REVUE SPIRITE JOURNAL D'ETUDES PSYCHOLOGIQUES - 1863

Allan Kardec

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Dans un berceau reposait un bel ange

Tout rose et blanc, qu'en chantant on berçait ;

Sa jeune mère, au doux regard d'Archange,

Ivre d'amour sur cet enfant veillait !…

Oh ! qu'il est beau ce fils de mes tendresses !…

Dors, cher enfant, ta mère est près de toi…

A ton réveil tes premières caresses

Et tes baisers, ami, seront pour moi !…

Oh ! qu'il est beau !… Mon Dieu, prenez ma vie

Si vous devez m'enlever cet enfant…

Gardez-le-moi, Seigneur, je vous en prie !…

Déjà sa bouche a murmuré : Maman ! ! !…

Ce mot si doux… ce mot que l'on épie,

Comme au printemps un rayon de soleil…

Ce mot d'amour dont la douce harmonie

Quand on l'entend nous fait rêver du ciel !…

Oh ! de ses bras quand je suis entourée ;

Quand sur mon sein je sens battre son cœur,

Je suis heureuse, et mon âme enivrée

De vos élus partage le bonheur…

C'est tout pour moi… Cet enfant, c'est mon rêve !

Vivre pour lui… toute en lui, c'est mon sort.

De mon amour la vivifiante sève

De ce berceau doit écarter la mort ! ! !…

Bientôt, mon Dieu, soutenu par sa mère

Je le verrai former ses premiers pas !…

Oh ! jour heureux… qu'impatiente, j'espère…

Je crains toujours que tu n'arrives pas !

Et puis encor, dans ma douce espérance,

Je le vois grand, honoré, vertueux,

Ayant gardé de sa timide enfance

La pureté qui doit le rendre heureux.

Oh ! qu'il est beau !… Mon Dieu, prenez ma vie

Si le malheur doit frapper cet enfant !

A mon amour, laissez-le, je vous prie,

Déjà sa bouche a murmuré : Maman ! !…

Mais il est froid… et sa lèvre est pâlie !

Réveille-toi, cher enfant de mon cœur !

Viens sur le sein qui te donna la vie…

Il est glacé… Je frissonne et j'ai peur ! !

Ah ! c'en est fait ! il a cessé de vivre !

Malheur sur moi ! car je n'ai plus d'enfant !

Dieu sans pitié… de rage je suis ivre…

Vous n'êtes pas un Dieu juste et puissant !

Que vous a fait cet ange d'innocence

Pour le ravir sitôt à mon amour ?…

J'abjure ici toute sainte croyance…

Et sous vos yeux vais mourir à mon tour…



Mère !… c'est moi !… c'est mon âme envolée

Que l'Éternel renvoie auprès de toi.

Maudis, ma mère, une rage insensée ;

Reviens à Dieu… je t'apporte la Foi !…

Incline-toi devant l'arrêt du Maître.

Mère coupable, en un passé lointain…

Tu fis mourir l'enfant que tu fis naître :

Dieu te punit !… courbe-toi sous sa main !

Tiens, prends ce livre ; il calmera ta peine.

Ce livre saint… dicté par les Esprits,

Si tu le lis… ô mère, sois certaine

Qu'un jour au ciel tu reverras ton fils ! ! !


Ton ange gardien.

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