenir de ces sortes d'évocations.» (N° 278.)
12. Est-il nécessaire d'apporter quelques dispositions particulières dans les évocations ?
«La plus essentielle de toutes les dispositions, c'est le recueillement quand on veut avoir affaire à des Esprits sérieux. Avec la foi et le désir du bien, on est plus puissant pour évoquer les Esprits supérieurs. En élevant son âme par quelques instants de recueillement au moment de l'évocation, on s'identifie avec les bons Esprits et on les dispose à venir.»
13. La foi est-elle nécessaire pour les évocations ?
«La foi en Dieu, oui ; la foi viendra pour le reste si vous voulez le bien et si vous avez le désir de vous instruire.»
14. Les hommes réunis dans une communauté de pensée et d'intentions ont-ils plus de puissance pour évoquer les Esprits ?
«Quand tous sont réunis par la charité et pour le bien, ils obtiennent de grandes choses. Rien n'est plus nuisible au résultat des évocations que la divergence de pensées.»
15. La précaution de faire la chaîne en se donnant la main pendant quelques minutes au commencement des réunions est-elle utile ?
«La chaîne est un moyen matériel qui ne met pas l'union entre vous si elle n'existe pas dans la pensée ; ce qui est plus utile que tout cela, c'est de s'unir dans une pensée commune en appelant chacun de son côté de bons Esprits. Vous ne savez pas tout ce que pourrait obtenir une réunion sérieuse d'où serait banni tout sentiment d'orgueil et de personnalité, et où régnerait un parfait sentiment de mutuelle cordialité.»
16. Les évocations à jours et heures fixes sont-elles préférables ?
«Oui, et si c'est possible dans le même lieu : les Esprits y viennent plus volontiers ; c'est le désir constant que vous avez qui aide les Esprits à venir se mettre en communication avec vous. Les Esprits ont leurs occupations qu'ils ne peuvent quitter à l'improviste pour votre satisfaction personnelle. Je dis dans le même lieu, mais ne croyez pas que ce soit une obligation absolue, car les Esprits viennent partout ; je veux dire qu'un lieu consacré à cela est préférable, parce que le recueillement y est plus parfait.»
17. Certains objets, tels que médailles et talismans, ont-ils la propriété d'attirer ou de repousser les Esprits, ainsi que quelques-uns le prétendent ?
«Cette question est inutile, car vous savez bien que la matière n'a aucune action sur les Esprits. Soyez bien certains que jamais un bon Esprit ne conseille de pareilles absurdités ; la vertu des talismans, de quelque nature qu'ils soient, n'a jamais existé que dans l'imagination des gens crédules.»
18. Que penser des Esprits qui assignent des rendez-vous dans des lieux lugubres et à des heures indues ?
«Ces Esprits s'amusent aux dépens de ceux qui les écoutent. Il est toujours inutile et souvent dangereux de céder à de telles suggestions : inutile, parce qu'on n'y gagne absolument rien que d'être mystifié ; dangereux, non par le mal que peuvent faire les Esprits, mais par l'influence que cela peut exercer sur des cerveaux faibles.»
19. Y a-t-il des jours et des heures plus propices aux évocations ?
«Pour les Esprits, cela est complètement indifférent, comme tout ce qui est matériel, et ce serait une superstition de croire à l'influence des jours et des heures. Les moments les plus propices sont ceux où l'évocateur peut être le moins distrait par ses occupations habituelles ; où son corps et son esprit sont le plus calmes.»
20. L'évocation est-elle pour les Esprits une chose agréable ou pénible ? Viennent-ils volontiers quand on les appelle ?
«Cela dépend de leur caractère et du motif qui les fait appeler. Quand le but est louable, et quand le milieu leur est sympathique, c'est pour eux une chose agréable et même attrayante ; les Esprits sont toujours heureux de l'affection qu'on leur témoigne. Il y en a pour qui c'est un grand bonheur de se communiquer aux hommes et qui souffrent de l'abandon où on les laisse. Mais, comme je l'ai dit, cela dépend également de leur caractère ; parmi les Esprits il y a aussi des misanthropes qui n'aiment pas à être dérangés, et dont les réponses se ressentent de leur mauvaise humeur, surtout quand ils sont appelés par des gens indifférents auxquels ils ne s'intéressent pas. Un Esprit n'a souvent aucun motif pour venir à l'appel d'un inconnu qui lui est indifférent, et qui est presque toujours mû par la curiosité ; s'il vient, il ne fait en général que de courtes apparitions, à moins qu'il n'y ait un but sérieux et instructif dans l'évocation.»
Remarque. On voit des gens qui n'évoquent leurs parents que pour leur demander les choses les plus vulgaires de la vie matérielle, par exemple l'un pour savoir s'il louera ou vendra sa maison, un autre pour connaître le profit qu'il tirera de sa marchandise, l'endroit où de l'argent a été déposé, si telle affaire sera ou non avantageuse. Nos parents d'outre-tombe ne s'intéressent à nous qu'en raison de l'affection que nous avons pour eux. Si toute notre pensée se borne à les croire sorciers, si nous ne pensons à eux que pour leur demander des renseignements, ils ne peuvent avoir pour nous une grande sympathie, et l'on ne doit pas s'étonner du peu de bienveillance qu'ils témoignent.
21. Y a-t-il une différence entre les bons et les mauvais Esprits sous le rapport de leur empressement à se rendre à notre appel ?
«Il y en a une très grande ; les mauvais Esprits ne viennent volontiers qu'autant qu'ils espèrent dominer et faire des dupes ; mais ils éprouvent une vive contrariété quand ils sont forcés de venir pour avouer leurs fautes, et ils ne demandent qu'à s'en aller, comme un écolier qu'on appelle pour le corriger. Ils peuvent y être contraints par des Esprits supérieurs, comme châtiment, et pour l'instruction des incarnés. L'évocation est pénible pour les bons Esprits quand ils sont appelés inutilement pour des futilités ; alors ils ne viennent pas, ou bien ils se retirent.
Vous pouvez dire qu'en principe les Esprits, quels qu'ils soient, n'aiment, pas plus que vous, à servir de distraction pour les curieux. Souvent vous n'avez d'autre but en évoquant un Esprit que de voir ce qu'il vous dira, ou de l'interroger sur des particularités de sa vie qu'il ne tient pas à vous faire connaître, parce qu'il n'a aucun motif pour vous faire connaître ses confidences, et vous croyez qu'il va se placer sur la sellette pour votre bon plaisir ? Détrompez-vous ; ce qu'il n'aurait pas fait de son vivant, il ne le fera pas davantage comme Esprit.»
Remarque. L'expérience prouve, en effet, que l'évocation est toujours agréable aux Esprits quand elle est faite dans un but sérieux et utile ; les bons viennent avec plaisir nous instruire ; ceux qui souffrent trouvent du soulagement dans la sympathie qu'on leur témoigne ; ceux que nous avons connus sont satisfaits de notre souvenir. Les Esprits légers aiment à être évoqués par les personnes frivoles, parce que cela leur fournit une occasion de s'égayer à leurs dépens ; ils sont mal à leur aise avec des personnes graves.
22. Les Esprits, pour se manifester, ont-ils toujours besoin d'être évoqués ?
«Non, ils se présentent très souvent sans être appelés, et cela prouve qu'ils viennent volontiers.»
23. Lorsqu'un Esprit se présente de lui-même, est-on plus certain de son identité ?
«En aucune façon, car les Esprits trompeurs emploient souvent ce moyen pour mieux donner le change.»
24. Lorsqu'on invoque par la pensée l'Esprit d'une personne, cet Esprit vient-il à nous, alors même qu'il n'y a pas de manifestation par l'écriture ou autrement ?
«L'écriture est un moyen matériel pour l'Esprit d'attester sa présence, mais c'est la pensée qui l'attire, et non le fait de l'écriture.»
25. Lorsqu'un Esprit inférieur se manifeste, peut-on l'obliger à se retirer ?
«Oui, en ne l'écoutant pas. Mais comment voulez-vous qu'il se retire quand vous vous amusez de ses turpitudes ? Les Esprits inférieurs s'attachent à ceux qui les écoutent avec complaisance, comme les sots parmi vous.»
26. L'évocation faite au nom de Dieu est-elle une garantie contre l'immixtion des mauvais Esprits ?
«Le nom de Dieu n'est pas un frein pour tous les Esprits pervers, mais il en retient beaucoup ; par ce moyen vous en éloignez toujours quelques-uns, et vous en éloigneriez bien davantage si elle était faite du fond du coeur et non comme une formule banale.»
27. Pourrait-on évoquer nominativement plusieurs Esprits à la fois ?
«Il n'y a à cela aucune difficulté, et si vous aviez trois ou quatre mains pour écrire, trois ou quatre Esprits vous répondraient en même temps ; c'est ce qui arrive quand on a plusieurs médiums.»
28. Lorsque plusieurs Esprits sont évoqués simultanément, et qu'il n'y a qu'un seul médium, quel est celui qui répond ?
«L'un d'eux répond pour tous, et il exprime la pensée collective.»
29. Le même Esprit pourrait-il se communiquer à la fois, et séance tenante, par deux médiums différents ?
«Tout aussi facilement que vous avez des hommes qui dictent plusieurs lettres à la fois.»
Remarque. Nous avons vu un Esprit répondre en même temps par deux médiums aux questions qu'on lui adressait, à l'un en anglais et à l'autre en français, et les réponses étaient identiques pour le sens ; quelques-unes même étaient la traduction littérale l'une de l'autre.
Deux Esprits évoqués simultanément par deux médiums peuvent établir entre eux une conversation ; ce mode de communication n'étant pas nécessaire pour eux, puisqu'ils lisent réciproquement leur pensée, ils s'y prêtent quelquefois pour notre instruction. Si ce sont des esprits inférieurs, comme ils sont encore imbus des passions terrestres et des idées corporelles, il peut leur arriver de se disputer et de s'apostropher par de gros mots, de se reprocher mutuellement leurs torts, et même de lancer les crayons, corbeilles, planchettes, etc., l'un contre l'autre.
30. L'Esprit évoqué en même temps sur plusieurs points, peut-il répondre simultanément aux questions qui lui sont adressées ?
«Oui, si c'est un Esprit élevé.»
- Dans ce cas, l'Esprit se divise-t-il, ou bien a-t-il le don d'ubiquité ?
«Le soleil est un, et pourtant il rayonne tout alentour en portant au loin ses rayons sans se subdiviser ; il en est de même des Esprits. La pensée de l'Esprit est comme une étincelle qui projette au loin sa clarté et peut être aperçue de tous les points de l'horizon. Plus l'Esprit est pur, plus sa pensée rayonne et s'étend comme la lumière. Les Esprits inférieurs sont trop matériels ; ils ne peuvent répondre qu'à une seule personne à la fois, et ne peuvent venir s'ils sont appelés ailleurs.
Un esprit supérieur appelé en même temps sur deux points différents répondra aux deux évocations si elles sont aussi sérieuses et aussi ferventes l'une que l'autre ; dans le cas contraire, il donne la préférence à la plus sérieuse.»
Remarque. Il en est ainsi d'un homme qui, sans changer de place, peut transmettre sa pensée par des signaux vus de différents côtés.
Dans une séance de la Société parisienne des études spirites où la question d'ubiquité avait été discutée, un Esprit dicta spontanément la communication suivante :
«Vous demandiez ce soir quelle était la hiérarchie des Esprits pour l'ubiquité. Comparez-vous à un aérostat qui s'élève peu à peu dans les airs. Quand il rase la terre, un très petit cercle peut l'apercevoir ; à mesure qu'il s'élève, le cercle s'élargit pour lui, et quand il est parvenu à une certaine hauteur, il apparaît à un nombre infini de personnes. Ainsi de nous ; un mauvais Esprit qui est encore attaché à la terre reste dans un cercle rétréci au milieu des personnes qui le voient. Monte-t-il en grâce, s'améliore-t-il, il peut causer avec plusieurs personnes ; et quand il est devenu Esprit supérieur, il peut rayonner comme la lumière du soleil, se montrer à plusieurs personnes et dans plusieurs lieux à la fois.»(CHANNING.)
31. Peut-on évoquer les purs Esprits, ceux qui ont terminé la série de leurs incarnations ?
«Oui, mais bien rarement ; ils ne se communiquent qu'aux coeurs purs et sincères, et non aux orgueilleux et aux égoïstes ; aussi faut-il se défier des Esprits inférieurs qui prennent cette qualité pour se donner plus d'importance à vos yeux.»
32. Comment se fait-il que l'Esprit des hommes les plus illustres vienne aussi facilement et aussi familièrement à l'appel des hommes les plus obscurs ?
«Les hommes jugent les Esprits d'après eux, et c'est une erreur ; après la mort du corps, les rangs terrestres n'existent plus ; il n'y a de distinction entre eux que la bonté, et ceux qui sont bons vont partout où il y a du bien à faire.»
33. Combien de temps après la mort peut-on évoquer un Esprit ?
«On peut le faire à l'instant même de la mort ; mais comme à ce moment l'Esprit est encore dans le trouble, il ne répond qu'imparfaitement.»
Remarque. La durée du trouble étant très variable, il ne peut y avoir de délai fixe pour faire l'évocation ; il est rare cependant qu'au bout de huit jours l'Esprit ne se reconnaisse pas assez pour pouvoir répondre ; il le peut quelquefois très bien deux ou trois jours après la mort ; on peut, dans tous les cas, essayer avec ménagement.
34. L'évocation, à l'instant de la mort, est-elle plus pénible pour l'Esprit qu'elle ne l'est plus tard ?
«Quelquefois ; c'est comme si l'on vous arrachait au sommeil avant que vous ne soyez complètement éveillés. Il y en a cependant qui n'en sont nullement contrariés, et même que cela aide à sortir du trouble.»
35. Comment l'Esprit d'un enfant, mort en bas âge, peut-il répondre avec connaissance de cause, alors que, de son vivant, il n'avait pas encore la conscience de lui-même ?
«L'âme de l'enfant est un Esprit encore enveloppé dans les langes de la matière ; mais, dégagé de la matière, il jouit de ses facultés d'Esprit, car les Esprits n'ont pas d'âge ; ce qui prouve que l'Esprit de l'enfant a déjà vécu. Cependant, jusqu'à ce qu'il soit complètement dégagé, il peut conserver dans son langage quelques traces du caractère de l'enfance.»
Remarque. L'influence corporelle qui se fait sentir plus ou moins longtemps sur l'Esprit de l'enfant se fait également quelquefois remarquer sur l'Esprit de ceux qui sont morts en état de folie. L'Esprit, par lui-même, n'est point fou, mais on sait que certains Esprits croient pendant quelque temps être encore de ce monde ; il n'est donc pas étonnant que chez le fou l'Esprit se ressente encore des entraves qui, pendant la vie, s'opposaient à sa libre manifestation jusqu'à ce qu'il soit complètement dégagé. Cet effet varie selon les causes de la folie, car il y a des fous qui recouvrent toute la lucidité de leurs idées immédiatement après leur mort.
Evocation des animaux
«Après la mort de l'animal, le principe intelligent qui était en lui est dans un état latent ; il est aussitôt utilisé par certains Esprits chargés de ce soin pour animer de nouveaux êtres dans lesquels il continue l'oeuvre de son élaboration. Ainsi, dans le monde des Esprits, il n'y a pas d'Esprits d'animaux errants, mais seulement des Esprits humains. Ceci répond à votre question.»
- Comment se fait-il alors que certaines personnes ayant évoqué des animaux ont obtenu des réponses ?
«Evoquez un rocher, et il vous répondra. Il y a toujours une foule d'Esprits prêts à prendre la parole pour tout.»
Remarque. C'est par la même raison que si l'on évoque un mythe ou un personnage allégorique, il répondra ; c'est-à-dire qu'on répondra pour lui, et l'Esprit qui se présentera en prendra le caractère et les allures. Quelqu'un eut un jour l'idée d'évoquer Tartufe, et Tartufe vint aussitôt ; bien plus, il parla d'Orgon, d'Elmire, de Damis et de Valère dont il donna des nouvelles ; quant à lui il contrefit l'hypocrite avec autant d'art que si Tartufe eût été un personnage réel. Il dit plus tard être l'Esprit d'un acteur qui avait joué ce rôle. Les Esprits légers profitent toujours de l'inexpérience des interrogateurs ; mais ils n'ont garde de s'adresser à ceux qu'ils savent éclairés pour découvrir leurs impostures, et qui n'ajouteraient pas foi à leurs contes. Il en est de même parmi les hommes.
Un monsieur avait dans son jardin un nid de chardonnerets auxquels il s'intéressait beaucoup ; un jour le nid disparut ; s'étant assuré que personne de chez lui n'était coupable du délit, comme il est lui-même médium, il eut l'idée d'évoquer la mère des petits ; elle vint, et lui dit en très bon français : «N'accuse personne, et rassure-toi sur le sort de mes petits ; c'est le chat qui en sautant a renversé le nid ; tu le trouveras sous l'herbe ainsi que les petits qui n'ont pas été mangés.» Vérification faite, la chose fut trouvée exacte. Faut-il en conclure que c'est l'oiseau qui a répondu ? Non, assurément ; mais simplement qu'un Esprit connaissait l'histoire. Cela prouve combien il faut se défier des apparences, et combien est juste la réponse ci-dessus : évoquez un rocher, et il vous répondra. (Voir plus haut le chapitre de la Médianimité chez les animaux : n° 234.)
Evocation des personnes vivantes
«Non, mais il faut que l'état du corps permette à l'Esprit de se dégager à ce moment. L'Esprit incarné vient d'autant plus facilement que le monde où il se trouve est d'un ordre plus élevé, parce que les corps y sont moins matériels.»
38. Peut-on évoquer l'Esprit d'une personne vivante ?
«Oui, puisqu'on peut évoquer un Esprit incarné. L'Esprit d'un vivant peut aussi, dans ses moments de liberté, se présenter sans être évoqué ; cela dépend de sa sympathie pour les personnes auxquelles il se communique.» (Voir n° 116, l'Histoire de l'homme à la tabatière.)
39. Dans quel état est le corps de la personne dont l'Esprit est évoqué ?
«Il dort ou sommeille ; c'est alors que l'Esprit est libre.»
- Le corps pourrait-il se réveiller pendant que l'Esprit est absent ?
«Non ; l'Esprit est forcé de rentrer chez lui ; si, à ce moment, il s'entretient avec vous, il vous quitte, et souvent il vous en dit le motif.»
40. Comment l'Esprit absent du corps est-il averti de la nécessité de sa présence ?
«L'Esprit d'un corps vivant n'en est jamais complètement séparé ; à quelque distance qu'il se transporte, il y tient par un lien fluidique qui sert à l'y rappeler quand cela est nécessaire ; ce lien n'est rompu qu'à la mort.»
Remarque. Ce lien fluidique a souvent été aperçu par des médiums voyants. C'est une sorte de traînée phosphorescente qui se perd dans l'espace et dans la direction du corps. Certains Esprits ont dit que c'est à cela qu'ils reconnaissent ceux qui tiennent encore au monde corporel.
41. Qu'arriverait-il si, pendant le sommeil et en l'absence de l'Esprit, le corps était frappé mortellement ?
«L'Esprit serait averti, et rentrerait avant que la mort fût consommée.»
- Ainsi il ne pourrait pas arriver que le corps mourût en l'absence de l'Esprit, et que celui-ci, à son tour, ne pût rentrer ?
«Non ; ce serait contraire à la loi qui régit l'union de l'âme et du corps.»
- Mais si le coup était frappé subitement et à l'improviste ?
«L'Esprit serait prévenu avant que le coup mortel fût donné.»
Remarque. L'Esprit d'un vivant interrogé sur ce fait répondit : «Si le corps pouvait mourir en l'absence de l'Esprit, ce serait un moyen trop commode de commettre des suicides hypocrites.»
42. L'Esprit d'une personne évoquée pendant le sommeil est-il aussi libre de se communiquer que celui d'une personne morte ?
«Non ; la matière l'influence toujours plus ou moins.»
Remarque. Une personne en cet état, à qui l'on adressait cette question, répondit : Je suis toujours enchaînée au boulet que je traîne après moi.
- Dans cet état, l'Esprit pourrait-il être empêché de venir, parce qu'il est ailleurs ?
«Oui, il peut arriver que l'Esprit soit dans un lieu où il se plaît à rester, et alors, il ne vient pas à l'évocation, surtout quand elle est faite par quelqu'un qui ne l'intéresse pas.»
43. Est-il absolument impossible d'évoquer l'Esprit d'une personne éveillée ?
«Quoique difficile, cela n'est pas absolument impossible, car si l'évocation porte, il se peut que la personne s'endorme ; mais l'Esprit ne peut se communiquer, comme Esprit, que dans les moments où sa présence n'est pas nécessaire à l'activité intelligente du corps.»
Remarque. L'expérience prouve que l'évocation faite pendant l'état de veille peut provoquer le sommeil, ou tout au moins une absorption voisine du sommeil, mais cet effet ne peut avoir lieu que par une volonté très énergique et s'il existe des liens de sympathie entre les deux personnes ; autrement l'évocation ne porte pas. Dans le cas même où l'évocation pourrait provoquer le sommeil, si le moment est inopportun, la personne ne voulant pas dormir opposera de la résistance, et, si elle succombe, son Esprit en sera troublé et répondra difficilement. Il en résulte que le moment le plus favorable pour l'évocation d'une personne vivante est celui de son sommeil naturel, parce que son Esprit étant libre peut venir vers celui qui l'appelle, tout aussi bien qu'il pourrait aller ailleurs.
Lorsque l'évocation est faite du consentement de la personne, et que celle-ci cherche à s'endormir à cet effet, il peut arriver que cette préoccupation retarde le sommeil et trouble l'Esprit ; c'est pourquoi le sommeil non forcé est encore préférable.
44. Une personne vivante évoquée en a-t-elle conscience à son réveil ?
«Non, vous l'êtes vous-mêmes plus souvent que vous ne pensez. Son Esprit seul le sait et peut quelquefois lui en laisser une vague impression comme d'un songe.»
- Qui est-ce qui peut nous évoquer si nous sommes des êtres obscurs ?
«Dans d'autres existences, vous pouvez avoir été des personnes connues dans ce monde ou dans d'autres ; et puis vos parents et vos amis également dans ce monde ou dans d'autres. Supposons que ton Esprit ait animé le corps du père d'une autre personne ; eh bien ! quand cette personne évoquera son père, c'est ton Esprit qui sera évoqué et qui répondra.»
45. L'Esprit évoqué d'une personne vivante répond-il comme Esprit ou avec les idées de l'état de veille ?
«Cela dépend de son élévation, mais il juge plus sainement et a moins de préjugés, absolument comme les somnambules ; c'est un état à peu près semblable.»
46. Si l'Esprit d'un somnambule en état de sommeil magnétique était évoqué, serait-il plus lucide que celui de toute autre personne ?
«Il répondrait sans doute plus facilement, parce qu'il est plus dégagé ; tout dépend du degré d'indépendance de l'Esprit et du corps.»
- L'Esprit d'un somnambule pourrait-il répondre à une personne qui l'évoquerait à distance en même temps qu'il répondrait verbalement à une autre personne ?
«La faculté de se communiquer simultanément sur deux points différents n'appartient qu'aux Esprits complètement dégagés de la matière.»
47. Pourrait-on modifier les idées d'une personne à l'état de veille en agissant sur son Esprit pendant le sommeil ?
«Oui, quelquefois ; l'Esprit ne tient plus à la matière par des liens aussi intimes, c'est pourquoi il est plus accessible aux impressions morales, et ces impressions peuvent influer sur sa manière de voir dans l'état ordinaire. Malheureusement il arrive souvent qu'au réveil la nature corporelle l'emporte et lui fait oublier les bonnes résolutions qu'il a pu prendre.»
48. L'Esprit d'une personne vivante est-il libre de dire ou de ne pas dire ce qu'il veut ?
«Il a ses facultés d'Esprit, et par conséquent son libre arbitre, et comme il a plus de perspicacité, il est même plus circonspect que dans l'état de veille.»
49. Pourrait-on contraindre une personne, en l'évoquant, à dire ce qu'elle voudrait taire ?
«J'ai dit que l'Esprit a son libre arbitre ; mais il se peut que, comme Esprit, elle attache moins d'importance à certaines choses que dans l'état ordinaire ; sa conscience peut parler plus librement. D'ailleurs, si elle ne veut pas parler, elle peut toujours échapper aux importunités en s'en allant, car on ne peut retenir son Esprit comme on retiendrait son corps.»
50. L'Esprit d'une personne vivante ne pourrait-il être contraint, par un autre Esprit, de venir et de parler, ainsi que cela a lieu pour les Esprits errants ?
«Parmi les Esprits, qu'ils soient morts ou vivants, il n'y a de suprématie que par la supériorité morale, et vous devez bien croire qu'un Esprit supérieur ne prêterait jamais son appui à une lâche indiscrétion.»
Remarque. Cet abus de confiance serait en effet une mauvaise action, mais qui ne saurait avoir de résultat, puisqu'on ne peut arracher un secret que l'Esprit voudrait taire, à moins que, dominé par un sentiment de justice, il n'avouât ce qu'il tairait en d'autres circonstances.
Une personne voulut savoir, par ce moyen, d'un de ses parents si le testament de ce dernier était en sa faveur. L'Esprit répondit : «Oui, ma chère nièce, et vous en aurez bientôt la preuve.» La chose était réelle en effet ; mais peu de jours après le parent détruisit son testament et eut la malice de le faire savoir à la personne, sans cependant qu'il sût avoir été évoqué. Un sentiment instinctif le porta sans doute à exécuter la résolution que son Esprit avait prise d'après la question qui lui avait été faite. Il y a de la lâcheté à demander à l'Esprit d'un mort ou d'un vivant ce qu'on n'oserait demander à sa personne, et cette lâcheté n'a pas même pour compensation le résultat qu'on s'en promet.
51. Peut-on évoquer un Esprit dont le corps est encore dans le sein de la mère ?
«Non ; vous savez bien qu'à ce moment l'Esprit est dans un trouble complet.»
Remarque. L'incarnation n'a définitivement lieu qu'au moment où l'enfant respire ; mais dès la conception, l'Esprit désigné pour l'animer est saisi d'un trouble qui augmente aux approches de la naissance, et lui ôte la conscience de lui-même, et par conséquent la faculté de répondre. (Voir Livre des Esprits : Retour à la vie corporelle ; Union de l'âme et du corps, n° 344.)
52. Un Esprit trompeur pourrait-il prendre la place de celui d'une personne vivante que l'on évoquerait ?
«Cela n'est pas douteux, et cela arrive très souvent, surtout quand l'intention de l'évocateur n'est pas pure. Du reste, l'évocation des personnes vivantes n'a d'intérêt que comme étude psychologique ; il convient de s'en abstenir toutes les fois qu'elle ne peut avoir un résultat instructif.»
Remarque. Si l'évocation des Esprits errants ne porte pas toujours, pour nous servir de leur expression, cela est bien plus fréquent pour ceux qui sont incarnés ; c'est alors surtout que des Esprits trompeurs prennent leur place.
53. L'évocation d'une personne vivante a-t-elle des inconvénients ?
«Elle n'est pas toujours sans danger ; cela dépend de la position de la personne, car si elle est malade, on peut augmenter ses souffrances.»
54. Dans quel cas l'évocation d'une personne vivante peut-elle avoir le plus d'inconvénients ?
«On doit s'abstenir d'évoquer les enfants en très bas âge, et les personnes gravement malades, les vieillards infirmes ; en un mot elle peut avoir des inconvénients toutes les fois que le corps est très affaibli.»
Remarque. La brusque suspension des qualités intellectuelles pendant l'état de veille pourrait aussi offrir du danger si la personne se trouvait en ce moment avoir besoin de toute sa présence d'Esprit.
55. Pendant l'évocation d'une personne vivante, son corps éprouve-t-il de la fatigue par suite du travail auquel se livre l'Esprit quoique absent ?
Une personne en cet état, et qui prétendait que son corps se fatiguait, répondit à cette question :
«Mon Esprit est comme un ballon captif attaché à un poteau ; mon corps est le poteau qui est ébranlé par les secousses du ballon.»
56. Puisque l'évocation des personnes vivantes peut avoir des inconvénients lorsqu'on la fait sans précaution, le danger n'existe-t-il pas quand on évoque un Esprit que l'on ne sait pas être incarné, et qui pourrait ne pas se trouver dans des conditions favorables ?
«Non, les circonstances ne sont pas les mêmes ; il ne viendra que s'il est en position de le faire ; et d'ailleurs ne vous ai-je pas dit de demander, avant de faire une évocation, si elle est possible ?»
57. Lorsque nous éprouvons, dans les moments les plus inopportuns, une irrésistible envie de dormir, cela proviendrait-il de ce que nous sommes évoqués quelque part ?
«Cela peut sans doute avoir lieu, mais le plus souvent c'est un effet purement physique, soit que le corps ait besoin de repos, soit que l'Esprit ait besoin de sa liberté.»
Remarque. Une dame de notre connaissance, médium, eut un jour l'idée d'évoquer l'Esprit de son petit-fils qui dormait dans la même chambre. L'identité fut constatée par le langage, les expressions familières de l'enfant, et par le récit très exact de plusieurs choses qui lui étaient arrivées à sa pension ; mais une circonstance vint la confirmer. Tout à coup la main du médium s'arrête au milieu d'une phrase, sans qu'il soit possible de rien obtenir de plus ; à ce moment, l'enfant à demi-réveillé fit plusieurs mouvements dans son lit ; quelques instants après s'étant rendormi, la main marcha de nouveau, continuant l'entretien interrompu. L'évocation des personnes vivantes, faite dans de bonnes conditions, prouve de la manière la moins contestable l'action distincte de l'Esprit et du corps, et par conséquent l'existence d'un principe intelligent indépendant de la matière. (Voir dans la Revue spirite de 1860, pages 11 et 81, plusieurs exemples remarquables d'évocation de personnes vivantes.)
Télégraphie humaine
«Oui, et cette télégraphie humaine sera un jour un moyen universel de correspondance.»
- Pourquoi ne serait-elle pas pratiquée dès à présent ?
«Elle l'est pour certaines personnes, mais pas pour tout le monde ; il faut que les hommes s'épurentpour que leur Esprit se dégage de la matière, et c'est encore une raison pour faire l'évocation au nom de Dieu. Jusque-là elle est circonscrite aux âmes d'élite et dématérialisées, ce qui se rencontre rarement dans l'état actuel des habitants de la terre.»
CHAPITRE XXVI - QUESTIONS QUE L'ON PEUT ADRESSER AUX ESPRITS
Observations préliminaires
Le fond de la question requiert une attention encore plus sérieuse, car c'est souvent la nature de la demande qui provoque une réponse juste ou fausse ; il en est sur lesquelles les Esprits ne peuvent pas ou ne doivent pas répondre pour des motifs qui nous sont inconnus : il est donc inutile d'insister ; mais ce que l'on doit éviter par-dessus tout, ce sont les questions faites dans le but de mettre leur perspicacité à l'épreuve. Quand une chose existe, dit-on, ils doivent la savoir ; or, c'est précisément parce que la chose est connue de vous, ou que vous avez les moyens de la vérifier vous-mêmes, qu'ils ne se donnent pas la peine de répondre ; cette suspicion les froisse, et l'on n'obtient rien de satisfaisant. N'en avons-nous pas tous les jours des exemples parmi nous ? Des hommes supérieurs, et qui ont conscience de leur valeur, s'amuseraient-ils à répondre à toutes les sottes questions qui tendraient à les soumettre à un examen comme des écoliers ? Le désir de faire un adepte de telle ou telle personne, n'est point pour les Esprits un motif de satisfaire une vaine curiosité ; ils savent que la conviction arrivera tôt ou tard, et les moyens qu'ils emploient pour l'amener ne sont pas toujours ceux que nous pensons.
Supposez un homme grave occupé de choses utiles et sérieuses, incessamment harcelé par les puériles demandes d'un enfant, et vous aurez une idée de ce que doivent penser les Esprits supérieurs de toutes les niaiseries qu'on leur débite. Il ne s'ensuit point qu'on ne puisse obtenir de la part des Esprits d'utiles renseignements et surtout de très bons conseils, mais ils répondent plus ou moins bien, selon les connaissances qu'ils possèdent eux-mêmes, l'intérêt que nous méritons de leur part et l'affection qu'ils nous portent, et enfin selon le but qu'on se propose et l'utilité qu'ils voient à la chose ; mais si toute notre pensée se borne à les croire plus aptes que d'autres à nous renseigner utilement sur les choses de ce monde, ils ne peuvent avoir pour nous une profonde sympathie ; dès lors, ils ne font que des apparitions très courtes et souvent, suivant le degré de leur imperfection, témoignent leur mauvaise humeur d'avoir été dérangés inutilement.
Si l'on a bien compris ce que nous avons dit jusqu'à présent dans cet ouvrage, on peut déjà se faire une idée du cercle dans lequel il convient de renfermer les questions que l'on peut adresser aux Esprits ; toutefois, pour plus de certitude, nous donnons ci-après les réponses qui ont été faites sur les principaux sujets sur lesquels les personnes peu expérimentées sont généralement disposées à les interroger.
Questions sympathiques ou antipathiques aux Esprits
«C'est suivant les questions. Les Esprits sérieux répondent toujours avec plaisir à celles qui ont pour but le bien et les moyens de vous faire avancer. Ils n'écoutent pas les questions futiles.»
2. Suffit-il qu'une question soit sérieuse pour obtenir une réponse sérieuse ?
«Non, cela dépend de l'Esprit qui répond.»
- Mais une question sérieuse n'éloigne-t-elle pas les Esprits légers ?
«Ce n'est pas la question qui éloigne les Esprits légers, c'est le caractère de celui qui la fait.»
3. Quelles sont les questions particulièrement antipathiques aux bons Esprits ?
«Toutes celles qui sont inutiles ou qui sont faites dans un but de curiosité et d'épreuve ; alors ils n'y répondent pas et s'éloignent.»
- Y a-t-il des questions qui soient antipathiques aux Esprits imparfaits ?
«Il n'y a que celles qui peuvent faire découvrir leur ignorance ou leur supercherie quand ils cherchent à tromper ; autrement ils répondent à tout, sans se soucier de la vérité.»
4. Que penser des personnes qui ne voient dans les communications spirites qu'une distraction et un passe-temps, ou un moyen d'obtenir des révélations sur ce qui les intéresse ?
«Ces personnes plaisent beaucoup aux Esprits inférieurs qui, comme elles, veulent s'amuser, et sont contents quand ils les ont mystifiées.»
5. Lorsque les Esprits ne répondent pas à certaines questions, est-ce par un effet de leur volonté, ou bien parce qu'une puissance supérieure s'oppose à certaines révélations ?
«L'un et l'autre ; il est des choses qui ne peuvent être révélées, et d'autres que l'Esprit lui-même ne connaît pas.»
- En insistant fortement, l'Esprit finirait-il par répondre ?
«Non ; l'Esprit qui ne veut pas répondre a toujours la facilité de s'en aller. C'est pourquoi il est nécessaire d'attendre quand on vous dit de le faire, et surtout ne pas vous opiniâtrer à vouloir nous faire répondre. Insister pour avoir une réponse qu'on ne veut pas vous donner, c'est un moyen certain d'être trompé.»
6. Tous les Esprits sont-ils aptes à comprendre les questions qu'on leur pose ?
«Bien loin de là ; les Esprits inférieurs sont incapables de comprendre certaines questions, ce qui ne les empêche pas de répondre bien ou mal, comme cela a lieu parmi vous.»
Remarque. Dans certains cas, et lorsque la chose est utile, il arrive fréquemment qu'un Esprit plus éclairé vient en aide à l'Esprit ignorant, et lui souffle ce qu'il doit dire. On le reconnaît aisément au contraste de certaines réponses, et en outre, parce que l'Esprit en convient souvent lui-même. Ceci n'a lieu que pour les Esprits de bonne foi ignorants, mais jamais pour ceux qui font parade d'un faux savoir.
Questions sur l'avenir
«Si l'homme connaissait l'avenir, il négligerait le présent.
Et c'est encore là un point sur lequel vous insistez toujours pour avoir une réponse précise ; c'est un grand tort, car la manifestation des Esprits n'est pas un moyen de divination. Si vous voulez absolument une réponse, elle vous sera donnée par un Esprit follet : nous vous le disons à chaque instant.» (Voir Livre des Esprits, connaissance de l'avenir, n° 868.)
8. N'y a-t-il pas cependant quelquefois des événements futurs qui sont annoncés spontanément, et avec vérité, par les Esprits ?
«Il peut arriver que l'Esprit prévoie des choses qu'il juge utile de faire connaître, ou qu'il a mission de vous faire connaître ; mais il y a encore plus à se défier des Esprits trompeurs qui s'amusent à faire des prédictions. Ce n'est que l'ensemble des circonstances qui peut faire apprécier le degré de confiance qu'elles méritent.»
9. Quel est le genre de prédictions dont on doit le plus se défier ?
«Toutes celles qui n'ont pas un but d'utilité générale. Les prédictions personnelles peuvent presque toujours être considérées comme apocryphes.»
10. Quel est le but des Esprits qui annoncent spontanément des événements qui n'ont pas lieu ?
«Le plus souvent, c'est pour s'amuser de la crédulité, de la frayeur ou de la joie qu'ils causent, puis ils rient du désappointement. Ces prédictions mensongères ont cependant quelquefois un but sérieux, c'est de mettre à l'épreuve celui à qui elles sont faites, afin de voir la manière dont il prend la chose, et la nature des sentiments bons ou mauvais qu'elle fait naître en lui.»
Remarque. Telle serait, par exemple, l'annonce de ce qui peut flatter la cupidité ou l'ambition, comme la mort d'une personne, la perspective d'un héritage, etc..
11. Pourquoi les Esprits sérieux, lorsqu'ils font pressentir un événement, n'en fixent-ils point ordinairement la date ; est-ce impuissance ou volonté de leur part ?
«L'un et l'autre ; ils peuvent, dans certains cas, faire pressentir un événement : c'est alors un avertissement qu'ils vous donnent. Quant à en préciser l'époque, souvent ils ne doivent pas ; souvent aussi ils ne le peuvent pas, parce qu'ils ne le savent pas eux-mêmes. L'Esprit peut prévoir qu'une chose aura lieu, mais le moment précis peut dépendre d'événements qui ne sont pas encore accomplis, et que Dieu seul connaît. Les Esprits légers, qui ne se font aucun scrupule de vous tromper, vous indiquent les jours et les heures sans s'inquiéter de la réussite. C'est pourquoi toute prédiction circonstanciée doit vous être suspecte.
Encore une fois, notre mission est de vous faire progresser ; nous vous aidons autant que nous pouvons. Celui qui demande aux Esprits supérieurs la sagesse ne sera jamais trompé ; mais ne croyez pas que nous perdions notre temps à écouter toutes vos niaiseries et à vous dire la bonne aventure ; nous laissons cela aux Esprits légers qui s'en amusent, comme des enfants espiègles.
La Providence a posé des bornes aux révélations qui peuvent être faites à l'homme. Les Esprits sérieux gardent le silence sur tout ce qu'il leur est interdit de faire connaître. En insistant pour avoir une réponse, on s'expose aux fourberies des Esprits inférieurs, toujours prêts à saisir les occasions de tendre des pièges à votre crédulité.»
Remarque. Les Esprits voient, ou pressentent par induction les événements futurs ; ils les voient s'accomplir dans un temps qu'ils ne mesurent pas comme nous ; pour en préciser l'époque, il leur faudrait s'identifier avec notre manière de supputer la durée, ce qu'ils ne jugent pas toujours nécessaire ; de là souvent une cause d'erreurs apparentes.
12. N'y a-t-il pas des hommes doués d'une faculté spéciale qui leur fait entrevoir l'avenir ?
«Oui, ceux dont l'âme se dégage de la matière ; alors c'est l'Esprit qui voit ; et lorsque cela est utile, Dieu leur permet de révéler certaines choses pour le bien ; mais il y a encore plus d'imposteurs et de charlatans. Cette faculté sera plus commune dans l'avenir.»
13. Que penser des Esprits qui se plaisent à prédire à quelqu'un sa mort à jour ou heure fixe ?
«Ce sont des Esprits mauvais plaisants, et très mauvais plaisants, qui n'ont d'autre but que de jouir de la peur qu'ils causent. Il n'y a jamais à s'en préoccuper.»
14. Comment se fait-il que certaines personnes soient averties par pressentiment de l'époque de leur mort ?
«C'est, le plus souvent, leur propre Esprit qui le sait dans ses moments de liberté et qui en conserve une intuition au réveil. C'est pourquoi ces personnes y étant préparées ne s'en effraient ni ne s'en émeuvent. Elles ne voient dans cette séparation du corps et de l'âme qu'un changement de situation, ou si vous aimez mieux, et pour être plus vulgaire, l'abandon d'un habit de drap grossier pour un habit de soie. La crainte de la mort diminuera à mesure que s'étendront les croyances spirites.»
Questions sur les existences passées et futures
«Dieu permet quelquefois qu'elles soient révélées suivant le but ; si c'est pour votre édification et votre instruction, elles seront vraies, et, dans ce cas, la révélation est presque toujours faite spontanément et d'une manière tout à fait imprévue ; mais il ne le permet jamais pour satisfaire une vaine curiosité.»
- Pourquoi certains Esprits ne se refusent-ils jamais à ces sortes de révélations ?
«Ce sont des Esprits railleurs qui s'amusent à vos dépens. En général, vous devez regarder comme fausses, ou tout au moins suspectes, toutes les révélations de cette nature qui n'ont pas un but éminemment sérieux et utile. Les Esprits moqueurs se plaisent à flatter l'amour-propre par de prétendues origines. Il y a des médiums et des croyants qui acceptent pour argent comptant ce qui leur est dit sur ce point et qui ne voient pas que l'état actuel de leur Esprit ne justifie en rien le rang qu'ils prétendent avoir occupé ; petite vanité dont s'amusent les Esprits railleurs aussi bien que les hommes. Il serait plus logique et plus conforme à la marche progressive des êtres qu'ils eussent monté que d'avoir descendu, ce qui serait plus honorable pour eux. Pour que l'on pût ajouter foi à ces sortes de révélations, il faudrait qu'elles fussent faites spontanément par divers médiums étrangers les uns aux autres, et à ce qui aurait été révélé antérieurement ; alors, là, il y aurait raison évidente de croire.»
- Si l'on ne peut connaître son individualité antérieure, en est-il de même du genre d'existence que l'on a eue, de la position sociale que l'on a occupée, des qualités et des défauts qui ont prédominé en nous ?
«Non, cela peut être révélé, parce que vous pouvez en tirer profit pour votre amélioration ; mais, d'ailleurs, en étudiant votre présent, vous pouvez vous-même déduire votre passé.» (Voir Livre des Esprits : Oubli du passé, n° 392.)
16. Peut-il nous être révélé quelque chose sur nos existences futures ?
«Non ; tout ce que vous diront certains Esprits à ce sujet n'est qu'une plaisanterie ; et cela se comprend : votre existence future ne peut être arrêtée d'avance, puisqu'elle sera ce que vous l'aurez faite vous-même par votre conduite sur la terre, et par les résolutions que vous aurez prises quand vous serez Esprit. Moins vous aurez à expier, plus elle sera heureuse ; mais savoir où et comment sera cette existence, encore une fois c'est impossible, sauf le cas spécial et rare des Esprits qui ne sont sur la terre que pour y accomplir une mission importante, parce qu'alors leur route est en quelque sorte tracée d'avance.»
Questions sur les intérêts moraux et matériels
«Oui, certainement ; les bons Esprits ne refusent jamais d'aider ceux qui les invoquent avec confiance, principalement en ce qui touche l'âme ; mais ils repoussent les hypocrites, ceux qui ont l'air de demander la lumière et se complaisent dans les ténèbres.»
18. Les Esprits peuvent-ils donner des conseils sur les choses d'intérêt privé ?
«Quelquefois, suivant le motif. Cela dépend aussi de ceux à qui l'on s'adresse. Les avis concernant la vie privée sont donnés avec plus d'exactitude par les Esprits familiers, parce qu'ils s'attachent à une personne et s'intéressent à ce qui la concerne : c'est l'ami, le confident de vos plus secrètes pensées ; mais souvent vous les fatiguez de questions si saugrenues, qu'ils vous laissent là. Il serait aussi absurde de demander des choses intimes à des Esprits qui vous sont étrangers, que de vous adresser pour cela au premier individu que vous rencontreriez sur votre chemin. Vous ne devriez jamais oublier que la puérilité des demandes est incompatible avec la supériorité des Esprits. Il faut aussi tenir compte des qualités de l'Esprit familier, qui peut être bon ou mauvais, selon ses sympathies pour la personne à laquelle il s'attache. L'Esprit familier d'un méchant homme est un méchant Esprit, dont les conseils peuvent être pernicieux, mais qui s'éloigne et cède la place à un Esprit meilleur, si l'homme lui-même s'améliore. Aux semblables les semblables.»
19. Les Esprits familiers peuvent-ils favoriser les intérêts matériels par les révélations ?
«Ils le peuvent, et le font quelquefois selon les circonstances, mais soyez assurés que jamais les bons Esprits ne se prêtent à servir la cupidité. Les mauvais font miroiter à vos yeux mille appas pour l'aiguillonner, et vous mystifier ensuite par la déception. Sachez bien aussi que si votre épreuve est de subir telle ou telle vicissitude, vos Esprits protecteurs peuvent vous aider à la supporter avec plus de résignation, l'adoucir quelquefois ; mais, dans l'intérêt même de votre avenir, il ne leur est pas permis de vous en affranchir. C'est ainsi qu'un bon père n'accorde pas à son enfant tout ce qu'il désire.»
Remarque. Nos Esprits protecteurs peuvent, en maintes circonstances, nous indiquer la meilleure voie, sans cependant nous conduire à la laisse, autrement nous perdrions toute initiative et n'oserions faire un pas sans avoir recours à eux, et cela au préjudice de notre perfectionnement. Pour progresser, l'homme a souvent besoin d'acquérir l'expérience à ses dépens ; c'est pourquoi les Esprits sages, tout en nous conseillant, nous livrent souvent à nos propres forces, comme le fait un instituteur habile pour ses élèves. Dans les circonstances ordinaires de la vie, ils nous conseillent par l'inspiration et nous laissent ainsi tout le mérite du bien, comme ils nous laissent toute la responsabilité du mauvais choix.
Ce serait abuser de la condescendance des Esprits familiers et se méprendre sur leur mission, que de les interroger à chaque instant sur les choses les plus vulgaires, comme le font certains médiums. Il en est qui, pour un oui ou pour un non, prennent le crayon et demandent avis pour l'action la plus simple. Cette manie dénote de la petitesse dans les idées ; en même temps il y a de la présomption à croire qu'on a toujours un Esprit servant à ses ordres, n'ayant autre chose à faire qu'à s'occuper de nous et de nos petits intérêts. C'est en outre annihiler son propre jugement et se réduire à un rôle passif sans profit pour la vie présente, et à coup sûr préjudiciable à l'avancement futur. S'il y a de la puérilité à interroger les Esprits pour des choses futiles, il n'y en a pas moins de la part des Esprits qui s'occupent spontanément de ce qu'on peut appeler les détails de ménage ; ils peuvent être bons, mais assurément ils sont encore bien terrestres.
20. Si une personne laisse en mourant des affaires embarrassées, peut-on demander à son Esprit d'aider à les débrouiller, et peut-on aussi l'interroger sur l'avoir réel qu'il a laissé, dans le cas où cet avoir ne serait pas connu, si c'est dans l'intérêt de la justice ?
«Vous oubliez que la mort est une délivrance des soucis de la Terre ; croyez-vous donc que l'Esprit qui est heureux de sa liberté vienne volontiers reprendre sa chaîne, et s'occuper de choses qui ne le regardent plus, pour satisfaire la cupidité de ses héritiers qui peut-être se sont réjouis de sa mort dans l'espoir qu'elle leur serait profitable ? Vous parlez de justice ; mais la justice est dans la déception de leur convoitise ; c'est le commencement des punitions que Dieu réserve à leur avidité des biens de la Terre. D'ailleurs, les embarras dans lesquels laisse quelquefois la mort d'une personne font partie des épreuves de la vie, et il n'est au pouvoir d'aucun Esprit de vous en affranchir, parce qu'elles sont dans les décrets de Dieu.»
Remarque. La réponse ci-dessus désappointera sans doute ceux qui se figurent que les Esprits n'ont rien de mieux à faire que de nous servir d'auxiliaires clairvoyants pour nous guider, non vers le ciel, mais sur la Terre. Une autre considération vient à l'appui de cette réponse. Si un homme a laissé pendant sa vie ses affaires en désordre par incurie, il n'est pas vraisemblable qu'après sa mort il en prenne plus de soucis, car il doit être heureux d'être délivré des tracas qu'elles lui causaient, et pour peu qu'il soit élevé, il y attachera encore moins d'importance comme Esprit que comme homme. Quant aux biens inconnus qu'il a pu laisser, il n'a aucune raison de s'intéresser à d'avides héritiers qui ne penseraient probablement plus à lui s'ils n'espéraient en tirer quelque chose, et s'il est encore imbu des passions humaines, il peut se faire un malin plaisir de leur désappointement.
Si, dans l'intérêt de la justice et des personnes qu'il affectionne, un Esprit juge utile de faire des révélations de ce genre, il le fait spontanément, et l'on n'a pas pour cela besoin d'être médium, ni d'avoir recours à un médium ; il amène la connaissance des choses par des circonstances fortuites, mais ce n'est jamais sur la demande qu'on lui en fait, attendu que cette demande ne peut changer la nature des épreuves que l'on doit subir ; elle serait plutôt propre à les aggraver, parce qu'elle est presque toujours un indice de cupidité, et prouve à l'Esprit qu'on s'occupe de lui par intérêt. (Voir n° 295.)
Questions sur le sort des Esprits
«Oui, et ils en donnent volontiers quand la demande est dictée par la sympathie ou le désir d'être utile, et non par la curiosité.»
22. Les Esprits peuvent-ils décrire la nature de leurs souffrances ou de leur bonheur ?
«Parfaitement, et ces sortes de révélations sont un grand enseignement pour vous, car elles vous initient à la véritable nature des peines et des récompenses futures ; en détruisant les idées fausses que vous vous faites à ce sujet, elles tendent à ranimer la foi et votre confiance en la bonté de Dieu. Les bons Esprits sont heureux de vous décrire la félicité des élus ; les mauvais peuvent être contraints de décrire leurs souffrances, afin de provoquer le repentir chez eux ; ils y trouvent même quelquefois une sorte de soulagement : c'est le malheureux qui exhale sa plainte par l'espoir de la compassion.
N'oubliez pas que le but essentiel, exclusif, du spiritisme, est votre amélioration, et c'est pour l'atteindre qu'il est permis aux Esprits de vous initier à la vie future, en vous offrant des exemples dont vous pouvez profiter. Plus vous vous identifierez avec le monde qui vous attend, moins vous regretterez celui où vous êtes maintenant. Ceci est en somme le but actuel de la révélation.»
23. En évoquant une personne dont le sort est inconnu, peut-on savoir d'elle-même si elle existe encore ?
«Oui, si l'incertitude de sa mort n'est pas une nécessité ou une épreuve pour ceux qui ont intérêt à le savoir.»
- Si elle est morte, peut-elle faire connaître les circonstances de sa mort, de manière à pouvoir la vérifier ?
«Si elle y attache quelque importance, elle le fera ; autrement elle s'en soucie peu.»
Remarque. L'expérience prouve que, dans ce cas, l'Esprit n'est nullement excité par les motifs d'intérêt que l'on peut avoir de connaître les circonstances de sa mort ; s'il tient à les révéler, il le fait de lui-même, soit par voie médianimique, soit par celle des visions ou apparitions, et peut alors donner les indications les plus précises ; dans le cas contraire, un Esprit trompeur peut parfaitement donner le change et s'amusera à faire faire des recherches inutiles.
Il arrive fréquemment que la disparition d'une personne dont la mort ne peut être officiellement constatée, apporte des entraves aux affaires de familles. Ce n'est que dans des cas très rares et très exceptionnels que nous avons vu les Esprits mettre sur la voie de la vérité d'après la demande qui leur en est faite ; s'ils voulaient le faire, ils le pourraient sans doute, mais souvent cela ne leur est pas permis si ces embarras sont des épreuves pour ceux qui seraient intéressés à s'en affranchir.
C'est donc se leurrer d'un espoir chimérique que de poursuivre par ce moyen des recouvrements d'héritages dont le plus positif est l'argent que l'on dépense à cet effet.
Il ne manque pas d'Esprits disposés à flatter de pareilles espérances, et qui ne se font aucun scrupule d'induire à des démarches dont on est souvent très heureux d'être quitte pour un peu de ridicule.
Questions sur la santé
«La santé est une condition nécessaire pour le travail que l'on doit accomplir sur la terre, c'est pourquoi ils s'en occupent volontiers ; mais comme il y a des ignorants et des savants parmi eux, il ne convient pas plus pour cela que pour autre chose de s'adresser au premier venu.»
25. En s'adressant à l'Esprit d'une célébrité médicale, est-on plus certain d'obtenir un bon conseil ?
«Les célébrités terrestres ne sont pas infaillibles et ont souvent des idées systématiques qui ne sont pas toujours justes, et dont la mort ne les délivre pas tout de suite. La science terrestre est bien peu de chose auprès de la science céleste ; les Esprits supérieurs seuls ont cette dernière science ; sans avoir des noms connus de vous, ils peuvent en savoir beaucoup plus que vos savants sur toutes choses. La science ne fait pas seule les Esprits supérieurs, et vous seriez très étonnés du rang que certains savants occupent parmi nous. L'Esprit d'un savant peut donc n'en savoir pas plus que lorsqu'il était sur la Terre, s'il n'a pas progressé comme Esprit.»
26. Le savant, devenu Esprit, reconnaît-il ses erreurs scientifiques ?
«S'il est arrivé à un degré assez élevé pour être débarrassé de sa vanité et comprendre que son développement n'est pas complet, il les reconnaît et les avoue sans honte ; mais s'il n'est point assez dématérialisé, il peut conserver quelques-uns des préjugés dont il était imbu sur la terre.»
27. Un médecin pourrait-il, en évoquant ceux de ses malades qui sont morts, en obtenir des éclaircissements sur la cause de leur mort, les fautes qu'il a pu commettre dans le traitement, et acquérir ainsi un surcroît d'expérience ?
«Il le peut, et cela lui serait très utile, surtout s'il se faisait assister par des Esprits éclairés qui suppléeraient au défaut de connaissances de certains malades. Mais pour cela, il faudrait qu'il fît cette étude d'une manière sérieuse, assidue, dans un but humanitaire, et non comme moyen d'acquérir sans peine savoir et fortune.»
Questions sur les inventions et les découvertes
«La science est l'oeuvre du génie ; elle ne doit s'acquérir que par le travail, car c'est par le travail seul que l'homme avance dans sa voie. Quel mérite aurait-il s'il n'avait qu'à interroger les Esprits pour tout savoir ? Tout imbécile pourrait devenir savant à ce prix. Il en est de même des inventions et des découvertes de l'industrie. Puis une autre considération, c'est que chaque chose doit venir en son temps et quand les idées sont mûres pour la recevoir ; si l'homme avait ce pouvoir, il bouleverserait l'ordre des choses en faisant pousser les fruits avant la saison.
Dieu a dit à l'homme : Tu tireras ta nourriture de la terre à la sueur de ton front ; admirable figure qui peint la condition dans laquelle il est ici-bas ; il doit progresser en tout par l'effort du travail ; si on lui donnait les choses toutes faites, à quoi lui servirait son intelligence ? Il serait comme l'écolier dont un autre ferait le devoir.»
29. Le savant et l'inventeur ne sont-ils jamais assistés par les Esprits dans leurs recherches ?
«Oh ! ceci est bien différent. Lorsque le temps d'une découverte est arrivé, les Esprits chargés d'en diriger la marche cherchent l'homme capable de la mener à bonne fin, et lui inspirent les idées nécessaires, de manière à lui en laisser tout le mérite, car, ces idées, il faut qu'il les élabore et les mette en oeuvre. Il en est ainsi de tous les grands travaux de l'intelligence humaine. Les Esprits laissent chaque homme dans sa sphère ; de celui qui n'est propre qu'à bêcher la terre ils ne feront pas le dépositaire des secrets de Dieu ; mais ils sauront tirer de l'obscurité l'homme capable de seconder ses desseins. Ne vous laissez donc point entraîner par curiosité ou ambition dans une voie qui n'est pas le but du spiritisme, et qui aboutirait pour vous aux plus ridicules mystifications.»
Remarque. La connaissance plus éclairée du spiritisme a calmé la fièvre des découvertes que, dans le principe, on s'était flatté de faire par ce moyen. On avait été jusqu'à demander aux Esprits des recettes pour teindre et faire repousser les cheveux, guérir les cors aux pieds, etc.. Nous avons vu bien des gens qui ont cru leur fortune faite, et n'ont recueilli que des procédés plus ou moins ridicules. Il en est de même lorsqu'on veut, à l'aide des Esprits, pénétrer les mystères de l'origine des choses ; certains Esprits ont, sur ces matières, leur système qui ne vaut souvent pas mieux que celui des hommes et qu'il est prudent de n'accueillir qu'avec la plus grande réserve.
Questions sur les trésors cachés
«Les Esprits supérieurs ne s'occupent pas de ces choses ; mais des Esprits moqueurs indiquent souvent des trésors qui n'existent pas, ou peuvent aussi en faire voir un dans un endroit, tandis qu'il est à l'opposé ; et cela a son utilité pour montrer que la véritable fortune est dans le travail. Si la Providence destine des richesses cachées à quelqu'un, il les trouvera naturellement ; autrement non.»
31. Que penser de la croyance aux Esprits gardiens des trésors cachés ?
«Les Esprits qui ne sont pas dématérialisés s'attachent aux choses. Des avares qui ont caché leurs trésors peuvent encore les surveiller et les garder après leur mort, et la perplexité où ils sont de les voir enlever est un de leurs châtiments, jusqu'à ce qu'ils en comprennent l'inutilité pour eux. Il y a aussi les Esprits de la Terre chargés d'en diriger les transformations intérieures, et dont, par allégorie, on a fait les gardiens des richesses naturelles.»
Remarque. La question des trésors cachés est dans la même catégorie que celle des héritages inconnus ; bien fou serait celui qui compterait sur les prétendues révélations qui peuvent lui être faites par les plaisants du monde invisible. Nous avons dit que, lorsque les Esprits veulent ou peuvent faire de semblables révélations, ils le font spontanément, et n'ont pas besoin de médiums pour cela. En voici un exemple :
Une dame venait de perdre son mari après trente ans de ménage, et se trouvait à la veille d'être expulsée de son domicile, sans aucune ressource, par ses beaux-fils, auxquels elle avait tenu lieu de mère. Son désespoir était au comble, lorsqu'un soir son mari lui apparaît, lui dit de le suivre dans son cabinet ; là il lui montre son secrétaire qui était encore sous les scellés, et par un effet de seconde vue, il lui en fait voir l'intérieur ; il lui indique un tiroir à secret qu'elle ne connaissait pas, et dont il lui explique le mécanisme ; il ajoute : J'ai prévu ce qui arrive et j'ai voulu assurer votre sort ; dans ce tiroir sont mes dernières dispositions ; je vous cède la jouissance de cette maison, et une rente de ... ; puis il disparut. Le jour de la levée des scellés, personne ne put ouvrir le tiroir ; la dame alors raconta ce qui lui était arrivé. Elle l'ouvrit en suivant les indications de son mari, et l'on y trouva le testament conforme à ce qui lui avait été annoncé.
Questions sur les autres mondes
«Cela dépend du degré d'avancement réel des Esprits qui donnent ces descriptions ; car vous comprenez que des Esprits vulgaires sont aussi incapables de vous renseigner à cet égard qu'un ignorant l'est chez vous de décrire tous les pays de la Terre. Vous adressez souvent sur ces mondes des questions scientifiques que ces Esprits ne peuvent résoudre ; s'ils sont de bonne foi, ils en parlent selon leurs idées personnelles ; si ce sont des Esprits légers, ils s'amusent à vous donner des descriptions bizarres et fantastiques ; d'autant mieux que ces Esprits, qui ne sont pas plus dépourvus d'imagination dans l'erraticité que sur la Terre, puisent dans cette faculté le récit de bien des choses qui n'ont rien de réel. Cependant, ne croyez pas à l'impossibilité absolue d'avoir sur ces mondes quelques éclaircissements ; les bons Esprits se plaisent même à vous décrire ceux qu'ils habitent, afin de vous servir d'enseignement pour vous améliorer, et vous engager à suivre la voie qui peut vous y conduire ; c'est un moyen de fixer vos idées sur l'avenir, et de ne pas vous laisser dans le vague.»
- Quel contrôle peut-on avoir de l'exactitude de ces descriptions ?
«Le meilleur contrôle est la concordance qu'il peut y avoir entre elles ; mais rappelez-vous qu'elles ont pour but votre amélioration morale, et que, par conséquent, c'est sur l'état moral des habitants que vous pouvez être le mieux renseigné, et non sur l'état physique ou géologique de ces globes. Avec vos connaissances actuelles, vous ne pourriez même pas les comprendre ; cette étude ne servirait point à vos progrès ici-bas, et vous aurez toute possibilité de la faire quand vous y serez.»
Remarque. Les questions sur la constitution physique et les éléments astronomiques des mondes, rentrent dans l'ordre des recherches scientifiques dont les Esprits ne doivent pas nous épargner la peine ; sans cela un astronome trouverait très commode de leur faire faire ses calculs, ce dont, sans doute, il se garderait bien de convenir. Si les Esprits pouvaient, par la révélation, épargner le travail d'une découverte, il est probable qu'ils le feraient en faveur du savant assez modeste pour en reconnaître ouvertement la source, plutôt qu'au profit des orgueilleux qui les renient, et auxquels ils ménagent souvent au contraire des déceptions d'amour-propre.
CHAPITRE XXVII - DES CONTRADICTIONS ET DES MYSTIFICATIONS
Des contradictions
Hâtons-nous de dire d'abord que ces contradictions, dont certaines personnes font un grand étalage, sont en général plus apparentes que réelles ; qu'elles tiennent souvent plus à la superficie qu'au fond de la chose, et que, par conséquent, elles sont sans importance. Les contradictions proviennent de deux sources : les hommes et les Esprits.
Il ne faut pas oublier que parmi les Esprits il y a, comme parmi les hommes, des faux et des demis-savants, des orgueilleux, des présomptueux et des systématiques. Comme il n'est donné qu'aux Esprits parfaits de tout connaître, il y a pour les autres, comme pour nous, des mystères qu'ils expliquent à leur manière, selon leurs idées, et sur lesquels ils peuvent se faire des opinions plus ou moins justes, qu'ils mettent de l'amour-propre à faire prévaloir, et qu'ils aiment à reproduire dans leurs communications. Le tort est à quelques-uns de leurs interprètes d'avoir épousé trop légèrement des opinions contraires au bon sens, et de s'en être fait les éditeurs responsables. Ainsi, les contradictions d'origine spirite n'ont pas d'autre cause que la diversité dans l'intelligence, les connaissances, le jugement et la moralité de certains Esprits qui ne sont pas encore aptes à tout connaître et à tout comprendre (Voir Livre des Esprits, Introduction, § XIII ; Conclusion, § IX.)
1. Le même Esprit se communiquant à deux centres différents, peut-il leur transmettre sur le même sujet des réponses contradictoires ?
«Si les deux centres diffèrent entre eux d'opinions et de pensées, la réponse pourra leur arriver travestie, parce qu'ils sont sous l'influence de différentes colonnes d'Esprits : ce n'est pas la réponse qui est contradictoire, c'est la manière dont elle est rendue.»
2. On conçoit qu'une réponse puisse être altérée ; mais lorsque les qualités du médium excluent toute idée de mauvaise influence, comment se fait-il que des Esprits supérieurs tiennent un langage différent et contradictoire sur le même sujet à des personnes parfaitement sérieuses ?
«Les Esprits réellement supérieurs ne se contredisent jamais, et leur langage est toujours le même avec les mêmes personnes. Il peut être différent selon les personnes et les lieux ; mais il faut y faire attention, la contradiction n'est souvent qu'apparente ; elle est plus dans les mots que dans la pensée ; car en réfléchissant on trouve que l'idée fondamentale est la même. Et puis le même Esprit peut répondre différemment sur la même question, suivant le degré de perfection de ceux qui l'évoquent, car il n'est pas toujours bon que tous aient la même réponse, puisqu'ils ne sont pas aussi avancés. C'est exactement comme si un enfant et un savant te faisaient la même question ; certes, tu répondrais à l'un et à l'autre de manière à être compris et à les satisfaire ; la réponse, quoique différente, aurait d'ailleurs le même fond.»
3. Dans quel but les Esprits sérieux semblent-ils accréditer auprès de certaines personnes des idées et même des préjugés qu'ils combattent auprès d'autres ?
«Il faut que nous nous rendions compréhensibles. Si quelqu'un a une conviction bien arrêtée sur une doctrine, même fausse, il faut que nous le détournions de cette conviction, mais peu à peu ; c'est pourquoi nous nous servons souvent de ses termes, et nous avons l'air d'abonder dans ses idées, afin qu'il ne s'offusque pas tout à coup, et qu'il ne cesse pas de s'instruire près de nous.
D'ailleurs, il n'est pas bon de heurter trop brusquement les préjugés ; ce serait le moyen de n'être pas écouté ; voilà pourquoi les Esprits parlent souvent dans le sens de l'opinion de ceux qui les écoutent, afin de les amener peu à peu à la vérité. Ils approprient leur langage aux personnes, comme tu le fais toi-même si tu es un orateur un peu habile ; c'est pourquoi ils ne parleront pas à un Chinois ou à un mahométan comme ils parleront à un Français ou à un chrétien, car ils seraient bien sûrs d'être repoussés.
Il ne faut pas prendre pour une contradiction ce qui n'est souvent qu'une partie de l'élaboration de la vérité. Tous les Esprits ont leur tâche marquée par Dieu ; ils l'accomplissent dans les conditions qu'ils jugent convenables pour le bien de ceux qui reçoivent leurs communications.»
4. Les contradictions, même apparentes, peuvent jeter des doutes dans l'Esprit de certaines personnes ; quel contrôle peut-on avoir pour connaître la vérité ?
«Pour discerner l'erreur de la vérité, il faut approfondir ces réponses et les méditer longtemps sérieusement ; c'est toute une étude à faire. Il faut le temps pour cela comme pour étudier toutes choses.
Etudiez, comparez, approfondissez ; nous vous le disons sans cesse, la connaissance de la vérité est à ce prix. Et comment voulez-vous arriver à la vérité, quand vous interprétez tout d'après vos idées étroites, que vous prenez pour de grandes idées ? Mais le jour n'est pas loin où l'enseignement des Esprits sera partout uniforme dans les détails comme dans les choses principales. Leur mission est de détruire l'erreur, mais cela ne peut venir que successivement.»
5. Il y a des personnes qui n'ont ni le temps, ni l'aptitude nécessaires pour une étude sérieuse et approfondie, et qui acceptent ce qu'on leur enseigne sans examen. N'y a-t-il pas pour elles de l'inconvénient à accréditer des erreurs ?
«Qu'elles pratiquent le bien et ne fassent point de mal, c'est l'essentiel ; pour cela il n'y a pas deux doctrines. Le bien est toujours le bien, que vous le fassiez au nom d'Allah ou de Jéhovah, car il n'y a qu'un même Dieu pour l'Univers.»
6. Comment des Esprits, qui paraissent développés en intelligence, peuvent-ils avoir des idées évidemment fausses sur certaines choses ?
«Ils ont leur doctrine. Ceux qui ne sont pas assez avancés, et qui croient l'être, prennent leurs idées pour la vérité. C'est comme parmi vous.»
7. Que penser des doctrines d'après lesquelles un seul Esprit pourrait se communiquer, et que cet Esprit serait Dieu ou Jésus ?
«L'Esprit qui enseigne cela est un Esprit qui veut dominer, c'est pourquoi il veut faire croire qu'il est seul ; mais le malheureux qui ose prendre le nom de Dieu expiera chèrement son orgueil. Quant à ces doctrines, elles se réfutent d'elles-mêmes, parce qu'elles sont en contradiction avec les faits les plus avérés ; elles ne méritent pas d'examen sérieux, car elles n'ont pas de racines.
La raison vous dit que le bien procède d'une bonne source et le mal d'une mauvaise ; pourquoi voudriez-vous qu'un bon arbre donnât de mauvais fruits ? Avez-vous jamais cueilli du raisin sur un pommier ? La diversité des communications est la preuve la plus patente de la diversité de leur origine. D'ailleurs, les Esprits qui prétendent seuls se communiquer, oublient de dire pourquoi les autres ne pourraient pas le faire. Leur prétention est la négation de ce que le spiritisme a de plus beau et de plus consolant : les rapports du monde visible et du monde invisible, des hommes avec les êtres qui leur sont chers et qui seraient ainsi perdus pour eux sans retour. Ce sont ces rapports qui identifient l'homme avec son avenir, qui le détachent du monde matériel ; supprimer ces rapports, c'est le replonger dans le doute qui fait son tourment ; c'est donner un aliment à son égoïsme. En examinant avec soin la doctrine de ces Esprits, on y reconnaît à chaque pas des contradictions injustifiables, les traces de leur ignorance sur les choses les plus évidentes, et par conséquent les signes certains de leur infériorité.»
L'ESPRIT DE VERITE.
8. De toutes les contradictions que l'on remarque dans les communications des Esprits, une des plus frappantes est celle qui est relative à la réincarnation. Si la réincarnation est une nécessité de la vie spirite, comment se fait-il que tous les Esprits ne l'enseignent pas ?
«Ne savez-vous pas qu'il y a des Esprits dont les idées sont bornées au présent, comme chez beaucoup d'hommes de la Terre ? Ils croient que ce qui est pour eux doit durer toujours ; ils ne voient pas au-delà du cercle de leurs perceptions, et ne s'inquiètent ni d'où ils viennent ni où ils vont, et pourtant ils doivent subir la loi de la nécessité. La réincarnation est pour eux une nécessité à laquelle ils ne songent que lorsqu'elle arrive ; ils savent que l'Esprit progresse, mais de quelle manière ? c'est pour eux un problème. Alors, si vous le leur demandez, ils vous parleront des sept ciels superposés comme des étages ; il y en a même qui vous parleront de la sphère du feu, de la sphère des étoiles, puis de la cité des fleurs, de celle des élus.»
9. Nous concevons que les Esprits peu avancés puissent ne pas comprendre cette question ; mais alors comment se fait-il que des Esprits d'une infériorité morale et intellectuelle notoire parlent spontanément de leurs différentes existences, et de leur désir de se réincarner pour racheter leur passé ?
«Il se passe dans le monde des Esprits des choses qu'il vous est bien difficile de comprendre. N'avez-vous pas, parmi vous, des gens très ignorants sur certaines choses, et qui sont éclairés sur d'autres ; des gens qui ont plus de jugement que d'instruction, et d'autres qui ont plus d'esprit que de jugement ? Ne savez-vous pas aussi que certains Esprits se plaisent à maintenir les hommes dans l'ignorance tout en ayant l'air de les instruire, et qui profitent de la facilité avec laquelle on ajoute foi à leurs paroles ? Ils peuvent séduire ceux qui ne vont pas au fond des choses, mais quand on les pousse à bout par le raisonnement, ils ne soutiennent pas longtemps leur rôle.
Il faut en outre tenir compte de la prudence que mettent en général les Esprits dans la promulgation de la vérité : une lumière trop vive et trop subite éblouit et n'éclaire pas. Ils peuvent donc, dans certains cas, juger utile de ne la répandre que graduellement, selon les temps, les lieux et les personnes. Moïse n'a pas enseigné tout ce qu'a enseigné le Christ, et le Christ lui-même a dit beaucoup de choses dont l'intelligence était réservée aux générations futures. Vous parlez de la réincarnation, et vous vous étonnez que ce principe n'ait pas été enseigné dans certaines contrées ; mais songez donc que dans un pays où le préjugé de la couleur règne en souverain, où l'esclavage est enraciné dans les moeurs, on eût repoussé le spiritisme par cela seul qu'il eût proclamé la réincarnation, car l'idée que celui qui est maître puisse devenir esclave, et réciproquement, eût paru monstrueuse. Ne valait-il pas mieux faire accepter d'abord le principe général, sauf à en tirer plus tard les conséquences ? O hommes ! que votre vue est courte pour juger les desseins de Dieu ! Sachez donc que rien ne se fait sans sa permission et sans un but que souvent vous ne pouvez pénétrer. Je vous ai dit que l'unité se ferait dans la croyance spirite ; tenez pour certain qu'elle se fera, et que les dissidences, déjà moins profondes, s'effaceront peu à peu à mesure que les hommes s'éclaireront, et qu'elles disparaîtront complètement, car telle est la volonté de Dieu, contre laquelle l'erreur ne peut prévaloir.»
L'ESPRIT DE VERITE.
10. Les doctrines erronées, qui peuvent être enseignées par certains Esprits, n'ont-elles pas pour effet de retarder le progrès de la science véritable ?
«Vous voudriez tout avoir sans peine ; sachez donc qu'il n'est pas de champ où il ne croisse de mauvaise herbe que le laboureur doit extirper. Ces doctrines erronées sont une conséquence de l'infériorité de votre monde ; si les hommes étaient parfaits, ils n'accepteraient que le vrai ; les erreurs sont comme les pierres fausses, qu'un oeil exercé peut seul distinguer ; il vous faut donc un apprentissage pour distinguer le vrai du faux ; eh bien ! les fausses doctrines ont pour utilité de vous exercer à distinguer la vérité de l'erreur.»
- Ceux qui adoptent l'erreur ne sont-ils pas retardés dans leur avancement ?
«S'ils adoptent l'erreur, c'est qu'ils ne sont pas assez avancés pour comprendre la vérité.»
«La lumière la plus pure n'est obscurcie par aucun nuage ; le diamant sans tache est celui qui a le plus de valeur ; jugez donc les Esprits à la pureté de leur enseignement. L'unité se fera du côté où le bien n'aura jamais été mélangé de mal ; c'est de ce côté que les hommes se rallieront par la force des choses, car ils jugeront que là est la vérité. Remarquez d'ailleurs que les principes fondamentaux sont partout les mêmes, et doivent vous unir dans une pensée commune : l'amour de Dieu et la pratique du bien. Quel que soit le mode de progression que l'on suppose pour les âmes, le but final est le même, et le moyen de l'atteindre est aussi le même : faire le bien ; or, il n'y a pas deux manières de le faire. S'il s'élève des dissidences capitales, quant au principe même de la doctrine, vous avez une règle certaine pour les apprécier ; cette règle est celle-ci : La meilleure doctrine est celle qui satisfait le mieux le coeur et la raison, et qui a le plus d'éléments pour conduire les hommes au bien ; c'est, je vous certifie, celle qui prévaudra.»
L'ESPRIT DE VERITE.
Remarque. Les contradictions qui se présentent dans les communications spirites peuvent tenir aux causes suivantes : à l'ignorance de certains Esprits ; à la supercherie des Esprits inférieurs qui, par malice ou méchanceté, disent le contraire de ce qu'a dit ailleurs l'Esprit dont ils usurpent le nom ; à la volonté de l'Esprit même qui parle selon les temps, lieux et les personnes, et peut juger utile de ne pas tout dire à tout le monde ; à l'insuffisance du langage humain pour exprimer les choses du monde incorporel ; à l'insuffisance des moyens de communication qui ne permettent pas toujours à l'Esprit de rendre toute sa pensée ; enfin à l'interprétation que chacun peut donner d'un mot ou d'une explication, selon ses idées, ses préjugés ou le point de vue sous lequel il envisage la chose. L'étude, l'observation, l'expérience et l'abnégation de tout sentiment d'amour-propre, peuvent seules apprendre à distinguer ces diverses nuances.
Des mystifications
1. Les mystifications sont un des écueils les plus désagréables du spiritisme pratique ; y a-t-il un moyen de s'en préserver ?
«Il me semble que vous pouvez trouver la réponse dans tout ce qui vous a été enseigné. Oui, certes, il y a pour cela un moyen simple, c'est de ne demander au spiritisme que ce qu'il peut et doit vous donner ; son but est l'amélioration morale de l'humanité ; tant que vous ne vous en écarterez pas, vous ne serez jamais trompés, parce qu'il n'y a pas deux manières de comprendre la vraie morale, celle que peut admettre tout homme de bon sens.
Les Esprits viennent vous instruire et vous guider dans la route du bien, et non dans celle des honneurs et de la fortune, ou pour servir vos mesquines passions. Si on ne leur demandait jamais rien de futile ou qui soit en dehors de leurs attributions, on ne donnerait aucune prise aux Esprits trompeurs ; d'où vous devez conclure que celui qui est mystifié n'a que ce qu'il mérite.
Le rôle des Esprits n'est pas de vous renseigner sur les choses de ce monde, mais de vous guider sûrement dans ce qui peut vous être utile pour l'autre. Quand ils vous parlent des choses d'ici-bas, c'est qu'ils le jugent nécessaire, mais ce n'est pas sur votre demande. Si vous voyez dans les Esprits les suppléants des devins et des sorciers, c'est alors que vous serez trompés.
Si les hommes n'avaient qu'à s'adresser aux Esprits pour tout savoir, ils n'auraient plus leur libre arbitre, et sortiraient de la voie tracée par Dieu pour l'humanité. L'homme doit agir par lui-même ; Dieu n'envoie pas les Esprits pour leur aplanir la route matérielle de la vie, mais pour préparer celle de l'avenir.»
- Mais il y a des personnes qui ne demandent rien, et qui sont indignement trompées par des Esprits qui viennent spontanément sans qu'on les appelle ?
«Si elles ne demandent rien, elles se laissent dire, ce qui revient au même. Si elles accueillaient avec réserve et défiance tout ce qui s'écarte de l'objet essentiel du spiritisme, les Esprits légers ne les prendraient pas aussi facilement pour dupes.»
2. Pourquoi Dieu permet-il que des personnes sincères, et qui acceptent le spiritisme de bonne foi, soient mystifiées ; cela ne pourrait-il pas avoir pour inconvénient d'ébranler leur croyance ?
«Si cela ébranlait leur croyance, c'est que leur foi ne serait pas très solide ; celles qui renonceraient au spiritisme pour un simple désappointement, prouveraient qu'elles ne le comprennent pas, et qu'elles ne s'attachent pas à la partie sérieuse. Dieu permet les mystifications pour éprouver la persévérance des vrais adeptes, et punir ceux qui en font un objet d'amusement.»
L'ESPRIT DE VERITE.
Remarque. La rouerie des Esprits mystificateurs dépasse quelquefois tout ce qu'on peut imaginer ; l'art avec lequel ils dressent leurs batteries et combinent les moyens de persuader, serait une chose curieuse s'il ne s'agissait toujours que d'innocentes plaisanteries, mais ces mystifications peuvent avoir des conséquences désagréables pour ceux qui ne se tiennent pas sur leurs gardes ; nous sommes assez heureux pour avoir pu ouvrir à temps les yeux à plusieurs personnes qui ont bien voulu nous demander notre avis, et leur avoir épargné des actions ridicules et compromettantes. Parmi les moyens qu'emploient ces Esprits, il faut placer en première ligne, comme étant les plus fréquents, ceux qui ont pour but de tenter la cupidité, comme la révélation de prétendus trésors cachés, l'annonce d'héritages ou autres sources de fortune. On doit en outre regarder comme suspectes au premier chef les prédictions à époques fixes, ainsi que toutes les indications précises touchant les intérêts matériels ; se garder de toute démarche prescrite ou conseillée par les Esprits, lorsque le but n'en est pas éminemment rationnel ; ne jamais se laisser éblouir par les noms que prennent les Esprits pour donner une apparence de vérité à leurs paroles ; se défier des théories et systèmes scientifiques hasardés ; enfin de tout ce qui s'écarte du but moral des manifestations. Nous remplirions un volume des plus curieux avec l'histoire de toutes les mystifications qui sont venues à notre connaissance.
CHAPITRE XXVIII - CHARLATANISME ET JONGLERIE
Médiums intéressés
Si le gain qu'un médium retirerait de sa faculté peut être un sujet de suspicion, ce ne serait point une preuve que cette suspicion soit fondée ; il pourrait donc avoir une aptitude réelle et agir de très bonne foi, tout en se faisant rétribuer ; voyons si, dans ce cas, on peut raisonnablement en attendre un résultat satisfaisant.
Les Esprits inférieurs aiment bien à mystifier, mais ils n'aiment pas à être mystifiés ; s'ils se prêtent volontiers à la plaisanterie, aux choses de curiosité, parce qu'ils aiment à s'amuser, ils n'aiment pas plus que les autres à être exploités, ni à servir de comparses pour faire aller la recette, et ils prouvent à chaque instant qu'ils ont leur volonté, qu'ils agissent quand et comme bon leur semble, ce qui fait que le médium à effets physiques est encore moins sûr de la régularité des manifestations que le médium écrivain. Prétendre les produire à jours et heures fixes, serait faire preuve de la plus profonde ignorance. Que faire alors pour gagner son argent ? Simuler les phénomènes ; c'est ce qui peut arriver non seulement à ceux qui en feraient un métier avoué, mais même à des gens simples en apparence qui trouvent ce moyen plus facile et plus commode que de travailler. Si l'Esprit ne donne pas, on y supplée : l'imagination est si féconde quand il s'agit de gagner de l'argent ! L'intérêt étant un légitime motif de suspicion, il donne un droit d'examen rigoureux dont on ne saurait s'offenser sans justifier les soupçons. Mais autant la suspicion est légitime dans ce cas, autant elle est offensante vis-à-vis de personnes honorables et désintéressées.
De tout ce qui précède, nous concluons que le désintéressement le plus absolu est la meilleure garantie contre le charlatanisme ; s'il n'assure pas toujours la bonté des communications intelligentes, il enlève aux mauvais Esprits un puissant moyen d'action, et ferme la bouche à certains détracteurs.
Que dirait-on de celui qui tirerait un corps du tombeau et l'exhiberait pour de l'argent, parce que ce corps serait de nature à piquer la curiosité ? Est-il moins irrespectueux d'exhiber l'Esprit que le corps sous le prétexte qu'il est curieux de voir agir un Esprit ? Et remarquez bien que le prix des places sera en raison des tours qu'il pourra faire et de l'attrait du spectacle. Certes, de son vivant, eût-il été comédien, il ne se doutait guère qu'après sa mort il trouverait un directeur qui lui ferait jouer la comédie gratis à son profit.
Il ne faut pas oublier que les manifestations physiques, aussi bien que les manifestations intelligentes, ne sont permises par Dieu que pour notre instruction.
Le degré de confiance ou de défiance que l'on peut accorder à un médium rétribué, dépend avant toute chose de l'estime que commandent son caractère et sa moralité, et en outre des circonstances. Le médium qui, dans un but éminemment sérieux et profitable, serait empêché d'utiliser son temps d'une autre manière, et pour cette raison exonéré, ne peut être confondu avec le médium spéculateur, celui qui, de dessein prémédité, se ferait une industrie de la médiumnité. Selon le motif et le but, les Esprits peuvent donc condamner, absoudre ou même favoriser ; ils jugent l'intention plutôt que le fait matériel.
Fraudes spirites
Il est, du reste, une considération qui n'échappera pas à quiconque réfléchit un peu. Il y a sans doute des prestidigitateurs d'une habileté prodigieuse, mais ils sont rares. Si tous les médiums pratiquaient l'escamotage, il faudrait convenir que cet art aurait fait en peu de temps des progrès inouïs, et serait devenu subitement bien commun, puisqu'il se trouverait à l'état inné chez des gens qui ne s'en doutaient guère, même chez des enfants.
De ce qu'il y a des charlatans qui débitent des drogues sur les places publiques, de ce qu'il y a même des médecins qui, sans aller sur la place publique, trompent la confiance, s'ensuit-il que tous les médecins sont des charlatans, et le corps médical en est-il atteint dans sa considération ? De ce qu'il y a des gens qui vendent de la teinture pour du vin, s'ensuit-il que tous les marchands de vin sont des frelateurs et qu'il n'y a point de vin pur ? On abuse de tout, même des choses les plus respectables, et l'on peut dire que la fraude a aussi son génie. Mais la fraude a toujours un but, un intérêt matériel quelconque ; là où il n'y a rien à gagner, il n'y a nul intérêt à tromper. Aussi avons-nous dit, à propos des médiums mercenaires, que la meilleure de toutes les garanties est un désintéressement absolu.
Un homme de lettres assez connu vint un jour nous voir et nous dit qu'il était très bon médium écrivain intuitif, et qu'il se mettait à la disposition de la société spirite. Comme nous avons pour habitude de n'admettre à la société que des médiums dont les facultés nous sont connues, nous le priâmes de vouloir bien venir auparavant faire ses preuves dans une réunion particulière. Il s'y rendit en effet ; plusieurs médiums expérimentés y donnèrent soit des dissertations, soit des réponses d'une remarquable précision sur des questions proposées et des sujets inconnus pour eux. Quand vint le tour de ce monsieur, il écrivit quelques mots insignifiants, dit qu'il était mal disposé ce jour-là, et depuis nous ne l'avons plus revu ; il a trouvé sans doute que le rôle de médium à effets intelligents était plus difficile à jouer qu'il ne l'avait cru.
316. En toutes choses, les gens les plus faciles à tromper sont ceux qui ne sont pas du métier ; il en est de même du spiritisme ; ceux qui ne le connaissent pas sont aisément abusés par les apparences ; tandis qu'une étude préalable attentive les initie, non seulement à la cause des phénomènes, mais aux conditions normales dans lesquelles ils peuvent se produire, et leur fournit ainsi les moyens de reconnaître la fraude, si elle existe.
Paris, 21 juillet 1861.
«MONSIEUR,
On peut être en désaccord sur certains points, et être en parfait accord sur d'autres. Je viens de lire, à la page 213 du dernier numéro de votre journal, des réflexions sur la fraude en matière d'expériences spiritualistes (ou spirites) auxquelles je suis heureux de m'associer de toutes mes forces. Là, toute dissidence en matière de théories et de doctrines disparaît comme par enchantement.
Je ne suis peut-être pas aussi sévère que vous à l'égard des médiums qui, sous une forme digne et convenable, acceptent une rémunération comme indemnité du temps qu'ils consacrent à des expériences souvent longues et fatigantes ; mais je le suis tout autant, - et on ne saurait trop l'être, - à l'égard de ceux qui, en pareil cas, suppléent, dans l'occasion, par la tricherie et par la fraude à l'absence ou à l'insuffisance des résultats promis et attendus. (Voir n° 311.)
Mêler le faux au vrai, quand il s'agit de phénomènes obtenus par l'intervention des Esprits, c'est tout bonnement une infamie, et il y aurait oblitération du sens moral chez le médium qui croirait pouvoir le faire sans scrupule. Ainsi que vous le faites parfaitement observer, c'est jeter le discrédit sur la chose dans l'esprit des indécis, dès que la fraude est reconnue. J'ajouterai que c'est compromettre de la manière la plus déplorable les hommes honorables qui prêtent aux médiums l'appui désintéressé de leurs connaissances et de leurs lumières, qui se portent garants de leur bonne foi, et les patronnent en quelque sorte ; c'est commettre envers eux une véritable forfaiture.
Tout médium qui serait convaincu de manoeuvres frauduleuses ; qui serait pris, pour me servir d'une expression un peu triviale, la main dans le sac, mériterait d'être mis au ban de tous les spiritualistes ou spirites du monde, pour qui ce serait un devoir rigoureux de les démasquer ou de les flétrir.
S'il vous convient, monsieur, d'insérer ces quelques lignes dans votre journal, elles sont à votre service.
Agréez, etc.MATHIEU.»
Il nous suffira de signaler quelques subterfuges employés, ou qu'il est possible d'employer dans certains cas, pour prémunir contre la fraude les observateurs de bonne foi. Quant aux gens qui s'obstinent à juger sans approfondir, ce serait peine perdue que de chercher à les désabuser.
Une fois prévenu, le moyen de reconnaître la fraude est bien simple. Elle n'est pas possible, si les mains sont écartées l'une de l'autre, et si l'on est assuré qu'aucun autre contact ne peut produire le bruit. Les coups réels offrent d'ailleurs cela de caractéristique, qu'ils changent de place et de timbre à volonté, ce qui ne peut avoir lieu quand il est dû à la cause que nous signalons ou à toute autre analogue ; qu'il sort de la table pour se porter sur un meuble quelconque que personne ne touche, sur les murs, le plafond, etc., qu'il répond enfin à des questions non prévues. (Voir N° 41.)
En résumé, nous le répétons, la meilleure garantie est dans la moralité notoire des médiums et dans l'absence de toutes causes d'intérêt matériel ou d'amour-propre qui pourraient stimuler en lui l'exercice des facultés médianimiques qu'il possède ; car ces mêmes causes peuvent l'engager à simuler celles qu'il n'a pas.
CHAPITRE XXIX - REUNIONS ET SOCIETES SPIRITES
Des réunions en général
Les réunions spirites ont des caractères très différents suivant le but qu'on s'y propose, et leur condition d'être doit, par cela même, différer aussi. Selon leur nature, elles peuvent être frivoles, expérimentales ou instructives.
Ces réunions sont sans conséquence ; mais comme les Esprits légers sont parfois très intelligents, et qu'ils sont en général d'humeur facile et joviale, il s'y produit souvent des choses fort curieuses dont l'observateur peut faire son profit ; celui qui n'aurait vu que cela, et jugerait le monde des Esprits d'après cet échantillon, s'en ferait une idée aussi fausse que celui qui jugerait toute la société d'une grande ville par celle de certains quartiers. Le simple bon sens dit que les Esprits élevés ne peuvent venir dans de telles réunions, où les spectateurs ne sont pas plus sérieux que les acteurs. Si l'on veut s'occuper de choses futiles, il faut franchement appeler des Esprits légers, comme on appellerait des baladins pour amuser une société, mais il y aurait profanation à y convier des noms vénérés, à mêler le sacré et le profane.
Nonobstant cela, ces sortes d'expérimentations ont une utilité que personne ne saurait méconnaître, car ce sont elles qui ont fait découvrir les lois qui régissent le monde invisible, et, pour beaucoup de gens, elles sont, sans contredit, un puissant motif de conviction ; mais nous maintenons que seules elles ne peuvent pas plus initier à la science spirite, que la vue d'un ingénieux mécanisme ne peut faire connaître la mécanique si l'on n'en connaît pas les lois ; toutefois, si elles étaient dirigées avec méthode et prudence, on en obtiendrait de bien meilleurs résultats. Nous reviendrons tout à l'heure sur ce sujet.
La première de toutes, c'est de rester sérieuses dans toute l'acception du mot. Il faut bien se persuader que les Esprits auxquels on veut s'adresser sont d'une nature toute spéciale ; que le sublime ne pouvant s'allier au trivial, ni le bien au mal, si l'on veut obtenir de bonnes choses, il faut s'adresser à de bons Esprits ; mais il ne suffit pas de demander de bons Esprits ; il faut, de condition expresse, être dans des conditions propices pour qu'ils veuillent bien venir ; or, des Esprits supérieurs ne viendront pas plus dans les assemblées d'hommes légers et superficiels, qu'ils n'y seraient venus de leur vivant.
Une société n'est vraiment sérieuse qu'à la condition de s'occuper de choses utiles à l'exclusion de toutes autres ; si elle aspire à obtenir des phénomènes extraordinaires par curiosité ou par passe-temps, les Esprits qui les produisent pourront venir, mais les autres s'en iront. En un mot, quel que soit le caractère d'une réunion, elle trouvera toujours des Esprits disposés à seconder ses tendances. Une réunion sérieuse s'écarte donc de son but si elle quitte l'enseignement pour l'amusement. Les manifestations physiques, comme nous l'avons dit, ont leur utilité ; que ceux qui veulent voir aillent dans les réunions expérimentales ; que ceux qui veulent comprendre aillent dans les réunions d'étude ; c'est ainsi que les uns et les autres pourront compléter leur instruction spirite, comme dans l'étude de la médecine, les uns vont aux cours et les autres à la clinique.
Nous ne saurions trop le répéter, là est non seulement l'écueil, mais le danger ; oui, nous le disons, un véritable danger. Le seul moyen d'y échapper, c'est le contrôle de personnes désintéressées et bienveillantes qui, jugeant les communications avec sang-froid et impartialité, peuvent lui ouvrir les yeux et lui faire apercevoir ce qu'il ne peut voir lui-même. Or, tout médium qui redoute ce jugement est déjà sur la voie de l'obsession ; celui qui croit que la lumière n'est faite que pour lui est complètement sous le joug ; s'il prend en mauvaise part les observations, s'il les repousse, s'il s'en irrite, il ne peut y avoir de doute sur la mauvaise nature de l'Esprit qui l'assiste.
Nous l'avons dit, un médium peut manquer des connaissances nécessaires pour comprendre les erreurs ; il peut se laisser abuser par de grands mots et un langage prétentieux, être séduit par des sophismes, et cela de la meilleure foi du monde ; c'est pourquoi, à défaut de ses propres lumières, il doit modestement avoir recours à celles des autres, selon ces deux adages que quatre yeux voient mieux que deux, et qu'on n'est jamais bon juge dans sa propre cause. C'est à ce point de vue que les réunions sont pour le médium d'une très grande utilité, s'il est assez sensé pour écouter les avis, parce que là se trouveront des personnes plus clairvoyantes que lui, qui saisiront les nuances souvent si délicates par où l'Esprit trahit son infériorité.
Tout médium qui désire sincèrement n'être pas le jouet du mensonge, doit donc chercher à se produire dans les réunions sérieuses, et y apporter ce qu'il obtient en particulier ; accepter avec reconnaissance, solliciter même l'examen critique des communications qu'il reçoit ; s'il est en butte à des Esprits trompeurs, c'est le plus sûr moyen de s'en débarrasser en leur prouvant qu'ils ne peuvent l'abuser. Le médium, d'ailleurs, qui s'irrite de la critique est d'autant plus mal fondé que son amour-propre n'est nullement engagé, puisque ce qu'il dit n'est pas de lui, et qu'il n'en est pas plus responsable que s'il lisait les vers d'un mauvais poète.
Nous avons insisté sur ce point, parce que, si c'est là un écueil pour les médiums, c'en est un aussi pour les réunions auxquelles il importe de ne pas accorder légèrement confiance à tous les interprètes des Esprits. Le concours de tout médium obsédé ou fasciné leur serait plus nuisible qu'utile ; elles doivent donc ne pas l'accepter. Nous pensons être entré dans des développements suffisants pour qu'il leur soit impossible de se méprendre sur les caractères de l'obsession, si le médium ne peut la reconnaître lui-même ; un des plus saillants est sans contredit la prétention d'avoir seul raison contre tout le monde. Les médiums obsédés qui ne veulent pas en convenir ressemblent à ces malades qui se font illusion sur leur santé, et se perdent faute de se soumettre à un régime salutaire.
Pour bien comprendre ce qui se passe en cette circonstance, nous prions de vouloir bien se reporter à ce que nous avons dit plus haut, n° 231, sur l'Influence du milieu. Il faut se représenter chaque individu comme entouré d'un certain nombre d'acolytes invisibles qui s'identifient avec son caractère, ses goûts et ses penchants ; donc toute personne qui entre dans une réunion amène avec elle des Esprits qui lui sont sympathiques. Selon leur nombre et leur nature, ces acolytes peuvent exercer sur l'assemblée et sur les communications une influence bonne ou mauvaise. Une réunion parfaite serait celle dont tous les membres, animés d'un égal amour du bien, n'amèneraient avec eux que de bons Esprits ; à défaut de la perfection, la meilleure sera celle où le bien l'emportera sur le mal. Ceci est trop logique pour qu'il soit nécessaire d'insister.
D'un autre côté, l'Esprit arrivant dans un milieu complètement sympathique, y est plus à son aise ; n'y trouvant que des amis, il y vient plus volontiers, et il est plus disposé à répondre. Quiconque a suivi avec quelque attention les manifestations spirites intelligentes a pu se convaincre de cette vérité. Si les pensées sont divergentes, il en résulte un choc d'idées désagréables pour l'Esprit, et par conséquent nuisible à la manifestation. Il en est de même d'un homme qui doit parler dans une assemblée ; s'il sent toutes les pensées lui être sympathiques et bienveillantes, l'impression qu'il en reçoit réagit sur ses propres idées et leur donne plus de verve ; l'unanimité de ce concours exerce sur lui une sorte d'action magnétique qui décuple ses moyens, tandis que l'indifférence ou l'hostilité le trouble et le paralyse ; c'est ainsi que les acteurs sont électrisés par les applaudissements ; or, les Esprits, bien plus impressionnables que les humains, doivent subir bien mieux encore l'influence du milieu.
Toute réunion spirite doit donc tendre à l'homogénéité la plus grande possible ; il est bien entendu que nous parlons de celles qui veulent arriver à des résultats sérieux et vraiment utiles ; si l'on veut simplement obtenir des communications quand même, sans s'inquiéter de la qualité de ceux qui les donnent, il est évident que toutes ces précautions ne sont pas nécessaires, mais alors il ne faut pas se plaindre de la qualité du produit.
Des sociétés proprement dites
Le spiritisme qui naît à peine est encore trop diversement apprécié, trop peu compris dans son essence par un grand nombre d'adeptes, pour offrir un lien puissant entre les membres de ce qu'on pourrait appeler une association. Ce lien ne peut exister qu'entre ceux qui en voient le but moral, le comprennent et se l'appliquent à eux-mêmes. Entre ceux qui n'y voient que des faits plus ou moins curieux, il ne saurait y avoir un lien sérieux ; mettant les faits au-dessus des principes, une simple divergence dans la manière de les envisager peut les diviser. Il n'en est pas de même des premiers, car sur la question morale il ne peut exister deux manières de voir ; aussi est-il à remarquer que partout où ils se rencontrent, une confiance réciproque les attire les uns vers les autres ; la bienveillance mutuelle qui règne entre eux bannit la gêne et la contrainte qui naissent de la susceptibilité, de l'orgueil qui se froisse de la moindre contradiction, de l'égoïsme qui rapporte tout à soi. Une société où de tels sentiments régneraient sans partage, où l'on se réunirait dans le but de venir s'instruire aux enseignements des Esprits, et non dans l'espérance de voir des choses plus ou moins intéressantes, ou pour faire prévaloir son opinion, une telle société, disons-nous, serait non seulement viable, mais indissoluble. La difficulté de réunir encore de nombreux éléments homogènes à ce point de vue nous porte à dire que, dans l'intérêt des études et pour le bien de la chose même, les réunions spirites doivent viser à se multiplier par petits groupes plutôt qu'à chercher à se constituer en grandes agglomérations. Ces groupes, correspondant entre eux, se visitant, se transmettant leurs observations, peuvent dès à présent former le noyau de la grande famille spirite qui ralliera un jour toutes les opinions, et unira les hommes dans un même sentiment de fraternité, scellé par la charité chrétienne.
On dira sans doute que les membres d'une société qui agiraient comme nous venons de le dire ne seraient pas de vrais spirites, puisque le premier devoir qu'impose la doctrine, c'est la charité et la bienveillance. Cela est parfaitement juste ; aussi ceux qui pensent ainsi sont-ils spirites de nom plutôt que de fait ; ils n'appartiennent assurément pas à la troisième catégorie (voir n° 28) ; mais qui dit que ce sont même des spirites quelconques ? Ici se présente une considération qui n'est pas sans gravité.
On peut donc établir en principe que quiconque, dans une réunion spirite, provoque au désordre ou à la désunion, ostensiblement ou par-dessous mains, par des moyens quelconques, est, ou un agent provocateur, ou tout au moins un très mauvais spirite dont on ne saurait se débarrasser trop tôt ; mais les engagements mêmes qui lient tous les membres y mettent souvent obstacle ; c'est pourquoi il convient d'éviter les engagements indissolubles ; les hommes de bien sont toujours assez engagés ; les mal intentionnés le sont toujours trop.
Parfaite communauté de vues et de sentiments ;
Bienveillance réciproque entre tous les membres ;
Abnégation de tout sentiment contraire à la véritable charité chrétienne ;
Désir unique de s'instruire et de s'améliorer par l'enseignement des bons Esprits, et mise à profit de leurs conseils. Quiconque est persuadé que les Esprits supérieurs se manifestent en vue de nous faire progresser et non pour notre agrément, comprendra qu'ils doivent se retirer de ceux qui se bornent à admirer leur style sans en retirer aucun fruit, et ne prisent l'attrait des séances que par le plus ou moins d'intérêt qu'elles leur offrent selon leurs goûts particuliers ;
Exclusion de tout ce qui, dans les communications demandées aux Esprits, n'aurait qu'un but de curiosité ;
Recueillement et silence respectueux pendant les entretiens avec les Esprits ;
Association de tous les assistants, par la pensée, à l'appel fait aux Esprits que l'on évoque ;
Concours des médiums de l'assemblée avec abnégation de tout sentiment d'orgueil, d'amour-propre et de suprématie, et par l'unique désir de se rendre utiles.
Ces conditions sont-elles si difficiles à remplir qu'on ne puisse les rencontrer ? Nous ne le pensons pas ; nous espérons au contraire que les réunions vraiment sérieuses, comme il en existe déjà dans différentes localités, se multiplieront, et nous n'hésitons pas à dire que c'est à elles que le spiritisme devra sa plus puissante propagation ; en ralliant les hommes honnêtes et consciencieux, elles imposeront silence à la critique, et plus leurs intentions seront pures, plus elles seront respectées même de leurs adversaires ; lorsque la raillerie s'attaque au bien, elle cesse de faire rire : elle se rend méprisable. C'est entre les réunions de ce genre qu'un véritable lien sympathique, une solidarité mutuelle s'établiront par la force des choses et contribueront au progrès général.
Les manifestations physiques, comme nous l'avons dit, ont une grande utilité ; elles ouvrent un vaste champ à l'observateur, car c'est tout un ordre de phénomènes insolites qui se déroule à ses yeux, et dont les conséquences sont incalculables. Une assemblée peut donc s'en occuper dans des vues très sérieuses, mais elle ne saurait atteindre son but, soit comme étude, soit comme moyen de conviction, si elle ne se place dans des conditions favorables ; la première de toutes est, non pas la foi des assistants, mais leur désir de s'éclairer, sans arrière-pensée, sans parti pris de rejeter même l'évidence ; la seconde est la restriction de leur nombre pour éviter le mélange des éléments hétérogènes. Si les manifestations physiques sont produites en général par les Esprits les moins avancés, elles n'en ont pas moins un but providentiel, et les bons Esprits les favorisent toutes les fois qu'elles peuvent avoir un résultat utile.
Sujets d'études
Avec les Esprits élevés, le cadre des études s'élargit ; outre les questions psychologiques qui ont une limite, on peut leur proposer une foule de problèmes moraux qui s'étendent à l'infini sur toutes les positions de la vie, sur la meilleure conduite à tenir dans telle ou telle circonstance donnée, sur nos devoirs réciproques, etc.. La valeur de l'instruction que l'on reçoit sur un sujet quelconque, moral, historique, philosophique ou scientifique, dépend entièrement de l'état de l'Esprit que l'on interroge ; c'est à nous de juger.
1° Lecture des communications spirites obtenues dans la dernière séance, mises au net.
2° Rapports divers. - Correspondance. - Lecture des communications obtenues en dehors des séances. - Relation de faits intéressant le spiritisme.
3° Travaux d'étude. - Dictées spontanées. Questions diverses et problèmes moraux proposés aux Esprits. - Evocations.
4° Conférence. - Examen critique et analytique des diverses communications. - Discussion sur les différents points de la science spirite.
Rivalité entre les sociétés
Certains Esprits, plus présomptueux que logiques, tentent parfois d'imposer des systèmes étranges et impraticables, à la faveur des noms vénérés dont ils se parent. Le bon sens fait bientôt justice de ces utopies, mais en attendant elles peuvent semer le doute et l'incertitude parmi les adeptes ; de là souvent une cause de dissentiments momentanés. Outre les moyens que nous avons donnés de les apprécier, il est un autre critérium qui donne la mesure de leur valeur : c'est le nombre de partisans qu'ils recrutent. La raison dit que le système qui trouve le plus d'écho dans les masses, doit être plus près de la vérité que celui qui est repoussé par la majorité, et voit ses rangs s'éclaircir ; aussi tenez pour certain que les Esprits qui refusent la discussion de leur enseignement, c'est qu'ils en comprennent la faiblesse.
Telle est la voie dans laquelle nous nous sommes efforcé de faire entrer le spiritisme. Le drapeau que nous arborons hautement est celui du spiritisme chrétien et humanitaire, autour duquel nous sommes heureux de voir déjà tant d'hommes se rallier sur tous les points du globe, parce qu'ils comprennent que là est l'ancre de salut, la sauvegarde de l'ordre public, le signal d'une ère nouvelle pour l'humanité. Nous convions toutes les sociétés spirites à concourir à cette grande oeuvre ; que d'un bout du monde à l'autre elles se tendent une main fraternelle, et elles enlaceront le mal dans des filets inextricables.
CHAPITRE XXX - RÈGLEMENT DE LA SOCIÉTÉ PARISIENNE DES ÉTUDES SPIRITES
Nota. - Quoique ce règlement soit le fruit de l'expérience, nous ne le donnons point comme une loi absolue, mais uniquement pour la facilité des sociétés qui voudraient se former, et qui pourront y puiser les dispositions qu'elles croiront utiles et applicables aux circonstances qui leur sont propres. Quelque simplifiée qu'en soit l'organisation, elle peut l'être encore beaucoup plus quand il s'agit, non de sociétés régulièrement constituées, mais de simples réunions intimes qui n'ont besoin d'établir que des mesures d'ordre, de précaution et de régularité dans les travaux.
Nous le donnons également pour la gouverne des personnes qui voudraient se mettre en rapport avec la Société parisienne, soit comme correspondants, soit à titre de membres de la Société.
Elle prend pour titre : Société parisienne des Etudes spirites.
ART. 2. - La Société se compose de membres titulaires, d'associés libres et de membres correspondants.
Elle peut conférer le titre de membre honoraire aux personnes résidant en France ou à l'étranger qui, par leur position ou leurs travaux, peuvent lui rendre des services signalés.
Les membres honoraires sont tous les ans soumis à une réélection.
ART. 3. - La Société n'admet que les personnes qui sympathisent avec ses principes et le but de ses travaux ; celles qui sont déjà initiées aux principes fondamentaux de la science spirite, ou qui sont sérieusement animées du désir de s'en instruire. En conséquence, elle exclut quiconque pourrait apporter des éléments de trouble au sein des réunions, soit par un esprit d'hostilité ou d'opposition systématique, soit par toute autre cause, et faire ainsi perdre le temps en discussions inutiles.
Tous les membres se doivent réciproquement bienveillance et bons procédés ; ils doivent, en toutes circonstances, mettre le bien général au-dessus des questions personnelles et d'amour-propre.
ART. 4. - Pour être admis comme associé libre, il faut adresser au Président une demande écrite, apostillée par deux membres titulaires qui se rendent garants des intentions du postulant.
La lettre de demande doit relater sommairement : 1° si le postulant possède déjà des connaissances en matière de spiritisme ; 2° l'état de ses convictions sur les points fondamentaux de la science ; 3° l'engagement de se conformer en tout au règlement.
La demande est soumise au comité qui l'examine et propose, s'il y a lieu, l'admission, l'ajournement ou le rejet.
L'ajournement est de rigueur pour tout candidat qui ne posséderait aucun des éléments de la science spirite, et ne sympathiserait pas avec les principes de la Société.
Les associés libres ont droit d'assister à toutes les séances, de participer aux travaux et aux discussions qui ont pour objet l'étude ; mais, dans aucun cas, ils n'ont voix délibérative pour ce qui concerne les affaires de la Société.
Les associés libres ne sont engagés que pour l'année de leur admission, et leur maintien dans la Société doit être ratifié à la fin de cette première année.
ART. 5. - Pour être membre titulaire, il faut avoir été au moins pendant un an associé libre, avoir assisté à plus de la moitié des séances, et avoir donné, pendant ce temps, des preuves notoires de ses connaissances et de ses convictions en fait de spiritisme, de son adhésion aux principes de la Société, et de sa volonté d'agir en toutes circonstances, à l'égard de ses collègues, selon les principes de la charité et de la morale spirite.
Les associés libres qui auront assisté régulièrement pendant six mois aux séances de la Société pourront être admis comme membres titulaires si, du reste, ils remplissent les autres conditions.
L'admission est proposée d'office par le comité, avec l'assentiment de l'associé, si elle est en outre appuyée par trois autres membres titulaires. Elle est ensuite prononcée, s'il y a lieu, par la Société, au scrutin secret, après un rapport verbal du comité.
Les membres titulaires ont seuls voix délibérative, et jouissent seuls de la faculté accordée par l'article 25.
ART. 6. - La Société limitera, si elle le juge à propos, le nombre des associés libres et des membres titulaires.
ART. 7. - Les membres correspondants sont ceux qui, ne résidant point à Paris, sont en rapport avec la Société, et lui fournissent des documents utiles pour ses études. Ils peuvent être nommés sur la présentation d'un seul membre titulaire.
ART. 9. - Le bureau se compose de :
1 Président. - 1 Vice-président. - 1 Secrétaire principal. 2 Secrétaires adjoints. - 1 Trésorier.
Il pourra en outre être nommé un ou plusieurs Présidents honoraires.
A défaut du Président et du Vice-président, les séances pourront être présidées par l'un des membres du comité.
ART. 10. - Le Président-directeur doit tous ses soins aux intérêts de la Société et de la science spirite. Il a la direction générale et la haute surveillance de l'administration, ainsi que la conservation des archives.
Le Président est nommé pour trois ans, et les autres membres du bureau pour un an, et indéfiniment rééligibles.
ART. 11. - Le comité est composé des membres du bureau et de cinq autres membres titulaires choisis de préférence parmi ceux qui auront apporté un concours actif dans les travaux de la Société, rendu des services à la cause du spiritisme, ou donné des gages de leur esprit bienveillant et conciliant. Ces cinq membres sont, comme les membres du bureau, nommés pour un an et rééligibles.
Le comité est présidé de droit par le Président-directeur, ou à son défaut, par le Vice-président ou celui de ses membres qui sera désigné à cet effet.
Le comité est chargé de l'examen préalable de toutes les questions et propositions administratives et autres à soumettre à la Société ; il contrôle les recettes et les dépenses de la Société et les comptes du Trésorier ; il autorise les dépenses courantes, et arrête toutes les mesures d'ordre qui seront jugées nécessaires.
Il examine en outre les travaux et sujets d'étude proposés par les différents membres, en prépare lui-même de son côté, et fixe l'ordre des séances, de concert avec le Président.
Le Président peut toujours s'opposer à ce que certains sujets soient traités et mis à l'ordre du jour, sauf à lui à en référer à la Société, qui décidera.
Le comité se réunit régulièrement avant l'ouverture des séances pour l'examen des choses courantes, et en outre à tout autre moment qu'il jugera convenable.
Les membres du bureau et du comité qui auront été absents pendant trois mois consécutifs sans en avoir donné avis, sont censés avoir résigné leurs fonctions, et il sera pourvu à leur remplacement.
ART. 12. - Les décisions, soit de la Société, soit du comité, sont prises à la majorité absolue des membres présents ; en cas de partage, la voix du Président est prépondérante.
Le comité peut délibérer lorsque quatre de ses membres sont présents.
Le scrutin secret est de droit s'il est réclamé par cinq membres.
ART. 13. - Tous les trois mois, six membres, choisis parmi les titulaires ou les associés libres, sont désignés pour remplir les fonctions de commissaires.
Les commissaires sont chargés de veiller à l'ordre et à la bonne tenue des séances, et de vérifier le droit d'entrée de toute personne étrangère qui se présente pour y assister.
A cet effet, les membres désignés s'entendront pour que l'un d'eux soit présent à l'ouverture des séances.
ART. 14. - L'année sociale commence le 1 avril.
Les nominations du bureau et du comité se feront dans la première séance du mois de mai. Les membres en exercice continueront leurs fonctions jusqu'à cette époque.
ART. 15. - Pour subvenir aux dépenses de la Société, il est payé une cotisation annuelle de 24 francs pour les titulaires, et de 20 francs pour les associés libres.
Les membres titulaires, lors de leur réception, acquittent en outre un droit d'entrée de 10 francs une fois payé.
La cotisation se paye intégralement pour l'année courante.
Les membres admis dans le courant de l'année n'auront à payer, pour cette première année, que les trimestres à échoir, y compris celui de leur admission.
Lorsque le mari et la femme sont reçus associés libres, ou titulaires, il n'est exigé qu'une cotisation et demie pour les deux.
Tous les six mois, le 1 avril et le 1 octobre, le Trésorier rend compte au comité de l'emploi et de la situation des fonds.
Les dépenses courantes en loyers et autres frais obligatoires étant acquittées, s'il y a un excédent, la Société en déterminera l'emploi.
ART. 16. - Il est remis à tous les membres reçus, associés libres ou titulaires, une carte d'admission constatant leur titre. Cette carte est déposée chez le Trésorier, où le nouveau membre peut la retirer en acquittant sa cotisation et le droit d'entrée. Le nouveau membre ne peut assister aux séances qu'après avoir retiré sa carte. A défaut par lui de l'avoir retirée un mois après sa nomination, il est censé démissionnaire.
Sera également réputé démissionnaire tout membre qui n'aurait pas acquitté sa cotisation annuelle dans le premier mois du renouvellement de l'année sociale, après un avis du Trésorier demeuré sans effet.
Les séances sont particulières ou générales ; elles ne sont jamais publiques.
Toute personne faisant partie de la Société à un titre quelconque doit, à chaque séance, apposer son nom sur une liste de présence.
ART. 18. - Le silence et le recueillement sont rigoureusement exigés pendant les séances, et principalement pendant les études. Nul ne peut prendre la parole sans l'avoir obtenue du Président.
Toutes les questions adressées aux Esprits doivent l'être par l'intermédiaire du Président, qui peut refuser de les poser, selon les circonstances.
Sont notamment interdites toutes les questions futiles, d'intérêt personnel, de pure curiosité, ou faites en vue de soumettre les Esprits à des épreuves, ainsi que toutes celles qui n'ont pas un but d'utilité générale au point de vue des études.
Sont également interdites toutes les discussions qui détourneraient de l'objet spécial dont on s'occupe.
ART. 19. - Tout membre a le droit de demander le rappel à l'ordre contre quiconque s'écarterait des convenances dans la discussion, ou troublerait les séances d'une manière quelconque. Le rappel est immédiatement mis aux voix ; s'il est adopté, il est inscrit au procès-verbal.
Trois rappels à l'ordre dans l'espace d'une année entraînent de droit la radiation du membre qui les aura encourus, quel que soit son titre.
ART. 20. - Aucune communication spirite obtenue en dehors de la Société ne peut être lue avant d'avoir été soumise, soit au Président, soit au comité, qui peuvent en admettre ou en refuser la lecture.
Une copie de toute communication étrangère dont la lecture aura été autorisée doit rester déposée aux archives.
Toutes les communications obtenues pendant les séances appartiennent à la Société ; les médiums qui les ont écrites peuvent en prendre copie.
ART. 21. - Les séances particulières sont réservées aux membres de la société ; elles ont lieu le 1°, le 3° et, s'il y a lieu, le 5° vendredi de chaque mois.
La société réserve pour les séances particulières toutes les questions concernant ses affaires administratives, ainsi que les sujets d'étude qui réclament le plus de tranquillité et de concentration, ou qu'elle juge à propos d'approfondir avant de les produire devant des personnes étrangères.
Ont droit d'assister aux séances particulières, outre les membres titulaires et les associés libres, les membres correspondants temporairement à Paris, et les médiums qui prêtent leur concours à la Société.
Aucune personne étrangère à la Société n'est admise aux séances particulières, sauf les cas exceptionnels et avec l'assentiment préalable du Président.
ART. 22. - Les séances générales ont lieu le 2° et le 4° vendredi de chaque mois.
Dans les séances générales, la Société autorise l'admission d'auditeurs étrangers qui peuvent y assister temporairement sans en faire partie. Elle peut retirer cette autorisation quand elle le jugera à propos.
Nul ne peut assister aux séances comme auditeur sans être présenté au Président par un membre de la Société, qui se rend garant de son attention à ne causer ni trouble ni interruption.
La Société n'admet, comme auditeurs, que les personnes aspirant à devenir membres, ou qui sont sympathiques à ses travaux, et déjà suffisamment initiées à la science spirite pour les comprendre. L'admission doit être refusée d'une manière absolue à quiconque n'y serait attiré que par un motif de curiosité, ou dont les opinions seraient hostiles.
La parole est interdite aux auditeurs, sauf les cas exceptionnels appréciés par le Président. Celui qui troublerait l'ordre d'une manière quelconque, ou manifesterait de la malveillance pour les travaux de la Société, pourrait être invité à se retirer, et, dans tous les cas, mention en sera faite sur la liste d'admission, et l'entrée lui serait interdite à l'avenir.
Le nombre des auditeurs devant être limité sur celui des places disponibles, ceux qui pourront assister aux séances devront être inscrits d'avance sur un registre destiné à cet effet, avec mention de leur adresse et de la personne qui les recommande. En conséquence, toute demande d'entrée devra être adressée plusieurs jours avant la séance au Président, qui seul délivre les lettres d'introduction jusqu'à la clôture de la liste.
Les lettres d'introduction ne peuvent servir que pour le jour indiqué et pour les personnes désignées.
L'entrée ne peut être accordée au même auditeur pour plus de deux séances, sauf l'autorisation du Président, et pour des cas exceptionnels. Le même membre ne peut présenter plus de deux personnes à la fois. Les entrées données par le Président ne sont pas limitées.
Les auditeurs ne sont plus admis après l'ouverture de la séance.
Ils sont également invités à lui signaler toutes les publications qui peuvent avoir un rapport plus ou moins direct avec l'objet de ses travaux.
ART. 24. - La Société fait un examen critique des divers ouvrages publiés sur le spiritisme, lorsqu'elle le juge à propos. A cet effet, elle charge un de ses membres, associé libre ou titulaire, de lui faire un compte rendu qui sera imprimé, s'il y a lieu, dans la Revue spirite.
ART. 25. - La Société créera une bibliothèque spéciale composée des ouvrages qui lui seront offerts, et de ceux dont elle fera l'acquisition.
Les membres titulaires pourront venir au siège de la Société consulter soit la bibliothèque, soit les archives, aux jours et heures qui seront fixés à cet effet.
ART. 26. - La Société considérant que sa responsabilité peut se trouver moralement engagée par les publications particulières de ses membres, nul ne peut prendre, dans un écrit quelconque, le titre de membre de la Société sans y être autorisé par elle, et sans qu'au préalable elle ait pris connaissance du manuscrit. Le comité sera chargé de lui faire un rapport à ce sujet. Si la Société juge l'écrit incompatible avec ses principes, l'auteur, après avoir été entendu, sera invité, soit à le modifier, soit à renoncer à sa publication, soit enfin à ne point se faire connaître comme membre de la Société. Faute par lui de se soumettre à la décision qui sera prise, sa radiation pourra être prononcée.
Tout écrit publié par un membre de la Société sous le voile de l'anonyme, et sans aucune mention qui puisse le faire connaître comme tel, rentre dans la catégorie des publications ordinaires dont la Société se réserve l'appréciation. Toutefois, sans vouloir entraver la libre émission des opinions personnelles, la Société invite ceux de ses membres qui seraient dans l'intention de faire des publications de ce genre à réclamer au préalable son avis officieux, dans l'intérêt de la science.
ART. 27. - La Société, voulant maintenir dans son sein l'unité de principes et l'esprit d'une bienveillance réciproque, pourra prononcer la radiation de tout membre qui serait une cause de trouble, ou se mettrait en hostilité ouverte avec elle par des écrits compromettants pour la doctrine, par des opinions subversives, ou par une manière d'agir qu'elle ne saurait approuver. La radiation ne sera toutefois prononcée qu'après avis officieux préalable demeuré sans effet, et après avoir entendu le membre inculpé, s'il juge à propos de s'expliquer. La décision sera prise au scrutin secret et à la majorité des trois quarts des membres présents.
ART. 28. - Tout membre qui se retire volontairement dans le courant de l'année ne peut réclamer la différence des cotisations versées par lui ; cette différence sera remboursée en cas de radiation prononcée par la Société.
ART. 29. - Le présent règlement pourra être modifié, s'il y a lieu. Les propositions de modifications ne pourront être faites à la Société que par l'organe de son Président, auquel elles devront être transmises, et dans le cas où elles auraient été admises par le comité.
La Société peut, sans modifier son règlement dans les points essentiels, adopter toutes les mesures complémentaires qu'elle jugera utiles.
CHAPITRE XXXI — DISSERTATIONS SPIRITES
Sur le spiritisme
SAINT AUGUSTIN.
CHATEAUBRIAND.
Si le spiritisme ressuscite le spiritualisme, il rendra à la société l'élan qui donne aux uns la dignité intérieure, aux autres la résignation, à tous le besoin de s'élever vers l'Etre suprême oublié et méconnu par ses ingrates créatures.
J.-J. ROUSSEAU.
UN ESPRIT FAMILIER.
SAINT BENOIT.
Ne tourmentez personne par aucune insistance ; la persuasion ne viendra aux incrédules que par votre désintéressement, que par votre tolérance et votre charité pour tous sans exception.
Gardez-vous surtout de violenter l'opinion, même par vos paroles ou par des démonstrations publiques. Plus vous serez modestes, plus vous arriverez à vous faire apprécier. Qu'aucun mobile personnel ne vous fasse agir, et vous trouverez dans vos consciences une force attractive que le bien seul procure.
Les Esprits, par ordre de Dieu, travaillent pour le progrès de tous sans exception ; vous, spirites, faites de même.
SAINT LOUIS.
CHANNING.
CHANNING.
Mais les hommes ingrats se sont détournés de la voie droite et large qui conduit au royaume de mon Père, et ils se sont égarés dans les âpres sentiers de l'impiété. Mon Père ne veut pas anéantir la race humaine ; il veut, non plus par des prophètes, non plus par des apôtres, il veut que vous aidant les uns les autres, morts et vivants, c'est-à-dire morts selon la chair, car la mort n'existe pas, vous vous secouriez, et que la voix de ceux qui ne sont plus se fasse entendre pour vous crier : Priez et croyez ! car la mort est la résurrection, et la vie, l'épreuve choisie pendant laquelle vos vertus cultivées doivent grandir et se développer comme le cèdre.
Croyez aux voix qui vous répondent : ce sont les âmes elles-mêmes de ceux que vous évoquez. Je ne me communique que rarement ; mes amis, ceux qui ont assisté à ma vie et à ma mort sont les interprètes divins des volontés de mon Père.
Hommes faibles qui croyez à l'erreur de vos obscures intelligences, n'éteignez pas le flambeau que la clémence divine place entre vos mains pour éclairer votre route et vous ramener, enfants perdus, dans le giron de votre Père.
Je vous le dis, en vérité, croyez à la diversité, à la multiplicité des Esprits qui vous entourent. Je suis trop touché de compassion pour vos misères, pour votre immense faiblesse, pour ne pas tendre une main secourable aux malheureux égarés qui, voyant le ciel, tombent dans l'abîme de l'erreur. Croyez, aimez, comprenez les vérités qui vous sont révélées ; ne mêlez pas l'ivraie au bon grain, les systèmes aux vérités.
Spirites ! aimez-vous, voilà le premier enseignement ; instruisez-vous, voilà le second. Toutes vérités se trouvent dans le christianisme ; les erreurs qui y ont pris racine sont d'origine humaine ; et voilà qu'au-delà du tombeau que vous croyiez le néant, des voix vous crient : Frères ! rien ne périt ; Jésus-Christ est le vainqueur du mal, soyez les vainqueurs de l'impiété.
Remarque. Cette communication, obtenue par un des meilleurs médiums de la Société spirite de Paris, est signée d'un nom que le respect ne nous permet de reproduire que sous toutes réserves, tant serait grande l'insigne faveur de son authenticité, et parce qu'il en a été trop souvent abusé dans des communications évidemment apocryphes ; ce nom est celui de Jésus de Nazareth. Nous ne doutons nullement qu'il ne puisse se manifester ; mais si les Esprits vraiment supérieurs ne le font que dans des circonstances exceptionnelles, la raison nous défend de croire que l'Esprit pur par excellence réponde à l'appel du premier venu ; il y aurait, dans tous les cas, profanation à lui attribuer un langage indigne de lui.
C'est par ces considérations que nous nous sommes toujours abstenus de rien publier qui portât ce nom ; et nous croyons qu'on ne saurait être trop circonspect dans les publications de ce genre, qui n'ont d'authenticité que pour l'amour-propre, et dont le moindre inconvénient est de fournir des armes aux adversaires du spiritisme.
Comme nous l'avons dit, plus les Esprits sont élevés dans la hiérarchie, plus leur nom doit être accueilli avec défiance ; il faudrait être doué d'une bien grande dose d'orgueil pour se flatter d'avoir le privilège de leurs communications, et se croire digne de converser avec eux comme avec ses égaux. Dans la communication ci-dessus, nous ne constatons qu'une chose, c'est la supériorité incontestable du langage et des pensées, laissant à chacun le soin de juger si celui dont elle porte le nom ne la désavouerait pas.
Sur les médiums
CHANNING.
PIERRE JOUTY (père du médium).
Je ne saurais trop vous rappeler de vous recommander à votre ange gardien, pour qu'il vous aide à être toujours en garde contre votre plus cruel ennemi qui est l'orgueil. Rappelez-vous bien, vous qui avez le bonheur d'être les interprètes entre les Esprits et les hommes, que, sans l'appui de notre divin maître, vous serez punis plus sévèrement, parce que vous aurez été plus favorisés.
J'espère que cette communication portera ses fruits, et je désire qu'elle puisse aider les médiums à se tenir en garde contre l'écueil où ils viendraient se briser ; cet écueil, je vous l'ai dit, c'est l'orgueil.
JEANNE D'ARC.
Que le médium d'entre vous qui ne se sentirait pas la force de persévérer dans l'enseignement spirite s'abstienne ; car ne mettant pas à profit la lumière qui l'éclaire, il sera moins excusable qu'un autre, et il devra expier son aveuglement.
PASCAL.
DELPHINE DE GIRARDIN.
L'ESPRIT DE VERITE.
Sur les réunions spirites
SAINT AUGUSTIN.
Saint Augustin, prié de vouloir bien dicter une formule d'invocation générale, répondit :
Vous savez qu'il n'y a pas de formule absolue : Dieu est trop grand pour attacher plus d'importance aux mots qu'à la pensée. Or, ne croyez pas qu'il suffise de prononcer quelques paroles pour écarter les mauvais Esprits ; gardez-vous surtout d'en faire une de ces formules banales que l'on récite pour l'acquit de sa conscience ; son efficacité est dans la sincérité du sentiment qui la dicte ; elle est surtout dans l'unanimité de l'intention, car aucun de ceux qui ne s'y associeraient pas de coeur ne saurait en bénéficier, ni en faire bénéficier les autres. Rédigez-la donc vous-même, et soumettez-la-moi si vous voulez ; je vous aiderai.
Nota. La formule suivante d'invocation générale a été rédigée avec le concours de l'Esprit qui l'a complétée en plusieurs points.
«Nous prions Dieu Tout-Puissant de nous envoyer de bons Esprits pour nous assister, et d'éloigner ceux qui pourraient nous induire en erreur ; donnez-nous la lumière nécessaire pour distinguer la vérité de l'imposture.
Ecartez aussi les Esprits malveillants qui pourraient jeter la désunion parmi nous en suscitant l'envie, l'orgueil et la jalousie. Si quelques-uns tentaient de s'introduire ici, au nom de Dieu, nous les adjurons de se retirer.
Bons Esprits qui présidez à nos travaux, daignez venir nous instruire, et rendez-nous dociles à vos conseils. Faites que tout sentiment personnel s'efface en nous devant la pensée du bien général.
Nous prions notamment ..., notre protecteur spécial, de vouloir bien nous donner son concours aujourd'hui.»
SAINT LOUIS.
SAINT LOUIS.
Ayant demandé à saint Louis s'il entendait par là blâmer les manifestations physiques, il répondit :
«Je ne saurais blâmer les manifestations physiques, puisque, si elles ont lieu, c'est avec la permission de Dieu et dans un but utile ; en disant qu'elles furent le vestibule de la science, je leur assigne leur véritable rang, et j'en constate l'utilité. Je ne blâme que ceux qui en font un objet d'amusement et de curiosité, sans en tirer l'enseignement qui en est la conséquence ; elles sont à la philosophie du spiritisme ce que la grammaire est à la littérature, et celui qui est arrivé à un certain degré dans une science ne perd plus son temps à en repasser les éléments.»
SAINT LOUIS.
SAINT VINCENT DE PAUL.
Vous rendez-vous bien compte de ce que doit être une réunion spirite ? Non ; car dans votre zèle vous croyez que ce qu'il y a de mieux à faire, c'est de réunir le plus grand nombre de personnes, afin de les convaincre. Détrompez-vous ; moins vous serez, plus vous obtiendrez. C'est surtout par l'ascendant moral que vous exercerez que vous amènerez à vous les incrédules, bien plus que par les phénomènes que vous obtiendrez ; si vous n'attirez que par les phénomènes, on viendra vous voir par curiosité, et vous trouverez des curieux qui ne vous croiront pas et qui riront de vous ; si l'on ne trouve parmi vous que des gens dignes d'estime, on ne vous croira peut-être pas tout de suite, mais on vous respectera, et le respect inspire toujours la confiance. Vous êtes convaincus que le spiritisme doit amener une réforme morale ; que votre réunion soit donc la première à donner l'exemple des vertus chrétiennes, car dans ce temps d'égoïsme, c'est dans les sociétés spirites que la véritable charité doit trouver un refuge. [1] Telle doit être, mes amis, une réunion de vrais spirites. Une autre fois, je vous donnerai d'autres conseils.
FENELON.
FENELON.
Vous ne devez tolérer aucune conversation lorsque des Esprits sont questionnés. Vous avez parfois des communications qui demandent des répliques sérieuses de votre part, et des réponses non moins sérieuses de la part des Esprits évoqués qui éprouvent, croyez-le bien, du mécontentement des chuchotements continuels de certains assistants ; de là rien de complet ni de vraiment sérieux ; le médium qui écrit éprouve, lui aussi, des distractions très nuisibles à son ministère.
SAINT LOUIS.
GEORGES (Esprit familier).
MASSILLON.
SAINT VINCENT DE PAUL.
D'un autre côté, croyez bien que lorsqu'une vérité doit être révélée à l'humanité, elle est pour ainsi dire instantanément communiquée dans tous les groupes sérieux, qui possèdent de sérieux médiums, et non pas à tels ou tels à l'exclusion de tous autres. Nul n'est parfait médium s'il est obsédé, et il y a obsession manifeste lorsqu'un médium n'est apte qu'à recevoir les communications d'un Esprit spécial, si haut que celui-ci cherche à se placer lui-même. En conséquence, tout médium, tout groupe qui se croient privilégiés par des communications que seuls ils peuvent recevoir, et qui, d'autre part, sont assujettis à des pratiques qui frisent la superstition, sont indubitablement sous le coup d'une obsession des mieux caractérisées, surtout quand l'Esprit dominateur se targue d'un nom que tous, Esprits et incarnés, nous devons honorer et respecter, et ne pas laisser commettre à tout propos.
Il est incontestable qu'en soumettant au creuset de la raison et de la logique toutes les données et toutes les communications des Esprits, il sera facile de repousser l'absurdité et l'erreur. Un médium peut être fasciné, un groupe abusé ; mais le contrôle sévère des autres groupes, mais la science acquise, et la haute autorité morale des chefs de groupes, mais les communications des principaux médiums qui reçoivent un cachet de logique et d'authenticité de nos meilleurs Esprits, feront rapidement justice de ces dictées mensongères et astucieuses émanées d'une tourbe d'Esprits trompeurs ou méchants.
ERASTE (disciple de saint Paul).
Remarque. Un des caractères distinctifs de ces Esprits qui veulent s'imposer et faire accepter des idées bizarres et systématiques, c'est de prétendre, fussent-ils seuls de leur avis, avoir raison contre tout le monde. Leur tactique est d'éviter la discussion, et quand ils se voient combattus victorieusement par les armes irrésistibles de la logique, ils refusent dédaigneusement de répondre, et prescrivent à leurs médiums de s'éloigner des centres où leurs idées ne sont pas accueillies. Cet isolement est ce qu'il y a de plus fatal pour les médiums, parce qu'ils subissent, sans contrepoids, le joug de ces Esprits obsesseurs qui les conduisent, comme des aveugles, et les mènent souvent dans des voies pernicieuses.
Ce sont eux qui sèment des ferments d'antagonisme entre les groupes, qui les poussent à s'isoler les uns des autres, et à se voir d'un mauvais oeil. Cela seul suffirait pour les démasquer, car, en agissant ainsi, ils donnent eux-mêmes le plus formel démenti à ce qu'ils prétendent être. Aveugles donc sont les hommes qui se laissent prendre à un piège aussi grossier.
Mais il y a bien d'autres moyens de les reconnaître. Des Esprits de l'ordre auquel ils disent appartenir doivent être non seulement très bons, mais, en outre, éminemment logiques et rationnels. Eh bien ! passez leurs systèmes au tamis de la raison et du bon sens, et vous verrez ce qui en restera. Convenez donc avec moi que, toutes les fois qu'un Esprit indique, comme remède aux maux de l'humanité, ou comme moyens d'arriver à sa transformation, des choses utopiques et impraticables, des mesures puériles et ridicules ; quand il formule un système contredit par les plus vulgaires notions de la science, ce ne peut être qu'un Esprit ignorant et menteur.
D'un autre côté, croyez bien que si la vérité n'est pas toujours appréciée par les individus, elle l'est toujours par le bon sens des masses, et c'est encore là un critérium. Si deux principes se contredisent, vous aurez la mesure de leur valeur intrinsèque en cherchant celui qui trouve le plus d'échos et de sympathie ; il serait illogique, en effet, d'admettre qu'une doctrine qui verrait diminuer le nombre de ses partisans fût plus vraie que celle qui voit les siens s'augmenter. Dieu, voulant que la vérité arrive à tous, ne la confine pas dans un cercle étroit et restreint : il la fait surgir par différents points, afin que partout la lumière soit à côté des ténèbres.
ERASTE.
Remarque. La meilleure garantie qu'un principe est l'expression de la vérité, c'est lorsqu'il est enseigné et révélé par différents Esprits, par des médiums étrangers les uns aux autres, et en différents lieux, et lorsque, de plus, il est confirmé par la raison et sanctionné par l'adhésion du plus grand nombre. La vérité seule peut donner des racines à une doctrine ; un système erroné peut bien recruter quelques adhérents, mais comme il manque de la première condition de vitalité, il n'a qu'une existence éphémère ; c'est pourquoi il n'y a pas à s'en inquiéter : il se tue par ses propres erreurs, et tombera inévitablement devant l'arme puissante de la logique.
Communications apocryphes
VINCENT DE PAUL.
Remarque. Au point de vue du style, cette communication ne supporte pas la critique ; les incorrections, les pléonasmes, les tournures vicieuses sautent aux yeux de quiconque est tant soit peu lettré ; mais cela ne prouverait rien contre le nom dont elle est signée, attendu que ces imperfections pourraient tenir à l'insuffisance du médium, ainsi que nous l'avons démontré. Ce qui est le fait de l'Esprit, c'est l'idée ; or quand il dit qu'il y a sur notre planète plus de lieux ignorés que de lieux connus, qu'un nouveau continent va être découvert, c'est, pour un Esprit qui se dit supérieur, faire preuve de la plus profonde ignorance. Sans doute on peut découvrir par-delà les glaces quelques coins de terre inconnus, mais dire que ces terres sont peuplées et que Dieu les a cachées aux hommes afin qu'ils n'y portassent pas leurs mauvaises institutions, c'est avoir par trop foi dans la confiance aveugle de ceux à qui il débite de pareilles absurdités.
VINCENT DE PAUL.
Remarque. Cette communication a été obtenue dans le même cercle ; mais quelle différence avec la précédente ! non seulement pour les pensées, mais encore pour le style. Tout y est juste, profond, sensé, et certes saint Vincent de Paul ne la désavouerait pas, c'est pourquoi on peut sans crainte la lui attribuer.
Allez, enfants ; marchez le coeur haut, plein de foi ; la route que vous poursuivez est belle ; ne vous ralentissez pas ; suivez toujours la droite ligne, servez de guides à ceux qui viennent après vous, ils seront heureux, bien heureux !
Marchez, enfants ; vous n'avez pas besoin de la force des baïonnettes pour soutenir votre cause, vous n'avez besoin que de la foi ; la croyance, la fraternité et l'union, voilà vos armes ; avec celles-là vous êtes forts, plus puissants que tous les grands potentats de l'univers réunis, malgré leurs forces vivantes, leurs flottes, leurs canons et leur mitraille !
Vous qui combattez pour la liberté des peuples et la régénération de la grande famille humaine, allez, enfants, courage et persévérance, Dieu vous aidera. Bonsoir, au revoir.
NAPOLEON.
Remarque. Napoléon était, de son vivant, un homme grave et sérieux s'il en fut jamais ; tout le monde connaît son style bref et concis ; il aurait singulièrement dégénéré si, après sa mort, il était devenu verbeux et burlesque. Cette communication est peut-être de l'Esprit de quelque troupier qui s'appelait Napoléon.
VINCENT DE PAUL.
Remarque. Qui reconnaîtrait saint Vincent de Paul à ce langage, à ces pensées décousues et dépourvues de sens ? Que signifient ces mots : Non, on ne change pas de religion, on tombe de l'ineptie et de la domination dans la sagesse et dans la liberté ? Avec ses balles qui ne sont pas encore faites, nous soupçonnons fort cet Esprit d'être le même que celui qui a signé ci-dessus Napoléon.
Enfants, spiritualistes de ma nouvelle doctrine, soyez prêts à supporter, à braver les flots de l'adversité, les sarcasmes de vos ennemis. La foi marchera sans cesse en suivant votre étoile, qui vous conduira au chemin du bonheur éternel, telle que l'étoile conduisit pour la foi les mages de l'Orient à la crèche. Quelles que soient vos adversités, quelles que soient vos peines, et les larmes que vous aurez versées sur cette sphère d'exil, prenez courage, soyez persuadés que la joie qui vous inondera dans le monde des Esprits sera bien au-dessus des tourments de votre existence passagère. La vallée de larmes est une vallée qui doit disparaître pour faire place au brillant séjour de joie, de fraternité et d'union, où par votre bonne obéissance à la sainte révélation vous parviendrez. La vie, mes chers frères de cette sphère terrestre, toute préparatoire, ne peut durer que le temps nécessaire pour vivre bien préparé à cette vie qui ne pourra jamais finir. Aimez-vous, aimez-vous comme je vous ai aimés, et comme je vous aime encore ; frères, courage, frères ! Je vous bénis ; au ciel je vous attends.
JESUS.
De ces brillantes et lumineuses régions où la pensée humaine peut à peine arriver, l'écho de vos paroles et des miennes est venu frapper mon coeur.
Oh ! de quelle joie je me sens inondé en vous voyant, vous, les continuateurs de ma doctrine. Non, rien n'approche du témoignage de vos bonnes pensées ! Vous le voyez, enfants, l'idée régénératrice lancée par moi jadis dans le monde, persécutée, arrêtée un moment sous la pression des tyrans, s'en va désormais sans obstacles, éclairant les chemins à l'humanité si longtemps plongée dans les ténèbres.
Tout grand et désintéressé sacrifice, mes enfants, a tôt ou tard porté ses fruits. Mon martyr vous l'a prouvé ; mon sang versé pour ma doctrine sauvera l'humanité et effacera les fautes des grands coupables !
Soyez bénis, vous qui aujourd'hui prenez place dans la famille régénérée ! Allez, courage, enfants !
JESUS.
Remarque. Il n'y a sans doute rien de mauvais dans ces deux communications ; mais le Christ a-t-il jamais eu ce langage prétentieux, emphatique et boursouflé ? Qu'on les compare à celle que nous avons citée plus haut et qui porte le même nom, et l'on verra de quel côté est le cachet de l'authenticité.
Toutes ces communications ont été obtenues dans le même cercle. On remarque, dans le style, un air de famille, des tours de phrase identiques, les mêmes expressions souvent reproduites comme, par exemple, allez, allez, enfants, etc., d'où l'on peut conclure que c'est le même Esprit qui les a toutes dictées sous des noms différents. Dans ce cercle, cependant, très consciencieux du reste, mais un peu trop crédule, on ne faisait ni évocations, ni questions ; on attendait tout des communications spontanées, et l'on voit que ce n'est certes pas une garantie d'identité. Avec des questions un peu pressantes et serrées de logique, on eût facilement remis cet Esprit à sa place ; mais il savait n'avoir rien à craindre, puisqu'on ne lui demandait rien, et qu'on acceptait sans contrôle et les yeux fermés tout ce qu'il disait. (Voir n° 269.)
Dieu inspire souvent l'inquiétude de l'avenir aux hommes pour les pousser à la prévoyance ; et voyez comme grands sont les moyens pour parfaire à vos craintes semées à dessein, et qui, le plus souvent, cachent des pensées avides plutôt qu'une idée d'un sage approvisionnement inspiré par un sentiment d'humanité au profit des petits. Voyez les rapports de nations à nations qui en ressortiront ; voyez quelles transactions devront se réaliser ; que de moyens viendront concourir à parer vos craintes ! car, vous le savez, tout s'enchaîne ; aussi, grands et petits viendront à l'oeuvre.
Alors, ne voyez-vous pas déjà dans tout ce mouvement une source d'un certain bien-être pour la classe la plus laborieuse des Etats, classe vraiment intéressante que vous, les grands, vous, les omnipotents de cette terre, vous considérez comme gens taillables à merci, créés pour vos satisfactions.
Puis, qu'arrive-t-il après tout ce va-et-vient d'un pôle à l'autre ? C'est qu'une fois bien pourvus, souvent ce temps a changé ; le soleil, obéissant à la pensée de son créateur, a mûri en quelques jours vos moissons ; Dieu a mis l'abondance où votre convoitise méditait sur le manque, et malgré vous les petits pourront vivre ; et sans vous en douter, vous avez été à votre insu la cause d'une abondance.
Cependant il arrive, - Dieu le permet quelquefois, - que les méchants réussissent dans leurs projets cupides ; mais alors c'est un enseignement que Dieu veut donner à tous ; c'est la prévoyance humaine qu'il veut stimuler ; c'est l'ordre infini qui règne dans la nature, c'est le courage contre les événements que doivent imiter, que doivent supporter avec résignation les hommes.
Quant à ceux qui, par calcul, profitent des désastres, croyez-le, ils en seront punis. Dieu veut que tous ses êtres vivent ; l'homme ne doit pas jouer avec la nécessité, ni trafiquer sur le superflu. Juste en ses bienfaits, grand en sa clémence, trop bon pour notre ingratitude, Dieu, dans ses desseins, est impénétrable.
BOSSUET. ALFRED DE MARIGNAC.
Remarque. Cette communication ne contient assurément rien de mauvais ; il y a même des idées philosophiques profondes et des conseils très sages, qui pourraient tromper, sur l'identité de l'auteur, les personnes peu versées dans la littérature. Le médium qui l'avait obtenue l'ayant soumise au contrôle de la Société spirite de Paris, il n'y eut qu'une voix pour déclarer qu'elle ne pouvait être de Bossuet. Saint Louis consulté répondit : «Cette communication, par elle-même, est bonne, mais ne croyez pas que ce soit Bossuet qui l'ait dictée. Un Esprit l'a écrite, peut-être un peu sous son inspiration, et il a mis le nom du grand évêque au bas pour la faire accepter plus facilement ; mais au langage vous devez reconnaître la substitution. Elle est de l'Esprit qui a mis son nom après celui de Bossuet.» Cet Esprit, interrogé sur le motif qui l'avait fait agir, dit : «J'avais envie d'écrire quelque chose afin de me rappeler au souvenir des hommes ; voyant que c'était faible, j'ai voulu y mettre le prestige d'un grand nom. - Mais ne pensiez-vous pas qu'on reconnaîtrait qu'elle n'était pas de Bossuet ? - Qui sait jamais au juste ? Vous pouviez vous tromper. D'autres moins clairvoyants l'auraient acceptée.»
C'est en effet la facilité avec laquelle certaines personnes acceptent ce qui vient du monde invisible sous le couvert d'un grand nom, qui encourage les Esprits trompeurs. C'est à déjouer les ruses de ceux-ci qu'il faut appliquer toute son attention, et l'on ne peut y parvenir qu'à l'aide de l'expérience acquise par une étude sérieuse. Aussi répétons-nous sans cesse : Etudiez avant de pratiquer, car c'est le seul moyen de ne pas acquérir l'expérience à vos dépens.
CHAPITRE XXXII — VOCABULAIRE SPIRITE
Frappeur. Qualité de certains Esprits. Les Esprits frappeurs sont ceux qui révèlent leur présence par des coups et des bruits de diverses natures.
Spirite. Ce qui a rapport au spiritisme ; partisan du spiritisme ; celui qui croit aux manifestations des Esprits. Un bon, un mauvais spirite ; la doctrine spirite.
Spiritisme. Doctrine fondée sur la croyance à l'existence des Esprits et à leurs manifestations.
Spiritiste. Ce mot, employé dans le principe pour désigner les adeptes du spiritisme, n'a pas été consacré par l'usage ; le mot spirite a prévalu.
Dans ces exemples, la substitution du mot spiritualiste au mot spirite, produirait une confusion évidente.
Stéréotite (du grec, stéréos, solide). Qualité des apparitions tangibles.
Médiumnité (Voir Médianimité).
Médianimique. Qualité de la puissance des médiums. Faculté médianimique.
Médiumat. Mission providentielle des médiums. Ce mot a été créé par les Esprits. (Voir chapitre XXXI ; communication XII.)
Psychophonie. Communication des Esprits par la voix d'un médium parlant.
Psychographe (du grec, psukê, papillon, âme, et graphô, j'écris). Celui qui fait de la psychographie ; médium écrivain.
Réincarnation. Retour de l'Esprit à la vie corporelle ; pluralité des existences.
Typteur (du grec, tuptô, je frappe). Variété des médiums aptes à la typtologie. Médium typteur.